La Commission européenne prévoit d’affaiblir le RGPD au profit des entreprises d’IA
RGP quoi ?
Un brouillon de la loi « omnibus numérique » qui doit être présentée en décembre prochain révèle que Bruxelles veut modifier en profondeur le RGPD pour aider l'industrie de l'IA à se développer en Europe. Le texte prévoit aussi d'alléger la gestion des bannières de cookies et d'imposer un mécanisme à la « do not track », avec la possibilité pour les médias de passer outre.
Le 10 novembre à 14h15
5 min
Droit
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En fin de semaine dernière, plusieurs médias européens ont obtenu un brouillon de la loi « omnibus numérique » que prévoit de présenter la Commission européenne dans les prochaines semaines. Alors qu'elle présentait son texte comme une « simplification » des textes, l'analyse de ce document montre que le projet va beaucoup plus loin et fait dire au responsable de l'association noyb, Max Schrems, que « ces changements sont extrêmes et ont des répercussions considérables ».
Comme l'indique le média allemand Netzpolitik, la Commission a en fait séparé sa proposition en deux textes : l'un sur la « simplification » de différents textes sur le numérique déjà en application [PDF], l'autre est plus spécifiquement sur l'IA et affiche la volonté de « simplifier » l'AI act [PDF], alors que celui-ci commence tout juste à s'appliquer progressivement jusqu'à devenir pleinement effectif à partir du 2 aout 2027.
Une volonté de laisser tranquille l'industrie de l'IA en Europe
La refonte prévue par ce texte des lois protégeant les données au sein de l'Union européenne est clairement prévue pour laisser la voie libre aux entreprises d'IA générative dans le but affiché de les aider à rester compétitives sur la scène internationale. Elle pourrait permettre aussi à des entreprises comme Meta de lancer sur le marché européen des produits comme ses lunettes connectées boostées à l'IA avec un peu moins de risques de se faire attraper par la patrouille.
Dans une réaction publiée sur LinkedIn, le responsable de l'association noyb, Max Schrems, a publié le texte de ce brouillon accompagné des commentaires de noyb [PDF].
L'entrainement des IA comme un « intérêt légitime »
En question dans ces « simplifications » du RGPD, notamment, la volonté de prendre en compte l'entrainement des IA comme un « intérêt légitime ». Ainsi le texte affirme qu' « une IA fiable est essentielle pour assurer la croissance économique et soutenir l'innovation avec des résultats bénéfiques pour la société ».
La Commission fait le constat que « le développement et l'utilisation de systèmes d'IA et des modèles sous-jacents, tels que les grands modèles de langage et les modèles de génération de vidéo, reposent sur des données, y compris des données à caractère personnel, à différentes étapes du cycle de vie de l'IA, telles que les phases d'entrainement, de test et de validation, et peuvent dans certains cas être conservées dans le système ou le modèle d'IA ». Elle en conclut que « le traitement des données à caractère personnel dans ce contexte peut donc être effectué à des fins d'intérêt légitime au sens de l'article 6 » du RGPD.
Des critiques des fondateurs du RGPD
Sur ce sujet, noyb considère que la Commission s'engage dans une « pente glissante » : « si l'on estime qu'il existe un intérêt légitime à "scraper l'intégralité d'Internet" et toute autre donnée d'entraînement disponible, à quelque fin que ce soit, sans le consentement des utilisateurs, il n'y a guère d'autres traitements qui ne relèveraient pas d'un "intérêt légitime" », commente l'association.
« Celui qui a rédigé ce projet avait une vision étroite de la (prétendue) "course à l'IA" et a tout simplement "balayé" le RGPD de nombreuses façons qui porteront préjudice à des personnes dans des centaines d'autres domaines (minorités, suivi en ligne, personnes souffrant de problèmes de santé, etc.) », a réagi Max Schrems dans son post sur LinkedIn.
« Il ne restera plus rien de la protection des données, car l'IA est omniprésente », considère de la même façon Paul Nemitz, ancien directeur du département juridique de la Commission européenne et un des fondateurs du RGPD.
« Est-ce la fin de la protection des données et de la vie privée telles que nous les avons inscrites dans le traité de l'UE et la charte des droits fondamentaux ? », s'est interrogé un autre des artisans du règlement européen, l'ancien eurodéputé Jan Philipp Albrecht cité par Politico. « La Commission doit être pleinement consciente que cela porte gravement atteinte aux normes européennes », ajoute-t-il.
Le respect d'un « do not track » obligatoire, sauf pour les médias
Le brouillon de la loi « omnibus numérique » prévoit aussi de simplifier l'utilisation des bandeaux de consentement aux cookies. Comme nous l'avions évoqué en septembre dernier, la Commission veut réduire l'affichage des bandeaux qui inondent le web. Elle envisage de mettre en place une automatisation de la réponse, à la manière d'un « do not track » très peu pris en compte actuellement, que l'utilisateur pourrait paramétrer soit dans son navigateur soit dans son système d'exploitation.
Les responsables des sites internet auraient l'obligation de prendre en compte ce mécanisme. Mais les rédacteurs y mettent une exception pour les sites de médias, comme le relève le site Heise. Ainsi, le texte indique que « compte tenu de l'importance du journalisme indépendant dans une société démocratique et afin de ne pas compromettre sa base économique, les fournisseurs de services de médias ne devraient pas être tenus de respecter les indications lisibles par machine relatives aux choix des personnes concernées ».
Cela permettrait aux médias de passer outre le consentement des utilisateurs et leur garantir la pérennité de leurs revenus provenant des publicités ciblées.
La Commission européenne prévoit d’affaiblir le RGPD au profit des entreprises d’IA
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Une volonté de laisser tranquille l'industrie de l'IA en Europe
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L'entrainement des IA comme un « intérêt légitime »
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Des critiques des fondateurs du RGPD
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Le respect d'un « do not track » obligatoire, sauf pour les médias
Commentaires (42)
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Abonnez-vousModifié le 10/11/2025 à 14h31
Le 10/11/2025 à 14h40
Le 10/11/2025 à 15h59
Modifié le 10/11/2025 à 16h30
J'insiste sur le "à ta place". Et pas forcément "comme toi tu l'aurais voté".
Personnellement, je pense que la démocratie représentative n'a d'intérêt que si les représentants votent pour/contre les textes de loi de la même façon que les citoyens auraient votés pour/contre ces textes en démocratie directe.
Mais y a pas des masses de preuves que le vote par les représentants est en accord avec la majorité de l'opinion des citoyens. Bizarrement, aucune institution n'a jamais trouvé utile de mettre en place ce genre d'outil/métrique...
Le 11/11/2025 à 09h07
Le 12/11/2025 à 11h10
Le 12/11/2025 à 18h16
Le 12/11/2025 à 18h18
Le 12/11/2025 à 20h45
Le conseil de l'Europe est composé des chefs d'État (un élu, généralement) ou de gouvernement (nommé, généralement).
Les commissaires européens proposés (dans leur ensemble) sont ensuite audités et validés par le parlement européen.
Dire qu'ils sont nommés par des gens non élus est donc plutôt approximatif et y'a un circuit de contrôle. Même si y'a quelques années le souhait de les élire via les européennes (en tant que tête de liste il me semble) avait été émis.
Le 10/11/2025 à 16h09
Modifié le 10/11/2025 à 16h59
Je ne vais pas reprendre les argument de la discussion de l'époque... Mais disons que je pense que les états membres sont d'accord pour que l'UE soit une alliance économique avant tout autre chose. Et que les citoyens de l'UE en ont une vision "romancée" qui est erronée.
Le 10/11/2025 à 17h11
Le 10/11/2025 à 17h29
Je ne peux pas dire le contraire. C'est un progrès indéniable.
Le 10/11/2025 à 17h55
Le 10/11/2025 à 20h04
Il y a plein de manières pour collecter un consentement sans rendre ça le plus énervant au possible
Le 10/11/2025 à 20h14
Le 12/11/2025 à 14h38
Le 10/11/2025 à 16h41
Modifié le 10/11/2025 à 17h41
Celui d'aujourd'hui est encore plus vide d'argumentation.
Le contenu des réponses que tu as obtenu aujourd'hui prouve que tu es très bon à ce petit jeu, mais je l'ai déjà remarqué : avec rien dans ton commentaire, tu as eu des réponses sur lesquelles tu as pu rebondir.
Don't feed the troll !
Le 10/11/2025 à 18h19
Le 10/11/2025 à 18h22
Le 10/11/2025 à 20h11
Le 10/11/2025 à 14h48
Modifié le 10/11/2025 à 14h49
Le 10/11/2025 à 14h56
Le 10/11/2025 à 15h16
Le gag quand un service partenaire se dira travailler finalement pour une IA… Cadeau, j'étais une boîte de vérification d'identités, finalement j'ai besoin de faire bosser mon IA!
Ce serait une grosse faiblesse pour l'Europe de revenir en arrière. Il y a suffisamment de données non personnelles pour s'entraîner! Et pourquoi les IA auraient plus de passe droit d'un scientifique cherchant des volontaires pour ses études?
Quant à l'exception pour "les médias" au nom du journalisme c'est un peu gros.
De 1, on peut être média sans faire de journalisme.
De 2, les journalistes peuvent légitimement protéger leurs sources, pourquoi ne peuvent-ils pas à minima protéger leurs lecteurs?
En mode papier, peu de journaux fonctionnent en distribution gratuite. Et ceux qui mettaient de la pub dans leurs magasines le faisant en simple connaissance de leur public. Pas besoin d'optimiser la personnalisation.
Seule la presse auraient de la publicité ciblée?
Tout le monde fait un pas en arrière et on reste à égalité. Ce n'est pas plus compliqué et on garde une distance respectable avec la vie privée des internautes européens.
Le 10/11/2025 à 15h21
Modifié le 10/11/2025 à 21h37
(tl;dr: ça passera jamais car les nazis du copyreich vont tout faire pour pas que ça passe... pour une fois qu'ils serviront a quelque chose...)
edit: grilled plus bas by @JonJoe
Le 10/11/2025 à 22h12
Ho mais quelles est cette enveloppe qui traine sur mon bureau. C'est bizarre elle est plus grosse que celles des majors.
Le 10/11/2025 à 15h30
Le 10/11/2025 à 15h50
Le 10/11/2025 à 16h00
Si seulement les rédacteurs avaient lut la série d'articles de Next sur les sites de Gen AI avant de pondre un truc soufflé par des spécialistes en tout genre.
Le 10/11/2025 à 16h20
Par contre, je ne comprends pas l'exemption des médias à avoir le droit d'utiliser de la publicité ciblé sur leur auditorat. Donc tous les marchés en risques économiques ont le droit d'outrepasser le consentement des utilisateurs ? On donne le contrôle à l'utilisateur de consentir au pistage publicitaire sauf pour les médias, là ils ont pas le choix ?
Le 10/11/2025 à 16h54
Le 10/11/2025 à 17h09
(Et je n´arrive même pas à ironiser sur l´exception de do not track pour les sites de média. Celle-là, j´avoue, les bras m´en tombent. Le plus beau pied glissé dans la porte depuis fort longtemps. Incroyable.)
Le 10/11/2025 à 17h49
Le 11/11/2025 à 22h08
enfin si tu veux le moteur LibreOffice sur ton serveur, libre à toi tu as collabora..CODE...
Le 13/11/2025 à 12h50
https://next.ink/7522/107039-hadopi-regrets-christine-albanel-sur-suspension-lacces-a-internet/
Le 10/11/2025 à 20h21
Le 11/11/2025 à 13h50
Le 11/11/2025 à 18h03
Idem pour l’IA, tout sera collecté pour l’IA et ensuite c’est elle qui nous lâchera une coulée de pub autogénéré et nous dénoncera à la STAZI
Le 11/11/2025 à 22h14
C'est vraiment ubuesque et les européens (sens peuple) ne peuvent pas laisser passer ça !
Saluons l'excellent job de M. Schrems et Noyb qui mérite ses soutiens (dont le mien comme mon abo next)
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