Choose France 2026 : un montant record de 93 milliards d’euros à relativiser
Caisse de résonance
Illustration : Flock
Le 02 juin à 16h20
Dans son édition 2026, le sommet Choose France semble être le lieu de réunion de tous les superlatifs. Dans son bilan publié ce 1ᵉʳ juin, on peut ainsi lire qu’un total de 93 milliards d’euros d’investissements a été annoncé. Le succès de cette édition reste cependant à relativiser sur plusieurs points.
Choose France 2026 : un montant record de 93 milliards d’euros à relativiser
Caisse de résonance
Illustration : Flock
Dans son édition 2026, le sommet Choose France semble être le lieu de réunion de tous les superlatifs. Dans son bilan publié ce 1ᵉʳ juin, on peut ainsi lire qu’un total de 93 milliards d’euros d’investissements a été annoncé. Le succès de cette édition reste cependant à relativiser sur plusieurs points.
IA et algorithmes
IA
7 min
L’initiative Choose France a été lancée en 2018 par Emmanuel Macron (qui entame sa dernière année de présidence). Depuis, elle a lieu chaque année au château de Versailles, un choix loin d’être anodin. L’idée est de rassembler dans les ors de ce lieu emblématique des centaines de grands dirigeants d’entreprises multinationales, de fonds souverains, d’investisseurs internationaux et autres pour les convaincre d’investir dans l’Hexagone. Comment ? En implantant ou en développant leurs activités au sein des frontières.
L’objectif est aussi industriel qu’économique et politique. La France investit dans son image de terre d’accueil pour les grandes entreprises, tout particulièrement dans la tech et l’IA. Outre des avantages promis sur la fiscalité, le pays met ainsi en avant des procédures simplifiées et surtout une énergie largement décarbonée via le parc nucléaire français. Autre bénéfice souvent relayé, un réseau électrique mature et solide.
Boum !
Via des avantages ciblés, la France peut ainsi flécher les investissements et attirer plus facilement le type d’entreprise qu’elle souhaite voir se développer. Par exemple, on peut lire dans le rapport qu’au titre des incitations fiscales, le pays propose des crédits d’impôts dans l’industrie verte « pour les nouveaux projets industriels dans les secteurs des batteries, de l’éolien, des panneaux solaires et des pompes à chaleur et de la production d’équipements aux matières premières critiques ».
Et le chiffre de cette année (PDF) a de quoi étonner : alors que l’édition 2025 avait atteint 40,8 milliards d’euros d’investissements annoncés, Choose France 2026 parade avec un score de 93 milliards d’euros. C’est la plus grande somme jamais annoncée pour l’un de ces sommets, très loin devant les éditions précédentes. Si loin même qu’elle reste supérieure au cumul de toutes les sommes annoncées depuis la création de l’évènement (voir le tableau ci-dessous).
Les records précédents ont été pulvérisés, le bilan 2026 étant largement porté par l’annonce de SoftBank d’un grand centre de données dans les Hauts-de-France, comme nous le relations hier (45 milliards des 93 annoncés). Parmi les autres participations majeures, citons également le gestionnaire d’actifs canadien Brookfield, dont les 20 milliards d’euros d’investissements annoncés l’année dernière sont finalement réévalués à 30 milliards, toujours pour des infrastructures liées à l’IA, dont un nouveau campus à Cambrai (Nord). Le fonds émirati MGX est lui aussi de la partie, allié à Bpifrance pour l’occasion, afin d’investir 7,5 milliards d’euros dans les infrastructures de calcul intensif.
Au son du clairon
Le succès de l’évènement est indéniable : que l’annonce SoftBank (en partenariat avec Schneider Electric) représente à elle seule presque la moitié du montant total ne change rien au fait que le chantier se fera en France. Même chose pour les autres annonces majeures.
En tout, 71 investissements ont ainsi été présentés, permettant à Emmanuel Macron (cité par Le Monde) de déclarer : « Cette édition de Choose France va permettre de cristalliser un montant record de 93 milliards d’euros d’investissement confirmés, pour plus de 15 000 emplois. C’est évidemment, de très loin, une édition record et c’est historique ». Pour le président, « nous sommes clairement en train de combler le retard que nous avions en matière de capacités de calcul en Europe ».
Masayoshi Son, directeur général de SoftBank, a confirmé peu après que le nucléaire tricolore avait joué un rôle important dans la construction du dossier, et que l’électricité française, jusqu’ici exportée, allait pouvoir être convertie « en tant que matière brute en intelligence précieuse ». Il a ajouté : « Nous avons l’élan pour faire de la France le centre de l’Europe ». De quoi réjouir l’Élysée, qui ne veut pas se contenter de fournir de l’énergie aux mastodontes américains, qui captent actuellement la majorité de la chaine de valeur, comme le soulignait Arthur Mensch, PDG de Mistral AI, lors d’une audition à l’Assemblée nationale.
La plupart des annonces sont liées au numérique et ont trait au développement d’infrastructures ou de zones de formation, telles que des campus. Par exemple, un partenariat entre Foxconn et Bull va injecter au moins 120 millions d’euros dans des usines et infrastructures d’IA en France, avec la volonté de devenir un acteur clé dans la chaine d’approvisionnement et les capacités de calcul en Europe. L’Américain Databricks va investir 258 millions d’euros dans la formation et le développement de son activité de conseil auprès des entreprises françaises et leurs projets de déploiement de l’IA. Citons également un autre Américain, HPE, qui va injecter 350 millions d’euros dans l’AI Factory Lab de Grenoble, en partenariat avec NVIDIA.
Aux côtés de ces investissements mis en avant, on en trouve d’autres dans le spatial et la défense. Par exemple, l’Australien Electro Optic Systems va débourser plus de 10 millions d’euros pour « faire de la France son hub européen autour des systèmes anti-drones ». PDL Space (Espagne) investit 35 millions d’euros dans la construction et l’aménagement d’un complexe de lancement à Kourou (Guyane), Tekever (Portugal) ajoute 100 millions aux 100 millions annoncés l’année dernière pour renforcer ses activités de systèmes autonomes avancés, et Venturi Space (Monaco) ajoute 150 millions d’euros à son centre dédié aux technologies critiques à Toulouse.
Même si la tech représente l’essentiel des annonces, Choose France est dédié de manière plus générale à l’industrialisation. On retrouve ainsi dans les annonces des investissements d’entreprises comme Diageo (Royaume-Uni) dans le domaine CHR (cafés, hôtels, restaurants), DHL (Allemagne) pour la modernisation et la transition écologique de ses infrastructures en France, ou encore Inpost (Pologne), le créateur de Mondial Relay, qui a annoncé investir 500 millions d’euros pour développer ses activités en France.
Oui, mais…
Toutes ces annonces sont à relativiser en partie. D’abord, certaines sont en fait des confirmations ou des reprises de précédentes décisions. Selon Boursorama par exemple, la décision de Softbank d’investir 45 milliards en France avait déjà été prise en avril, lors de la visite officielle d’Emmanuel Macron au Japon.
Dans la même idée, cette édition 2026 peut être vue comme un prolongement du Sommet pour l’Action sur l’IA de l’année dernière. Les engagements et promesses avaient atteint un cumul de 109 milliards d’euros, faisant de Choose France une caisse de résonance politique pour une majorité de confirmations. C’est le cas notamment de l’usine de semi-conducteurs de Foxconn à Bordeaux, avec les groupes français Thales et Radiall.
Surtout, pour l’essentiel des annonces, ces investissements vont s’étaler sur plusieurs années, notamment pour les plus gros montants. Les 45 milliards de SoftBank s’étaleront ainsi jusqu’en 2031, les 2 milliards de Salesforce d’ici 2030, les 300 millions de SAP d’ici 2032 et ainsi de suite. Il en va de même pour la création d’emplois : si le rapport de l’Élysée évoque 15 600 emplois créés, ce chiffre représente le total en fin de montée en puissance, notamment pour tout ce qui touche aux infrastructures cloud et IA, donc la plupart du temps vers 2030.
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Si c'est 15 600 de directs et qu'il y a de l'indirect à côté, tant mieux. Si ça regroupe les deux, c'est plutôt faiblard oui.
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