#Le brief du 23 février 2026

Il y a plus de lobbyistes tech que d’eurodéputés à Bruxelles

« Il y a aujourd’hui plus de lobbyistes tech que d’eurodéputé·es à Bruxelles ! », s’étonne synthmedia.fr : un rapport des ONG Corporate Europe Observatory (CEO) et LobbyControl dénombrait en effet, en octobre dernier, 890 lobbyistes tech, contre 720 eurodéputés. En deux ans à peine, le budget des lobbys de la tech est quant à lui passé de 113 à 151 millions d’euros, soit une progression de 33 % :

« En tête de peloton, Meta ouvre la marche avec 10 millions d’euros consacrés à l’influence, talonnée par Microsoft, Apple et Amazon. Les dix plus grandes entreprises du numérique dépensent à elles seules trois fois plus que leurs homologues des secteurs pharmaceutique, financier et automobile réunis, et deux fois plus que celui de l’énergie. »

Cette montée en puissance viserait à détricoter les piliers législatifs du Vieux Continent par le biais de textes tels le Digital Omnibus présenté en novembre 2025 pour simplifier des lois numériques issues de dix ans de réflexion, relève Synth.

Après avoir comparé les argumentaires des lobbyistes adressés aux eurodéputés et la copie rendue par la Commission européenne, Felix Duffy, chargé de campagne chez LobbyControl pointe un « chevauchement assez important » des textes, et y voit un « cadeau fait à Donald Trump et à ses oligarques de la tech ».

IA Act Europe

« Une montée en puissance qui inquiète et alimente le débat sur la souveraineté numérique du Vieux Continent », écrit Synth, alors que la Commission européenne tente de consolider son arsenal numérique, que l’Union européenne peaufine sa prochaine grande loi numérique, le Digital Fairness Act, que l’administration états-unienne attaque de son côté le Digital Services Act (DSA) et prend la défense des ingérences numériques d’Elon Musk via son média social X.com.

« Les géants américains de la tech ont clairement fait allégeance au président des États-Unis. Derrière ce positionnement, il y a un imaginaire politique de puissance impériale transhumaniste et une volonté assumée de domination », analyse l’eurodéputé écologiste David Cormand : « l’offensive contre les régulations européennes n’est pas seulement politique, elle vise le modèle démocratique lui-même. Il ne peut donc pas y avoir de compromis durable entre nos valeurs et leur modèle ».

Mistral aussi entraine ses IA sur des contenus dont elle n’a pas les droits

« Le plus grand vol de propriété intellectuelle de l’histoire. » Telle était la manière dont le directeur général de la Confédération internationale des éditeurs de musique (ICMP) décrivait en septembre 2025 la manière dont les plus gros éditeurs d’intelligence artificielle (IA) avait réussi à entraîner leurs modèles génératifs. 


Et ces débats sur les travaux soumis aux droits d’auteur intégrés dans les bases d’entraînement de large language models (LLM, grands modèles de langage) reviennent en France : selon les travaux menés par Mediapart avec l’appui de Paul Bouchaud, chercheur·euse en post-doctorat au CNRS, le modèle Mistral Large 3 - 2512 de la société française contient notamment les incipits de Harry Potter à l’école de sorciers de J.K. Rowling, du Trône de fer de George R.R. Martin ou encore de 1984, de George Orwell.

Outre les incipits, Mediapart a interrogé l’outil de Mistral pour voir dans quelle proportion il recrachait des textes littéraires, potentiellement issus de LibGen. Base de données pirate, cette dernière a été utilisée par Meta pour entraîner son modèle Llama, notamment à l’instigation du cofondateur de Mistral Guillaume Lample.

Entre autres résultats, Mistral Large 3 a produit près des deux tiers du texte du Petit Prince, d’Antoine de Saint-Exupéry, et plus du tiers du premier tome de Harry Potter. Des chiffres qui tendent à démontrer le recours à ces textes dans l’entraînement du modèle.

De même, dans le domaine musical, Mistral Large 3 produit directement des éléments de chansons d’Elton John, Amel Bent ou Jacques Dutronc, tous engagés contre le recours à leurs textes pour entraîner des systèmes d’IA.

IA photocopiant des produits copyright

Auprès de Mediapart, Mistral évoque un « principe de réalité » selon lequel certains des contenus précités, « particulièrement populaires, sont répliqués à de nombreuses reprises sur Internet ».

Dans plusieurs cas, le média constate néanmoins que Mistral ne respecte pas les logiques d’opt-out, c’est-à-dire de refus d’alimenter les robots qui permettent aux constructeurs d’IA de récupérer des données en ligne. 
En effet, sur le site de Radio France comme sur celui de Mediapart, diverses versions de ce droit de retrait ont été appliquées – que ce soit via un fichier robots.txt ou via une mention explicite de refus de scraping dans les conditions générales d’utilisation.

D’après leurs gestionnaires, néanmoins, les robots crawlers de Mistral envoient tout de même des requêtes vers les sites des deux médias.

Le pape demande aux prêtres de ne pas utiliser l’IA pour leurs homélies

Le pape Leon XIV appelle les prêtres catholiques à résister « à la tentation de préparer leurs homélies avec l’intelligence artificielle ». 
« C’est la même chose pour tous les muscles du corps : si nous ne les utilisons, si nous ne les bougeons pas, ils meurent. Le cerveau doit être utilisé, notre intelligence doit être exercée pour que nous ne perdions pas en capacité », a-t-il déclaré dans un entretien rapporté par Vatican News.

Quoiqu’orienté dans le domaine religieux, le positionnement fait écho aux enjeux évoqués auprès de Next par la philosophe Anne Alombert, qui soulignait les risques que le recours régulier à l’IA peut faire peser sur la capacité à développer une réflexion.

La première encyclique du souverain pontife est attendue : selon les rumeurs, cette lettre solennelle adressée par chaque pape à l’ensemble de l’Église catholique devrait s’intéresser en partie au moment technologique actuel. 


Flock

Dans ce contexte, Leon XIV a déclaré au clergé de Rome que partager une « vraie homélie » revient à « partager la foi ». Et d’insister sur le fait que l’IA « ne pourra jamais partager la foi ».

Dans la même logique, le souverain pontife a prévenu contre le danger de la course aux likes et aux followers sur des plateformes comme TikTok, qu’il a qualifiée d’ « illusion » de nature à détourner de la foi.

Bernard Charlès quitte la tête de Dassault Systèmes, Pascal Daloz le remplace

Durement sanctionné en bourse après la publication de ses derniers résultats financiers, l’éditeur Dassault Systèmes a annoncé samedi le départ de son PDG, Bernard Charlès, « pour raisons personnelles ».

Ce dernier ne fait pas valoir ses droits à la retraite, comme le veut la formule consacrée, mais dit vouloir désormais « mettre ses 43 années d’expérience dans l’industrie, ainsi que sa vision de la transformation par l’IA des processus industriels de création et de production, au service de l’économie générative », selon un communiqué.

Le conseil d’administration passe le relais à Pascal Daloz qui endosse donc la casquette de président du conseil, en complément des fonctions opérationnelles qu’il assurait déjà. Entré chez Dassault Systèmes en 2001, Pascal Daloz en était déjà directeur général depuis 2024.

« Pascal et moi travaillons en tandem depuis 25 ans : il a toute ma confiance pour diriger l’entreprise et organiser le travail du Conseil, commente Bernard Charlès. Cette décision reflète la continuité et la solidité de notre gouvernance, un pilier essentiel de la confiance que nous accordent nos grands clients partout dans le monde. Je suis fermement convaincu que cette nouvelle configuration crée les meilleures conditions pour permettre à Dassault Systèmes de continuer à se développer avec succès. »

Bernard Charlès (68 ans) tire sa révérence chez DSY – crédit Dassault Systèmes

Avec 5,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, Dassault Systèmes occupe pour mémoire la première place du classement 2025 des éditeurs de logiciels français réalisé par Numeum (PDF), devant Ubisoft, Criteo, Cegid et Sopra Steria.

Dassault Systèmes, dont environ 50 % du capital sont flottants (disponibles pour des échanges sur le marché) a subi une sévère déconvenue en bourse mi-février, avec une action en recul de près de 30 % sur un mois. Raison de cette chute, qui intervient dans un contexte de défiance des marchés vis-à-vis des grands noms du logiciel en raison des craintes liées à l’impact de l’IA ?

L’éditeur de Solidworks et de CATIA, par ailleurs très investi dans le cloud, a publié le 11 février dernier des résultats financiers considérés comme décevants, et assorti ces derniers de prévisions prudentes pour son exercice 2026.

« Chez Dassault Systèmes, notre ambition est claire : mener la transformation de l’IA industrielle grâce aux 3D UNIV+RSES [l’appellation marketing qui regroupe les technologies et services dédiés à la création de jumeaux numériques, ndlr]. Il ne s’agit pas d’un objectif à court terme mais d’un engagement de long terme visant à redéfinir la manière dont les industries innovent, opèrent et restent compétitives. Notre vision capitalise sur des décennies d’expertise industrielle et scientifique et nous déployons désormais les capacités nécessaires pour la concrétiser. Une véritable transformation demande du temps, pour nos clients comme pour nous-mêmes », déclarait à cette occasion Pascal Daloz.

Phil Spencer quitte Xbox, Asha Sharma de CoreAI prend sa place

Passage de flambeau historique à la tête de la division Xbox chez Microsoft. Phil Spencer, qui incarne littéralement la console depuis son lancement, il y a 25 ans, a annoncé vendredi son départ à la retraite, 38 ans après son entrée chez l’éditeur. Dans un message interne reproduit sur le blog de Microsoft, il explique avoir fait part de sa décision à Satya Nadella, CEO du groupe, à l’automne dernier, et indique rester en support de la nouvelle équipe dirigeante jusqu’à l’été.

Si ces modalités laissent augurer un départ négocié dans le calme, le départ de « P3 » (son gamertag Xbox) s’accompagne d’une autre défection. Sarah Bond, présidente de Xbox, a en effet elle aussi annoncé quitter l’entreprise, alors qu’elle faisait figure de favorite évidente pour prendre la suite de Phil Spencer.

Sur LinkedIn, cette dernière a annoncé sa décision en expliquant qu’elle avait été missionnée pour boucler l’intégration d’Activision-Blizzard-King. « Nous avons relevé certains des plus grands défis que cette organisation ait jamais connus, et nous l’avons fait en équipe », y déclare-t-elle, avant de se dire encline à passer à la prochaine étape de sa carrière.

Satya Nadella a de son côté annoncé que la division Microsoft Gaming serait désormais pilotée par Asha Sharma, placée sous sa supervision directe en tant que CEO de Microsoft Gaming. Entrée dans les équipes il y a deux ans, elle occupait jusqu’ici la tête de la branche produit de Microsoft CoreAI, la division chargée de piloter les projets d’ingénierie IA de l’éditeur.

Asha Sharma est la nouvelle patronne de Xbox. À ses côtés, Matt Booty, prend la tête de tous les contenus. Il était jusqu’ici en charge de Xbox Game Studios – crédit Microsoft

Elle a précédemment occupé le poste de directrice exécutive chez Instacart (un spécialiste de la livraison de produits alimentaires), et passé plusieurs années chez Meta en tant que vice présidente chargée du produit autour de la messagerie et d’une partie des services entreprises.

Dans son propre message d’introduction, relayé à la suite des propos de Nadella et Spencer, Asha Sharma affirme se fixer trois engagements : la priorité aux bons jeux, le retour de Xbox (une façon implicite de répondre aux rumeurs persistantes selon lesquelles Microsoft envisage de sortir du matériel pour ne devenir qu’un éditeur ?) et « l’avenir du jeu », avec une promesse qui résonne tout particulièrement dans l’actualité du secteur :

« À mesure que la monétisation et l’IA évoluent et influencent notre avenir, nous ne privilégierons pas l’efficacité à court terme ni n’inonderons notre écosystème de bouillie IA [AI slop, ndlr] sans âme. Les jeux sont et resteront toujours un art, façonné par des humains et créé grâce aux technologies les plus innovantes que nous mettons à leur disposition. »

Rançongiciel : la justice française condamne un pirate russe à 5 ans de prison

Ilia D., un ressortissant russe de 39 ans, a été condamné par le tribunal judiciaire de Paris, ce jeudi 19 février, à cinq années de prison (dont une avec sursis) et à 80 000 euros d’amende pour de multiples atteintes à des systèmes informatiques, extorsion, association de malfaiteurs et blanchiment aggravé.

Une peine assortie d’une interdiction de territoire français de dix ans, précise Le Monde, pour qui il s’agirait de « l’un des premiers dossiers majeurs en lien avec ce type de cybercriminalité », en France. Ilia D. a en effet été reconnu coupable de plusieurs dizaines de cyberattaques à l’aide du logiciel malveillant Phobos, utilisé pour paralyser les réseaux informatiques d’entreprises et de collectivités locales françaises.

Son épouse, Marina D., 34 ans, a été condamnée pour non-justification de ressources à un an de prison, une peine « largement couverte par ses deux années de détention provisoire », souligne Le Monde. Le parquet avait requis huit ans de prison et 100 000 euros d’amende pour Ilia D. et deux ans de prison pour son épouse. Aucun des deux prévenus ne fera appel du jugement, ont déclaré leurs conseils respectifs au Monde.

Ilia D. n’avait pourtant jamais cessé de nier les faits qui lui étaient reprochés, depuis le début de la procédure et lors de l’audience devant la 13ᵉ chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris, mercredi 11 février. Il accusait des pirates d’avoir utilisé son ordinateur pour mener des attaques, et l’impliquer comme bouc émissaire.

Des conteneurs chiffrés cachés derrière des fichiers sonores dans une de ses clefs USB contenaient cela dit « toute la méthodologie pour être un affilié de rançongiciel. J’achète des accès [à des réseaux informatiques], je prends attache avec un blanchisseur. Et puis il y a ce fameux journal de bord », a de son côté détaillé le substitut du procureur, Aurélien Brouillet, en référence à un fichier texte contenant un historique détaillé d’attaques menées contre des victimes de rançongiciel : « En fait c’est parfaitement logique, c’est son travail. »

L’article ne détaille pas quand ni comment ils avaient été identifiés puis arrêtés, souligne que le prévenu expliquait ne pas se souvenir du code de déverrouillage de son ordinateur, mais ne précise pas comment les fichiers chiffrés auraient été décryptés.