Le Chips Act 2.0 dessine une nouvelle philosophie industrielle européenne
Pas de chips sans cacahuètes
Le 04 juin à 11h20
La Commission européenne vient de présenter le Chips Act 2.0 dans le cadre d’un paquet plus large sur la souveraineté technologique européenne. La première version du texte n’ayant pas eu les résultats escomptés, la Commission remet le couvert. Mais il ne s’agit pas d’une simple mise à jour : l’Europe passe d’une réaction rapide sur une situation de crise à une nouvelle philosophie industrielle.
Le Chips Act 2.0 dessine une nouvelle philosophie industrielle européenne
Pas de chips sans cacahuètes
La Commission européenne vient de présenter le Chips Act 2.0 dans le cadre d’un paquet plus large sur la souveraineté technologique européenne. La première version du texte n’ayant pas eu les résultats escomptés, la Commission remet le couvert. Mais il ne s’agit pas d’une simple mise à jour : l’Europe passe d’une réaction rapide sur une situation de crise à une nouvelle philosophie industrielle.
Droit
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10 min
Le Tech Sovereignty Package a été mis en ligne par la Commission européenne le 3 juin. On y trouve le Chips Act 2.0, pièce maitresse de l’ensemble qui vise à renforcer l’indépendance et la souveraineté européennes. Le nouveau règlement – qui doit encore faire l’objet de négociations avec le Parlement et le Conseil de l’Union – est accompagné d’autres textes, dont un règlement sur le cloud et l’IA, un plan stratégique pour un écosystème numérique ouvert basé sur l’open source et une feuille de route pour la « digitalisation » et l’IA dans le secteur énergétique.
« Nous ne pouvons pas nous permettre de dépendre des autres pour les technologies qui assurent le fonctionnement de nos hôpitaux, la stabilité de nos réseaux énergétiques et la sécurité de nos services. Il s’agit de protéger nos citoyens, de défendre nos intérêts et de faire nos propres choix. L’Europe a le talent, l’excellence en matière de recherche, la base industrielle et le marché unique. Ensemble, nous devons transformer ces atouts en souveraineté technologique », a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne.
Dans son communiqué, la Commission précise que l’Europe « reste fortement dépendante de fournisseurs extérieurs […] pour les technologies numériques de base », alors même que la demande de puissance augmente avec la généralisation de l’IA. Cette fois, il s’agit d’aller plus loin que d’aligner des milliards d’euros pour inviter quelques grosses entreprises. D’autant que la situation a largement évolué, notamment avec l’annulation par Intel de son plan d’installation de deux vastes usines sur le Vieux Continent.
Déjà une version 2 ?
On peut s’étonner : pourquoi déjà une version 2, alors que le premier Chips Act a été voté en grande pompe en 2022, avec une entrée en vigueur complète en 2023 ? Parce que le texte manquait d’ampleur et tentait surtout de répondre à des problématiques urgentes dans un post-Covid. Si l’objectif n’a pas changé – renforcer l’industrie européenne des semi-conducteurs et réduire les dépendances stratégiques –, la vision de ce qui doit être fait semble plus mature.
Selon la Commission, la première version a permis de soulever 43 milliards d’euros d’investissements publics et privés et de créer 46 000 emplois directs et indirects. La capacité de recherche européenne dans le domaine des semi-conducteurs aurait également été renforcée.
Mais le grand objectif du premier Chips Act était de parvenir à une part de marché de 20 % dans la production des semi-conducteurs d’ici 2030. En avril 2025, la Cour des comptes européenne rendait cependant un verdict brutal : le score visé était « déconnecté de la réalité », avec au mieux une part de 11,7 % à cette échéance. Fin mai, Emmanuel Macron indiquait lui-même que cet objectif ne serait pas atteint.
En outre, le premier règlement ne s’occupait que des besoins immédiats du secteur, sans planification à long terme. Enfin, et c’était le plus gros reproche, le Chips Act premier du nom ne visait que les plus grosses entreprises. Conséquence, tout abandon ou même retard dans la planification affectait durement l’objectif. On en revient à l’exemple d’Intel et ses usines allemandes abandonnées.
Mais le plus gros reproche fait à cette première version était l’absence de réponse au problème du « lab-to-fab gap » : le fossé entre la qualité élevée de la recherche européenne et sa capacité de production industrielle, alors même que l’Europe possède des géants mondiaux comme ASML (gravure par photolithographie). Les analyses menées lors des consultations publiques d’Eurochambres (Association des Chambres de Commerce et d’Industrie Européennes) ont révélé (PDF) que ce premier texte manquait de profondeur géopolitique à long terme et se concentrait de manière trop étroite sur le subventionnement massif de quelques méga-usines isolées.
Le Chips Act 2.0 veut rectifier le tir
Si le premier règlement s’attaquait surtout à l’offre, le nouveau s’attèle à tout ce qui l’entoure. Car même si de nouvelles grandes usines apparaissent, elles ne seront jamais rentables si la demande ne suit pas : il faut un lot de clients ancrés pour générer un flux de commandes stable
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Commentaires (1)
Aujourd'hui à 12h16
Sans ça... ça va ripper un peu.
Et pour le sujet de choisir librement ses fournisseurs. Quand ils ne sont plus que 2 ou 3 dans un marché... il y a peu de chance de rester libre quand bien même ASML pèse dans le game (pour combien de temps?).
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