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Micron blâme ses clients pour la crise de la mémoire

La revanche de Micron

Micron blâme ses clients pour la crise de la mémoire

Illustration : Flock

Les fabricants de mémoire tiennent leur revanche. La demande est telle que ce sont eux, les vendeurs de pelles et de pioches dans cette ruée vers l’or de l’IA. Et pendant ce temps, tous les consommateurs souffrent, avec des hausses de prix vertigineuses sur tous les appareils électroniques… Mais les choses auraient pu être bien différentes si les constructeurs de ces mêmes appareils avaient joué le jeu.

La crise de la mémoire ? C’est de la faute des clients, affirme en substance Sumit Sadana, le directeur commercial de Micron, un des plus grands fournisseurs de mémoire au monde, avec Samsung et SK hynix. Avant que les grands acteurs de l’IA se mettent à acheter de la RAM haut de gamme à tout va pour équiper leurs datacenters, le marché de la mémoire était dans un creux.

Les rois du pétrole

« Nous avons dit à quelques clients qui se montraient très agressifs sur les prix à ce moment-là que ce n’était pas constructif », déplore le dirigeant au Wall Street Journal. Faute d’argent, les fabricants de mémoire, Micron en tête, ont dû suspendre leurs projets d’investissements en 2023 « en raison des prix et de marges vraiment très faibles ».

Évidemment, la situation est complètement inversée aujourd’hui, et Micron partage la couronne de roi du pétrole avec ses deux concurrents. Apple n’a pas été nommément citée par Sadana, mais le constructeur californien est parmi les plus gros clients des fabricants de mémoire. Il utilise ses énormes achats de RAM et de SSD comme levier pour obtenir les prix les plus bas. Une vision court-termiste qui a abouti à l’explosion des prix des appareils Apple la semaine dernière.

« Le secteur de l’électronique grand public fait face à une situation sans précédent. L’expansion rapide des centres de données dédiés à l’IA a provoqué une hausse extraordinaire de la demande en mémoire et en stockage. Nous n’avons jamais vu une augmentation du prix des composants aussi forte, aussi rapidement », s’est justifiée Apple. Avant de menacer de hausses supplémentaires à venir…

Au mois de janvier, Christopher Moore, vice-président de Micron en charge du marketing, avait tenté de défendre l’arrêt des gammes de produits Crucial, destinés au grand public. L’entreprise poursuivait cette activité, mais au travers de ses partenaires constructeurs OEM. Le résultat est à peu près le même, puisque les PC connaissent eux aussi une bouffée de chaleur tarifaire délirante.

Des capacités de production difficiles à construire

Il affirmait aussi que la filière de la mémoire s’efforçait de construire de nouvelles lignes de production. Un processus complexe qui met de nombreux mois avant d’aboutir, car il faut aussi prendre en compte les pénuries de main-d’œuvre, les réglementations et les besoins en énergie. Ce d’autant que la HBM nécessaire aux serveurs IA exige des protocoles délicats et sensibles.

Christopher Moore avait toutefois omis de rappeler que le marché de la mémoire fonctionne par cycles, entre phases d’abondance et périodes de tension. Faire sortir des usines de terre coûte très cher : les fabricants préfèrent donc avancer prudemment, même si cela prolonge les pénuries. Et puis, malgré les annonces de nouvelles capacités, leurs investissements restent sans commune mesure avec les dépenses engagées par les géants du cloud et de l’IA, dont les besoins explosent.

« Les pénuries de mémoire et de stockage prendront beaucoup de temps à se résorber », confirmait Sanjay Mehrotra, directeur général de Micron, durant les derniers résultats financiers de l’entreprise. Il s’attend à une amélioration progressive de l’offre… en 2028. « Nous n’avons actuellement aucune visibilité sur le moment où l’offre de mémoire pourra rattraper la demande croissante », indiquait-il encore au grand désespoir des consommateurs.

En attendant, le fabricant encaisse. L’entreprise a ainsi annoncé un bénéfice de 28,24 milliards de dollars durant son troisième trimestre, contre 1,88 milliard un an plus tôt.

Commentaires (11)

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Y a t-il un intérêt pour eux d'investir dans de nouvelles usines, en même temps ?
Vu qu'ils sont peu nombreux et qu'ils peuvent relativement facilement savoir quand un concurrent va augmenter ses capacités de production, plusieurs moins/années à l'avance de la production, ils peuvent avoir une politique attentiste et ne faire que réagir à si l'un des concurrents se met à vouloir produire plus.

Surtout s'il y a une bulle de l'IA et que la demande devait s'effondrer d'un coup.
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C'est exactement ce qu'ils font, aucun des 3 gros constructeur de RAM n'a lancé de projets significatif de nouvelle foundry permettant d'absorber la demande (les annonces actuelles sont ridicules vis à vis du besoin).
Le secteur est vérouillé par des miliers de brevets et par un investissement initial nécessaire de plusieurs dizaines de milliards.
Ils n'ont aucun intérêt financier à augmenter leur capacité de production.
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Attendre c'est le status quo, ça maintient les parts de marché. Si l'un des 3 avance les autres il pourrait croquer des parts en plus pour le futur - pour l'instant aucun ne pense que ça compenserait une nouvelle usine. Car au final ce qui compte dans un modèle capitaliste ce n'est pas d'engranger beaucoup, mais d'engranger plus.
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Ça fait trois ans que les haters prient pour l'éclatement de la bulle.
Il serait peut être temps d'intégrer que la situation de nos jours c'est "too big to fail".
"l'IA" est tout ce qu'il reste à l'économie US. pour ne pas être en récession et tous leurs paris pour l'avenir se tourne vers ça.

Si ça éclatait, le prix de la ram et composants hardware, serait le cadet de nos soucis... L'effet boule de neige serait conséquent, et le nombre de défaillances, démesuré.

Alors oui, ça assainirait l'économie, mais le remède serait peut-être pire que le mal, désormais. Il est rapide de détruire, beaucoup plus long, difficile, et coûteux, de reconstruire.
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La bulle internet a mis 5 ans à gonfler et environ 2 et demi à péter ... on est dans les temps :D
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OK, mais s'il y a une bulle, malgré tout, elle va forcément éclater ou dégonfler à un moment.
Qu'on soit pour ou contre, une bulle spéculative reste une bulle, avec tous ses effets. Et pour les vendeurs de RAM, ça pourrait être catastrophique aussi.
Bon, après, s'ils construisent une usine à 10 milliards grâce à un surplus de 27 milliards uniquement dûs à une augmentation des prix décorélé de toute augmentation des coûts de leur côté, ça ne leur ferait pas si mal que ça. Un peu comme un gagnant du loto ne sera pas à plaindre de payer 50% d'impôts sur son gain de 6 millions d'euros : il lui reste 3 millions.
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Je demande à voir l'effet boule de neige car il me semble que les banques sont bien moins exposées que lors de la crise des subprimes en 2008.

Et toutes ces grosses entreprises n'ont pour le moment pas construit grand chose à part des chabots plus ou moins évolués qui tournent actuellement à perte.
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Aucun des 3 ne lance des investissements massifs pour s'adapter au marché, ce qui signifie qu'aucun des 3 ne pense que l'engouement pour l'IA ne sera pérenne.
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Même si c'était le cas, ils risquent quoi à attendre ?
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Ils risquent un manque à gagner, puisqu'ils pourraient vendre de plus gros volumes (mais moins cher).

Là, ils ont adopté une stratégie façon OPEP.
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Un manque à gagner qui peut être compensé par une hausse de prix (façon OPEP, en effet), ça peut être plus intéressant qu'un gain avec prise de risque.

Ça pue cette histoire...
Moi qui espérait qu'il y aurait un marché de l'exécution de l'IA "en local", ça prend du plomb dans l'aile...

Après, si on veut voir le bon côté des choses, ça va ralentir la consommation, ce qui est plutôt bon pour la planète. ^^'