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Dans un contexte juridique tendu, GrapheneOS défend sa protection des données

Un seul code vous manque et tout est perdu

Dans un contexte juridique tendu, GrapheneOS défend sa protection des données

Illustration : Flock

Le 26 juillet, l’équipe de GrapheneOS s’est lancée tout à coup dans un exposé de nombreuses mesures de sécurité, avec une insistance particulière pour la gestion des mots de passe. Ce calendrier ne doit rien au hasard : pour la première fois aux États-Unis, le ministère de la Justice poursuit un citoyen américain pour destruction présumée de données à l’aide d’un mot de passe « contraint ».

Depuis deux jours, le compte X de GrapheneOS répond à de nombreuses questions sur la gestion de ses mots de passe. L’équipe en a fait une synthèse dans son forum pour résumer toutes les informations.

L’équipe explique que le système mobile est basé sur Android 17 et « sur le matériel le plus sécurisé disponible pour Android », la liste se limitant aujourd’hui aux seuls Pixel de Google. Elle rappelle cependant que la situation va évoluer en 2027, grâce à un partenariat avec Motorola Mobility et « aux progrès réalisés par Qualcomm ». Un signal assez fort pour l’industrie, qui pourrait se rapprocher de Graphene pour lancer des smartphones très orientés vers la sécurité. On parle bien de nouveaux modèles, car aucun appareil Motorola actuel ne dispose des sécurités nécessaires.

Les informations se concentrent tout particulièrement sur la protection des mots de passe et autres secrets, ainsi que sur les défenses du système mobile contre l’extraction de données. Le chiffrement du disque constitue ainsi la première ligne de défense : même les attaquants les plus sophistiqués ne peuvent le casser directement, et doivent soit exploiter l’OS en état « After First Unlock » (après premier déverrouillage), soit forcer le PIN ou mot de passe par force brute.

L’équipe indique également que GrapheneOS supporte uniquement les appareils ayant un secure element avec des limitations strictes sur les tentatives de mots de passe et codes PIN : 4 heures après 10 tentatives échouées, 41 jours après 15, avec seulement 20 tentatives autorisées au total. Le secure element est pour rappel une puce dédiée, physiquement et logiciellement isolée, conçue pour stocker les secrets et résister à leur extraction. Dans le contexte de GrapheneOS, il a en outre un rôle précis : il détient les compteurs de tentatives de déverrouillage et applique la limitation de débit, expliquant les délais de plus en plus longs entre les tentatives. Stocker les compteurs dans la puce empêche de « tricher » en les réinitialisant.

Parmi les autres points abordés, on peut citer la limite de caractères des mots portée de 16 à 128, la possibilité d’utiliser un facteur biométrique pour que le système reste utilisable au quotidien (5 tentatives biométriques seulement, qui comptent dans le quota général), des allocateurs de mémoire durcis, le hardware memory tagging (MTE) pour renforcer la résistance aux exploitations de failles inconnues, le blocage par défaut des nouvelles connexions USB quand l’appareil est verrouillé, ou encore un minuteur de redémarrage automatique, ramenant l’appareil en état « Before First Unlock » (avant premier déverrouillage) au bout de 18 heures (par défaut) sans déverrouillage de l’appareil. Ce dernier comportement a d’ailleurs été repris par Apple et Google dans leurs systèmes.

Dans le billet, on trouve également un paragraphe consacré au PIN de contrainte. Présentée comme un outil relativement mineur et optionnel, il efface l’appareil quand il est saisi dans n’importe quelle invite d’authentification (déverrouillage, changement de réglage sensible, etc.). Il fonctionne sur tous les profils, y compris les utilisateurs secondaires et Private Spaces. L’équipe de GrapheneOS insiste : les données ne dépendent pas de cette fonctionnalité pour être protégées. Elle est considérée comme un outil parmi d’autres, et son usage réel doit être mûrement réfléchi compte tenu des conséquences physiques ou juridiques possibles.

L’affaire Samuel Tunick

La mention des conséquences juridiques n’est pas due au hasard. Si l’équipe de Graphene communique tant autour des protections de son système en ce moment, c’est à cause d’un évènement juridique majeur aux États-Unis lié à la tech.

Pour la première fois (a priori), des procureurs fédéraux poursuivent en effet un citoyen américain pour destruction présumée de données à l’aide d’un mot de passe « contraint » intégré au logiciel d’un téléphone. C’est le lien avec la communication abondante : le logiciel en question n’est autre que GrapheneOS.

Samuel Tunick a été initialement arrêté sans mandat le 25 janvier 2025 à l’aéroport de Hartsfield-Jackson (Atlanta) par les douanes américaines, sur la base de l’exception de fouille frontalière au Quatrième amendement. Alors que les agents fédéraux tentaient d’accéder à son téléphone lors de l’inspection, Tunick aurait saisi un mot de passe de contrainte GrapheneOS qui a immédiatement effacé les données stockées sur l’appareil.

Tunick est donc poursuivi en vertu de la loi américaine pour avoir fourni aux agents frontaliers un code d’accès ayant causé l’effacement du contenu numérique de son téléphone, ce que les procureurs qualifient de destruction intentionnelle de biens pour empêcher leur saisie.

Un enjeu plus grand que le cas individuel

La communication de GrapheneOS est probablement défensive, pour documenter publiquement la robustesse cryptographique de son modèle de menace face à l’attention médiatique soudaine portée à la fonction « mot de passe de contrainte ».

Sur le plan juridique, l’enjeu dépasse le cas individuel : la question posée aux tribunaux est de savoir si l’activation d’une fonctionnalité de sécurité native – conçue précisément pour protéger des données personnelles en cas de contrainte – peut être qualifiée pénalement de destruction de preuves, y compris lorsque la fouille initiale s’est déroulée sans mandat.

Sans surprise, les avocats de Samuel Tunick contestent cette version des faits. Ils affirment que la détention et la saisie étaient illégales, et accusent le gouvernement américain d’exiger l’accès au téléphone sous prétexte d’une recherche d’images pédopornographiques, sans fournir aucun élément pour étayer ces soupçons.

Pour les avocats, cette arrestation et cette affaire sont politiques. Le gouvernement s’en serait pris à Samuel Tunick non pas pour d’éventuels matériels pédopornographiques, mais pour son association avec un mouvement appelé « Defend the Atlanta Forest ». Ce dernier s’oppose à la création d’un énorme campus de formation pour les forces de l’ordre à Atlanta, surnommé « Cop City », critiqué pour son impact environnemental (plus de 34 hectares déforestés) et son coût de 67 millions de dollars.

Les avocats demandent l’annulation de toute la procédure, au motif qu’elle viole les Quatrième, Cinquième et Sixième amendements de la Constitution américaine. Des violations liées à la manière dont l’interrogatoire a été mené, au refus d’un avocat, à l’absence alléguée d’avertissements Miranda (le fameux « Vous avez le droit de garder le silence »), ou encore à la fouille et la saisie sans mandat.

« Je n’ai jamais vu cela auparavant, même si j’ai discuté du scénario potentiel avec des activistes et des journalistes au fil des années. Je pense que cette affaire rappelle que les autorités peuvent prétendre que vous avez sciemment détruit des données, donc il vaut mieux ne pas avoir ces données sur vous lorsque vous franchissez certaines frontières », a réagi Runa Sandvik, une experte en sécurité informatique, auprès de TechCrunch.

Commentaires (5)

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Étape d'après le mot de passe contraint, le "Fail-deadly switch" où il faut renseigner régulièrement un code pour éviter la destruction des données. Il suffit alors de rester passif un certain temps, difficilement opposable alors.
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Mais en soit ce sont les agents qui ont entré le mot de passe de contrainte et ainsi détruit les données. Donc ce sont eux qui devraient être poursuivis, non ?
Et d'ailleurs, la procédure (pour un ordinateur) ce n'est pas de faire un dump du disque et de travailler sur la copie pour ne pas porter atteinte à la preuve ? (je ne sais pas comment c'est transposé pour les appareils récents).
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C'est pas clair dans l'article, un coup il saisit un coup il donne un code aux agents.
Tunick aurait saisi un mot de passe de contrainte GrapheneOS qui a immédiatement effacé les données stockées sur l’appareil.
pour avoir fourni aux agents frontaliers un code d’accès ayant causé l’effacement du contenu numérique de son téléphone
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Si on occulte le contexte, le cadre et les causes de l'arrestation (pour moi le cœur du problème), quand il donne ce code PIN (ou qu'il le saisi), il sait très bien ce qui va se passer derrière, donc c'est bien de la destruction intentionnelle.
C'est dur de concevoir qu'il se soit trompé de PIN vu la criticité de ce service qu'il a dû activer en connaissance de cause.
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Un doigt d'honneur bien tendu n'a jamais fait de mal à personne 😁