Linus Torvalds s’agace une nouvelle fois sur l’IA, cette fois pour la défendre
Miroirs et religion
Long Ma pour Unsplash
Le 16 juillet à 12h02
Linus Torvalds s’est encore une fois agacé des débats autour de l’IA. Si le père de Linux avait pesté contre les nombreux rapports d’erreurs générés par les LLM et peu efficaces, il l’affirme cette fois bien haut : Linux n’est pas anti-IA, et ces outils sont là pour rester.
Linus Torvalds s’agace une nouvelle fois sur l’IA, cette fois pour la défendre
Miroirs et religion
Long Ma pour Unsplash
Linus Torvalds s’est encore une fois agacé des débats autour de l’IA. Si le père de Linux avait pesté contre les nombreux rapports d’erreurs générés par les LLM et peu efficaces, il l’affirme cette fois bien haut : Linux n’est pas anti-IA, et ces outils sont là pour rester.
Logiciel
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4 min
Le litige concerne cette fois Sashiko, un bot d’IA générative chargé de relire (review) les patches soumis au noyau Linux. La question technique est simple : faut-il envoyer directement aux développeurs les commentaires générés par Sashiko, ou les faire filtrer par un mainteneur humain avant transmission ?
Laurent Pinchart, contributeur de longue date au kernel, s’oppose à l’envoi direct des reviews de Sashiko aux auteurs de code. Il s’appuie sur les recommandations publiées le 18 juin 2026 par la Software Freedom Conservancy (SFC) concernant les outils basés sur des LLM, qui préconisent de respecter le choix des développeurs refusant l’IA.
Roman Gushchin, un autre contributeur, rétorque pour sa part qu’il serait contre-productif de faire vérifier et retransmettre manuellement chaque review IA par un humain, l’intérêt de l’IA étant justement de faire gagner du temps aux mainteneurs. En outre, il indique que la position très restrictive de la SFC n’est pas partagée par le projet Linux.
Ce que fait Sashiko
Sashiko a été développé par Roman Gushchin, ingénieur senior chez Google, et annoncé publiquement le 17 mars 2026 sur la liste de diffusion du noyau. Dans son message d’annonce, Gushchin précise que le service tourne sur le modèle Gemini 3.1 Pro, et remercie Google pour la mise à disposition de la puissance de calcul et de l’infrastructure ayant permis le projet (lkml.iu.edu). Le code de Sashiko, écrit en Rust, permet en théorie de configurer d’autres fournisseurs de LLM comme Claude et GitHub Copilot CLI, mais c’est bien avec Gemini que le programme a été le plus testé, comme le relevait alors The Register.
Sashiko est un service centralisé, financé par Google, qui surveille automatiquement la mailing-list du noyau (et d’autres, comme celle de Rust-for-Linux) et poste ses reviews de manière automatisée. Selon les mesures de Gushchin lui-même, Sashiko détecte environ 53 % des bugs corrigés a posteriori sur un échantillon non filtré de 1 000 commits récents. Il s’agit cependant des mesures de l’ingénieur, elles ne sont pas soutenues par des mesures indépendantes.
Torvalds s’agace une nouvelle fois
Face aux débats autour de l’IA, largement alimentés par la crainte d’un slop à profusion, Linus Torvalds est finalement intervenu.
Comme souligné par Phoronix, Torvalds a indiqué que la position générale autour du noyau Linux est que l’IA est utile, quand elle est utilisée correctement. Pas question selon lui de rejeter en bloc les rapports d’erreurs générés. Il se dit prêt à peser de tout son poids de mainteneur principal du noyau si nécessaire.
On retrouve rapidement le franc-parler du développeur. Il affirme ainsi que « Linux n’est pas l’un de ces projets anti-IA » et que toute personne n’étant pas satisfaite de cette position peut faire ce que l’on fait toujours dans l’open source : forker. Pour faire bonne mesure, il ajoute que les personnes pointant les défauts de l’IA feraient bien de se « regarder dans un miroir », l’intelligence humaine n’étant pas non plus exempte d’erreurs.
L’open source n’est pas une religion
« L’IA est un outil, comme les autres outils que nous utilisons. Et c’est clairement utile. Ce n’était peut-être pas aussi « clair » il y a seulement un an, mais ce n’est plus remis en question aujourd’hui. Oui, cela peut aussi être un outil un peu pénible […], mais la solution n’est pas de baisser la tête dans le sable et de chanter « la la la, je ne t’entends pas » à pleins poumons comme certains semblent le faire », assène Torvalds.
Il est également d’avis que « l’aspect social du travail open source est important et est souvent une partie motivante du projet », mais que « c’est un avantage secondaire, pas le but du projet ». Avant d’ajouter, au sujet de Linux : « Ce n’est *PAS* un projet de « guerrier social », ça n’a jamais existé, et ça ne le sera jamais. Dans la communauté du noyau, nous faisons de l’open source parce que cela permet une meilleure technologie, pas pour des raisons religieuses ».
Commentaires (25)
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Abonnez-vousModifié aujourd'hui à 13h32
"Linux" est de fait un projet social du fait de sa licence, et le projet n'a pas voulu passer en GPL v3 pour des raisons politiques…
Aujourd'hui à 14h34
Modifié aujourd'hui à 14h56
En revanche, on peut tout à fait soutenir que l'adoption de l'IA par un projet aussi important contribue à sa normalisation et peut donc avoir des conséquences sociétales (le fameux "social"). C'est un débat légitime, mais ce n'est pas celui que Torvalds aborde ici. Il raisonne avant tout en termes d'utilité pour le développement du noyau.
Je pense que c'est une incompréhension de l'existence de biais (projection de nos propres motivations) sur l'utilisation et l'intérêt du libre.
On retrouve des amateurs d'open-source pour des raisons de valeurs politiques (entraide, sobriété, social, ...) et d'autres pour des raisons techniques (ouverture du code, facilité d'utilisations de matériel, ...) ; aussi les deux et avec des nuances, bien sûr.
Certains utilisateurs et contributeurs à l'open source sont équipés d'un multitudes d'objets connectés (capteurs, rpi, serveur, portable, pc, ...). Est-ce que cette utilisation du libre répond aux valeurs mentionnées ? Pas sûr (ressources, pollutions, esclavagisme, ...).
Ce mode de vie n'est pas forcément cohérent avec une vision de sobriété écologique, mais cela n'enlève rien à la valeur de leurs contributions. De la même manière, le fait que Linux soit sous GPL ne signifie pas que chacun de ses choix techniques doive être interprété comme un engagement politique.
Modifié aujourd'hui à 15h13
Pour les pragmatiques, le libre est surtout une manière plus efficace de construire du logiciel de qualité et utile au plus de monde possible, sans avoir à réinventer la roue à chaque fois comme le propriétaire.
Le choix de rester sur la GPLv2 était aussi un choix pragmatique, la GPLv3 aurait imposé trop de contraintes à l'utilisation de Linux dans des produits.
Aujourd'hui à 15h22
Aujourd'hui à 15h34
Aujourd'hui à 16h11
Modifié aujourd'hui à 16h33
Il explique aussi, mais je pense avec son expérience de 20 ans de plus, que c'est une licence qui lui convient bien, en particulier sur C'est peut-être ce que tu appelles la réciprocité.
Aujourd'hui à 16h39
Modifié il y a 52 minutes
Il y a 49 minutes
Modifié il y a 33 minutes
La suite GNU d'outils de build (autotools &co) est complètement obsolète depuis longtemps et aujourd'hui un boulet pour les projets qui les utilisent encore.
Le seul projet encore vraiment vivant c'est GCC, qui subit tout de même la concurrence de Clang.
Aujourd'hui à 15h37
Sinon, suffit de lui envoyer un mail et lui expliquer qu'il a tort.
Aujourd'hui à 16h24
pour la v3 il a refusé parce que nombre de contributeurs utilisent la "faille" de la V2 pour fournir des équipements sous Linux sans fournir le code source.
Là encore c'est du pragmatisme, il ne préfère ne pas avoir toutes les contributions que plus aucune du tout.
Aujourd'hui à 16h44
À l'instant
Linus est un pur technique, l'aspect politique ne le concerne pas.
Aujourd'hui à 13h50
Aujourd'hui à 14h01
Aujourd'hui à 15h00
1) dans le cas précis où il s'agit de relire des patchs
2) de manière plus générale : tu as un exemple où du code propriétaire (donc a priori pas public) serait régurgité par une IA générative ? Il pourrait éventuellement y avoir des cas de code incompatible avec la GPL V2, comme par exemple du GPL V3, mais je pense que c'est plus un phantasme qu'une réalité.
Aujourd'hui à 14h58
Bien sûr que l'IA c'est une belle technologie, mais elle repose sur des bases morales pourries (et a-t-elle une base légale tout court ?).
Mais si on laisse tomber les valeurs, déso m'sieur Torvalds, mais Windows 10 fait parfaitement le café pour mes usages perso & pro, contrairement à mes distrib linux actuelles (ma CG pas reconnue, exit les jeux, mon trackpad qui ne répond plus après une mise en veille, Slack & FF qui plantent bien plus souvent, ...)
Aujourd'hui à 15h51
Qui te dit que le gars qui, en dehors de celui de Google, fait pas tourner un petit modèle sur son homelab alimenté par panneaux solaire qu'il a lui même entraîné sur des données libres et qu'avec ça il arrive à review son code et maintenir ? Rien mais, encore une fois, par idéologie vous venez expliquer que ça devrait comme VOUS le pensez.
Et si ça se trouve, Torvalds pense peut être la même chose que toi, mais comment il va interdire tout ça ? Non parce que se plaindre c'est facile, trouver la solution, ça l'est beaucoup moins.
Il y a 32 minutes
J'ai pas l'impression qu'on ai le même avis lui et moi quand il dit
Bonne question, je ne sais pas comment interdire l'IA, mais je ne dis pas au gens qui lui trouvent des soucis sont bêtes.
C'est vrai. Peut-être que la solution serait ce dont tu parles au début de ton commentaire, un petit modèle entrainé avec des données sur lesquelles les autorisations ont été recueillies (ou déjà autorisé par la licence qui les protège), sur une infra pas extravagante, oui, je plussoie.
Aujourd'hui à 16h00
D'un autre côté, tu devrais maintenir ces fonctions vitales même si tu bossais pas sur le code du noyau Linux, donc bon...
Mais pour te répondre : oui, tu consommes une quantité relativement faramineuse d'eau et d'énergie pour faire des erreurs. Probablement plus qu'une IA à nombre d'erreurs équivalentes (après je sais pas, t'es ptèt particulièrement prolifique en nombre d'erreurs).
Aujourd'hui à 16h15
Il y a 10 minutes
Ah oui oui, je te confirme que je consomme même de l'énergie préalablement ingurgitée quand je me repose !
Vu que je compare humain/IA, je consomme une quantité "normale" sur l'échelle humaine.
Si je consomme plus d'énergie entre chaque erreur, c'est que j'en fais moins à énergie équivalente, c'est mieux non ?
Ou alors j'en fait aussi souvent qu'elle mais je consomme plus dans le même laps de temps, c'est ça ?
J'aime à penser que non, mais idem, pas de preuves, alors "trust me bro" ...
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