UE : la Commission a copié/collé les lobbys pour cacher les données sur les datacenters
Discrétion assistée par la loi
Le 17 avril à 17h05
En 2024, Microsoft et le lobby bruxellois de la tech DigitalEurope ont obtenu que les données de consommation des datacenters de plus de 500 kW récoltées par la Commission européenne ne soient pas rendues publiques. Le consortium Investigate Europe montre que les amendements au texte européen réglementant ces informations sont des reprises quasiment mot pour mot des propositions qu’ils ont faites.
UE : la Commission a copié/collé les lobbys pour cacher les données sur les datacenters
Discrétion assistée par la loi
En 2024, Microsoft et le lobby bruxellois de la tech DigitalEurope ont obtenu que les données de consommation des datacenters de plus de 500 kW récoltées par la Commission européenne ne soient pas rendues publiques. Le consortium Investigate Europe montre que les amendements au texte européen réglementant ces informations sont des reprises quasiment mot pour mot des propositions qu’ils ont faites.
Droit
Droit
4 min
Il y a trois ans, en 2023, l’Union européenne a voulu réviser sa législation sur l’efficacité énergétique et introduire une obligation d’information sur la consommation des data centers qui dépassent les 500 kW de puissance. Mais Microsoft et le lobby bruxellois de la tech DigitalEurope ont réussi à faire intégrer à la Commission des amendements quasiment copiés/collés interdisant toute publication de ces données par l’Europe et ses États membres, a découvert le consortium journalistique Investigate Europe.
Les données sur la consommation des data centers font l’objet d’intenses débats sur leur impact environnemental. Dans leurs rapports environnementaux maison, les grandes entreprises de la tech font leurs arrangements (plus ou moins importants), rendant impossible leur interprétation. Les projets de création de data centers font de plus en plus face à des résistances, mais il est difficile d’objectiver le débat avec le peu d’informations sur la réalité du terrain de ces installations.
Dans ce sens, la volonté exprimée par une première version du texte de révision aurait pu grandement aider l’information du public sur le sujet. En effet, le texte prévoyait un inventaire des informations sur les data centers de plus de 500 kW situés en Europe comportant au moins leur localisation et des indicateurs de performance sur la consommation d’énergie, la valorisation de la chaleur résiduelle, la consommation d’eau et l’utilisation d’énergies renouvelables. Et, selon cette première version, la Commission devait rendre publique cette base de données sous forme agrégée.
Ensuite, comme le prévoit le processus, la Commission a recueilli les commentaires des parties concernées et notamment des différents lobbys. Ainsi, Microsoft [PDF] et le lobby DigitalEurope (dont les membres sont par exemple Meta, CapGemini, Microsoft, NVIDIA ou encore Google) [PDF] ont tous deux proposé un amendement pour classifier les informations concernant les data centers.
Des propositions d’amendements adoptées mot pour mot
Et, dans l’article 5 du texte final, ces amendements ont été adoptés quasiment mot pour mot. Ainsi, le texte prévoit, comme le demandaient Microsoft et DigitalEurope, que « les informations relatives aux centres de données, qui sont soumises au droit de l’Union et au droit national en matière de protection des secrets d’affaires et de confidentialité, ne doivent pas être rendues publiques. L’article 12, paragraphe 3, exige en outre que la base de données européenne soit accessible au public sous forme agrégée. Il est donc nécessaire de veiller à ce que les indicateurs clés de performance et les autres informations communiquées à la base de données européenne restent confidentiels ».
A aussi été ajouté que « la Commission et les États membres concernés préservent la confidentialité de toutes les informations et de tous les indicateurs clés de performance relatifs aux centres de données individuels qui sont communiqués à la base de données conformément à l’article 3. Ces informations sont considérées comme des informations confidentielles touchant aux intérêts commerciaux des exploitants et des propriétaires de centres de données », comme le demandaient les entreprises de la tech mot pour mot ou presque.
Nos confrères expliquent que les États membres de l’Union européenne ont aussi été vivement encouragés par la Commission à refuser toute demande d’accès à ces informations dans un email envoyé début 2025 [PDF].
Selon le chercheur en droit de l’environnement de l’université d’Opole, Jerzy Jendrośka, consulté par Investigate Europe, cette clause de confidentialité pourrait violer les règles de transparence édictées par la Convention d’Aarhus. « En vingt ans, je ne me souviens pas d’un cas similaire », explique-t-il, « Cela ne semble manifestement pas conforme à la convention ».
Commentaires (30)
Abonnez-vous pour prendre part au débat
Déjà abonné ou lecteur ? Se connecter
Cet article est en accès libre, mais il est le produit d'une rédaction qui ne travaille que pour ses lecteurs, sur un média sans pub et sans tracker. Soutenez le journalisme tech de qualité en vous abonnant.
Accédez en illimité aux articles d'un média expert
Profitez d'au moins 1 To de stockage pour vos sauvegardes
Intégrez la communauté et prenez part aux débats
Partagez des articles premium à vos contacts
Abonnez-vousModifié le 17 avril à 15h38
corrompusinformés par ces lobbies ?Le 17 avril à 21h10
On te laisse libre jusqu'à 06h du matin, parce qu'on est cléments.
Le 18 avril à 13h11
Le 17 avril à 17h47
Moi aussi j'aimerais bien savoir qui a osé valider ça. Ces chers eurodéputés ne travaillent pas pour nos intérêts dans ce cas, mais dans ceux des GAFAM.
Le 17 avril à 18h25
Je veux de l’electricité, je veux qu’elle soit propre mais je ne veux pas nucléaire à côté de chez moi…
Ok on fait comment ?
Les datacenter on veut qu’ils soient chez nous pour ne pas dépendre des autres, mais pas de datacenter chez nous :
Ok on fait comment ?
Le 17 avril à 18h59
Ca me semble utile au débat de partager la connaissance sur ce sujet, tout comme c’est utile de disposer des données pour évaluer si le nucléaire est vraiment une énergie "propre".
Après on se fait son opinions et on fait des choix. Mais cacher a tout prix ces informations ce n’est pas sain.
Le 17 avril à 19h19
Modifié le 17 avril à 20h32
Il y a quelques semaines mon fils rentre de l'école, en disant que le prof a dit que chaque requête de chat gpt c'est un verre d'eau.
Oui mais non, oui ça consomme, mais clairement pas un verre l'eau la requête.
L'eau est en cycle fermé, est-ce qu'on c'est posé la même question sur un locomotive a vapeur ? Je ne pense pas.
Je vois le nombre de bullshit sur le véhicule électrique...
Alors j'aimerai bien vivre dans un monde rationnel mais c'est pas le cas, et le problème ( en parti résolu par l'ai pour les gens réellement curieux ) c'est qu'un bullshit c'est bien plus facile a répandre qu'a démonter.
Le 18 avril à 01h37
Le 18 avril à 08h43
Le 20 avril à 07h58
Le 18 avril à 11h56
Surtout si c'est pour faire tourner un LLM pleine balle dans le but d'élaborer la recette du plat de midi ou de se sentir moins seul en lui racontant sa vie le soir venu...
Le 17 avril à 19h21
Le 17 avril à 20h34
Le 17 avril à 20h53
Le 18 avril à 00h24
Le 18 avril à 14h01
Modifié le 17 avril à 19h13
Rien à voir avec le thème des datacenters, mais je vais vous raconter une histoire ^^
Le 30.01.2014, Envoyé Spécial diffuse un sujet sur le contrôle technique moto et lobbying de Dekra auprès des députés.
Je capture cet extrait et le publie dès le lendemain sur ma chaine.
La vidéo fait sa vie, fait quelques milliers de vues au fil des années.
Le sujet du contrôle technique revient, part, et revient.
Le 03 juin 2023, soit plus de 9 ans après, je reçois un mail :La vidéo avait atteint 23804 vues.
le décret n° 2023-974 du 23 octobre 2023 met en place la contrôle technique moto.
Tiens tiens, les dates sont proche. Un hasard que la vidéo soit supprimée juste avant le décret ?
Pour la postérité, je l'ai republié sur archive.org
Bref, le lobbying
Le 17 avril à 20h35
Le 17 avril à 21h08
"lobby", un groupe de pression.
Ce terme est connoté négativement, car il est tout simplement généralement utilisé pour qualifier l'exercice d'influence de la part de gens et/ou pour des idées auxquel(le)s on est opposé.
Dans l'absolu, l'influence n'est pas une chose nouvelle, mais effectivement souffre d'une dissymétrie, souvent à l'avantage des plus riches.
Appeler à encadrer/jeter la lumière/abonder en transparence tout exercice associé à de l'influence, c'est le jeu démocratique.
Vomir populistement sur un terme simplement pour attaquer des idées défendues auxquelles on s'oppose, c'est se tromper de combat.
Imaginez-vous être dans le camp d'en face, et que l'on attaque ce que vous soyez en train de faire.
Modifié le 18 avril à 08h41
Le 18 avril à 08h54
Le 18 avril à 20h49
Le 18 avril à 09h18
Le 18 avril à 13h56
Non seulement nous sommes les dindons de la farce mais il faudrait encore qu´on ait le sourire et qu'on n´en dise pas de mal? Je vais donc plutôt accepter l´étiquette "populiste" et continuer de considérer ces groupes de gens comme des parasites qui ne travaillent que pour leurs intérêts mesquins, tout particulièrement au détriment du bien commun.
Le 18 avril à 15h25
Le 20 avril à 08h00
Modifié le 20 avril à 15h07
Je rappelle :Une fois ta vidange gastrique effectuée, il y a des choses à dire/demander/faire/proposer.
J'aime beaucoup la notion de "bien commun", sauf qu'elle ne fait, en fait, que cacher une vision subjective, une opinion sur la vision de ce qu'il faudrait pour nous tous, dont majoritairement tous les autres.
Cela fait partie de poncifs suspects, au même titre que le "bon sens", avec lesquels il est facile d'être d'accord sur la forme alors que c'est le fond qui compte.
Être d'accord sur "le bien commun" à défendre, c'est avant tout partager un faisceau d'idées.
On rentre donc alors à nouveau dans le débat sur celles souhaitées, défendues, et par qui.
Modifié le 20 avril à 16h16
Et il est en fait très simple de dégager des tendances claires sur ce qui relève du bien commun ou pas. Exemple très simple avec ces 2 concepts:
L'une de ces entrées illustre des intentions et actions de lobbyistes, l'autre relève du bien commun. Saurez-vous les distinguer ?
Alors oui, bien sûr, je peux me mettre à la place du premier. Et considérer alors que je suis un enfoiré. Mais un enfoiré qui roulera sur l'or. Au détriment de la vie de millions? Pas grave: je serai heureux, mes enfants seront heureux, et les enfants de mes enfants seront heureux. Chouette. Youpi. L'avantage en plus, c'est que je pourrai bien être détesté de mes victimes, je m'en moquerai, je ne serai plus à ça près. Et puis tout le monde fait comme ça. Si c'est pas moi qui le fais ce sera quelqu'un d'autre à ma place, donc autant que ce soit moi. Moi. Moi. Moi. On connaît la rengaine. Par cœur.
C'est bon ? Non parce qu'on dit souvent qu'il faut arrêter de chercher des excuses aux gens. Donc se mettre dans les pompes du camp d'en face, ça va deux secondes. Le camp d'en face dont on parle ne se met jamais dans les pompes de personne d'autre que les siennes et particulièrement pas dans les nôtres.
Quand on fait des saloperies pour son seul bénéfice, normalement, on ne se prend pas pour Mère Teresa. Généralement, on sait ce qu'on fait. Sauf à se bercer d'illusions. Au mieux, on se trouve des raisons d'être comme ça mais avec une once de lucidité, on sait très bien que notre moteur c'est juste l'argent, la caillasse, le blé, les brouzoufs, la maille, le pèze, les eurothunes.
Maintenant rendre le concept de bien commun le plus flou ou subjectif possible, le mettre au même niveau que le bon sens et sa rhétorique du consensus, ça n'a rien d'objectif, ou d'intellectuellement supérieur. C'est juste s'autoriser à balayer d'un revers de main tout ce qui peut défendre les gens en tant que masse et autoriser à moindre frais tous ceux qui ont la moindre influence/puissance à en abuser contre ceux qui n'en ont pas.
Une fois qu'on a réduit "bien commun" a un concept creux ou subjectif, pourquoi s'en soucier ?
Voire, pourquoi s'embêter avec un parlement ?
Autant repasser à un régime prônant officiellement l'arbitraire, le clientélisme, l'aristocratie.
Le bien commun n'est absolument pas un faisceau d'idées.
Ce que la puissance publique doit faire ou ne pas faire oui.
Mais c'est assez nettement décorrélé de ce que représente le bien commun.
Enfin, et pour en revenir un peu au sujet de base, n'hésitez pas à me dire en quoi la position de Ms est salutaire et souhaitable. Parce qu'en me mettant à leur place comme vous souhaitez tant que je le fasse, la seule réponde qui me vient est: "je fais ce que je veux, je consomme ce que je veux, foutez-moi la paix." Mais je dois sûrement manquer d'imagination...
Le 20 avril à 14h06
Signaler un commentaire
Voulez-vous vraiment signaler ce commentaire ?