L’Europe veut numériser son réseau électrique pour « gagner en indépendance »
Plus de Linky !
Illustration : Flock
Le 05 juin à 08h55
La feuille de route européenne sur la numérisation de l’énergie ne se limite pas à l’IA et aux réseaux intelligents. Bruxelles veut accélérer le déploiement des compteurs communicants, et prépare l’arrivée d’une nouvelle génération de centres de données gourmands en électricité. Une équation délicate.
L’Europe veut numériser son réseau électrique pour « gagner en indépendance »
Plus de Linky !
Illustration : Flock
La feuille de route européenne sur la numérisation de l’énergie ne se limite pas à l’IA et aux réseaux intelligents. Bruxelles veut accélérer le déploiement des compteurs communicants, et prépare l’arrivée d’une nouvelle génération de centres de données gourmands en électricité. Une équation délicate.
Économie
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6 min
Dans la myriade de propositions et de dispositifs contenus dans le paquet sur la souveraineté technologique européenne, on trouve évidemment le Chips Act 2.0, pierre angulaire du texte. Mais ce n’est évidemment pas tout. La feuille de route sur la numérisation et l’IA dans le secteur de l’énergie mérite un petit coup d’œil.
Bruxelles entend ainsi accélérer l’adoption des compteurs électriques intelligents à travers l’Union. Des boîtiers que les Français connaissent bien puisque le Linky en fait partie. Ces systèmes permettent aux consommateurs d’adapter leur consommation en fonction des besoins du réseau et des variations du prix de l’électricité, affirme la Commission.
Un peu plus d’intelligence dans les réseaux électriques
L’exécutif européen présentera d’ailleurs une proposition législative dès cette année pour amplifier le mouvement et le déploiement de ces compteurs. Elle contiendra un objectif de couverture minimale des boîtiers dans chaque État membre, ainsi qu’un suivi des progrès en la matière. « De nombreux États membres ont déjà atteint un taux d’équipement supérieur à 90 %, ce qui leur a permis de bénéficier de prix de l’énergie plus bas ainsi que du développement de produits et de services intelligents rendus possibles par ces compteurs », indique la FAQ de la feuille de route.
En France l’an dernier, il ne restait plus que 1,7 million de clients Enedis encore équipés de vieux modèles de compteurs. Ces équipements sont considérés comme des éléments indispensables des « réseaux électriques intelligents » qui offrent « la visibilité en temps réel, l’interopérabilité et les capacités de pilotage nécessaires pour accroître l’intégration des énergies renouvelables et optimiser le fonctionnement du système énergétique, notamment grâce à l’IA ».
Équipés de compteurs communicants et de contrats à tarification dynamique, les Européens vont donc pouvoir réduire leur facture d’électricité en déplaçant leur consommation « vers les heures où l’électricité est moins chère », indique Dan Jørgensen, le commissaire à l’Énergie. « Pour prendre un exemple concret, les ménages suédois qui utilisent un chauffage électrique peuvent déjà aujourd’hui économiser jusqu’à 40 % grâce à la flexibilité de la demande », illustre-t-il.
La feuille de route sur la numérisation contient également un volet important — c’est même le « premier pilier » du texte — sur l’intégration des centres de données au système énergétique européen. Ces infrastructures représentent déjà 2,5 % de l’énergie utilisée dans l’UE ; la Commission estime que leur capacité installée passera d’environ 12 GW en 2025 à 28 GW en 2030.
Des centres de données très gourmands
L’UE veut accueillir davantage de datacenters sur son territoire, un objectif très clair dans les annonces de l’édition 2026 de Choose France. C’est aussi l’objectif affiché par RTE dans son bilan annuel, qui appelle à accélérer sur l’électrification des usages (datacenters, mais aussi voitures électriques) pour mettre à l’équilibre production et consommation.
Bruxelles entend encadrer le raccordement de ces centres au réseau électrique et favoriser leur alimentation par une énergie aussi décarbonée que possible. Un audit européen des performances environnementales de ces infrastructures est dans les cartons de la feuille de route.
D’un côté, des boîtiers connectés pour contrôler la consommation chez soi. De l’autre, des centres de données qui dévorent l’énergie à grandes lampées. Il y a de quoi se demander si la Commission voudrait déshabiller Pierre pour habiller Paul : les foyers européens seront-ils mis à contribution pour réduire la pression sur les réseaux électriques afin que les datacenters en profitent ?
Dan Jørgensen rejette cette interprétation : « Je ne me suis probablement pas exprimé clairement, ou alors il y a eu un malentendu (…) ce que je voulais dire, c’est que les compteurs intelligents ne sont pas la solution à l’augmentation de la consommation d’énergie liée à l’IA. » La numérisation et l’IA vont « aider notre compétitivité, baisser les prix et nous aider à gagner en indépendance », affirme-t-il. Mais « l’enjeu, c’est que les centres de données consomment beaucoup d’énergie ».
Le Commissaire a peut-être en tête l’opposition massive des Américains à l’installation des infrastructures IA près de chez eux. Un rejet en grande partie dû à la crainte que les opérateurs des centres de données fassent exploser les prix de l’électricité.
La Commission a l’intention de mettre en place un dispositif pour faciliter les accords entre producteurs d’énergie, centres de données, consommateurs et autorités publiques pour « garantir un bon emplacement des centres de données, une intégration adéquate au réseau électrique et de meilleures synergies avec l’industrie ». Dan Jørgensen donne un exemple des bénéfices de l’installation d’un datacenter : la récupération de la chaleur produite sur ces sites.
« Malheureusement, cette pratique reste aujourd’hui encore relativement peu répandue », déplore-t-il, « mais dans certains endroits où elle est mise en œuvre, la chaleur excédentaire d’un centre de données permet déjà de chauffer des milliers de logements ». En valorisant la moitié de cette chaleur en trop, « nous pourrions chauffer quatre millions de foyers européens ». L’argument suffira-t-il à convaincre les Européens que la multiplication des centres de données profitera aussi aux territoires qui les accueillent ?
Sur le papier, l’idée est séduisante. En pratique, c’est bien plus compliqué puisque moins de 2 % de la chaleur fatale est réutilisée en Europe, selon la Commission.
Commentaires (25)
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Abonnez-vousLe 5 juin à 09h14
Le 5 juin à 09h20
Le 5 juin à 09h22
Egalement les piscines, etc.
Le 5 juin à 09h30
Le 5 juin à 09h22
Le 5 juin à 12h16
Le 5 juin à 16h09
Le 5 juin à 09h24
Mais ce n'est pas aussi simple. Ce sont des travaux d’infrastructure conséquents, et selon les villes et leur ancienneté, je n'ose même pas imaginer le coût de tels travaux.
Le 5 juin à 17h28
Là où la logique veut le mettre en périphérie, en zone industrielle, à côté des lignes à très haute tension et des gros noeuds de communication.
Le 5 juin à 09h43
On parle bien des contrats qui peuvent couter une fortune si mal pilotés... et dont les moyens de pilotage ne sont pas actuellement à la portée du consommateur moyen ?
Modifié le 5 juin à 11h27
Chiffre sorti du chapeau sans aucune référence. Et avec le mot "can", ça n'engage à rien. A sa place, j'aurais fait du Trump en disant que les ménages suédois peuvent déjà économiser jusqu'à 200%.
https://evs38-program.org/images/Proceedings/D%20Charging%20Infrastructure%20and%20grid%20integration/120_Cost%20Savings%20and%20Flexibility%20in%20Household%20Energy%20Consumption%20with%20Electric%20Vehicles%20and%20heat%20pumps.pdf
Ce papier montre (en simulation) qu'on est plutôt de l'ordre de 20% de réduction si on a une pompe à chaleur et un véhicule électrique et qu'on accepte les contraintes d'un marché flexible.
Modifié le 5 juin à 12h16
La tarification dynamique n'est normalement pas le principe des heures pleines / heures creuses, identiques d'un jour sur l'autre, tel que nous le connaissons en France, mais une évolution tarifaire dans la journée dépendant des tensions sur le système électrique et du prix SPOT, un schéma pouvant changer d'un jour sur l'autre. Une fois que nous sommes d'accord de ce dont nous parlons, la présentation de la CE enjolive vraiment la réalité. Car il n'est pas évident du tout que la facture baisse pour l'utilisateur final. En réalité, avec les ENR intermittentes non pilotables, les prix font le yoyo tout au long de la journée. Il y a un risque de perte financière pour les opérateurs qui d'un côté achètent à un prix qui fluctue et qui de l'autre, vendent à prix fixe. Alors l'idée géniale de la CE est de transférer le risque financier au consommateur final. Comme celui-ci ne sera pas forcément convaincu de l'intérêt de devoir faire du trading d'énergie et d'arbitrer sur sa consommation plusieurs fois par jour, on lui emballe ça avec des promesses d'innovation, d'intelligence et évidemment de potentielle réduction de facture. L'avenir nous dira si le consommateur (et le citoyen) en verra vraiment un gain ...
Le 5 juin à 12h06
Le 5 juin à 20h29
Le 5 juin à 20h55
Le 6 juin à 02h49
En France, les entreprises électro-intensives achètent contractuellement à l'avance des volumes d'électricité à EDF (ou aux autres producteurs, minoritaires) à un tarif fixé et le reste sur le marché spot.
La libéralisation du marché de l'électricité en France (loi NOME) a permis l'établissement de producteurs et fournisseurs d'électricité supplémentaires ("fournisseurs alternatifs"). Ceux-ci peuvent proposer des contrats aux particuliers indexés sur les prix spots et actualisés périodiquement (par ex. trimestriellement). La forte hausses des prix spots à l'hiver 2022 a conduit à la cessation d'activité de certains d'entre eux ou à l'augmentation importante des tarifs des particuliers.
page wikipédia sur le sujet
Le 5 juin à 12h05
Non, les gens n'ont pas que cela à foutre de monitorer le prix de l'électricité en temps réel pour savoir quand lancer la machine à laver.
Évidemment qu'il vont en venir à couper les foyers pour privilégier les centres de données en cas de pénurie.
Plus de consommation d'energie, ne veut pas dire des prix plus bas. L'énergie n'est pas un produit manufacturé. Plus de consommation, égale plus de tension sur un réseau non extensible, égale des prix qui montent.
Ils nous prennent vraiment pour des cons.
Modifié le 5 juin à 13h52
Le 5 juin à 12h43
Pour le rendre plus intelligent, il faut un module complémentaire à brancher sur ce compteur et que les appareils puisent avoir un départ différé en fonction de la demande électrique
Le 6 juin à 06h48
Le 6 juin à 08h14
Voit-on lors de chaque crise énergétique, des articles dans la presse expliquant au grand public comment utiliser son compteur intelligent pour faire des économies?? Si je vais dans un magasin grand public d’électroménager, verrais-je des labels "compatible linky"??
La Commission a-t-elle mis en place un protocole/norme permettant le pilotage des appareils électriques les plus consommateurs d’électricité et surtout l’a-t-elle rendu obligatoire sur les appareils neufs??
Réponse: non!
Il existe bien des protocoles de domotiques qui peuvent faire cela, mais ils ne sont connus que des technophiles, des électriciens et autres amateurs d’électronique. Et c'est souvent des choses à rajouter à sa machine à laver ou à son chauffe-eau.
En France, cela fait 10 ans que le compteur Linky est déployé. Ce compteur communicant (mais pas intelligent) y représente maintenant 95% des compteurs. Ce déploiement a été fait à la demande de l’UE.
Pourtant, le volet "intelligent" tarde à atteindre le grand public.
Donc lorsque la Commission Européenne déclare que ce type de compteur communicant permet de faire des économies et évite des tensions sur le réseau électrique. C’est du pipeau ou fortement exagéré car cela ne correspond pas à la réalité perçue par le grand public.
Le 6 juin à 09h03
Le 6 juin à 22h43
Pour le reste, ça me semble difficile. On mange à midi et en soirée. Le frigo tourne toute la journée ainsi que le congélateur et ça représente pichnette par rapport à ce que j'ai déjà listé.
Il ne faut pas oublié que le dimensionnement du réseau est chiffré à 90 milliards dont une vingtaine prévu pour le consommateur. Faudra bien qu'on les paie d'une manière ou d'une autre.
Les conduites de gaz sont là mais les clients partent sur l'électrique donc moins de clients pour le même réseau à entretenir et donc la aussi les prix vont augmenter.
Pseudo solution: les panneaux solaires. Ne produise en général que le jour et principalement en été quand on ne chauffe plus. De plus, il y a actuellement tous les jours des prix négatifs qui fait que les producteurs d'énergie solaire et éoliennes les coupent du réseau à ces moments.
On va me dire qu'il y a la climatisation mais c'est un besoin qu'on ajoute. C'est pas très bon pour la planète.
Bref: préparer le chéquier. Ça s'appelle les dépenses contraintes!
Le 11 juin à 14h49
Le 12 juin à 12h09
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