Objectifs climatiques ou IA ? Pour le lobby des data centers, l’Europe doit choisir
Askip, there is no alternative
Illustration : Flock
Mathilde Saliou
Le 22 juin à 18h00
D’après le président du principal lobby européen des centres de données, qui représente aussi des acteurs numériques venus des États-Unis, l’Union européenne doit renoncer à ses objectifs climatiques si elle veut rester dans la course à l’IA.
Objectifs climatiques ou IA ? Pour le lobby des data centers, l’Europe doit choisir
Askip, there is no alternative
Illustration : Flock
D’après le président du principal lobby européen des centres de données, qui représente aussi des acteurs numériques venus des États-Unis, l’Union européenne doit renoncer à ses objectifs climatiques si elle veut rester dans la course à l’IA.
Société numérique
Société
4 min
À quelques jours de la vague de canicule historique qui sévit actuellement en Europe, le président de l’association européenne des centres de données a formulé une alerte tout à fait intéressante : soit l’Europe met l’accent sur le développement de l’intelligence artificielle, ce qui ne peut selon lui se faire qu’en recourant à de l’énergie carbonée, soit elle priorise ses objectifs climatiques.
C’est, du moins, les propos de Lex Coors auprès de Politico. Le contexte ? Dans le cadre de son plan d’action pour une IA continentale, la Commission européenne veut tripler les capacités rendues disponibles par l’industrie des centres de données d’ici 2032. Or, pour le président du principal lobby européen de cette industrie, qui représente aussi des géants états-uniens comme Microsoft, Google ou Amazon, ce plan est irréalisable si l’Union ne se repose que sur son énergie nucléaire ou renouvelable.
Entre centres de données et objectifs climatiques, il faudrait choisir
Si la France produit de l’énergie en excédent, cela ne signifie ni que c’est le cas de ses voisins, ni que le réseau permet pour autant d’encaisser les pics que lui demande l’installation de nouveaux data centers. Pour faire face à la demande impressionnante de ces usines de données, une possibilité consiste donc à lancer des projets permettant de les approvisionner directement en énergie.
Or, d’après Lex Coors, toutes les tentatives à l’étude en matière d’alimentation renouvelable ou nucléaire sont trop lentes. Si l’Union européenne veut réellement rester dans la course à l’IA, il appelle à « ouvrir la conversation » sur le recours à des énergies fossiles – des sources énergétiques auxquelles les géants de la tech font déjà largement recours, notamment sur le territoire états-unien.
Ce faisant, il met les pieds dans le sujet sur lequel le Think tank Shift Project alertait dès le mois d’octobre 2025 : menée sans discernement, la politique de l’IA pourrait empêcher l’Union européenne d’atteindre ses objectifs climatiques.
Plus largement, scientifiques et groupes de la société civile spécialisés dans les questions climatiques rappellent régulièrement le rôle des énergies fossiles dans le bouleversement climatique à l’échelle mondiale, et dans la vulnérabilité aux crises énergétiques à l’échelle européenne.
Pression à la souveraineté
Cette opposition entre course à l’IA et enjeux climatiques qui semble ne souffrir aucune alternative est par ailleurs formulée dans un contexte de forte pression à ce que l’Union européenne trouve une manière de renforcer sa souveraineté dans le domaine numérique en général, dans celui de l’IA en particulier.
Mi-juin, un think tank bruxellois publiait par exemple Europe 2031, une « expérience de pensée » qui venait alimenter l’idée selon laquelle l’Union européenne devrait nécessairement se lancer dans la course à l’IA sous des modalités proches de celles observées aux États-Unis ou en Chine, faute de quoi elle se verrait rapidement rayée de la carte économique mondiale. Le lendemain, Donald Trump obligeait Anthropic à fermer l’accès aux modèles Fable 5 et Mythos 5 aux pays étrangers.
Pour autant, alors que les émissions de CO₂ des centres de données français s’envolent déjà, le commissaire européen à l’Énergie Dan Jørgensen indique que les data centers sont les bienvenus sur le territoire dans la mesure où ils participent à la transition énergétique – c’est-à-dire en finançant le déploiement d’énergie renouvelable et en recyclant leurs émissions de chaleur. L’Union travaille par ailleurs à des standards minimum en termes d’efficacité énergétique qu’elle pourrait imposer aux data centers à venir.
Commentaires (11)
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Aujourd'hui à 18h21
Paske à un moment donné, il vont devoir répercuter ces coûts, et si ce n'est plus rentable pour les utilisateurs de générer des chats jouant de la trompette, ils vont se barrer.
C'est sympa la première dose de drogue gratuite, mais quand t'as plus le choix, le sevrage est brutal, pour le dealer aussi.
Aujourd'hui à 18h29
Aujourd'hui à 18h31
Ils s'en foutent pas mal que les gens souffrent du dérèglement climatique, eux ils sont tranquilles dans leurs piscines et leurs grandes maisons climatisées 🤬
Modifié aujourd'hui à 18h47
Oui, la barre est (très) basse.
Aujourd'hui à 18h47
Il faut savoir que le réseau électrique américain est très fragile. D'abord il est peu entretenu (logiquement dans un pays dont la devise est presque "D'abord ma gueule"), quasiment à capacité maximale de charge, et a très peu de résilience. Il n'a échappé à personne que la spéculation sur l'IA augmente le besoin en électricité, et dans un moment où les USA vont avoir également chaud (avec le bonus El Nino), ce réseau pourrait sérieusement tomber.
D'où l'idée d'aller mettre le bazar chez les vassaux pour de la pseudo-croissance et éviter ainsi chez soi des problèmes qui mettraient la population en colère.
Le reste n'est que l'enfumage classique sous forme de FUD : perte de vitesse (nous le savons déjà), de menace de déclassement (en ce moment, on le voit très bien en France le retard sur tout les domaines régaliens et connexes), et absence d'alternative (Si tu n'es pas avec moi, tu es contre moi... Oui oui merci Anakin, tiens voici 5 €, range ton sabre-laser et va t'acheter une glace t'es en hyperthermie là).
Je n'ai aucun espoir que nos politiques ne se fassent pas avoir. Par contre, les fortes chaleurs d'aujourd'hui et la possible "crise sanitaire" qui pourraient découler, sur fond d'élections, pourrait peut-être ne pas jouer en la faveur du lobby si la situation devient plus publique.
Et s'il faut leur rappeler à ce lobby: quand une population crèvera de chaud elle ne demandera pas à GPT, Claude et Gemini de les refroidir... Elle ira directement cramer le datacenter pour récupérer de l'électricité et se rafraîchir.
(1) Je n'arrive pas à retrouver un site web qui montre en temps réelles les investissements et les bénéfices de l'IA pour les grands acteurs (Mistral compris) sous forme de barre horizontale. Si quelqu'un a le lien, j'apprécierais qu'il le post. Merci.
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Il y a 45 minutes
Modifié aujourd'hui à 19h11
Grilled.
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