Propriété des jeux : le raisonnement par l’absurde de Sony
Licence to kill (les jeux)
Le 03 septembre à 08h15
PlayStation organise son traditionnel State of Play de rentrée ce mercredi. Ce sera l’occasion de dévoiler de nouveaux jeux PS5 ainsi que des dates de sortie pour plusieurs titres attendus. Sony en profitera-t-elle pour s’expliquer davantage sur la fin des supports physiques, programmée pour janvier 2028 ? Sans doute pas… En revanche, le constructeur doit composer avec sa décision face à une foule de joueurs hostiles.
Propriété des jeux : le raisonnement par l’absurde de Sony
Licence to kill (les jeux)
PlayStation organise son traditionnel State of Play de rentrée ce mercredi. Ce sera l’occasion de dévoiler de nouveaux jeux PS5 ainsi que des dates de sortie pour plusieurs titres attendus. Sony en profitera-t-elle pour s’expliquer davantage sur la fin des supports physiques, programmée pour janvier 2028 ? Sans doute pas… En revanche, le constructeur doit composer avec sa décision face à une foule de joueurs hostiles.
Droit
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4 min
Depuis l’annonce début juillet de la mort des supports physiques pour les jeux PlayStation, Sony est la cible de la colère de nombreux joueurs, attisée qui plus est par une communication distante (quand il y en a). L’entreprise diffuse un State of Play ce jeudi 3 septembre pour présenter les jeux PS5 des prochains mois. Il y a fort à parier que les commentaires de la vidéo YouTube (s’ils sont ouverts) déborderont une fois de plus de propos acides déplorant la fin des disques.
Le sens du mot « acheter »
La problématique de la mort des supports physiques remonte bien avant l’annonce fatidique de Sony. Cela fait des années que l’industrie pousse à la dématérialisation du jeu vidéo qui donne aux éditeurs les pleins pouvoirs sur la commercialisation de leurs productions, souvent au détriment des consommateurs. Mi-juin, quatre joueurs PS5 portaient plainte contre Sony Interactive Entertainement (SIE) en Californie (PDF).
Il est reproché à l’entreprise de présenter les jeux numériques de la boutique PlayStation comme des achats, avec des termes comme « Buy Now », « Purchase » et « Confirm Purchase », alors que les clients ne reçoivent pas la propriété du jeu mais seulement une licence limitée, non exclusive et révocable. Des pratiques en contradiction avec une loi de l’État américain en vigueur depuis le 1er janvier 2025, qui dispose qu’un vendeur ne peut pas employer ces termes si le consommateur ne reçoit pas une vraie propriété illimitée d’un bien numérique.
À chaque transaction, le vendeur doit obtenir la reconnaissance du client qu’il reçoit une licence du bien en question. Alternativement, ce même vendeur peut afficher avant la transaction une mention claire et visible précisant que l’achat est en réalité une licence, avec le lien vers les conditions complètes.
L’audience est programmée pour le 1er octobre à San Francisco. Sans attendre, Sony a déposé fin août une motion repérée par le site Game File dans laquelle elle affirme que la procédure devrait s’arrêter (PDF). La demande du constructeur est de forcer les plaignants à passer par un arbitrage individuel plutôt qu’une action collective (class action), ce qu’ils réclament devant la justice.
Les conditions d’utilisation de PlayStation aux États-Unis contiennent en effet une clause d’arbitrage obligatoire et une renonciation aux actions collectives de ce type. Sony allègue aussi que les plaignants pouvaient refuser cette clause dans les 30 jours, mais ne l’ont pas fait.
Acheter n’est pas jouer
Le plus intéressant dans cette réponse de l’entreprise réside dans ses arguments de fond. Sony affirme ainsi qu’« il n’est pas crédible d’affirmer que des consommateurs raisonnables pensaient acquérir la propriété d’un jeu numérique. » Car si c’était le cas, « le plaignant Edward Heycock n’aurait pas pu obtenir le jeu Resident Evil Requiem le 25 février 2026 pour 69,99 $ sur le PlayStation Store après que le plaignant Jason Mendoza eut obtenu Resident Evil Requiem le 14 février 2026, car M. Mendoza, et non Sony, en aurait alors été propriétaire. »
CQFD : un jeu dématérialisé ne saurait donc devenir la propriété pleine et entière d’un consommateur. Aucun des plaignants ne réclame évidemment de devenir l’unique propriétaire mondial de Resident Evil Requiem. Sony présente une lecture extrême de la notion de « propriété » pour éviter de traiter de la question concrète : qu’obtient réellement un consommateur quand il clique sur le bouton « Buy Now » ?
Sony aimerait sans doute que le débat reste cantonné aux tribunaux et aux petites lignes de ses conditions d’utilisation. Avec la fin programmée du physique, chaque présentation PlayStation risque désormais de rappeler aux joueurs qu’un achat numérique n’est pas tout à fait un vrai achat.
Commentaires (50)
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Abonnez-vousJeudi à 08h45
Jeudi à 08h55
Je comprends bien l'argument de Sony. Et le désarroi des joueurs. Tout cela va finir en abonnement.
Jeudi à 15h13
Et surtout suite au 6 mars 2024, si je lis correctement, tant que c'est une license permanente > c'est automatiquement une vente (donc le bullshit license dans ce cas ne fonctionne plus)
Jeudi à 08h48
Bien sûr que quand tu parles "d'acheter", tu fais le parallèle avec un équivalent physique, sinon il faut parler de "louer" ou "emprunter".
Modifié jeudi à 11h29
On achète une copie (physique ou numérique) du produit. Ce qui se joue sur les jeux vidéo est la même chose que pour la musique (CD ou Vinyl d'un côté, version FLAC/MP3/etc. de l'autre). C'est déjà une première chose.
Il y a un 2ème point, qui n'emporte pas forcément le premier point, c'est le transfert de propriété de la copie.
Certes, ce transfert d'un jeu dématérialisé, en particulier quand il a des fonctionnalités en ligne, demande certainement d'y réfléchir un peu, mais rien qui semble insurmontable, surtout que les jeux sont rattachés à des comptes et donc des plateformes (Steam, GOG, etc.).
En revanche, la question du principe de la revente n'est pas si clair. Je me demande d'ailleurs dans quel mesure les albums/morceaux numériques téléchargés sont revendables. J'ai regardé (mais vite fait) les CGU de Qobuz (par ex), la revente semble interdite mais comme les phrases sont situées dans des paragraphes globaux sur la propriété intellectuelle, incluant les programmes/applis, pas limpide.
Modifié jeudi à 18h08
Donc c'est tout à faut possible techniquement.
Leur com est désastreuse, ils auraient mieux fait de le faire silencieusement.
Jeudi à 09h31
Jeudi à 09h52
- Devenir revendeur exclusif
- Pouvoir dicter ses prix aux clients
- Pouvoir dicter ses conditions aux éditeurs
- Tuer le marché de l'occasion
- Tout ce qui permet de faire encore plus de pognon sans apporter de réelle plus-value...
Pour moi la règle est clair, le demat sur console c'est une dépense à perte. Donc si c'est plus de 5 € je n'achète pas.
Jeudi à 20h27
Parce que le fait qu'un jeu expire, ça ne me choque pas vraiment. Quand on achète un appareil, il terminera certainement sa carrière durant notre vie.
On n'achète pas pour toujours. Une tv, une radio, finissent par ne plus être compatible, un vélo par ne plus avoir de pièces détachées.
Dans le cas du numérique, c'est pernicieux car il peut y avoir un coup d'arrêt violent et médiatique.
Modifié vendredi à 10h02
Un jeu physique, tant qu'il fonctionne, tu peux y jouer et Sony n'y peut rien. En plus on va pas se mentir, les jeux physiques, paradoxalement, durent bien plus longtemps que les jeux numériques. Combien de personnes ont chez eux une NES avec cartouche qui fonctionne parfaitement alors que la console à plus de 40 ans ! J'ai le sentiment que chez Sony aucun des jeux demat de la PS5 se sera jouable dans 40 ans...
Jeudi à 10h00
Il se trouve que cette licence est alors accompagnée des données (ou au moins d'une partie...), héritage d'une époque où l'utilisateur avait peu d'alternatives pour récupérer et stocker ces données.
Le vrai changement se trouve dans les conditions de vente et de revente de ces licences.
Que Sony en soit l'unique distributeur et qu'il ne soit plus possible de les céder une fois que l'on en a plus l'usage est un sérieux préjudice pour le consommateur.
Je ne serais pas particulièrement surpris si dans les années à venir un bras de fer s'engageait entre Sony et l'UE à ce sujet.
Jeudi à 11h45
Jeudi à 15h23
Le vendeur du disque m'a arnaqué.
Jeudi à 17h07
Jeudi à 14h10
Jeudi à 15h29
Pour le moment en tout cas, pas sûr que ça dure des décennies...
Si tu as des contre-exemples qui ne soient pas des exceptions à la règle, je suis preneur.
Modifié jeudi à 15h48
Jeudi à 16h38
Sur le précédent évoqué dans l'article ils ont fini par revenir en arrière, espérons que ça se reproduise...
Jeudi à 10h50
Modifié jeudi à 11h09
Modifié jeudi à 11h21
Jeudi à 11h30
Jeudi à 11h16
Et le coup de la clause d'interdiction des actions collectives, refusable sous 30 jours sûrement parce qu'une telle clause est illégale sinon, planquée au milieu des 30 pages... Ce niveau de foutage de gueule, on rivalise avec les assureurs là !
Modifié jeudi à 11h30
Reste qu'à mon avis, cette histoire de dématérialisation, c'est économiquement la seule solution qu'ils aient trouvé pour faire face à l'augmentation du prix de la mémoire sur les consoles, sachant pertinemment que s'ils augmenteraient encore le prix de leur console de jeu, les ventes s'effondreraient.
Jeudi à 11h50
Sur la switch, par exemple, si tu as un jeu physique, les patchs seuls sont mis sur ta console, donc au lieu d'avoir, disons, 20Go de pris sur ta mémoire interne, tu n'en a que 2Go.
Modifié jeudi à 12h08
L'abandon forcé du support physique est probablement pour eux un moyen d'augmenter leurs marges sur les jeux pour préserver ce modèle économique malgré l'augmentation du prix des composants des consoles.
Jeudi à 16h55
Jeudi à 20h26
C'est donc bien une économie pour Sony.
Jeudi à 23h31
Vendredi à 08h57
Jeudi à 15h50
Jeudi à 13h52
Certes, on peut être propriétaire de qqchose sans l'avoir acheté (don, héritage...), mais achat => propriété de l'objet de l'achat.
Tout cela pour en finir sur le mode "si personne n'achetait, on arrêterait d'en vendre!"...
Jeudi à 16h11
Jeudi à 21h14
On n'est ici même pas dans le domaine du droit, mais du dictionnaire.
Jeudi à 16h04
Abandonner un droit ? Ce n'est pas abusif comme clause ?
Jeudi à 16h13
Oui, c'est beau comme entourloupe ! En plus, il me semble avoir lu je ne sais plus où, qu'il faut faire cette démarche par courrier postal.
Un truc comme ça ne doit pas être autorisé dans beaucoup de pays parce qu'ils (et d'autres) ne le font qu'aux USA.
Jeudi à 20h27
Jeudi à 20h40
Jeudi à 20h51
Jeudi à 21h04
https://www.researchgate.net/publication/281842597_Convention_et_Marketing_J'en_ai_reve_Sony_l'a_fait
Jeudi à 16h22
Personnellement, je conserve ma ps5 avec disque uniquement pour les blu-ray, elle n'est même plus connecté à internet. Sony, c'est fini pour moi. Pas à cause de la dématérialisation mais à cause de sa politique digne de l'ère ps3, ils se croient à nouveau intouchables.
Modifié jeudi à 18h16
Comme dit dans d'autres commentaires c'est pas vraiment le support physique l'important, c'est les droits qui allaient avec : pouvoir prêter, revendre, et que l'accès à la copie du jeu ne puisse pas être supprimé par exemple.
Pour la revente en occasion ça n'existe plus en démat, même avec les jeux sans DRMs, mais sur console c'est plus important que sur PC vu le prix des jeux.
Jeudi à 21h03
Sur Steam, par exemple, il faudrait une espèce de système de mise en relation entre les joueurs. Et Steam reprendrait une commission minimale sur la vente ?
Jeudi à 21h11
Jeudi à 20h48
Mais il manque toujours l'occasion oui, et le prêt depuis que Steam a dégradé sa fonction de partage.
Jeudi à 17h18
Jeudi à 20h35
On défend ici une vieille vision du jeu vidéo, qui a en fait disparu il y a en gros 20 ans, quand steam a réellement démarré et les consoles connectées.
Donc je comprends le désarroi, mais je suis aussi résigné depuis longtemps, m'étant révolté il y a 15-20 ans. Donc je dirais bof, et alors? On le savait non?
Jeudi à 21h07
Jeudi à 23h05
Les gens ont même apprécié : pratique, agréable, pas besoin de se déplacer, des promos d'enfer, possibilité de cumuler 50 jeux sans s'encombrer... Puis des mises à jour, dlc,...
On a eu beau dire 'attention', 'vous donnez votre âme', la réponse a été: 'les moeurs changent vieux schnock', ou alors 'si ça fait du bien, ça ne peut pas être mauvais'
Il y a 10 ans encore, les CGV n'éaient pas claires.
Mais avec un marché largement dématérialisé en nombre de transactions (boosté par des jeux gratuits aussi: qui a dit que les jeux gratuits c'était les dernières pelletées sur la tombe des jeux physiques? C'est bibi)
Alors on m'a pris pour un dément de gauche quand j'ai refusé d'installer l'epic store, acheté du physique plus cher que la démat, ...
Bref, depuis mon achat de la orange box, je me suis battu contre la démat à tout va - là, désolé, c'est pas une dernière bataille: pour moi on a tous plié l'affaire il y a des années.
PS: la suite, c'est la suivante alors notez là: dans quelques années on ne pourra plus aller sur internet sans avoir un ordinateur américain, non modifiable. Vous pourrez lancer un os alternatif dans un coin, mais aucune chance qu'il ait accès à Microsoft/google/Netflix. Seul un os certifié pourra avoir accès à tout l'ordi.
C'est prêt, c'est vers cela que les os grand public tendent, linux y compris, et ça permettra les drm et le contrôle total tout en nous protégeant des attaques.
À dans 5 ans sur ce sujet. J'en parle depuis 5 ans au moins déjà
Modifié vendredi à 16h10
Il y a eu une (courte) période durant laquelle la technologie a créé des usages que le droit et les industriels n'avait pas réellement anticipé (et ne savaient pas réellement comment contrer), et là la récréation est terminée, tout le monde rentre en classe, retourne à son bureau pour bosser puis dépenser la quasi-totalité chez ceux qui te paient.
Futur charmant (sauf pour les 2/3 qui en tireront les fruits)
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