Un quart des Français visitent les sites d’infos générées par IA recommandés par Google
KO Boomers
14 à 16 millions d'internautes français consultent chaque mois l'un des 251 sites d'infos GenAI les plus recommandés par Google et identifiés par Next, selon une étude de Médiamétrie pour le Groupement des éditeurs de services en ligne. Près des trois quarts (74 %) de ces internautes ont plus de 50 ans, au point que ces derniers visitent plus de sites d'infos GenAI que de vrais sites d'actualités. 77 % y sont envoyés par l'un des services de Google (Discover, Search ou Actualités), et 10 % via Meta.
Le 18 décembre 2025 à 17h20
12 min
Société numérique
Société
Dans la mesure où la lutte contre la désinformation nous semble un enjeu de salubrité (numérique) publique, cet article, en principe réservé aux lecteurs premium de Next, est exceptionnellement en accès libre pour 24 heures. Ce sont vos abonnements qui rendent possible ce genre d'enquête au long cours, merci !
« Plus de 1 000 médias en français, générés par IA, polluent le web (et Google) », titrait Next en février dernier, dans le tout premier de la vingtaine d'articles que nous avons depuis consacrés à ce que nous qualifions de « véritable "pollution" numérique et médiatique ».
Nous précisions alors avoir « de bonnes raisons de penser qu'il en existerait plusieurs milliers », mais également avoir « identifié une centaine de ces pros de l'info GenAI, sans pouvoir mesurer combien de dizaines (voire de centaines) d'autres se seraient lancés dans ce douteux (mais lucratif) "business" ». Nous avons depuis identifié près de 8 900 sites « en tout ou partie générés par IA » (GenAI), administrés (et monétisés) par plus de 200 éditeurs.
Début octobre, Next révélait que près de 20 % des 1 000 sites d'info les plus recommandés par Google Discover, et 33 % des 120 sites les plus recommandés par Google News, à la rubrique Technologie, étaient générés par IA.
L'algorithme Discover de « recommandation de contenus » de Google, la principale source de trafic des sites journalistiques français, est en effet devenu une « pompe à fric » pour les sites monétisés par la publicité, majoritairement financés par… la régie publicitaire de Google. Au point que de nombreux professionnels du référencement et du marketing numérique s'y sont lancés, attirés par l'appât du gain.
Perdu dans le jargon ? Petit lexique pour s’y retrouver
Discover : la mission historique de Google est d’amener des réponses aux requêtes des internautes, mais le moteur développe depuis des années des outils de recommandation, qui sélectionnent automatiquement des contenus et les affichent aux utilisateurs de Google, de Chrome et d’Android. Sur mobile, les suggestions Discover sont par exemple visibles dès l’interface du système d’exploitation. Elles sont devenues la principale source de trafic des médias français.
Poper : de l’anglais to pop, qui signifie sauter ou éclater. Ce terme est utilisé par les professionnels du référencement pour désigner la capacité à faire apparaitre un site ou un contenu donné au sein des outils de recommandation automatisés.
SEO : de l’anglais search engine optimization, soit optimisation pour les moteurs de recherche. Le terme recouvre à la fois les pratiques techniques ou éditoriales visant à favoriser l’apparition d’un site dans les moteurs de recherche, et l’activité de service qui s’est créée autour de cet objectif.
16 millions d'internautes par mois, soit plus d'1/4 de la population française
Next a depuis été contacté par le Groupement des éditeurs de services en ligne (GESTE, qui en fédère plus d'une centaine), et l'entreprise de mesure d'audience Médiamétrie. Cherchant à quantifier le phénomène à l’échelle du marché, nous leur avons proposé d'analyser l'audience des 251 sites GenAI figurant ou ayant figuré dans le Top1000 des sites recommandés par l'algorithme Discover de Google (retrouvez l'étude intégrale en pied de cet article, et le communiqué du GESTE).
À notre grande surprise, le panel de près de 20 000 internautes constitué par Médiamétrie indique que ces 251 sites enregistrent en moyenne, depuis le début de l'année, entre 14 et 16 millions de visiteurs uniques (VU) par mois, soit plus d'un quart de la population française de plus de 15 ans.

Les plus de 50 ans visitent plus de sites GenAI que de vrais sites d'infos
Seconde découverte, elle aussi accablante : la surreprésentativité des « inactifs », et des plus de 50 ans. D'après le panel de Médiamétrie, 52% des visiteurs quotidiens de sites GenAI seraient inactifs (hors étudiants), contre 42% dans l’audience quotidienne des sites d’actualités, alors qu'ils ne représenteraient que 29 % de la population.

Et si les personnes de 50 à 64 ans et de plus de 65 ans représentent chacun 23 % de la population française, elles représentent 31 et 43 % des internautes consultant des sites GenAI dans le mois, soit près des trois quarts (74 %) d'entre eux, alors qu'ils ne représenteraient que 46 % de la population.
A contrario, les 15 - 24 ans et les 25 - 49 ans, qui représenteraient respectivement 14 et 35 % de la population, ne constituent que 3 et 23 % des internautes consultant des sites d'infos générées par IA. Les personnes âgées semblent en effet plus particulièrement susceptibles de tomber dans le piège de ce type d'infox et images GenAI, au point d'être qualifiées de « pièges à boomers », ou « boomer traps ».

Si 24,5 % des internautes du panel de Médiamétrie ont consulté au moins un site GenAI dans le mois, le taux s'élève à 30,6 % chez les CSP+, 34 % chez les inactifs (hors étudiants), 37,5 % chez les 50 - 64 ans et 36,7 % chez les plus de 65 ans.
L'analyse du panel de Médiamétrie indique en outre que si les internautes de moins de 50 ans visitent plus de sites figurant dans le Top10 des sites d'actualités que de sites GenAI, les plus de 50 ans visitent plus de sites d'infos générées par IA que de vrais sites d'infos.
L'étude de Médiamétrie montre également que les visiteurs de sites GenAI « surconsomment Internet » : 84 % d'entre-eux consultent en effet quotidiennement des sites d'informations, contre 36 % des internautes en moyenne.

Pour autant, si les internautes passent en moyenne 11 minutes 14 secondes par jour sur les sites d'actualité, à raison de 10 pages par internaute, et de 1 minute 8 secondes par page, le temps passé sur les sites GenAI ne serait, lui, que de 1 minute 15, pour 3 pages par jour, et 25 secondes par page seulement.
L'application de recommandation de contenus liée à l'algorithme Discover n'étant pas (encore) disponible sur les ordinateurs de bureau, 88,8 % de ces visiteurs uniques de sites GenAI l'ont fait depuis leurs téléphones mobiles ou tablettes.



Et si 10 % d'entre-eux avaient cliqué sur un lien partagé sur les plateformes de Meta (Facebook voire Instagram), 77 % (soit plus des trois quarts) y avaient été envoyés via l'un des services de Google (Discover, Search ou Actualités, hors GMail).
Et ce, alors que Google n'a de cesse de répéter, depuis des mois, que ses « systèmes antispams » excluent « 99 % […] des contenus de faible qualité ». Un chiffre qu'un responsable de l'équipe Trust and Safety de Google vient pourtant de relativiser... en se référant aux enquêtes de Next !
Next, fournisseur (non-)officiel de punchlines de Google Trust and Safety
Intervenant début décembre à Search Central Live Zurich 2025, un évènement dédié aux professionnels du SEO et du marketing digital, Andres Almeida, directeur adjoint de l'équipe Trust and Safety de Google, reconnaissait en effet que l'AI Slop (du nom donné à ces contenus bas de gamme générés par IA) « envahit le monde et [que] Discover n'est pas à l'abri ».
Il évoquait notamment le fait que nombre de ces sites reposent sur des fermes de contenus (Private Blog Networks, ou PBN en anglais) basés sur des noms de domaines expirés (afin de capitaliser sur leur réputations passées dans le ranking de Google), le recours à des techniques de « black hat SEO » (cherchant à « hacker » les algorithmes du moteur de recherche), et expliquait vouloir endiguer ce type de « spam ».

Or, une des slides utilisées pour illustrer sa démonstration reprenait, traduits en anglais, les titres (et sous-titres) de deux de la vingtaine d'articles que nous avons consacrés depuis février à cette pollution du web en général et de Google en particulier par des infos générées par IA : celui qui pointait du doigt le fait que près de 20 % des 1 000 sites d'info les plus recommandés par Google Discover étaient générés par IA, et celui qui expliquait les motivations de leurs éditeurs : « "gruger Google" pour faire du fric ».
Notre base de données des sites d'infos générées par IA en dénombre désormais près de 8 900 (rien qu'en français). Pour en avoir le coeur net, nous en avons soumis un échantillon restreint à Médiamétrie afin de réaliser cette première analyse du trafic enregistré par les sites GenAI à ceux qui avaient été les plus recommandés par Google Discover.
Au vu des pertes de revenus publicitaires que subissent les médias parasités et de la monétisation de la plupart des sites GenAI par AdSense, la régie publicitaire de Google se retrouve juge et partie. Concurrencés par les sites GenAI, les médias subissent par ailleurs des pertes de trafic, susceptibles d'affecter le montant des droits voisins que leur verse Google.
Non contents de voir ces droits minorés, les médias employant des journalistes humains sont même floués une troisième fois. En effet, ces sites GenAI n'existeraient pas si les grands modèles de langage (LLM) et IA génératives qu'ils utilisent n'avaient été entraînés sur du contenu produit par des humains, et notamment sur des articles écrits par des journalistes.
Or, et en l'état, aucun mécanisme de contrepartie financière n'a été mis en œuvre afin de compenser ce pillage des médias, ni de la part des éditeurs d'IA, ni de la part des prestataires de générateurs d'articles conçus pour masquer qu'ils relèvent du plagiat (nous y reviendrons), ni de la part de ces éditeurs de sites GenAI. Ce pourquoi le ministère de la Culture envisage la possibilité d'une « inversion de la charge de la preuve » ou d’une « présomption d’utilisation des contenus culturels par les fournisseurs d’IA ».
À titre d'illustration, les 5 sites de l'éditeur figurant en tête du Top 10 de Médiamétrie totaliseraient 7,25 millions de « visiteurs uniques ». Or, cet éditeur administre 27 autres sites. De même, les 5 sites de l'éditeur figurant en 3e position totalisent 4 millions de « visiteurs uniques ». Ce dernier en administre une quinzaine d'autres.

L'étude de Médiamétrie montre en outre que 10 sites GenAI dénombrent de 1 à 4 millions de « visiteurs uniques » pour ce seul mois d'octobre 2025, et donc encore plus de pages vues parasitant des médias faisant travailler des journalistes, quand ils ne plagient pas leurs articles.
En outre, ce premier échantillon de 251 sites n'émane que de 85 éditeurs différents. Y figurent majoritairement des professionnels du SEO, mais également quelques groupes de presse, dénombrant dans leurs fermes de sites respectives plus de 2 000 autres sites d'infos GenAI.
Il serait donc non seulement instructif de pouvoir mesurer le poids de ces 2 000 autres sites potentiellement susceptibles, eux aussi, d'être recommandés par Discover ou Google Actualités, mais également d'étendre l'étude à l'ensemble des 8 900 sites GenAI que nous avons identifiés, ainsi qu'à leurs éditeurs respectifs.
À titre de comparaison, notre base de données répertorie en effet plus de 200 éditeurs administrant au moins 5 sites GenAI, dont 130 plus de 10, 70 plus de 25 et 35 plus de 50. Tous reposent peu ou prou sur le pillage et recyclage de contenus préalablement produits et mis en ligne par des humains, voire sur le plagiat généré par IA d'articles de journalistes.
L'objectif de cette première mesure d'audience est aussi de créer un Baromètre des sites GenAI qui permettrait de creuser plus avant la problématique, et d'étendre le périmètre des sites analysés à tout ou partie de notre base de données.
Téléchargez notre extension web (gratuite) pour être alerté lorsque vous visitez un site d'info généré par IA
Nous avons développé une extension pour les navigateurs Chrome (et donc Brave, Vivaldi, Opera, Microsoft Edge, etc.) et Firefox (y compris en version mobile sur Android), qui tourne en tâche de fond et affiche un pop-up d'alerte lorsque ses utilisateurs consultent un des 8 900 sites d'information dont nous avons identifiés que leurs contenus sont « en tout ou partie » générés par des intelligences artificielles génératives.

Afin de vous prémunir des autres risques de cyberarnaques, notre extension prend également en compte deux autres listes : celle de plus de 30 000 noms de domaine « suspects » de Red Flag Domain, ainsi que la liste noire des entités non autorisées à proposer des produits ou services financiers en France de l’Autorité des marchés financiers (AMF).
Télécharger notre extension sur Firefox
Télécharger notre extension sur Chrome
Un quart des Français visitent les sites d’infos générées par IA recommandés par Google
-
Perdu dans le jargon ? Petit lexique pour s’y retrouver
-
16 millions d'internautes par mois, soit plus d'1/4 de la population française
-
Les plus de 50 ans visitent plus de sites GenAI que de vrais sites d'infos
-
Next, fournisseur (non-)officiel de punchlines de Google Trust and Safety
-
Téléchargez notre extension web (gratuite) pour être alerté lorsque vous visitez un site d'info généré par IA
Commentaires (31)
Abonnez-vous pour prendre part au débat
Déjà abonné ? Se connecter
Cet article est en accès libre, mais il est le fruit du travail d'une rédaction qui ne travaille que pour ses lecteurs, sur un média sans pub et sans tracker. Soutenez le journalisme tech de qualité en vous abonnant.
Accédez en illimité aux articles
Profitez d’un média expert et unique
Intégrez la communauté et prenez part aux débats
Partagez des articles premium à vos contacts
Abonnez-vousModifié le 18/12/2025 à 17h37
Je ne suis toujours pas en mesure de connaitre la liste des sites IA relevés par NXI, car je ne prends pas le temps d'installer une extension X ou Y. La majeure partie du temps, je suis sur un PC pro verrouillé.
Pourquoi la liste ne peut-elle simplement pas être partagée par NXI sur un lien web ?
Modifié le 18/12/2025 à 17h57
Le 18/12/2025 à 18h59
Le 18/12/2025 à 18h03
Le 18/12/2025 à 18h13
Modifié le 18/12/2025 à 18h46
Modifié le 18/12/2025 à 19h12
J'ai un doute...
Le 18/12/2025 à 20h45
Modifié le 19/12/2025 à 11h47
La genAI d'information, ca participe à la désinformation.
La genAI de musique/image, ca participe à la contrefaçon.
La genAI de modération, ca participe à la censure.
etc.
Le 19/12/2025 à 12h17
Elle n'en est pas l'unique incarnation, la démarche n'est pas forcément intentionnelle, les conséquences en semblent parfois risibles, mais oui, la vague des sites d'information générés par IA participe à la désinformation, c'est un fait que les enquêtes de Jean-Marc sur le sujet ont largement démontré.
Modifié le 19/12/2025 à 13h04
L'extension proposée n'identifie pas les mauvais usage. Elle identifie l'utilisation d'une technologie. C'est ma remarque. ni plus ni moins.
Modifié le 20/12/2025 à 20h44
Les 2 sites GenAI de Ari Kouts, par ex., ne sont pas identifiés comme tels : Tech Generation, le site qui teste ce que ChatGPT sait faire en journalisme tech, cf aussi le mini-documentaire sur Albert Londres, qui mentionne lui aussi clairement son recours à l'IA.
Le 19/12/2025 à 13h48
Modifié le 20/12/2025 à 16h10
À toutes fins utiles, 832 noms de domaine de sites GenAI avaient initialement été partagés avec Wikipedia pour les aider à nettoyer l'encyclopédie, et je n'ai reçu aucun signalement de faux positifs.
Le 19/12/2025 à 13h59
Et comme tu n'es pas abonné, je te renvoie vers ce commentaire qui cite un extrait d'article de Next où il est expliqué pourquoi cette liste n'est pas publiée.
Et tu sais quoi, tu n'es pas obligé d'installer cette extension, c'est comme les extensions de blocage de pub. Chacun fait ce qu'il veut.
Le 19/12/2025 à 14h18
Le 19/12/2025 à 14h30
Pour ce qui est de troller sur les grands internets, je sais pas, mais sur Next, à ta place je me m'avancerais pas trop.
Le 19/12/2025 à 14h41
Est a priori considéré comme « potentiellement nuisible » un site GenAI qui ne le dit pas (se mettant au passage en porte à faux avec la réglementation) et tente de se faire passer pour un site humain propageant de véritables informations. Récupérant, au passage, des pépètes grâce à un positionnement flatteur sur différents sites de partage.
Quant à l'effet des hallucinations, voir cette semaine l'échange entre Macron et un président africain. Ou, il y a quelques mois, l'inquiétude des syndicats (et de la direction) de certaines chaînes de grande surface qui ont appris en ligne que des magasins allaient fermer.
Le 19/12/2025 à 16h39
Le 20/12/2025 à 11h44
Modifié le 18/12/2025 à 19h29
Le 18/12/2025 à 22h18
merci Next pour l'extension !
Le 19/12/2025 à 08h44
Le 19/12/2025 à 08h18
Enfin, la corbeille d'onglets ne fera pas la diff, parce qu'il aura fini dedans.
Le 19/12/2025 à 08h50
Le 19/12/2025 à 09h55
Le 19/12/2025 à 17h58
Modifié le 20/12/2025 à 22h30
Le 21/12/2025 à 15h25
Modifié le 22/12/2025 à 10h34
Les "vrais médias" ont des coûts pour faire de la qualité que n'ont pas ceux qui font de l'IA slop. Or, les acteurs de l'IA slop font concurrence aux "vrais médias" tout en n'ayant ni leurs contraintes, ni leur qualité.
Après, peut-être que je me trompe car on pourrait faire un parallèle entre ça et la concurrence que subissent les agriculteurs français par rapport à ceux de l'étranger : pas les mêmes normes, donc pas la même qualité, et donc pas les mêmes prix, pour une concurrence plus forte. Mais peut-être que le parallèle est bancal du fait de normes devant être respectées sur le produit final (et pas sur la "fabrication") qui n'existent pas dans le monde de l'information.
Edit :
Si on regarde ce qui est dit de la concurrence déloyale en France sur Wikipedia, on voit qu'une des conditions pour qualifier une concurrence déloyale est d'avoir une faute (le manquement à une obligation légale (obligation prévue par la loi)) de l'entreprise concurrente. Or j'ai un gros doute quand au fait qu'il y ai une faute légale faite par les entreprises d'infox.
Un trou dans la législation, j'imagine ?
Le 22/12/2025 à 10h35
Signaler un commentaire
Voulez-vous vraiment signaler ce commentaire ?