L’Europe veut baisser la garde sur le signalement des cookies
Sans bannière ni cookie
S'appuyant sur l'effet de ras-le-bol des utilisateurs lorsqu'ils doivent cliquer sur les bannières de signalement de cookies, l'Europe prévoit de revoir sa directive e-Privacy sur le sujet. Deux possibilités envisagées : introduire plus d'exceptions sur l'obligation de signalement ou mettre en place un système de validation central.
Le 25 septembre 2025 à 13h24
4 min
Droit
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Les internautes européens verront peut-être bientôt apparaitre moins de bannières liées aux cookies. On en a maintenant l'habitude, lors de la navigation sur le web, la consultation de sites passent maintenant très souvent par la fameuse interaction avec un bandeau de consentement aux cookies.
Il est tout à fait possible de s'en passer, Next en est un bon exemple. Mais, souvent pour faire passer la pilule de centaines de « partenaires » qui ont accès aux données des lecteurs, de nombreux éditeurs de sites s'imposent leur usage pour afficher de la publicité. Le dépôt de cookies tiers et l'obligation de demande de consentement sont régulés par la directive e-privacy (révisée en 2009) et le RGPD.
Des modifications de la loi européenne proposées en décembre prochain
Alors que la directive e-privacy, votée la première, impose des obligations précises en fonction des usages, le RGPD s'est focalisé sur les risques qu'engendre telle ou telle utilisation de certaines données, ce qui demande un travail plus important de réflexion préalable.
La Commission européenne veut assouplir sa réglementation sur le sujet et prévoit de le faire en décembre prochain dans une loi « omnibus » sur le numérique. Ainsi, dans un document préparatoire où elle demande aux différents acteurs de donner leur avis d'ici le 14 octobre, elle affirme que « des règles obsolètes relatives à l'utilisation des cookies et autres technologies de suivi régissent toujours la protection des équipements des utilisateurs ainsi que l'accès et la collecte d'informations à partir de ces équipements ».
« Cela nécessite des clarifications pragmatiques et immédiates afin de limiter la lassitude des utilisateurs vis-à-vis du consentement, d'apporter une clarté juridique sur l'accès et le traitement légitimes, et d'améliorer la disponibilité des données pour les entreprises », ajoute-t-elle.
Un lobbying pour une « simplification »
Il faut dire que l'industrie du numérique et le milieu juridique mettent la pression sur la Commission pour réviser ces règles. Ainsi, à nos confrères de Politico, l'avocat Peter Craddock du cabinet Keller and Heckman affirme : « Trop de consentement tue le consentement. Les gens ont l'habitude de donner leur consentement pour tout, alors ils peuvent cesser de lire les choses en détail, et si le consentement est la norme pour tout, il n'est plus perçu de la même manière par les utilisateurs ».
Selon Politico, la Commission a rassemblé lundi les différents acteurs lors d'une réunion sur le sujet. Elle leur a envoyé une note avec différentes propositions pour modifier les règles et inclure davantage d'exceptions. Elle envisage aussi une solution qui consisterait à ce que les préférences en matière de cookies soient réglées de façon globale, par exemple dans les paramètres du navigateur.
Le Danemark, qui préside depuis juillet le Conseil de l'Union européenne, avait proposé en mai d'abandonner le consentement sur les cookies collectant des données « pour des fonctions techniquement nécessaires » ou « de simples statistiques ».
Le lobby des acteurs de la publicité sur Internet (IAB) semble très actif sur le sujet. Ainsi, Frank Thomas, son responsable sur le volet politiques publiques, affirme à Politico que la directive e-privacy adopte une position « très rigide » sur le consentement. Il aimerait que les règles sur les cookies soient simplifiées en n'étant gérées que par le RGPD. Il assure à nos confrères que leur « appel à la simplification ne doit pas être confondu avec une approche laxiste en matière de protection des données ». « Mais tout le monde s'accorde à dire que nous devons maintenir cet équilibre entre la protection des droits à la vie privée et la préservation de la compétitivité de l'industrie technologique européenne », ajoute-t-il.
Du côté du lobby European Digital Rights qui rassemblent des ONG comme noyb, Access Now ou l'Electronic Frontier Foundation, Itxaso Domínguez de Olazábal considère que la loi prévoit déjà des exceptions pour le service explicitement attendu par les utilisateurs. « Élargir cette catégorie pour y inclure [d'autres types de] suivi "essentiel" est trompeur, car cela risque d'introduire subrepticement des analyses ou des personnalisations à des fins publicitaires », explique-t-elle à Politico.
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Des modifications de la loi européenne proposées en décembre prochain
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Un lobbying pour une « simplification »
Commentaires (27)
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Abonnez-vousLe 25/09/2025 à 13h32
Affaire à suivre
Le 29/09/2025 à 09h11
Le 25/09/2025 à 13h51
Oui, c'est devenu vraiment chiant ces panneaux à chaque sites, surtout avec les paywalls maintenant. Je suis plutôt d'accord avec ce qui est dit plus haut par l'avocat, c'est devenu tellement une norme de cliquer sur "Oui" partout que les gens ne lisent plus. Déjà trouver le bouton "refuser" c'est compliqué souvent, alors si en plus on devait consulter la liste à chaque fois pour adapter la réponse... Le problème c'est que assouplir, c'est aussi ouvrir la porte...
Modifié le 25/09/2025 à 15h04
Le 25/09/2025 à 14h56
Le 25/09/2025 à 15h07
Le 25/09/2025 à 16h39
Ça inclus le classique bouton "refuser" accessible uniquement après avoir cliqué sur "plus" ou caché dans un coin en gris clair sur fond blanc, mais aussi des trucs moins évidents.
Par exemple, appeler le bouton "continuer sans accepter" ou "ne pas accepter" est déjà illégal car pression psychologique.
Faire culpabiliser la personne aussi ("si vous n'acceptez pas on va mourir bouhouhou") c'est interdit.
Y'a juste zéro sanctions alors que c'est déjà interdit.
Le 25/09/2025 à 16h58
Le 29/09/2025 à 09h19
Il ne faut pas se leurer : il y a BEAUCOUP de mauvaise foi de la part des éditeurs.
Il y a pléthore de solutions de gestion de consentement qui sont normés et qui respectent la loi. Certains sont même libres (TarteAuCitron par exemple).
Et pourtant, certains éditeurs continuent de faire leurs bandeaux dans leur coin et réinventent (mal) la roue : ben tant pis pour eux à un moment, mince !
Et pour ce qui est des statistiques, il suffirait que les CNIL européennes suivent les mêmes règles que la CNIL française pour que les bandeaux de suivi ne soient obligatoires qu'en cas d'utilisation d'outil de suivi non respectueux de la vie privée (coucou Google Analytics) : cela permettrait à des acteurs comme Matomo de prendre des parts de marché.
Bref, y'a déjà des solutions techniques légales pas trop embêtantes : il suffit de les mettre en place, mais pour ça il faut bien vouloir le faire...
Le 01/10/2025 à 08h17
Le 25/09/2025 à 14h02
Le 25/09/2025 à 14h14
Le 25/09/2025 à 15h43
Le 26/09/2025 à 11h16
Le 25/09/2025 à 15h01
Le 25/09/2025 à 15h23
Le problème je pense, c'est le modèle économique basé sur la publicité ciblée qui donne l'illusion de la gratuité pour les visiteurs.
Le 25/09/2025 à 15h53
En effet, on pourrait fonctionner ainsi mais ce serait la mort de la plupart des sites et un web ou tout devient payant.
Donc dans le "qui est POUR", je dirais, tout ceux qui n'ont pas les moyens de faire autrement et/ou qui s'en fiche ? Sachant que la plupart de ceux-ci passent déjà leur vie sur Tiktok, Insta, FB et collent leurs mails partout à la chasse aux promos ou programmes de fidélité, aux newsletters, Installent des applications sur leur mobile sans regarder les données exploitées, etc..
Le 25/09/2025 à 15h45
Le 25/09/2025 à 16h40
Si c'était de l'opt-out légal, il n'y aurait qu'un pauvre lien "ne vendez pas mes données" planqué en bas à droite comme l'impose la loi californienne.
Le 25/09/2025 à 15h38
Le 25/09/2025 à 16h01
Ce n'est pas normal de faire des statistiques marketing sur des services publiques.
De même, il faudrait que les sites publiques fassent appel à des CDN gérés par l'état et que les pages ne chargebt aucune dépendence externe comme les polices de caractères Google ou les icones de réseaux sociaux. Bref, tout ce qui permet de tracer d'une manière ou d'une autre.
Le 25/09/2025 à 16h41
Le 29/09/2025 à 09h21
Modifié le 29/09/2025 à 09h25
Tu as pas mal de plugins payant également si tu as des besoins particulier (ecommerce, heatmap etc.)
Modifié le 29/09/2025 à 09h28
Le 25/09/2025 à 17h50
Je ne suis pas un expert juridique (et j'ai peut-être raté des morceaux), mais j'ai l'impression que cette loi fait très doublon avec le RGPD (logique puisqu'elle prédate le RGPD) et est beaucoup trop restrictive sur les cookies et traceurs. Par exemple, si je mets en place un Matomo configuré comme il faut question vie privée, je n'ai pas besoin du consentement d'après le RGPD, en revanche ePrivacy l'impose... car j'utilise des cookies qui ne sont pas strictement nécessaires. D'où le bandeau à cookies.
Et en effet, autant c'est important de pouvoir choisir si on veut les cookies publicitaires ou non, autant pour du simple suivi d'audience ou des statistiques globales, c'est un peu n'importe quoi de devoir mettre un bandeau pour ça.
Le 26/09/2025 à 16h18
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