Un réseau social européen ? On est passé de Bluesky à Mu.social, et on vous explique
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Illustration : Flock
Le 16 juillet à 16h32
Depuis un peu plus d’un mois, un réseau social européen a fait son entrée sur le protocole AT, qui sert de colonne vertébrale à Bluesky. Next l’a testé et en a discuté avec l’un de ses architectes.
Un réseau social européen ? On est passé de Bluesky à Mu.social, et on vous explique
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Illustration : Flock
Depuis un peu plus d’un mois, un réseau social européen a fait son entrée sur le protocole AT, qui sert de colonne vertébrale à Bluesky. Next l’a testé et en a discuté avec l’un de ses architectes.
Réseaux sociaux
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9 min
Le réseau social a 34 jours à l’heure de publier ces lignes. Il comptait 100 000 utilisateurs au bout de 26 jours d’existence. De mon côté, j’ai rejoint la troupe alors que la plateforme fêtait sa troisième semaine d’existence.
Dans l’idée d’européaniser un peu mes réseaux sociaux – et d’écrire une série d’articles qui débute avec celui-ci –, je suis allée un cran plus loin : j’ai déplacé toutes mes données sur Eurosky, la plateforme construite par la Modal Foundation. L’entité, qui gère aussi Mu, vise à fournir au public un compte unique lui permettant d’accéder à une foultitude d’applications reliées par une seule et même infrastructure : le protocole AT.
Si tous ces termes techniques vous collent des frissons d’angoisse, retenez pour le moment qu’un compte Eurosky vous permet d’accéder, depuis l’Europe et sans avoir à vous réinscrire 15 fois, à des services aussi divers que des applications de construction de site, des réseaux sociaux (type Mu), des services de code, de blog, de veille, etc. On vous en dit plus dans l’article suivant. Si vous ne l’avez pas lu, sachez néanmoins que vous pouvez vous référer à tout cela en évoquant l’ATmosphere, à laquelle appartient aussi… Bluesky.
Mais revenons à nos mu-tons. Depuis quelques jours, j’observais une partie de la communauté Bluesky discuter de ce nouveau réseau social, Mu. Pourquoi changer encore de plateforme, alors que j’avais déjà dû fuir X, me créer un compte sur Bluesky, un autre sur Mastodon, bref, que je vis désormais dans une (relative) cacophonie de services ? « Il n’y a aucune obligation, répond à Next le vice-président de Modal, Robin Berjon. Vous aurez le même contenu et le même genre de réseau. En revanche, vous y gagnerez un ensemble de fonctionnalités supplémentaires », à commencer par le très inutile mais très satisfaisant petit chat qui court depuis deux semaines en bas de mon écran.

L’interopérabilité en action
Surtout, le réseau est construit de telle sorte qu’il est possible de tester Mu sans abandonner son compte Bluesky. Vous voyez l’interopérabilité, ce terme barbare que professent certains défenseurs du numérique (comme la Quadrature du Net) depuis des années ? Très concrètement, c’est cela qu’elle permet : avoir un compte utilisateur quelque part, s’en servir pour accéder à une multitude de services construits par des gens différents. Ça permet aussi d’accéder au même contenu, produit par la même foule de personnes auxquelles, personnellement, je me suis abonnée depuis mon arrivée sur Bluesky, depuis l’interface de mon choix.
En l’occurrence, depuis un demi-mois, j’ai abandonné la plateforme grise et bleue de Bluesky pour adopter celle marron et rose (vous pouvez tout à fait modifier les couleurs dans les paramètres) de Mu. Avec un poticha en plus.

Si j’insiste sur le chat, c’est à la fois pour la blague et parce que ç’a fait l’effet d’un excellent coup marketing à l’échelle de la rédaction de Next. J’ai vu des gens en parler depuis Bluesky. Je me suis dit qu’il fallait que je teste. J’ai créé mon compte, j’ai été dans Paramètres / Companion (oui, de petits anglicismes subsistent) et voir ce petit être de pixel se promener sur mon écran m’a rendue excessivement heureuse. J’en ai parlé sur les réseaux (alors que j’aurais dû accorder toute mon attention à une réunion de rédaction, oups). Mes collègues l’ont vu : en moins de trois minutes, une bonne partie d’entre eux étaient en train de tester pour avoir, eux aussi, la satisfaction de voir un petit-chat-mignon sur leur écran.
Des vérificateurs de confiance par communauté
Plus sérieusement, cela dit, Mu propose quelques autres fonctionnalités différentes de celles de Bluesky. Ainsi de l’onglet « Actualités », accessible à gauche, sous la page d’accueil. « Pour le moment il est très basique, il ne prend en compte que quelques centres d’intérêt et une zone géographique, mais on travaille sur quelque chose de plus avancé, explique Robin Berjon. Quelque chose qui ressemble à un mélange entre les flux sociaux des journaux et le flux RSS d’un journal, en faisant apparaître les comptes des journalistes sur le côté, les commentaires des gens… »
Un peu plus développé, Mu recourt aussi à un système de vérificateur de confiance. Ici, pas de paiement ou de nombre d’abonnés à dépasser pour obtenir le coche des utilisateurs vérifiés. Au contraire, il faut plutôt compter sur les travaux de communautés spécifiques pour faire émerger une série de comptes vérifiés.
« L’idée, à terme, c’est d’avoir un Wikipedia de la vérification. » Sur Facebook ou Twitter, rappelle Robin Berjon, de premiers programmes de vérification ont émergé, sur lesquels les sociétés ont fait des efforts « dans un premier temps. Cela devait notamment servir à protéger contre les bots. Et puis ils se sont rendu compte que moins de bots, cela impliquait moins de vues, donc des statistiques publicitaires plus basses. » Sans parler du tournant très pécuniaire pris par X, sous l’impulsion d’Elon Musk. En déléguant à des communautés nationales, d’intérêts, de spécialités, le but est « d’empêcher que la vérification ne reste aux mains d’une seule société, qui puisse changer d’avis ».

Et de souligner que Medsky, une communauté dédiée à la santé, est par exemple très active dans la validation de « comptes crédibles de la communauté médicale ». En l’état, le système est « encore un peu trop centralisé », note cela dit Robin Berjon : rien n’empêche le compte La France sur Bluesky/Eurosky, qui a vérifié mon propre compte, de changer de politique du jour au lendemain, donc de minimiser la crédibilité de sa vérification. « Des communautés comme ATProto Belgique essaient de déporter cela, en créant des processus documentés, en fournissant une traçabilité de l’information qui permet à l’utilisateur de vérifier comment les décisions sont prises. » Une logique aussi ouverte, encore une fois, que celle qui anime Wikipedia.
Parmi les nouvelles fonctionnalités à venir, Robin Berjon cite la possibilité d’intégrer « des mini-applications, des mini-fonctionnalités, des petits jeux » directement dans Mu. Ou encore un chantier relatif à la vérification de l’âge. « On peut être partagés, considérer que ce type de décision politique n’est pas dingue. Mais comme ça semble arriver, autant le faire le moins mal possible. » En d’autres termes, les équipes de la Fondation Modal devraient réfléchir à un système aussi « respectueux de la vie privée et peu intrusif » que possible. De ces gros chantiers aux petits outils comme le chiffrage automatique du nombre de messages dans un thread, la plateforme promet sur son site web « des nouvelles choses toutes les semaines ».
Un réseau social (très) jeune
Au bout de quelques semaines d’usage, quelles critiques pourrais-je faire à cette version européenne de Bluesky ? Comme j’ai été jusqu’au bout de la démarche, c’est-à-dire que je ne me suis pas contentée de recourir à mon compte utilisateur Bluesky pour tester Mu, mais que j’ai déplacé mes données chez Eurosky, je tombe quelquefois sur un message d’erreur lorsqu’un collègue m’envoie un lien vers un message Bluesky.
À moi de déduire des éléments que j’y lis (je pars généralement du nom du profil) pour aller rechercher le message depuis mon compte Mu. Ce genre de désagrément « est voué à se résorber » au gré des travaux sur Mu, indique Robin Berjon. Ce matin, j’ai aussi vécu l’étrange expérience de voir ma photo de profil remplacée par la sienne – j’avais visiblement traîné un peu trop longtemps sur son profil le temps d’écrire cet article. Bref, Mu est jeune, et encore un peu brouillon par endroits.

Mais ces petits désagréments n’empêcheront probablement pas les geeks de tous poils d’observer avec bienveillance l’évolution rapide de la plateforme. Y compris sur la question des petits chats. Puisqu’évidemment, il a fallu que des amateurs de chiens (ces gros jaloux) s’en mêlent. Depuis quelques jours, la palette des animaux compagnons s’est donc élargie. Jugez-en par vous-même :

Pour suivre les tests et déploiements de nouvelles fonctionnalités, rendez-vous sur le profil des développeurs principaux, Sherif Elsayed-Ali et Sebastian Vogelsang, et sur le compte officiel de Mu. Pour faire vos propres retours, c’est par là.
Si vous préférez les paillettes, Mu a déjà un concurrent très très très Y2K (années 2000, pour nos vénérables lecteurs qui seraient perdus) : twinkl social. Je vous laisse sur une capture d’écran, mais je vous en parlerai un peu plus dans un prochain article.

Mise à jour 16.07 18h30 : ajout du parcours pour activer l’animal compagnon.
Commentaires (43)
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Abonnez-vousLe 16 juillet à 16h52
Merci tout de même pour la découverte car j'en avais pas du tout entendu parler.
Le 16 juillet à 16h53
Le 16 juillet à 16h55
Le 16 juillet à 18h16
Une fois j'ai vu quelqu'un qui avait des boutons "Sauvegarder" dans son bureau IRL.
Le 16 juillet à 17h37
Le 16 juillet à 18h55
Le 16 juillet à 17h45
Le dessin d'illustration est excellent !
Le 16 juillet à 17h52
Peut être qu’il faut être inscrit? (Étant farouchement anti réseau, je me tâte à laisser la chance à un réseau plus vertueux)
Ou alors ne pas être sur Brave?
Le 16 juillet à 18h39
Le 16 juillet à 19h51
Le 16 juillet à 18h01
Le protocole AT pour moi je l'utilisais avec mon modem 14,4Mbaud
Modifié le 16 juillet à 21h15
Mkb/s et pas des Mbaud, mais oui, pour moi, c'est aussi ça.Le 16 juillet à 18h16
PS :
Pour les courageux ou les feignants (comme moi) voici la page
Et je crois que je me plante encore
Modifié le 16 juillet à 21h14
Je suis ingénieur télécom de formation.
Modifié le 16 juillet à 20h10
Après plusieurs évolutions on a fini par passer au "modem 56K" (Kbps), et ça c'était le luxe.
J'ai connu tout ça, sur les lignes téléphoniques. On allait récupérer les e-mails en local, puis on débranchait pour ne pas trop payer, on écrivait les réponses, et on rebranchait pour envoyer !
C'était avant l'ADSL qui a multiplié les flux par ~50, et la fibre qui a refait le même coup !
Le 16 juillet à 21h21
https://www.itu.int/rec/dologin_pub.asp?lang=f&id=T-REC-V.32bis-199102-I!!PDF-F&type=items
C'était une modulation 2400 bauds avec un débit binaire de 14400 b/s
Le 16 juillet à 23h06
Avec les bps (bit per sec) on sait ce qu'on obtient à la fin (moins l'overhead protocolaire pour le débit net), et c'était donc bien des K et pas des M !
Le modem 56K qui crachotait à la connexion, toute une époque que les jeunes n'ont pas connue !
Le 16 juillet à 18h04
Quid de l'intégration avec des outils de publication multiple comme Buffer ?
Le 16 juillet à 22h14
Le 17 juillet à 08h17
Après, ça remonte un peu, mais il me semble qu'il se base aussi sur le tag name et donc l'instance relais devrait router à celle responsable du profil. De mémoire, il me semble que c'est surtout ça l'élément centralisé de Bluesky.
Le 16 juillet à 18h58
Le 16 juillet à 21h30
En basculant mon compte sur Eurosky, il n'y a pas eu la moindre différence par rapport à avant, sous bluesky.social.
En utilisant mu.social plutôt que bsky.app, idem : hormis des couleurs différentes de bases et des fonctionnalités propres à mu, c'est exactement la même expérience.
Le 16 juillet à 22h08
Modifié le 17 juillet à 00h25
Modifié le 17 juillet à 08h26
Pas de réplication locale des assets, a priori, ou peut-être non activé. Ce qui est similaire au comportement de Mastodon où les photos d'une autre instance pointent vers l'hébergeur/CDN de celle-ci. Pas déconnant en soit, répliquer la totalité du Ferdiverse sur chaque instance serait complètement inefficient en matière de coûts. Déjà qu'héberger une instance active Mastodon (pas avec 3 personnes dessus quoi) coûte cher, comme les PDS de Bluesky/AT qui requièrent pas mal de ressources.
Modifié le 20 juillet à 12h03
Si c'était seulement pour les médias hébergés chez Bluesky le flux devrait quand même s'afficher (minus les médias)
Le 17 juillet à 09h33
Le 17 juillet à 09h52
Le 17 juillet à 12h48
Le 17 juillet à 18h52
Le 17 juillet à 20h58
Le 18 juillet à 09h51
Le 22 juillet à 10h58
Le 23 juillet à 08h03
Je ne dis pas que c'est la raison qui a fait qu'ils sont partis sur AT protocol au lieu d'ActivityPub. Mais juridiquement, c'est un élément non négligeable à prendre en compte.
Le 23 juillet à 15h58
Là où le Fediverse, que j'ai beau aimer, c'est le même bordel que les distributions Linux.
Le 23 juillet à 16h37
Le 22 juillet à 16h59
Le 23 juillet à 09h49
Modifié le 23 juillet à 12h05
Le 23 juillet à 12h59
Le 27 juillet à 18h15
Le 24 juillet à 21h57
Surtout, vous pouvez parfaitement utiliser votre compte eurosky depuis l'application BlueSky, ça ne pose absolument aucun problème (et inversement, vous pouvez utiliser mu depuis un compte BlueSky).
Le 27 juillet à 18h17
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