Connexion Premium

UE : la Commission a copié/collé les lobbys pour cacher les données sur les datacenters

Discrétion assistée par la loi

UE : la Commission a copié/collé les lobbys pour cacher les données sur les datacenters

En 2024, Microsoft et le lobby bruxellois de la tech DigitalEurope ont obtenu que les données de consommation des datacenters de plus de 500 kW récoltées par la Commission européenne ne soient pas rendues publiques. Le consortium Investigate Europe montre que les amendements au texte européen réglementant ces informations sont des reprises quasiment mot pour mot des propositions qu’ils ont faites.

Il y a trois ans, en 2023, l’Union européenne a voulu réviser sa législation sur l’efficacité énergétique et introduire une obligation d’information sur la consommation des data centers qui dépassent les 500 kW de puissance. Mais Microsoft et le lobby bruxellois de la tech DigitalEurope ont réussi à faire intégrer à la Commission des amendements quasiment copiés/collés interdisant toute publication de ces données par l’Europe et ses États membres, a découvert le consortium journalistique Investigate Europe.

Les données sur la consommation des data centers font l’objet d’intenses débats sur leur impact environnemental. Dans leurs rapports environnementaux maison, les grandes entreprises de la tech font leurs arrangements (plus ou moins importants), rendant impossible leur interprétation. Les projets de création de data centers font de plus en plus face à des résistances, mais il est difficile d’objectiver le débat avec le peu d’informations sur la réalité du terrain de ces installations.

Dans ce sens, la volonté exprimée par une première version du texte de révision aurait pu grandement aider l’information du public sur le sujet. En effet, le texte prévoyait un inventaire des informations sur les data centers de plus de 500 kW situés en Europe comportant au moins leur localisation et des indicateurs de performance sur la consommation d’énergie, la valorisation de la chaleur résiduelle, la consommation d’eau et l’utilisation d’énergies renouvelables. Et, selon cette première version, la Commission devait rendre publique cette base de données sous forme agrégée.

Ensuite, comme le prévoit le processus, la Commission a recueilli les commentaires des parties concernées et notamment des différents lobbys. Ainsi, Microsoft [PDF] et le lobby DigitalEurope (dont les membres sont par exemple Meta, CapGemini, Microsoft, NVIDIA ou encore Google) [PDF] ont tous deux proposé un amendement pour classifier les informations concernant les data centers.

Des propositions d’amendements adoptées mot pour mot

Et, dans l’article 5 du texte final, ces amendements ont été adoptés quasiment mot pour mot. Ainsi, le texte prévoit, comme le demandaient Microsoft et DigitalEurope, que « les informations relatives aux centres de données, qui sont soumises au droit de l’Union et au droit national en matière de protection des secrets d’affaires et de confidentialité, ne doivent pas être rendues publiques. L’article 12, paragraphe 3, exige en outre que la base de données européenne soit accessible au public sous forme agrégée. Il est donc nécessaire de veiller à ce que les indicateurs clés de performance et les autres informations communiquées à la base de données européenne restent confidentiels ».

A aussi été ajouté que « la Commission et les États membres concernés préservent la confidentialité de toutes les informations et de tous les indicateurs clés de performance relatifs aux centres de données individuels qui sont communiqués à la base de données conformément à l’article 3. Ces informations sont considérées comme des informations confidentielles touchant aux intérêts commerciaux des exploitants et des propriétaires de centres de données », comme le demandaient les entreprises de la tech mot pour mot ou presque.

Nos confrères expliquent que les États membres de l’Union européenne ont aussi été vivement encouragés par la Commission à refuser toute demande d’accès à ces informations dans un email envoyé début 2025 [PDF].

Selon le chercheur en droit de l’environnement de l’université d’Opole, Jerzy Jendrośka, consulté par Investigate Europe, cette clause de confidentialité pourrait violer les règles de transparence édictées par la Convention d’Aarhus. « En vingt ans, je ne me souviens pas d’un cas similaire », explique-t-il, « Cela ne semble manifestement pas conforme à la convention ».

Commentaires (30)

votre avatar
On a les noms des représentants qui ont été corrompus informés par ces lobbies ?
votre avatar
Il faudrait donc punir les gens étant influencés ?

On te laisse libre jusqu'à 06h du matin, parce qu'on est cléments.
votre avatar
Tout dépend ce qui les influence. Et chacun reste responsable, malgré les influences. L'incompétence n'a jamais été une excuse valable, et d'autant moins en politique.
votre avatar
Nous voulons bien collecter vos données dans nos datacenters mais nous ne voulons pas que vous collectiez nos données de nos datacenters.

Moi aussi j'aimerais bien savoir qui a osé valider ça. Ces chers eurodéputés ne travaillent pas pour nos intérêts dans ce cas, mais dans ceux des GAFAM.
votre avatar
Un datacenter devrait arriver à côté de chez moi, quand je vois le niveau des débat je comprend que les gafam passent par une phase de lobbying. J’ai l.impression de voir les débat sur le nucléaire il y a 20 ans:
Je veux de l’electricité, je veux qu’elle soit propre mais je ne veux pas nucléaire à côté de chez moi…
Ok on fait comment ?

Les datacenter on veut qu’ils soient chez nous pour ne pas dépendre des autres, mais pas de datacenter chez nous :

Ok on fait comment ?
votre avatar
Je ne comprends pas trop la remarque : il s’agit de communiquer des informations sur l'efficacité des data center, pas de les interdire.
Ca me semble utile au débat de partager la connaissance sur ce sujet, tout comme c’est utile de disposer des données pour évaluer si le nucléaire est vraiment une énergie "propre".
Après on se fait son opinions et on fait des choix. Mais cacher a tout prix ces informations ce n’est pas sain.
votre avatar
Après on se fait son opinions et on fait des choix. Mais cacher a tout prix ces informations ce n’est pas sain.
Surtout pour avoir avoir les libertarés en train de t'expliquer que tous les calculs d'impact environnemental de l'IT sont faux (source: trust me bro, mais me demande surtout pas des données chiffrées).
votre avatar
On rentre dans des guerres de chiffres et c'est sans fin :
Il y a quelques semaines mon fils rentre de l'école, en disant que le prof a dit que chaque requête de chat gpt c'est un verre d'eau.
Oui mais non, oui ça consomme, mais clairement pas un verre l'eau la requête.
L'eau est en cycle fermé, est-ce qu'on c'est posé la même question sur un locomotive a vapeur ? Je ne pense pas.
Je vois le nombre de bullshit sur le véhicule électrique...

Alors j'aimerai bien vivre dans un monde rationnel mais c'est pas le cas, et le problème ( en parti résolu par l'ai pour les gens réellement curieux ) c'est qu'un bullshit c'est bien plus facile a répandre qu'a démonter.
votre avatar
Pour les datacenter c'est justement le problème, quand il fait trop chaud ils utilisent une boucle ouverte (rejet de l'eau chaude dans la nature et consommation d'eau potable) c'est plus efficace pour le refroidissement mais une catastrophe niveau consommation d'eau

next.ink Next
votre avatar
Ça se place comment par rapport à la consommation d’eau pour la culture du maïs ?
votre avatar
Les DC, ca se bouffe?
votre avatar
Tout le monde a intérêt à ce que les services en ligne soient optimisés. Les consommateurs qui risquent de payer l'électricité beaucoup plus cher. Les états qui risquent de devoir investir des sommes colossales pour soutenir quelque chose qui ne l'est pas. Les hébergeurs pour qui le modèle économique risque de se révéler incertain.
Surtout si c'est pour faire tourner un LLM pleine balle dans le but d'élaborer la recette du plat de midi ou de se sentir moins seul en lui racontant sa vie le soir venu...
votre avatar
Les datacenter on veut qu’ils soient chez nous pour ne pas dépendre des autres, mais pas de datacenter chez nous :
On n'a pas dit collectivement qu'on les voulait chez nous, ça dépend principalement de quels DC - et quel taille/impact sur le voisinage - et pour quoi faire.
votre avatar
C'es que ce je dis, le monde passe un temps fou sur les services fourni, mais on ne veut pas le revers de la médaille ( les services en lignes ne fonctionnent pas dans les nuages )
votre avatar
( les services en lignes ne fonctionnent pas dans les nuages )
Bah si, c'est du Cloud, enfin !
votre avatar
Peut-être que les personnes qui "passent un temps fou sur les services fournis" ne sont pas les mêmes que les personnes qui ne veulent pas voir une explosion de DC autour de chez eux ? Faire des généralités et mettre les gens et les problématiques dans le même panier empêche de les comprendre et d'y apporter des solutions. Même si c'est humain que de vouloir simplifier, surtout vu la complexité grandissante du monde. Mes profs m'ont toujours dit : "on, c'est un con" 😂
votre avatar
Faire des généralités et mettre les gens et les problématiques dans le même panier empêche de les comprendre et d'y apporter des solutions.
C'est surtout une bonne technique de la part de ceux qui voudraient les datacenters en France, mais plutôt chez leurs concitoyens que devant chez eux.
votre avatar
Ah les lobby... et l'UE complice :vomi2:

Rien à voir avec le thème des datacenters, mais je vais vous raconter une histoire ^^

Le 30.01.2014, Envoyé Spécial diffuse un sujet sur le contrôle technique moto et lobbying de Dekra auprès des députés.
Je capture cet extrait et le publie dès le lendemain sur ma chaine.

La vidéo fait sa vie, fait quelques milliers de vues au fil des années.
Le sujet du contrôle technique revient, part, et revient.
Le 03 juin 2023, soit plus de 9 ans après, je reçois un mail :
Nous avons reçu une demande de retrait pour atteinte aux droits d'auteur concernant votre vidéo et avons dû la supprimer de YouTube. Demande de retrait envoyée par : LeakID
La vidéo avait atteint 23804 vues.

le décret n° 2023-974 du 23 octobre 2023 met en place la contrôle technique moto.
Tiens tiens, les dates sont proche. Un hasard que la vidéo soit supprimée juste avant le décret ? :troll:

Pour la postérité, je l'ai republié sur archive.org

Bref, le lobbying :censored: :cartonrouge:
votre avatar
Tu sais qui a demandé, le retrait ? LeakID c'est pas très clair.
votre avatar
"lobbying", de la pression exercée en groupe.
"lobby", un groupe de pression.

Ce terme est connoté négativement, car il est tout simplement généralement utilisé pour qualifier l'exercice d'influence de la part de gens et/ou pour des idées auxquel(le)s on est opposé.

Dans l'absolu, l'influence n'est pas une chose nouvelle, mais effectivement souffre d'une dissymétrie, souvent à l'avantage des plus riches.

Appeler à encadrer/jeter la lumière/abonder en transparence tout exercice associé à de l'influence, c'est le jeu démocratique.

Vomir populistement sur un terme simplement pour attaquer des idées défendues auxquelles on s'oppose, c'est se tromper de combat.
Imaginez-vous être dans le camp d'en face, et que l'on attaque ce que vous soyez en train de faire.
votre avatar
Quand des députés/commissaires votent un truc qu'ils n'ont pas produit et donc certainement pas compris, il ne s'agit plus juste "d'idées" que l'on fait passer. Dans ce genre de cas on est plus dans la corruption (même si elle n'est pas financière). Les députés/commissaires n'ont rien fait, pas débattu, pas travaillé sur le sujet sinon le texte serait de leur fait. Ce qui est "attaqué" c'est la méthode surtout, en plus des idées.
votre avatar
Les députés ne sont pas des experts dans tous les domaines, leur rôles est d’écouter tout le monde et de trouver un compromis qui respecte la demande des électeurs.
votre avatar
qui respecte la demande des électeurs
... des monstres gentils, oui c'est un paradis ... :D
votre avatar
Vomir populistement sur un terme simplement pour attaquer des idées défendues auxquelles on s'oppose, c'est se tromper de combat.
En effet. On oublie souvent que l'UFC Que choisir, la Quadrature du net, noyb, etc., ont aussi des activités de lobbying.
votre avatar
Les lobbies qui ont tous fortuitement ouverts des bureaux autour du parlement européen donnent effectivement envie de vomir.

Non seulement nous sommes les dindons de la farce mais il faudrait encore qu´on ait le sourire et qu'on n´en dise pas de mal? Je vais donc plutôt accepter l´étiquette "populiste" et continuer de considérer ces groupes de gens comme des parasites qui ne travaillent que pour leurs intérêts mesquins, tout particulièrement au détriment du bien commun.
votre avatar
Oulah malheureux, parler de bien commun... On va te traiter de communiste ! 😅
votre avatar
Bof... en pratique c'est le bien des membres du politburo.
votre avatar
Je pense que ma dernière phrase t'a peut-être échappé :
Imaginez-vous être dans le camp d'en face, et que l'on attaque ce que vous soyez en train de faire.
Peut-être te sentirais-tu moins "dindon de la farce" si tu étais aligné avec les idées poussées par ces "parasites".
Les lobbies qui ont tous fortuitement ouverts des bureaux autour du parlement européen donnent effectivement envie de vomir.
Je rappelle :
Appeler à encadrer/jeter la lumière/abonder en transparence tout exercice associé à de l'influence, c'est le jeu démocratique.
Une fois ta vidange gastrique effectuée, il y a des choses à dire/demander/faire/proposer.

J'aime beaucoup la notion de "bien commun", sauf qu'elle ne fait, en fait, que cacher une vision subjective, une opinion sur la vision de ce qu'il faudrait pour nous tous, dont majoritairement tous les autres.
Cela fait partie de poncifs suspects, au même titre que le "bon sens", avec lesquels il est facile d'être d'accord sur la forme alors que c'est le fond qui compte.

Être d'accord sur "le bien commun" à défendre, c'est avant tout partager un faisceau d'idées.
On rentre donc alors à nouveau dans le débat sur celles souhaitées, défendues, et par qui.
votre avatar
"Bien commun" et "bon sens" n'ont absolument rien à voir dans leur usage.

Et il est en fait très simple de dégager des tendances claires sur ce qui relève du bien commun ou pas. Exemple très simple avec ces 2 concepts:

  1. Je fabrique des produits dangereux pour les masses mais profitables pour mon portefeuille. Je souhaite par ailleurs qu'il soit évidemment autorisé et que personne ne vienne me chercher des poux. Je vais activement tenter d'influencer les législateurs pour obtenir le résultat escompté.

  2. La santé publique, la prévention, l'éducation, le bien être des peuples, et tout ce qui permet de les mettre et maintenir en place.


L'une de ces entrées illustre des intentions et actions de lobbyistes, l'autre relève du bien commun. Saurez-vous les distinguer ?

Alors oui, bien sûr, je peux me mettre à la place du premier. Et considérer alors que je suis un enfoiré. Mais un enfoiré qui roulera sur l'or. Au détriment de la vie de millions? Pas grave: je serai heureux, mes enfants seront heureux, et les enfants de mes enfants seront heureux. Chouette. Youpi. L'avantage en plus, c'est que je pourrai bien être détesté de mes victimes, je m'en moquerai, je ne serai plus à ça près. Et puis tout le monde fait comme ça. Si c'est pas moi qui le fais ce sera quelqu'un d'autre à ma place, donc autant que ce soit moi. Moi. Moi. Moi. On connaît la rengaine. Par cœur.

C'est bon ? Non parce qu'on dit souvent qu'il faut arrêter de chercher des excuses aux gens. Donc se mettre dans les pompes du camp d'en face, ça va deux secondes. Le camp d'en face dont on parle ne se met jamais dans les pompes de personne d'autre que les siennes et particulièrement pas dans les nôtres.

Quand on fait des saloperies pour son seul bénéfice, normalement, on ne se prend pas pour Mère Teresa. Généralement, on sait ce qu'on fait. Sauf à se bercer d'illusions. Au mieux, on se trouve des raisons d'être comme ça mais avec une once de lucidité, on sait très bien que notre moteur c'est juste l'argent, la caillasse, le blé, les brouzoufs, la maille, le pèze, les eurothunes.

Maintenant rendre le concept de bien commun le plus flou ou subjectif possible, le mettre au même niveau que le bon sens et sa rhétorique du consensus, ça n'a rien d'objectif, ou d'intellectuellement supérieur. C'est juste s'autoriser à balayer d'un revers de main tout ce qui peut défendre les gens en tant que masse et autoriser à moindre frais tous ceux qui ont la moindre influence/puissance à en abuser contre ceux qui n'en ont pas.

Une fois qu'on a réduit "bien commun" a un concept creux ou subjectif, pourquoi s'en soucier ?
Voire, pourquoi s'embêter avec un parlement ?
Autant repasser à un régime prônant officiellement l'arbitraire, le clientélisme, l'aristocratie.

Le bien commun n'est absolument pas un faisceau d'idées.
Ce que la puissance publique doit faire ou ne pas faire oui.
Mais c'est assez nettement décorrélé de ce que représente le bien commun.

Enfin, et pour en revenir un peu au sujet de base, n'hésitez pas à me dire en quoi la position de Ms est salutaire et souhaitable. Parce qu'en me mettant à leur place comme vous souhaitez tant que je le fasse, la seule réponde qui me vient est: "je fais ce que je veux, je consomme ce que je veux, foutez-moi la paix." Mais je dois sûrement manquer d'imagination...
votre avatar
Pourquoi veulent ils les cacher s'ils n'ont rien à se reprocher