RAM : Micron dit ne pas abandonner le grand public et prédit des tensions jusqu’en 2028
Dealer de barrettes
Exercice de communication délicat pour Micron : le groupe états-unien est revenu sur l'annonce de l'abandon de la marque et des produits Crucial, en expliquant qu'il ne fallait pas voir dans cette décision un abandon du grand public. Il admet dans le même temps que les tensions à l’œuvre sur le marché de la mémoire vive sont parties pour durer au moins jusqu'en 2028.
Le 14 janvier à 16h24
5 min
Économie
Économie
Vaut-il mieux adapter discrètement sa production et mettre le marché devant le fait accompli, ou rassurer ses actionnaires et assumer sa position, quitte à enterrer une marque populaire auprès du grand public ? Début décembre, le géant de la mémoire Micron, basé aux États-Unis, a choisi la deuxième solution en annonçant la fin programmée des gammes de produits Crucial (mémoire vive et stockage à mémoire flash), et son recentrement sur les produits entreprise (comprendre, les composants destinés aux datacenters, IA en tête).
Du grand public, oui, mais en OEM
Quelques semaines plus tard, un porte-parole de Micron s'est livré à un jeu d'équilibriste pas évident en tentant de justifier ce choix aux yeux du grand public. Christopher Moore, présenté comme vice-président de Micron en charge du marketing, s'est en effet exprimé auprès du site spécialisé dans le hardware Wccftech. Il y a défendu l'idée selon laquelle la stratégie du groupe n'avait pas été comprise correctement.
« Tout d'abord, je voudrais préciser que cette perception n'est peut-être pas tout à fait exacte, du moins de notre point de vue », avance-t-il prudemment, avant de souligner que Micron conserve « une activité importante sur les marchés des ordinateurs et des appareils mobiles ».
D'après lui, Micron conserve bien une activité destinée au grand public, mais celle-ci s'incarne au travers des activités OEM, qui consistent à fournir des modules de mémoire vive ou des cellules de mémoire flash à des constructeurs tiers qui les intègreront ensuite à leurs produits. Selon Christopher Moore, Micron resterait un partenaire de premier plan du marché informatique, en équipant par exemple les Dell, Asus et consorts en puces de LPDDR5 pour leurs ordinateurs portables.
Dans le même temps, le vice-président admet que Micron ne peut ignorer la demande qui émane du monde des centres de données et des acteurs de l'IA, dans la mesure où le marché total adressable que représente le secteur ne cesse de grandir.
« Ce n'est pas un problème propre à Micron, c'est un problème qui touche tout le secteur. Nous, nos concurrents et nous-mêmes nous efforçons tous de répondre au mieux à la demande, mais l'offre est insuffisante. C'est une situation vraiment regrettable », fait-il valoir, tout en assurant qu'en dépit de cette demande, Micron continue à approvisionner le marché grand public.
Allocation de ressources
Reste à savoir dans quelles proportions ? Comme nous le détaillions fin décembre, les puces mémoire destinées au segment de l'IA sont nettement plus génératrices de marge que le marché grand public au détail, auquel s'adressait principalement Crucial.
Micron et ses concurrents Samsung et SK hynix, qui constituent pour mémoire les trois principaux fabricants de mémoire vive au monde, ont logiquement accéléré leurs investissements dans de nouvelles lignes de production, mais les chantiers prennent du temps, tout comme l'approvisionnement en machines spécialisées. Les projets de création d'usine se concentrent par ailleurs sur les mémoires les plus en pointe (GDDR7, HBM), ce qui laisse craindre aux analystes des tensions durables sur le marché de l'informatique traditionnelle.
Sur ce volet, Christopher Moore annonce que Micron travaille à l'augmentation de ses capacités, mais n'est pas en mesure de formuler de promesses de court terme. Il prend ainsi l'exemple de l'usine ID1, dont la création a été soutenue financièrement par le Chips Act sous l'administration Biden. Sa construction a débuté en 2023, et les premières puces ne sont pas attendues sur le marché avant 2028.
De la difficulté d'investir sur un marché cyclique
« Les fabricants de mémoire s'efforcent de construire de nouvelles lignes de production, mais les contraintes du processus les obligent finalement à repousser les délais de plusieurs trimestres, ce qui signifie que pour le consommateur moyen, les pénuries de DRAM pourraient persister pendant un certain temps, ou du moins jusqu'à ce que la demande en IA commence à s'estomper », conclut-il.
Micron se garde bien en revanche d'évoquer un autre facteur, qui rentre pourtant en ligne de compte : la mémoire vive fait partie de ce que l'on considère comme les marchés cycliques. Elle alterne en effet des périodes d'abondance, pendant lesquelles l'offre répond largement à la demande, et les périodes de tension, à l'image de la pénurie actuelle.
Compte tenu des investissements colossaux que suppose la création de nouvelles usines, les géants des semiconducteurs s'efforcent de lisser au maximum l'effet de ces cycles, quitte à accepter que les périodes de pénurie se prolongent. Et comme le fait remarquer un analyste de Bernstein, bien que tous annoncent d'importants projets de construction d'usine, leurs perspectives d'investissement suivent une trajectoire de croissance dont les proportions ne sont pas comparables à celles des dépenses envisagées par les géants du cloud et de l'IA dans leurs infrastructures.
RAM : Micron dit ne pas abandonner le grand public et prédit des tensions jusqu’en 2028
-
Du grand public, oui, mais en OEM
-
Allocation de ressources
-
De la difficulté d'investir sur un marché cyclique
Commentaires (18)
Abonnez-vous pour prendre part au débat
Déjà abonné ? Se connecter
Cet article est en accès libre, mais il est le fruit du travail d'une rédaction qui ne travaille que pour ses lecteurs, sur un média sans pub et sans tracker. Soutenez le journalisme tech de qualité en vous abonnant.
Accédez en illimité aux articles
Profitez d’un média expert et unique
Intégrez la communauté et prenez part aux débats
Partagez des articles premium à vos contacts
Abonnez-vousModifié le 14/01/2026 à 16h42
en OEMsous LexarDe la difficulté d'investir sur un marché cyclique
Ils peuvent pas plutôt investir dans la DDR6 et LPDDR6 pour avoir plus de capacité que la DDR5, GDRR6 et LPDDR5 ? Qui dit 2026 dit DDR6, LPDDR6 et GDDR7
Les projets de création d'usine se concentrent par ailleurs sur les mémoires les plus en pointe (GDDR7, HBM),
Vous êtes sur pour la GDDR7 ? C'est pas plutôt la SOCAMM2 ? ça serait pas mieux de généraliser l'usage de la SOCAMM2 (il y a de la LPDDR5 dedans) vu que les fabricants font l'impasse sur la DDR5 et GDDR6
Modifié le 14/01/2026 à 19h59
Les CPU Intel xeon de 6eme génération qui sont sorties courant de l'année 2025 ne gèrent que la DDR5... Alors avant que les CPU gèrent la DDR6, que les fabricant les intègre dans à leur gamme et que les clients commence à consommer, il va en falloir du temps et de la production !
Modifié le 14/01/2026 à 16h34
Et Micron, c'est pareil. Parce que dans cette course à la rentabilité, celui qui ne s'aligne pas, se fait dépasser et bouffer par les autres.
La planification c'est dépassé et vous vouliez une économie de marché qui s'auto-régule ? Vous l'avez. Et même si vous n'en vouliez pas, avoir laissé faire vous l'imposera. Bienvenue dans le meilleur des mondes.
Quand et si une bulle éclate, ça va piquer... Mais nul doute que les pertes, une fois de plus, seront socialisées, et que les responsables s'en tireront à bon compte.
Le 14/01/2026 à 16h45
Le 14/01/2026 à 17h43
Pour info, des fabs ddr5 existent aux US mais ne sont pas pleinement opérationnels. L'europe pourrait se démerder pour dégager les moyens financiers et a l'infrastructure mais n'a pas l'ingénierie nécessaire.
Par ailleurs la fabrication des wafers performants est maitrisée quasi exclusivement par asml qui utilise des composants/brevets US dont l'état US a interdit l'exportation à la chine.
Enfin une "qualité moindre" en terme de ram n'est pas envisageable puisque la ram actuellement vendue n'est pas particulièrement de haute qualité, il peut y avoir des erreurs au bout de quelques années et les timings/tensions sont déjà difficiles à calibrer (les temps de boot en ddr5 sont affreux à cause de ça).
Bref, c'est un peu comme l'industrie de l'armement et de l'aérospatial : les cycles industriels sont longs.
Le 15/01/2026 à 08h13
C'est ce temps classique utilisé chez Intel par exemple qui.me semble plutôt de l'ordre d'une semaine sur une machine en ddr5 mais sous amd.
La DDR5 echappe toutefois au pb de poule et d'œuf du early vref centering qui n'a pas de bon ordre pour le faire entre Tx et Rx en DDR4... selon les design 1 sens fonctionne mieux que l'autre sauf que les ref code init ddr en imposent un.
Modifié le 15/01/2026 à 07h42
Le 15/01/2026 à 10h00
Modifié le 15/01/2026 à 10h31
Le 14/01/2026 à 16h45
Modifié le 14/01/2026 à 18h30
Par exemple Codex a deux compteurs, l'un sur 5 heures, et l'autre sur le total à la semaine, simultanément.
Et Claude, c'est encore pire.
Le 14/01/2026 à 17h08
(some two months later)
Quoi, Microsoft a indiqué que les objectifs de ses vendeurs ont été abaissés de 50 % ?
(Merde, est-ce que la bulle pourrait crever dès 2026 ?
Euh... Ah oui au fait, je n'abandonne pas le grand public ! C'est juste une incompréhension de notre message précédent, on a manqué de pédagogie
Le 14/01/2026 à 18h17
Le 15/01/2026 à 09h55
Modifié le 14/01/2026 à 18h47
Une activité "grand public", c'est une activité B2C, orientée directement vers les consommateurs : "grand public", littéralement dans le texte.
Une activité de fourniture de composants intermédiaires, c'est du B2B, exclusivement orientée vers les entreprises. Ce n'est pas la finalité des produits de ces entreprises qui définit ton activité.
Ils arrêtent leurs produits grand public de façon à pouvoir facturer bien cher les modules de mémoire pour intégration, car c'est le plus rentable pour eux.
Au revoir Micron, et dans le futur je vous éviterai autant que faire se peut, notamment quand vous reviendrez en B2C, au même titre que d'autres entreprises qui montrent en ce moment leur vrai visage en cédant clairement à la profitabilité maximale alors que rien ne les y oblige.
Le 14/01/2026 à 23h44
Le 15/01/2026 à 08h48
Le 15/01/2026 à 08h13
Avec des entreprises qui font du financement cyclique pour faire gonfler leurs cours de bourse et financer leurs projets avec de l’argent magique.
Argent magique qui sert à financer des gpu magiques.
Pour des datacenter magiques qui ne sont pas encore construits.
Ce qui fait une pénurie magique.
Pour faire face à une demande de LLM magique massive qui n’existe au final pas.
Jusqu’à ce que ces entreprises magiques se retrouvent dans le trou.
Et à un moment peut être on pourra insulter ses entreprises de matos pour avoir abandonné un marché grand public réel. Mais on ira quand même acheter chez elles car elles sont en situation de monopole/dominante.
Signaler un commentaire
Voulez-vous vraiment signaler ce commentaire ?