Les développeurs WinDev s’alarment d’une possible redevance par installation client
Surprise !
Illustration : Flock
Le 10 juin à 18h00
En rachetant PC SOFT, l’éditeur de WinDev, Constellation Software a placé sous sa coupe tout un pan du tissu applicatif des PME et des administrations françaises et belges. Les utilisateurs se retrouvent débiteurs involontaires d’un fonds coté en bourse.
Les développeurs WinDev s’alarment d’une possible redevance par installation client
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Illustration : Flock
En rachetant PC SOFT, l’éditeur de WinDev, Constellation Software a placé sous sa coupe tout un pan du tissu applicatif des PME et des administrations françaises et belges. Les utilisateurs se retrouvent débiteurs involontaires d’un fonds coté en bourse.
Logiciel
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8 min
En novembre 2024, une société française fondée quarante ans plus tôt changeait de mains. PC SOFT, éditeur montpelliérain de la suite de développement logiciel WinDev, WebDev et WinDev Mobile, passait sous le contrôle d’une entité nommée Two Squared France II. Son président, John Isak, est Chief Investment Officer de Volaris Group, filiale du groupe canadien Constellation Software, coté à la Bourse de Toronto. Il n’y avait eu ni communiqué ni annonce aux clients, comme l’a rapporté Kairos le 6 juin.
Ce sont des développeurs, en fouillant eux-mêmes les registres publics, qui ont découvert la transaction. PC SOFT n’a confirmé qu’en mai 2025 (six mois plus tard), en quelques lignes sur sa page d’actualités, le même jour où Volaris publiait un bref communiqué très enthousiaste. Un calendrier dont le groupe semble coutumier.
La machine à acquérir
Constellation Software n’est pas une entreprise technologique au sens propre. Fondé à Toronto en 1995 par Mark Leonard, ce groupe financier est spécialisé dans le rachat de sociétés éditrices de logiciels métiers à clientèle captive – ce que l’industrie nomme « vertical market software », ou VMS.
Depuis sa création, le groupe a réalisé plus de mille acquisitions. En 2023 seul, il en a bouclé plus d’une centaine. Son chiffre d’affaires pour l’exercice 2024 s’élevait à 10,066 milliards de dollars, en hausse de 20 % sur un an, une croissance très largement tirée par les acquisitions. Depuis son introduction en bourse en 2006, l’action CSU a grimpé de plus de 24 000 %.
Sa stratégie repose sur une mécanique précise : identifier les éditeurs opérant dans des niches où la concurrence est inexistante et où les clients ne peuvent pas migrer sans coût prohibitif, acquérir discrètement, puis convertir les modèles de vente en abonnements récurrents tout en augmentant méthodiquement les tarifs. Selon une analyse des pratiques du groupe par Colin Keeley, Constellation impose à ses sociétés acquises des hausses tarifaires annuelles obligatoires de 6 % et stoppe tout développement de fonctionnalités qui ne se traduit pas directement par une augmentation de ce que les clients sont prêts à payer.
Un écosystème propriétaire verrouillé depuis trente ans
Fondée en 1984, PC SOFT emploie 61 salariés et réalisait 12,4 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, pour un résultat net de 2,7 millions d’euros. Relativement modestes en apparence, ces chiffres soulignent tout de même une très bonne rentabilité, qui découle d’un actif consistant : un écosystème propriétaire dans lequel des milliers de développeurs indépendants, d’entreprises de services et de structures publiques ont investi depuis les années 1990.
Le WLangage (langage de programmation au cœur des outils PC SOFT), propriétaire, n’existe nulle part ailleurs. Sur la page Wikipedia de WinDev, on peut lire que le WLangage n’a par exemple jamais intégré l’index TIOBE, qui référence notamment les 250 langages les plus utilisés. Trente ans de codes sources, développés par des milliers de professionnels, sont entièrement dépendants de cet écosystème. Il n’existe aucun outil de migration automatique vers une autre plateforme.
C’est cette captivité structurelle, accumulée sur trois décennies, que Constellation a identifiée, valorisée et acquise.
Une pompe à deux étages
Dès février 2025, PC SOFT engage les changements attendus. Les dongles physiques, ces clés USB qui matérialisaient depuis des décennies la propriété du logiciel, ne sont plus vendus ni mis à jour. La suite WinDev bascule en mode SaaS (Software as a Service) : abonnement annuel obligatoire, accès conditionnel à la continuité du paiement et perte d’accès aux codes source en cas d’interruption sont depuis la règle.
L’association Wx Alliance, créée pour coordonner la résistance de la communauté, calcule que l’abonnement annuel au tarif catalogue atteint 1 068 euros, contre 749 euros pour la mise à jour du dongle en janvier 2025, soit une hausse d’environ 43 % « déguisée » en modernisation du modèle commercial selon l’association.
Mais c’est le second volet des nouvelles conditions qui a déclenché la colère. PC SOFT entend désormais percevoir une redevance sur chaque poste de travail faisant tourner une application développée avec ses outils, y compris chez les clients finaux de ces développeurs. Or, ces clients n’ont jamais signé de contrat avec PC SOFT. Selon des échanges vus sur le site Programmez!, cette redevance serait facturée environ 250 euros par poste. Pour une association de 500 utilisateurs, la facture annuelle s’élèverait à 125 000 euros.
Il est difficile d’en savoir plus pour l’instant : il n’y a rien dans les conditions d’utilisation et aucun canal officiel de communication n’en parle. En outre, les sujets créés sur le thème « redevance » dans le forum officiel semblent avoir tous été supprimés, mais une simple recherche dans Google affiche encore certains d’entre eux (qui renvoient tous vers la page d’accueil du forum) :
La logique financière est implacable : PC SOFT encaisse une rente sur chaque poste de travail, sans assumer aucun des coûts de développement, d’hébergement ou de support qui restent intégralement à la charge des développeurs, comme le pointe Kairos. L’affaire ressemble aux modifications de tarification tentées par Unity, avec les conséquences désastreuses que l’on connait.
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Vers des factures surprises
La portée sociale de ce mécanisme dépasse le cercle des professionnels de l’informatique, toujours selon nos confrères. Les logiciels construits avec les outils PC SOFT irriguent des secteurs entiers de l’économie francophone : gestion commerciale, comptabilité, suivi de production, ressources humaines, dossiers médicaux, caisses enregistreuses, outils associatifs. La pétition publique de Wx Alliance (1 608 signatures à l’heure où nous écrivons ces lignes) prévient : « Dans bien des cas, les utilisateurs finaux ignorent même que les logiciels qu’ils emploient reposent sur ces technologies ».
Ils pourraient donc recevoir demain une facture d’un fonds d’investissement étranger pour continuer d’utiliser un outil qu’ils croyaient légitimement posséder.
Un terrain juridique contesté
La légalité de plusieurs aspects de la nouvelle politique commerciale pose question. En droit français, un éditeur peut contraindre ses clients à souscrire un nouveau contrat pour accéder aux versions futures d’un logiciel, mais sa capacité à priver l’utilisateur de l’accès à une version déjà achetée est plus fragile. La Cour de justice de l’Union européenne a par ailleurs reconnu en 2012 le droit à la revente de licences logicielles d’occasion, consacrant le caractère acquis du droit d’usage sur une licence achetée.
L’imposition de redevances à des tiers non contractants est encore plus problématique. L’article L121-1 du Code de la consommation prohibe ainsi les pratiques commerciales « susceptibles d’altérer de manière substantielle le comportement économique du consommateur ». À l’échelle européenne, le Data Act, entré en application en septembre 2025, oblige désormais les fournisseurs SaaS à permettre à leurs clients de changer de prestataire avec un préavis de deux mois maximum, mais la captivité technologique liée au WLangage rend ce droit formel très difficile à exercer en pratique.
La Wx Alliance dit avoir adressé une vingtaine de questions formelles à PC SOFT sur les modalités de la clé de sécurité (le fameux dongle USB), sans réponse à ce jour.
Une question de souveraineté
Le cas PC SOFT n’est pas un incident sectoriel. C’est le révélateur d’une vulnérabilité structurelle : des pans entiers du tissu économique et administratif francophone reposent sur des outils dont le contrôle vient silencieusement d’échapper aux juridictions européennes.
Constellation Software, avec ses neuf groupes opérationnels et ses plus de mille sociétés acquises, emploie 55 000 personnes dans le monde et sert plus de 125 000 entités clientes dans plus de cent pays. Ses revenus pour 2025 ont atteint 11,623 milliards de dollars. Dans un article paru en juillet 2025, Dany Kitishian (Klover.ai), évoquait ainsi « l’efficacité inégalée du modèle de fonctionnement décentralisé », « la discipline financière comme fondation culturelle » et l’immense pouvoir de capitalisation constitué par plus d’un millier de « monopoles de niche ». Noyée dans la masse, PC SOFT n’est probablement qu’une ligne dans un tableur.
Commentaires (19)
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Abonnez-vousAujourd'hui à 18h07
Aujourd'hui à 18h17
Beaucoup de développement ont été fait autour de WinDEV/WebDEV et beaucoup de trucs qui marchent sont en place dans des petites et moyennes structures qui n'ont pas forcément la capacité à sortir de cette dépendance.
Les transitions ne sont pas aussi simples à mettre en oeuvre.
Modifié aujourd'hui à 18h38
Aujourd'hui à 18h15
C'était pas les revues à la couverture digne du salon de l'érotisme pour appâter les
pigeonsdevs à utiliser leur bousin ?Il y a 14 minutes
À l'instant
https://www.theregister.com/offbeat/2014/05/02/french-software-developers-are-all-beautiful-women/611055
Aujourd'hui à 18h26
Et pire il yva vraiment des gens qui l'utilise encore ?
Et les mêmes illustrations toujours du même style ?
Aujourd'hui à 18h33
Ça ne réglera pas le pb des employés, par contre, car je n'ose pas imaginer l'employabilité quand on doit sortir d'un carcan pareil...
Aujourd'hui à 18h41
Aujourd'hui à 18h34
Modifié aujourd'hui à 18h46
J’imagine bien une facturation au client web installé :)
Aujourd'hui à 18h41
Le code de l'appli a été développé par un prestataire il y a une dizaine d'années, et maintenu n'importe comment par celui-ci (parti à la retraite). Rien n'est documenté au niveau technique et code, il n'existe aucun cahier des charges, tout lui ayant étant demandé au fil de l'eau. On retrouve dans la structure du code des éléments d'une application antérieure sur laquelle le presta s'est appuyé, impossible de tout nettoyer.
L'appli, quand je suis arrivée, ne fonctionnait pas (le presta avait pour habitude de la faire évoluer et de corriger les bugs de mois en mois, facturant à chaque fois).
Réécrire l'appli proprement me prendrait probablement une bonne année. Je n'ai pas les moyens de faire ça. En attendant, j'ai stabilisé l'appli dans une version quasi fonctionnelle, moins j'y touche, mieux je me porte. C'est un nid à emmerde, j'espère m'en débarrasser au plus vite, mais en attendant j'ai ça dans un coin prêt à me péter à la gueule à tout moment. Et, du coup, il a fallu acquérir une licence WinDev pour ça. Ça coûte vraiment cher pour ce que c'est, c'est totalement propriétaire, ça surfe sur le fait que toute une génération de développeurs y ait trouvé son compte dans les années 90-2000 et n'ait plus la capacité de se former à de nouveaux outils. Bref, c'est vraiment un furoncle...
Modifié il y a 44 minutes
Modifié aujourd'hui à 18h47
PC SOFT connait les éditeurs qui utilisent du windev, mais les clients de ces mêmes éditeurs ne sont pas connu de PC SOFT. Donc comment ce fonds d’
investissementextorsion va savoir combien il y a de poste client ?Aujourd'hui à 19h14
Modifié aujourd'hui à 19h11
Aujourd'hui à 19h11
c'est juste incroyable qu'ils existent encore.
Mais là, s'ils font passer ça, ils vont se couler encore plus vite que le Titanic...
Il y a 18 minutes
Il y a 16 minutes
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