Un an après, l’efficacité de la vérification d’âge sur les sites pornos reste à prouver
Les mauvais élèves gagnent
Le 27 août à 11h20
Un an après la mise en œuvre du dispositif de vérification de l’âge aux portes des sites pornographiques, un sondage permet de tirer un premier bilan pour le moins contrasté de ce dispositif de la loi SREN.
Un an après, l’efficacité de la vérification d’âge sur les sites pornos reste à prouver
Les mauvais élèves gagnent
Un an après la mise en œuvre du dispositif de vérification de l’âge aux portes des sites pornographiques, un sondage permet de tirer un premier bilan pour le moins contrasté de ce dispositif de la loi SREN.
Internet
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6 min
Après bien des soubresauts, l’obligation de contrôle de l’âge pour l’accès aux sites pornos est la règle depuis le 15 juillet 2025 et une décision du Conseil d’État. Un sondage réalisé à l’occasion de la première année de mise en œuvre de cette mesure invite à relativiser l’efficacité du dispositif, comme dans d’autres pays où des mesures similaires ont été mises en place.
La consommation glisse vers les sites sans contrôle
L’étude a été réalisée en ligne par l’Ifop pour CAM4 du 9 au 15 juillet 2026 auprès d’un échantillon de 3 000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, complété par un échantillon spécifique de 500 jeunes de 15 à 17 ans. Un des enseignements est que le dispositif de vérification de l’âge a déplacé la consommation vers des sites qui ne respectent pas le dispositif.

69 % des adultes et 78 % des mineurs (15 - 17 ans) ayant visionné du porno ces douze derniers mois l’ont en effet fait sur des sites ne réclamant pas l’âge. Près de la moitié des majeurs (48 %) et 65 % des mineurs ont cessé de consulter des sites imposant la vérification de l’âge, au profit de sites ne respectant pas l’obligation. 36 % des sondés ont consulté uniquement des sites n’exigeant pas la vérification de l’âge, contre 23 % qui n’ont consulté que des sites la demandant.
« C’est le résultat le plus embarrassant pour le dispositif : l’obligation légale a fabriqué, sans le vouloir, un avantage concurrentiel au bénéfice de ceux qui ne la respectent pas », explique l’Ifop. « Le paradoxe est que ce sont les opérateurs les plus vertueux, ceux qui ont investi dans une solution de vérification conforme, qui en paient le prix, en perdant des visiteurs. »
L’impact de cette mesure a donc été relativement modeste. Seuls 16 % des adultes et 22 % des 15 - 17 ans ont cessé de se rendre sur des sites pornos. Un tiers des mineurs ont réduit leur fréquentation. Pour la majorité des adultes (52 %) et pour 4 mineurs sur 10, l’obligation n’a rien changé à leur consommation.

« La friction introduite par le contrôle produit donc bien un effet dissuasif, et cet effet est deux fois plus fort chez les mineurs que chez les adultes, mais il ne concerne qu’un peu plus d’un adolescent sur trois, les deux autres tiers ayant trouvé le moyen d’accéder malgré tout à ces contenus », analyse l’Ifop.
La consommation des sites pour adultes n’a finalement guère évolué depuis 2023, relève encore l’institut. À l’époque, 58 % des 18 - 24 ans affirmaient avoir consulté des films ou des images pornographiques en ligne. Un chiffre similaire en 2026. On constate même une hausse de la consommation pour les sites sur abonnement type OnlyFans (+ 8 points) et de webcams (+ 4 points).
Le principe séduit plus que ses modalités
À peine la moitié des sondés ont été confrontés à une demande de vérification de l’âge, ce qui pose la question de la réalité du dispositif et son respect par les les sites concernés. 64 % des personnes interrogées estiment d’ailleurs « peu efficace » ou « pas efficace du tout » le dispositif actuel.

83 % des Français voudraient que l’Arcom, chargé de faire respecter la loi, s’assure que tous les sites pornos mettent en place un système de vérification de l’âge. Et 86 % d’entre eux souhaitent que l’obligation soit étendue aux réseaux sociaux où circulent des contenus pornos.
Parmi les internautes confrontés à une demande de vérification de l’âge, 39 % des majeurs et 18 % des 15 - 17 ans ont effectué la démarche. Parmi ceux qui s’y sont refusés, 14 % ont utilisé un moyen de contournement type VPN. Le taux de conformité est minimal chez les 18 - 24 ans (24 %) pour grimper jusqu’à 49 % chez les 50 - 64 ans.

« Autrement dit, la vérification est d’autant mieux acceptée que l’internaute est éloigné de l’âge qu’elle vise à exclure », décrypte l’institut de sondage pour qui « on touche ici au paradoxe central du dispositif : le contrôle d’âge fonctionne surtout auprès de celles et ceux qu’il n’a pas pour objet de protéger » :
« Les quinquagénaires se vérifient, les adolescents contournent. Cette sélectivité inversée n’a rien d’étonnant sociologiquement : la maîtrise des outils de contournement (VPN, sites miroirs, moteurs alternatifs) est une compétence générationnelle, et le coût symbolique de la démarche – dire son nom pour dire son désir – est d’autant plus lourd que la sexualité est vécue dans la clandestinité. Un dispositif qui produit donc l’inverse de l’effet recherché : il filtre les adultes et laisse passer les mineurs les plus outillés. »
Un an après la mise en œuvre de cette obligation, la vérification de l’âge a donc fait bouger davantage les itinéraires (cap sur les sites pour adultes ne respectant pas la mesure) que les usages (les visites sur les sites porno n’ont pas reculé). « La moitié des consommateurs majeurs déclarent que rien n’a changé pour eux, et la proportion de ceux qui ont vraiment renoncé reste à un niveau qui ne permet pas de parler d’un recul significatif de la consommation de pornographie en France », indique l’institut.

Pourtant, les Français dans leur ensemble n’ont rien contre le dispositif, bien au contraire. 89 % se disent même favorables au principe de vérification d’âge pour les sites porno. Un jugement partagé par 86 % des mineurs de 15 - 17 ans. Ce sont surtout les techniques de vérification qui sont pointées du doigt. 57 % des sondés sont favorables à la transmission d’un document d’identité, 53 % à un système d’évaluation de l’âge à partir d’une photo ou d’une vidéo.

L’app européenne de vérification de l’âge recueille en revanche bien plus de suffrages (77 %), contre 64 % pour les solutions en double anonymat.
Commentaires (44)
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Abonnez-vousLe 27 août à 12h01
Le 27 août à 12h25
Et c'est d'autant plus vrai avec tous les leaks de données de .... tous les sites web, pratiquement.
Je pense que dans certaines familles, recevoir un mail avec son nom, son compte et la liste de toute les connections & les vidéo regardés ces 6 derniers mois pourrait être *beaucoup plus problématique que de se retrouver avec ses données du site des impôts dans la nature... Et les demandes de rançon en crypto nettement plus efficace :-/
=> Pour beaucoup le meilleur moyen c'est la navigation anonyme.. et donc maintenant le VPN (VPS)
Modifié le 27 août à 14h32
Mais on se rend sans doute plus compte de l'atteinte à la vie privée quand c'est des sites pornos.
Le 28 août à 09h07
Donc entre ton IP, ta signature de navigateur, tes cookies, ta recherche google avant d'arriver à une site, ils savent plus ou moins qui tu es.
Ensuite en recoupant cookies, IP, simultanéité de consultation d'une pub et d'un contenu, ils savent qui tu es.
Et si tu vas sur du porno, tu leur donnes plein d'infos sur tes envies.
Et tout cela est chez les publicitaires, prêt à ressortir dans le bon contexte sur ton tel, ta tablette, sur lesquelles tu va sur tiktok, les sites meta, youtube, qui peuvent alors encore plus cibler la pub... tout en ayant eux ton compte google/meta à disposition.
Donc en fait, c'est juste une façade: je suis sûr que la plupart du temps, il savent très bien si tu es un ado ou un adulte, voire quel est ton gmail.
Le 27 août à 12h14
Le 27 août à 12h35
Le 27 août à 12h19
Le 27 août à 23h24
Le 27 août à 12h56
Le 27 août à 13h43
Avec un peu de chances ceux-ci n'ont pas remplacé les sites pornos par l'inceste.
Le 27 août à 14h27
Non mais par contre ça marche particulièrement bien sur la tranche d'age qui vote à droite.
Ce que je trouve plus étonnant c'est ça:
Et surtout près des 3/4 de réponse en faveur de encore une énième app...
Donc en fait , la plupart des jeunes contournent allègrement mais seraient pour une appli qui les trahiraient ? Hum.... j'avoue ne pas trop savoir quoi penser de ça.
Le 27 août à 15h17
Le 27 août à 23h30
Si on regarde ce qu'il se passe pour les sites pornos à l'aulne de ce qu'il s'est passé pour les sites de piratage, force est de constater que, sur le long terme, ça marche.
Il y a quelques années, il était très aisé de pirater, et même plus simple que de faire appel à l'offre légale. Mais entre temps, l'offre légale s'est améliorée et la lutte contre les sites pirates a continuée à les faire de plus en plus difficiles d'accès.
Je ne dis pas que ça n'existe plus ou que c'est introuvable, juste, c'est beaucoup plus difficile d'y accéder.
Et demain, les systèmes de VPN devrons probablement bloquer les sites pornos qui ne mettent pas de mesures de vérification d'âge pour leurs utilisateurs français.
Et dans le même temps, ces sites seront bloqués par les FAI.
Ça va prendre des années, mais je penses que c'est ce qui va arriver.
Et après, on aura d'autres dérives totalitaires.
Les politiques ne sont pas idiots : c'est leurs électeurs qui le sont. 😉
Modifié le 28 août à 05h47
Concernant les VPN, il n'y a pas besoin qu'ils bloquent les sites pornos, leur usage se détecte très facilement. D'ailleurs, il n'a jamais été question de bloquer les sites pornos.
Le 28 août à 16h03
Et c'est même les site "légaux" qui vont demander ça à la Justice. Le Gouvernement n'aura même pas besoin de s'en occuper.
Le 28 août à 18h40
Ils resteront, aux yeux des électeurs, comme ceux qui ont eu le courage de s'attaquer à un vrai problème de société.
Le 27 août à 13h38
Le 27 août à 14h07
Le 27 août à 13h45
Le 27 août à 15h18
Le 27 août à 17h19
Donc sans surprise non plus.
Le 27 août à 13h59
Le 27 août à 14h27
Pourquoi un ado fait-il la démarche de vérification d'age ?
Puisque qu'il est ado.
Et qu'il sait qu'il a moins de 18 ans.
A-t-il la moindre chance que l'entrée sur le site lui soit autorisée ?
Peut-etre que l'algo lui dit "ah ben c'est bien, tu as fait la démarche. C'est une preuve de maturité. Allez, entre, mon grand !"
18%, quand meme !
Je ne comprend pas, donnez moi une explication rationnelle SVP !
Le 27 août à 15h18
Modifié le 27 août à 15h24
Je suis le 1er à faire ça à chaque fois qu'on me soumet un sondage quelconque. Ne serait-ce que pour chier dans les bottes des sociétés de profilage/pub....
Le 27 août à 16h26
Le 27 août à 17h36
Tu inventes la réponse que les gens auraient dû donner si ils avaient été honnêtes ?
Le 27 août à 18h14
Le 28 août à 10h30
Les "panels permanent", si j'ai bien compris ce sont des gens qui sont systématiquement sollicités pour répondre à plein de sondage. Du coup pour moi le biais est évident, mais bon, c'est sans doute juste moi. Il y a quelques explications en bas de cette page https://www.sondages-presidentielle2027.fr/instituts.html (pour les méthodes de sondage, pas sur le sujet bien sur).
Bref, je reste assez peu convaincu mais je ne nie pas la difficulté d'avoir un résultat qui représente la réalité.
Le 27 août à 16h42
Le 27 août à 17h41
Le 27 août à 21h59
LOL (mais peut-être que l'Ifop et Cam4 ont des sources fiables à ce propos)
Le 27 août à 22h04
Le 28 août à 10h12
Le 28 août à 14h16
C'est vrai que la pornographie est problèmatique sur plusieurs aspects, mais existe-t-il une alternative plus saine ?
Ce qui est sur c'est que les ados trouveront d'eux memes un substitut. Et les adultes qui ne voudront pas faire la vérification d'age également.
Le 28 août à 14h38
Internet est difficile à maîtriser de bout en bout sauf à vouloir le Grand Firewall qui filtre tout. Auquel cas on aura perdu bien plus qu'un accès à des sites de
Déjà que cette lubie piétine allègrement le droit à la vie privée sans s'en soucier, il ne manque pas longtemps avant que ça s'étende à bien plus d'autres domaines.
Le 28 août à 15h04
??? Je ne vois pas en quoi. Ca reste ta vie privée. Ca ne change rien: tu as toujours le même droit, mais le prestataire doit filtrer un minimum.
Avant pour aller dans un cinéma porno, il fallait montrer ses papiers d'identité. Un peu pareil pour les vidéo clubs. Bien sûr, on pouvait simplement se faire contrôler au faciès.
Bref, ça n'a pas changé. Tu files ton identité ou ton visage pour une preuve d'âge à quelqu'un qui n'est pas l'état.
Le 28 août à 15h13
Le 28 août à 17h29
Modifié le 28 août à 23h30
À l'entrée d'un lieu physique (ou pour un achat) interdit aux mineurs, tu donnes l'original de ta carte d'identité à quelqu'un qui se contente de la regarder sans que tu la perdes des yeux avant de te la rendre. Tu vois ce qu'il en fait, s'il commence à prendre des notes ou à en faire une copie, tu vas vite lui demander ce qu'il fait.
La seule exception à ma connaissance sont les casinos, à cause de leur obligation de vérifier le fichiers des interdits de jeu, où ils scannent la piste alphanumérique en bas de la carte.
Le 29 août à 11h29
Bref, bienvenue dans la société numérisée.
Modifié le 29 août à 23h15
J'ai failli le préciser à l'avance parce que j'étais quasi-sûr qu'on allait me répondre ce genre de truc, ben j'aurais du. Merci de ne pas répondre à côté parce que ça vous arrange.
Le 31 août à 08h58
D'autre part, on demande la carte d'identité à plein d'occasions. Dans un monde numérique, je ne vois plus ce qu'elle prouve. Qu'est-ce qui prouve que le vendeur de voiture ne s'est pas fait pirater? Ou carrément qu'un employé n'a pas détourné les cartes?
Fun fact: ma fille gribouile ses scan de carte d'identité et ses scans de rib avec l'usage prévu 😅
Le 28 août à 14h55
Ca me fait beaucoup penser à l'IPTV , contre lequel il me semble que les moyens mis en œuvre sont nettement plus important (pas forcément en France mais il me semble qu'en Italie & Espagne, ils n’hésitent pas à couper Cloudflare pendant les matchs , quitte à impacter tout le reste des utilisateurs, juste pour faire chier les consommateur d'IPTV. Et malgré ça.... la part de l'IPTV augmente lentement mais surement, il y a même tout un marché noir qui a fleuri autour de ça (entre les box, les revendeurs, les providers...)
Les politiciens ont toujours l'impression qu'il "suffit" d'interdire pour que les gens ne fassent plus ce qu'ils ne veulent plus , en réalisé il y a systématiquement un "push-back" et des solutions techniques qui se déploient d'autant plus fortement que la loi est drastique et appliquée. Pour qu'une loi marche il faut qu'elle soit consensuelle , et acceptée comme une évidence , et que la contourner soit mal vu socialement.
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