IA et ayants droit : Rachida Dati envisage une loi pour encadrer le conflit
Culture vs numérique : the neverending war
Poussée par les différentes organisations d'ayants droit de la culture comme de la presse, la ministre de la Culture Rachida Dati évoque l'idée d'une loi pour encadrer spécifiquement l'utilisation de tous types de contenus par les entreprises d'IA.
Le 02 décembre à 14h25
4 min
Droit
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Après plusieurs réunions entre les entreprises d'IA et les organisations d'ayants droit, ces dernières sont ressorties déçues et l'ont fait savoir à la ministre de la Culture Rachida Dati. Allant dans leur sens, celle-ci propose maintenant de légiférer, notamment pour imposer un mode de rémunération.
Un cycle de réunions avait été lancé début juin par Rachida Dati et Clara Chappaz (alors ministre déléguée du Numérique) entre, d'un côté, des acteurs de l'IA comme Google, Mistral et OpenAI et de l'autre, quinze organisations d'ayants droit comme la Sacem, la SACD ou encore l'Alliance de la presse d'information générale (APIG) et le Syndicat de la presse indépendante d'information en ligne (Spiil).
Un dialogue peu productif
Mais, selon les Échos, aucune réelle discussion n'a réellement été enclenchée. « La belle idée était illusoire. Pour discuter, il faut être deux », déclarait Pierre Petillault, directeur général de l'Apig, à notre consœur des Echos, déplorant l'absence d'ouverture du côté des entreprises d'IA générative.
Le 18 novembre dernier, les quinze organisations d'ayants droit ont fait part à la ministre de la Culture de leur impatience dans une lettre obtenue par Contexte. « En dépit d’échanges parfois intéressants, ce processus n’a pas permis de dégager des solutions concrètes pour faciliter la négociation d’accords de licences », affirment-elles notamment.
Elles y demandaient à Rachida Dati des « solutions législatives fondées sur les recommandations du rapport du CSPLA [Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique] sur la rémunération des contenus culturels par les systèmes d’IA ». Commandé par son ministère, le rapport est le produit de la mission conduite par Alexandra Bensamoun et Joëlle Farchy, qui a rendu deux volets (une partie économique et une partie juridique) en juillet dernier.
Rachida Dati et des sénateurs de plusieurs partis sur la même longueur d'onde que les ayants droit
Rachida Dati a réagi exactement dans ce sens dans un communiqué de presse ce 28 novembre. Le ministère y juge que les accords qui existent sont « insuffisants pour assurer la juste rémunération des œuvres et contenus utilisés pour l’entraînement des modèles d’IA ». Il lui apparait « dès lors pleinement légitime que les pouvoirs publics envisagent des actions, y compris de nature législative comme celles évoquées dans le cadre des missions conduites au Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique ».
Le ministère explique même envisager la possibilité d'une « inversion de la charge de la preuve » ou d’une « présomption d’utilisation des contenus culturels par les fournisseurs d’IA ». En effet, la partie juridique du rapport du CSPLA [PDF] a proposé une solution pour « réintégrer les titulaires dans leurs droits en l’absence d’une transparence suffisante ». De fait, le rapport propose d'établir une « présomption d’utilisation ou d’exploitation » en se basant sur quelques indices (comme le fait que l'extrait d'un texte soit recraché par l'IA générative incriminée, par exemple).
Selon les Échos, une proposition de loi est aussi envisagée par les sénatrices Agnès Evren (Les Républicains), Laure Darcos (LIOT) et le sénateur Pierre Ouzoulias (PCF) pour un dépôt en décembre.
IA et ayants droit : Rachida Dati envisage une loi pour encadrer le conflit
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Rachida Dati et des sénateurs de plusieurs partis sur la même longueur d'onde que les ayants droit
Commentaires (17)
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Abonnez-vousModifié le 02/12/2025 à 14h56
fiscaleculturelle française pour le bien desayants droitartistes !Le 02/12/2025 à 15h08
Modifié le 02/12/2025 à 15h29
Le 02/12/2025 à 15h51
quel que soit le côté de la "preuve", il est difficile d'établir l'absence/présence d'utilisation.
Globalement c'est un pas vers plus d'ouverture des entreprises qui se servent gratuitement, mais il faut le faire avec discernement.
Inverser la charge, c'est juste inverser le problème, pas le résoudre.
Le 03/12/2025 à 23h36
Le 04/12/2025 à 08h48
Le second cas, la nuance entre inspiration et plagiat dans le droit d'auteur français est abstraite et appréciée au moment d'une procédure en contrefaçon. Et encore, le droit français considère la protection de la création dans son ensemble et non des éléments stylistiques seuls. Il considère aussi l'originalité de l'oeuvre. On ne peut pas s reposer derrière un "style", car il est assimilé à une "idée" ce qui ne constitue pas un élément suffisant pour constituer la propriété intellectuelle en France.
La question s'est posée lors du bruit autour des images au style Ghibli et on voit qu'elle n'a pas de réponse formelle.
Côté droit US, le "style" d'un artiste ne peut pas faire l'objet d'un copyright.
Le 04/12/2025 à 11h18
Pour entraîner l'IA, il faut bien à un moment donné copier l’œuvre à apprendre, et donc si on n'a pas l'autorisation c'est de la contrefaçon, non ? Je précise que je pars du principe que l'exception pour copie privée ne s'applique pas aux entreprises, et que le fait que l’œuvre soit accessible à tous sur Youtube, par exemple, ne change rien au fait qu'une entreprise n'aurait pas le droit de recopier le média depuis Youtube pour entraîner son IA dessus.
Le 04/12/2025 à 12h35
Il est faux dans l'UE où il est autorisé d'entraîner les IA sur des œuvres en lignes si les détenteurs de droit ne s'y opposent pas (en les copiant pour cela) .
Aux USA, il n'y a pour le moment aucune jurisprudence établie qui permette de se prononcer. S'il ressort l'œuvre presque telle quelle, oui, il y eu un jugement cité ici indiquant que c'était de la contrefaçon mais uniquement pour cela. Le jugement aurait été le même si un humain avait ressorti une partie significative d'une œuvre.
La copie du style, il n'y a aucune chance pour que ça soit de la contrefaçon.
Modifié le 05/12/2025 à 15h59
J'estimais avoir été assez prudent dans mes termes pour bien montrer que je n'étais pas certain de ce que j'avançais.
Mas seule affirmation réelle est qu'il est nécessaire d'être entraîné sur quelque chose pour l'imiter. Tout comme tu serais incapable d'imiter mon tonton René si tu ne l'a jamais vu ou entendu, que ce soit en vrai ou en vidéo/audio. Et pous le coup, je veux bien que tu m'explique en quoi j'ai tort là-dessus, car ça relève pour moi de la magie, sinon.
EDIT : SebGF donne la réponse plus bas. ^^'
Le 05/12/2025 à 16h16
Le 05/12/2025 à 16h31
Le 04/12/2025 à 14h32
Comme indiqué par @fred42 , non ce n'est pas aussi évident. Le droit européen considère que tout contenu librement accessible sur les réseaux pour lesquels les ayants-droits n'ont pas manifesté leur opposition à la fouille de texte (text and data mining) sont licites. Aux USA, la jurisprudence n'a pas encore tranché entre la contrefaçon et le fair use.
L'exception de copie privée n'a rien à voir avec cette histoire.
Parles-en à Google
Demande-toi sur quel corpus Gemini a été entraîné pour être capable de lire et résumer une vidéo.
Le 05/12/2025 à 16h03
Merci pour les autres précisions.
Pour la copie privée, c'était pour le cas où on me rétorque que la copie privée pouvait être invoquée par OpenIA comme justification à avoir copié sur leurs serveurs (sans autorisation) une vidéo couverte par le droit d'auteur (ce qui en ferait automatiquement une contrefaçon, de ce que je comprenais avant ton commentaire).
Pour ce qui est de Gemini et de Youtube, c'est un cas particulier car c'est pour ainsi dire la même boite, donc il y a forcément déjà autorisation de copie. ;-)
Le 02/12/2025 à 15h49
Le 02/12/2025 à 17h49
Le 02/12/2025 à 20h06
Ils en ont déjà une qui est en leur faveur au niveau européen : ils peuvent s'opposer à l'utilisation par les acteurs de l'IA de leurs œuvres pour l'entraînement des modèles. Il suffit de l'indiquer sur les sites qui hébergent ces œuvres.
À partir de là, ils sont en position de force pour négocier l'accès rémunéré à leurs œuvres : pas d'accord = pas d'accès.
En plus, je ne suis pas bien sûr qu'une loi au niveau français (et pas de l'UE) soit possible ici.
Le 03/12/2025 à 16h47
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