Trump démantèle le réseau de recueil de données climatiques dans l’océan le plus avancé
Casser le thermomètre, littéralement
Illustration : Flock
Le 08 juin à 14h14
Donald Trump continue sa politique consistant à couper les budgets de la recherche états-unienne. Visant particulièrement les recherches sur le changement climatique, son administration vient de décider le démantèlement d’un réseau de bouées particulièrement crucial pour la récolte de données sur le sujet.
Trump démantèle le réseau de recueil de données climatiques dans l’océan le plus avancé
Casser le thermomètre, littéralement
Illustration : Flock
Donald Trump continue sa politique consistant à couper les budgets de la recherche états-unienne. Visant particulièrement les recherches sur le changement climatique, son administration vient de décider le démantèlement d’un réseau de bouées particulièrement crucial pour la récolte de données sur le sujet.
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5 min
La recherche, et notamment celle sur le climat, continue d’être attaquée par l’administration Trump. En effet, après les coupes dans les budgets et dans les effectifs mises en place depuis l’année dernière, la National Science Foundation (NSF) a annoncé le 21 mai dernier le démantèlement d’une grande partie du réseau d’instruments scientifiques du projet Ocean Observatories Initiative (OOI) qu’elle a financé depuis 10 ans.
« Ce plan prévoit le retrait de toutes les infrastructures sous-marines de la mer d’Irminger, ainsi que des réseaux de la station Papa, d’Endurance et de Pioneer, sous réserve des contraintes liées au calendrier des navires et d’autres contraintes opérationnelles. Tout le matériel récupéré sera conservé par l’organisme responsable de l’exploitation dans l’attente de nouvelles instructions », explique la NSF, la principale agence de financement de la recherche aux États-Unis. Cette annonce a été faite moins d’un mois après que Donald Trump a viré tous les membres du conseil d’administration de l’agence (qui étaient des chercheurs ou ingénieurs).
Selon le New York Times, ce n’est pas moins de 900 instruments d’observation qui vont être enlevés. Et la NSF prévoit d’envoyer des bateaux pour les récupérer dès ce mois de juin.
Le fonds ajoute garder pour l’instant le « réseau câblé régional » du projet qui se situe au large de Portland ainsi que le data center de l’OOI pour les opérations en cours. Ironiquement, dans son communiqué, la NSF continue à souligner l’importance du projet : « Nous encourageons la communauté à exploiter les données de l’OOI, accumulées depuis plus de dix ans, en les intégrant dans leurs propositions, publications, présentations et échanges avec leurs collègues. Cet engagement continu met en évidence l’impact scientifique et les applications très variées rendues possibles par l’OOI et ses données, soulignant ainsi son importance en tant que ressource pour la communauté océanographique ».
Le système d’observation océanique le plus avancé au monde
Ce réseau d’instruments scientifiques qui a coûté 365 millions de dollars est un outil très utile pour comprendre le changement climatique. L’OOI est le « système d’observation océanique en fonctionnement continu le plus avancé au monde », estime Jim Edson, qui en était responsable en 2022, au New York Times. Comme l’explique l’Institut océanographique de Woods Hole, dans l’océan Austral par exemple, « les premiers déploiements de balises OOI en 2015 ont permis d’obtenir les premières séries chronologiques jamais enregistrées sur les mouvements de chaleur et de masses d’eau dans la région — des données qui revêtent un intérêt particulier pour la population chilienne, alors que le pays est confronté à une sécheresse persistante due à l’évolution des régimes de vent et de pression atmosphérique au-dessus de l’océan ».
La partie du projet située en mer d’Irminger a permis, elle, de mieux comprendre le fonctionnement de l’Atlantic Meridional Overturning Circulation (AMOC), le système de circulation océanique profonde situé dans l’Atlantique à l’origine des courants. « Ce vaste système de courants marins, dont fait partie le Gulf Stream, joue un rôle essentiel dans la régulation du climat mondial, notamment en transportant de la chaleur des tropiques vers l’Atlantique Nord », explique le CNRS.
Quel pays sera capable de développer un réseau similaire ?
« Cela témoigne une fois de plus du manque de compréhension de la valeur et du mérite scientifiques dont fait preuve l’administration actuelle », se lamente au New York Times Craig McLean, le chercheur qui était le responsable scientifique de la National Oceanic & Atmospheric Administration lors du premier mandat de Donald Trump. « En démantelant un tel système, nous reléguons une nouvelle fois les États-Unis au second plan dans le domaine du leadership scientifique mondial », ajoute-t-il.
Le problème est que le projet n’est pas seulement abandonné mais qu’il est aussi démantelé. Ainsi, pour qu’un autre pays reprenne le relais, il lui faudrait redéployer un réseau d’outils très onéreux.
En mai 2025, en France, des chercheuses et chercheurs tiraient la sonnette d’alarme devant les sénateurs pour que notre pays propose une alternative pour héberger les données menacées par Trump. Le directeur général délégué à la science du CNRS, Alain Schuhl, affirmait que les bases de données étaient « l’urgence absolue ». Mais le sénateur Pierre Ouzoulias (PCF) attirait aussi l’attention sur « les bouées de surface dans l’hémisphère nord [qui mesurent paramètres météorologiques et océanographiques], c’est 50 % ».
«Si on perd ces bouées, on est incapables de prévoir des phénomènes extrêmes. Je ne parle même pas du Pacifique, où là, on est totalement dépendants des données météorologiques américaines et nous serions incapables de prévoir des cyclones à Mayotte, à la Réunion ou en Polynésie. Il y a un souci majeur », expliquait-il.
Mais depuis, la France a continué à baisser, elle aussi, les budgets de recherche. Ainsi, l’océanographe et directrice de recherche au CNRS Katell Guizien se plaignait de ne plus pouvoir payer les contrats de travail de chercheurs de son équipe à cause des restrictions budgétaires au sein de l’organisme de recherche. Et le gouvernement a annoncé récemment des coupes budgétaires plus importantes touchant les universités, la recherche et France 2030.
Commentaires (34)
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Abonnez-vousModifié le 8 juin à 14h29
Et encore une opportunité que l'Europe devrait saisir pour grapiller des points d'influence à l'international, en développant au passage sa cohésion interne. Mais qu'elle ne saisira sans doute pas, comme pour toutes les perches tendues indirectement/involontairement par les bêtises de Trump. C'est dommage.
Le 8 juin à 15h07
Le 8 juin à 16h11
Le 9 juin à 10h53
N'est-ce pas quelque peu exagéré ?
Le 10 juin à 15h34
Le 8 juin à 14h38
Le 8 juin à 15h05
Le 8 juin à 15h23
Le 8 juin à 15h37
"Monsieur le juge, si j'ai découpé en tranches cette enfant, c'est parce les crop-tops ça m'énerve, J'aimerais qu'on parle des tenues vestimentaires chez les collégiennes, elles ne sont pas étrangères à ma soif de sang."
Toujours la même chose: faire le pire mais ne surtout pas l'assumer. À croire que vous savez que vous faites de la merde, sinon à quoi bon rejeter la faute si finalement c'était bien de tout bousiller comme ça? Normalement si on fait ce qui est bien, on doit en être fier. Donc tous les bons gros défenseurs de l'agent orange, soyez fiers de ses actions au lieu de tourner atour du pot maladroitement.
Le 8 juin à 17h28
Et sans aller aussi loin, c'est l'angle individualiste de la question (porté par ce même système) en ne cherchant qu'à orienté des consommateurs plus ou moins éduqués sur le sujet, conscient, responsable... dans les limites de leurs portes monnaies... A partir de ce moment là, quand un fou dit que rien n'existe et que seul le porte monnaie vaut la peine...
En axant sur les consommateurs, on évite de prendre le sujet de la production, de l'orienter volontairement, avec des plans de productions, des économies d'échelles... ce pouvoir est gardé à des privés... qui finissent par prendre le pouvoir et par dire "c'est des fadaises le réchauffement climatique, laissez moi faire mes affaires comme je veux". Mais c'est bien ces gens là qu'il faut mettre au pas ; eux dont il faudrait se débarrasser.
Le 8 juin à 18h35
Info utile: Même le GIEC est revenu sur son scénario épouvantail (celui du "on change rien"... et le seul qui n'aurait donc pas dû changer) de la bagatelle de -3° il y a 1 mois tout en sachant qu'il était irréaliste depuis au moins 9 ans (une paille).
Il faut dire que se faire l'auxiliaire d'une gouvernance par la peur a ses limites quand les prévisions ne collent pas à une réalité qui semble toujours bien mal comprise dans une situation de réchauffement pourtant indéniable.
Le 9 juin à 09h19
Par ailleurs, le scénario RCP8.5 n'était pas le business as usual, mais basé sur une consommation accrue de charbon.
Modifié le 10 juin à 14h27
Même wikipedia ne nie pas le pb sur l'utilisation effective de ce scenario:
"En 2020, Zeke Hausfather et Glen P. Peters expliquent dans Nature que de nombreux travaux sur le changement climatique utilisent encore un scénario extrême d’émissions de CO2 comme s’il représentait le futur « normal » ou « business as usual » (BAU). En particulier, le RCP8.5 suppose une très forte croissance de la consommation de charbon, de faibles progrès technologiques et une hausse massive des émissions jusqu’en 2100. Selon eux, ce scénario n’est plus réaliste aujourd’hui et son usage excessif peut fausser le débat public et les politiques climatiques."
Et c'était en 2020... mais dès 2017 le GIEC savait que c'était du flan alors pourquoi avoir mis 9 ans pour dire que ca n'arriverait pas si ce n'est servir des cartouches à une gouvernance par la peur (et la taxe, avec en prime un retour d’ascendeur en subventions à ceux dont les foutaises délibérées justifient la ponction, ce qui s'appelle en bon français un conflit d'intérêts)?
Maintenant, je te ferais remarquer que ceci intervient alors qu'un retour au charbon est en cours, au delà de l’Allemagne (après la fin du nucléaire, ils ont fait pire encore avec la houille dont ils ont des siècles de réserves) pionnière, qui touche beaucoup de pays depuis le choc de 2022... auquel s'ajoute désormais le blocage d'Ormuz et, pour les années à venir, le temps de reconstruire les infras détruites même si le conflit USA-Israel/Iran s'arrêtait maintenant.
Il n'y aurait donc actuellement aucune raison d'être optimiste sur ce sujet...
Par ailleurs, je ne nie pas que l'on déploie PV et éolien... mais le pb c'est que cela ne change pas grand chose, en particulier l'hiver, vu l'efficacité médiocre. C'est même un motif à coller en backup/doublon la capacité de production thermique correspondante: C'est beau la transition. Le VE je ne suis pas contre, y'a juste que tant que les densités énergétiques des batteries n'atteindront pas au moins la moitié de celle des carburants (pour tenir compte du rendement global comparé et du temps du "plein") ça n'aura de sens que pour des citadines.
Le 10 juin à 15h40
Et contrairement à ce que tu dis, les VE sont avant tout intéressants pour des véhicules qui roulent beaucoup. Sinon, tu peux effectivement aussi dire balec, mais il ne faudra pas venir pleurer quand les conséquences ne seront plus maîtrisables et qu'il sera trop tard pour agir.
Le 8 juin à 18h25
Modifié le 8 juin à 19h17
Le 8 juin à 16h37
Le 8 juin à 15h09
https://www.ladepeche.fr/2026/06/05/une-future-crise-agricole-provoquee-par-donald-trump-aux-etats-unis-comment-une-mouche-mangeuse-de-chair-eradiquee-depuis-des-decennies-fait-son-13404940.php
Le 8 juin à 15h24
Malheureusement, ce sont les plus pauvres qui vont en payer le prix.
Que la Floride, ou au moins Mar-a-Lago, soit rapidement envahie par les eaux.
Modifié le 8 juin à 16h00
Ceux qui y perdent et qui vont le payer très cher, c'est la collectivité, eux inclus.
(Dés)Œuvrer pour le bien commun n'est pas un jeu à somme nulle.
Et il sera trop tard lorsque les conséquences se feront sentir, car on ne peut pas remplacer des données que l'on n'a pas collectées…
C'est surtout cela qui me fait tressaillir de peur.
Le 8 juin à 15h57
Les méandres de la complexité des administrations, institutions & organisations…
Le 8 juin à 17h04
Il existe plusieurs réseaux de bouées de mesures aux US. Le NDBC inclus les données des bouées de partenaires internationaux comme le Met'Office ou Météo-France.
Le 9 juin à 12h44
Il s'agit donc encore d'autre chose…
C'est là où je me dis qu'un éclatement d'administrations en plus petites, plus ciblées, est aussi un frein à leur démantèlement…
C'est le stockage des données et leur accès qui était donc compromis ?
Et j'imagine le financement de leur entretien/déploiement ?
Je n'arrive malheureusement pas à retrouver les anciens articles, car la recherche ne fonctionne pas…
Le 8 juin à 18h23
Le 8 juin à 19h30
Modifié le 8 juin à 20h12
Trump : Hum... Vous avez raison, il faut faire quelque chose.
(Démantèle le réseau de relevés océaniques)
Trump : Voilà vous voyez il n'y a plus de problèmes (et fuck l'Europe) !
Scientifique : ......
Le 8 juin à 21h40
le pire c'est que le réseau est déployé et fonctionnel donc ne coûte "presque rien" à faire fonctionner quelques dizaine de millions seulement ne représente rien dans le budget et va probablement coûter plus de démanteler ou à part peut être le laisser couler.
Le 9 juin à 11h37
Il y a aura d'autres bouées au final dans cette région... On constatera le ralentissement de ce courant (gulf stream), comme déjà théorisé depuis bien longtemps. De plus, ce dernier passe pas loin de la France, c'est pour cela d'ailleurs que nos amis Bretons ont une météo plutôt clémente l'année.
La gravité immédiate est justement la difficulté de prévision des changements brutaux et violent de la météo de la région (à ne pas confondre avec le climat).
Le 9 juin à 11h43
Parce que je t'assure qu'une nuit de tempête, ça ne rigole pas…
Le 9 juin à 12h03
Le 9 juin à 13h20
"si on arrêtte ce zinzin les autres pays continueront leurs études et donc on bénéficiera de toute façon de leurs résultats et conclusions.
Le tout sans payer"
Le 17 juin à 15h09
Modifié le 22 juin à 11h51
A lire des témoignages ici et là, il semblerait que le Congrès passe son temps à détricoter les décisions anti-science de Trump. Il y a bien eu quelques départs de scientifiques mais comme les pays concurrents n'ont pas augmenté les fonds recherche (au hasard... la France
Et donc pour l'OOI ici, le Congrès vient de le relancer par une loi bi-partisane, source ici (attention le titre est trompeur, ce n'est PAS l'administration Trump qui annule !). Il semblerait qu'il y a bien eu un démontage de quelques élements mais déjà des plans pour remettre en service.
Le 22 juin à 13h32
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