#Le brief du 24 février 2026

Microsoft annonce quelques nouvelles possibilités dans son cloud « souverain »

En juin dernier, Microsoft annonçait la disponibilité en Europe d’un nouveau programme qui faisait la promesse de données restant au sein des frontières de l’Union et donnait des assurances quant au contrôle assuré par un personnel européen.

Huit mois plus tard, l’éditeur étatsunien ajoute quelques nouveautés à son offre.

Ainsi, Microsoft met en avant la disponibilité de la déconnexion d’opérations dans Azure Local : « Les organisations peuvent désormais faire tourner leurs infrastructures critiques avec les outils de gestion et de conformité d’Azure, sans avoir besoin d’une connexion au cloud ».

L’entreprise souligne que la version déconnectée de Microsoft 365 Local est aussi disponible : « les charges de travail de productivité essentielles, Exchange Server, SharePoint Server et Skype for Business Server peuvent fonctionner entièrement dans les limites opérationnelles souveraines du client sur Azure Local ».

Enfin Microsoft met en avant l’ajout à son offre souveraine de Foundry Local, qui est une « solution d’inférence IA sur appareil que vous utilisez pour exécuter des modèles IA localement via une interface CLI, un SDK ou une API REST ».

« Les entreprises peuvent désormais intégrer des grands modèles d’IA dans des environnements souverains entièrement déconnectés grâce à Foundry Local », affirme l’entreprise. Les modes « déconnectés  » Azure Local et Microsoft 365 Local sont « disponibles dans le monde entier » tandis que le déploiement de LLM sur Foundry Local est pour l’instant réservé aux « clients éligibles ».

AMD va fournir 6 GW de GPU à Meta, qui va pouvoir racheter jusqu’à 10 % de ses actions

En septembre et octobre 2025, OpenAI multipliait les partenariats avec NVIDIA et AMD. Dans les deux cas, les accords parlaient de « GW de puissance de calculs », sans aucun détail sur le type de puces utilisées. Comme déjà longuement expliqué dans un édito, c’est une pratique regrettable qui ne veut pas dire grand chose…

Quoi qu’il en soit, OpenAI s’engageait à déployer « au moins 10 GW de systèmes NVIDIA » (NVIDIA investit dans OpenAI), tandis qu’AMD s’engageait à fournir l’équivalent de 6 GW de GPU au père de ChatGPT.

Un nouvel accord vient d’être signé entre AMD et Meta cette fois-ci avec « un partenariat stratégique élargi pour déployer 6 GW de GPU AMD ». Pour les détails on repassera puisqu’il s’agit d’équiper les infrastructures de Meta avec « plusieurs générations de GPU AMD Instinct ». Tout juste savons nous que la première tranche, « à l’échelle du GW », devrait débuter durant la seconde moitié de 2026, avec des GPU « personnalisés AMD Instinct MI450 » et des processeurs EPYC de 6ᵉ génération. La suite n’est pas encore précisée.

Dans son communiqué, AMD rappelle que Meta est un partenaire qui a déjà déployé « des millions de processeurs AMD EPYC et d’importantes quantités de GPU Instinct MI300 et MI350 dans son infrastructure mondiale ».

Dans le cadre de ce partenariat, AMD propose aussi à Meta le droit d’acheter jusqu’à 160 millions de ses actions à un prix fixé à l’avance (warrants), en fonction de la réalisation d’objectifs sur les livraisons de GPU. Meta pourrait ainsi récupérer jusqu’à 10 % des actions AMD. L’annonce fait pour le moment bondir l’action d’AMD de 7 % lors de l’ouverture de la bourse.

La semaine dernière, Meta avait déjà annoncé un accord avec NVIDIA. Il porte sur une large gamme de produits, avec le « déploiement à grande échelle de CPU NVIDIA, de millions de GPU Blackwell et Rubin, ainsi que l’intégration des switchs Ethernet Spectrum-X pour la plateforme Facebook Open Switching System de Meta ».

Le point intéressant ici est la mise en avant d’une utilisation massive de CPU NVIDIA (avec des cœurs ARM). Ils seront utilisés pour des « applications dans les data centers de Meta et permettront d’obtenir des améliorations significatives en termes de performances par watt ».

NVIDIA ne cache pas cette joie, en forme de pied de nez à AMD et Intel : « Cette collaboration représente le premier déploiement à grande échelle exclusivement basé sur Grace », le CPU de NVIDIA. La suite se prépare avec le CPU Vera annoncé au CES de Las Vegas au début d’année.

IBEX Q1 d’AQT : Scaleway s’équipe lui aussi d’un ordinateur quantique

Scaleway, la filiale cloud d’iliad (maison mère de Free) a annoncé la semaine dernière une collaboration avec la société autrichienne Alpine Quantum Technologies (AQT, basée à Innsbruck) afin d’intégrer un ordinateur quantique IBEX Q1 à ions piégés. Pour rappel, nous avons publié un article de présentation de l’informatique quantique.

La machine « sera disponible via la plateforme Quantum as a Service (QaaS) de Scaleway » qui permet à tout un chacun ou presque « d’accéder à des unités de traitement quantique (QPU) via son infrastructure cloud souveraine ». Le côté souverain et européen est mis en avant à plusieurs reprises, avec un acteur français du cloud et autrichien du quantique.

« L’ordinateur quantique d’AQT est accessible et programmable sans réservation […] les mardis et mercredis de 10 h à 17 h CET ». Scaleway prend en charge les SDK open-source standard comme Qiskit d’IBM, Cirq de Google et Pennylane. Selon la fiche produit du IBEX Q1, la machine dispose de 12 qubits.

Scaleway propose une facturation « par shot, à l’heure (émulation), ou via une réservation dédiée ». Sur cette page, l’entreprise présente l’IBEX Q1 d’AQT comme ayant bien 12 ions piégés, avec une fiabilité de 99,97 % sur une porte et de 98,7 % sur deux. Comme nous l’expliquons dans cette actualité, les portes quantiques sont tout aussi importantes que les qubits.

« L’appareil est montable en rack standard, fonctionne à température ambiante et consomme moins de 2 kilowatts, idéal pour les simulations nécessitant une précision critique (par exemple, la dynamique des fluides) », ajoute l’entreprise.

Il y a quasiment deux ans, OVHcloud inaugurait « le premier ordinateur quantique installé au cœur d’un fournisseur de services cloud européen ». Il est installé dans locaux de la société à Croix, dans les Haut de France. Il s’agit d’un MosaiQ de la start-up française Quandela, une machine avec deux qubits photoniques.

Au Grand collisionneur de hadrons, des tests grandeur nature pour la haute luminosité

Dans un communiqué, le CERN ne cache pas sa joie et annonce avoir « franchi une étape importante dans la progression du projet Grand collisionneur de hadrons à haute luminosité (HiLumi LHC), avec le début du refroidissement cryogénique à 1,9 K (‑271,3 °C) d’un banc d’essai de 95 m de longueur », une opération qui devrait prendre plusieurs semaines. Il s’agit d’une réplique grandeur nature de l’installation qui se trouve sur le Grand collisionneur de hadrons.

Si tout se passe bien, la mise en place est prévue pour l’été prochain avec « le lancement de quatre années de travaux de grande envergure au cours du troisième long arrêt (LS3) ». Le LS3 était prévu pour 2025 à 2027, avant d’être repoussé et rallongé à partir de mi-2026.

Le retour des opérations est donc prévu pour 2030. L’accélérateur sera de nouveau mis à l’arrêt et amélioré en 2034 et 2035, avant de passer au Run 5.

Dans le cas présent, la luminosité correspond au nombre de collisions de particules. Avec la haute luminosité, elle « sera multiplié par dix, ce qui augmentera très fortement le volume de données de physique disponibles pour la recherche ». « Ce bond en avant permettra d’étudier avec une précision inédite le comportement du boson de Higgs et d’autres particules élémentaires, voire éventuellement de découvrir de nouveaux phénomènes rares », explique le CERN.

Mark Thomson, directeur général du CERN, tient à mettre les points sur les i : « On ne soulignera jamais assez l’importance et l’intérêt du LHC à haute luminosité. C’est le plus grand projet entrepris par le CERN depuis 20 ans […] Il permettra d’étudier pour la première fois comment le boson de Higgs interagit avec lui-même : cette mesure clé pourrait nous aider à faire la lumière sur les premiers instants de l’Univers et son évolution ».

Il ajoute que « le LHC à haute luminosité servira également à explorer de nouveaux horizons, et pourrait conduire à des découvertes inattendues. C’est tout l’intérêt de sonder l’inconnu : on ne sait pas ce qui s’y trouve ». Il faudra être patient. Les mesures ne débuteront pas avant 2030, et il faudra ensuite les analyser.

Sur LinkedIn, drôle de passe d’armes entre Jean-Baptiste Kempf (VLC) et Gérald Darmanin

Jean-Baptiste Kempf, l’un des principaux contributeurs du projet VideoLAN et de son célèbre lecteur VLC, s’est fendu lundi 23 février d’une charge virulente adressée au garde des Sceaux Gérald Darmanin. « J’envisage de quitter la France, et c’est intégralement la faute de M.Darmanin », titre l’ingénieur, dont la publication LinkedIn devient très vite virale.

Il y raconte les démêlés de sa femme, Audrey Prévost Kempf, avec l’administration en charge des admissions au concours de l’École nationale de la magistrature (ENM), qu’elle passe avec brio à sa seconde tentative, avant d’être informée, par courrier, qu’elle n’a finalement pas le droit de concourir.

D’après le résumé qu’en fait Jean-Baptiste Kempf, le ministère de la Justice décide de retoquer sa participation, a posteriori et alors qu’elle se classe 9ᵉ à l’issue du grand oral, « au motif d’une prétendue insuffisance d’activité juridique qualifiante ».

Intro du billet publié par J-B Kempf le 22 février sur LinkedIn

Audrey Prévost Kempf avait elle-même relaté cette déconvenue quelques jours plus tôt. Son éviction du concours de l’ENM (qui concerne également au moins un autre candidat) intervient dans le cadre des nouvelles modalités d’admission introduites suite à la réforme de 2023.

Aux premier et deuxième concours (destinés respectivement aux jeunes diplômés et aux salariés de la fonction publique), elle ajoute un troisième concours réservé aux candidats venus du privé, sous réserve que ces derniers puissent justifier d’au moins quatre ans d’une expérience « particulièrement qualifiante dans le domaine juridique, administratif, économique ou social ».

Et c’est là que le bât semble avoir blessé dans le cas d’Audrey Prevost Kempf : ses dix ans d’implication aux côtés de Jean-Baptiste Kempf dans VideoLAN n’auraient pas été reconnus comme une expérience « particulièrement qualifiante ».

« Le légal dans VideoLAN est plus compliqué et complexe que dans la plupart des sociétés que je connais, et avec un champ d’application bien plus large. Et devinez qui m’a aidé dans tout ce travail pendant dix ans ? Audrey, évidemment. Moi, je n’ai aucune base scolaire en droit. »

S’ensuivent cinq mois d’échanges avec le ministère avec un recours au fond, jusqu’à cette interpellation publique.

« Le travail autour de VideoLAN est titanesque, même bénévole, et il n’appartient pas au Garde des Sceaux ni à son administration de déjuger notre travail. Le mieux, c’est lorsque M. Darmanin écrit que  « le numérique […] et le droit du numérique ne sont pas utiles au magistrat de l’ordre judiciaire » », écrit Jean-Baptiste Kempf, fait chevalier de l’ordre national du Mérite en 2018, qui jure qu’on ne l’y prendra plus.

« Jamais plus je n’aiderai l’État français gratuitement par mon travail, et tant pis pour les agents de la justice (utilisant beaucoup VLC) qui auraient besoin de lire de nouveaux formats de vidéo. Cracher sur le professionnalisme du travail de VideoLAN est totalement inadmissible. »

Quelques heures plus tard, Gérald Darmanin lui répond en commentaire de sa publication LinkedIn, indiquant d’abord ne pas avoir été saisi personnellement du litige et regrettant le ton agressif de la missive, avant de finalement écrire : « il me semble que ma réponse avant le recours formulé devant le Conseil d’État était de demander à mon administration de revoir sa décision. Mais je veux vous le lui confirmer de façon certaine ».

« J’ai le plus grand respect pour elle d’avoir réussi ce difficile concours et, en effet, la magistrature manque de personnes connaissant le numérique », écrit encore le ministre.

Les 375 nouveaux auditeurs de justice qui constituent la promotion 2026 de l’ENM, dont 49 issus du troisième concours, ont fait leur rentrée le 16 février dernier.

Retour des humains sur la Lune : Artemis II rentre au garage, le lancement repoussé

Ce week-end, Jared Isaacman, administrateur de la NASA, laissait peu d’espoir quant au lancement de la mission Artemis II en mars. Les ingénieurs ont en effet détecté une « interruption du flux d’hélium dans l’étage de propulsion cryogénique intérimaire du SLS » ou Space Launch System, le lanceur lourd de la NASA.

Il ajoutait que « les équipes procèdent au dépannage et se préparent à un probable retour d’Artemis II au VAB » ou Vehicle Assembly Building, le hangar à fusée de l’Agence spatiale américaine. Rapidement, la mauvaise nouvelle a été confirmée : « Quelle que soit la panne potentielle, l’accès et la résolution de ces problèmes ne peuvent être effectués que dans le VAB ».

À cause des conditions météo, le retour au hangar n’est pas prévu avant le 25 février. La fusée mettra environ 12 heures pour faire les 6,4 km qui séparent le dock de lancement du VAB.

Il y a un mois, la fusée s’était installée à la verticale sur son pas de tir. Artemis II embarquera quatre astronautes à bord qui iront faire le tour de la Lune (une première depuis 50 ans), mais sans se poser. Fouler le sol de notre satellite naturel sera l’objectif d’Artemis III.

Selon la NASA, 16 fenêtres de tir étaient possibles entre les 6 février et 30 avril. On peut déjà exclure février et mars, avril semble très court comme délai puisqu’il faut inspecter la fusée, trouver le souci, le régler, effectuer des tests, la replacer sur son pas de tir, etc.

Artemis II : fusée et astronautes dans les starting-blocks pour aller autour de la Lune

Rembobine.info revient sur l’impact de notre enquête sur les sites d’infos GenAI

Rembobine.info, le média qui « lutte contre l’obsolescence de l’info et met en lumière l’impact du journalisme sur nos sociétés », s’est penché sur l’enquête de Next consacrée aux faux sites d’informations en tout ou partie générés par IA. Nous l’avions lancée en février 2025, et elle a récemment dépassé le cap symbolique des 10 000 sites GenAI. Nos confrères y consacrent un article et une interview :

En termes d’impact institutionnel, Rembobine relève que le nombre de sites générés par IA mis en avant par l’algorithme de recommandation de contenus Discover de Google a depuis diminué. Nous reviendrons, cela dit, dans un prochain article sur cette diminution, somme toute relative, avec des chiffres plus précis.

La Commission paritaire des publications et des agences de presse (CPPAP), chargée de reconnaître (ou non) la qualité de service de presse en ligne à un média web, m’a par ailleurs convoqué pour m’auditionner dans le cadre d’un groupe de travail sur les sites générés par IA, et notamment sur la question du plagiat auquel ces sites recourent.

En termes d’impact judiciaire, un seul site généré par IA a depuis été condamné par la justice pour plagiat, et notre enquête n’a fait l’objet d’aucune plainte.

En termes d’impact médiatique et public, l’enquête, initialement relayée par Libération, a fait l’objet de plusieurs reprises, notamment par France CultureTV5MONDE ou France Télévisions, et l’extension web (gratuite) que nous avons développée afin d’alerter celles et ceux qui l’ont installée qu’ils ou elles consultent un site dont les articles ont été « en tout ou partie générés par IA » est utilisée par près de 10 000 personnes.

Elle permet également de nous signaler des sites GenAI, et nous avons d’ores et déjà reçu plus de 3 000 signalements, mais il nous en reste encore plus de 250 à vérifier… tâche que nous ne parvenons pas à effectuer seuls. Nous pourrions la crowd-sourcer et mutualiser avec d’autres fact-checkers, OSINTers, journalistes et ONG.

Médiamétrie a en outre découvert que les 250 sites générés par IA les plus recommandés par Google étaient, à eux seuls, visités par 15 millions de personnes en moyenne par mois, soit un quart des internautes français (dont 75 % de plus de 50 ans) !

« Il y a le risque de désinformation et de propagation des fake news, bien sûr, mais c’est aussi très dangereux pour les médias dits traditionnels », a précisé l’auteur de ces lignes dans l’interview associée :

« Face à ces faux sites, qui sont pourtant très consultés, ils ont perdu des centaines de millions de pages vues, et donc de revenus publicitaires. C’est un vrai problème pour l’économie des médias ! Sans parler du fait qu’en dupliquant leurs articles, tous ces médias générés par IA diffusent des versions différentes d’une même histoire sans que ces dernières ne soient vérifiées. Ça participe à créer du doute sur ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas or, plus les gens ont des doutes sur ce qu’est ou non un fait vérifié, plus les risques sont grands de voir arriver des gouvernements autoritaires. On s’en rend bien compte, notamment dans les États-Unis de Trump. »