Doctolib veut utiliser vos données pour ses recherches en IA. Vous pouvez refuser.
Un email et c'est parti
Illustration : Flock
Le 09 juillet à 15h12
Doctolib va utiliser par défaut les données de ses utilisateurs pour des projets de R&D. Considérant le faire dans son intérêt légitime, l’entreprise a seulement mis en place un formulaire permettant de s’y opposer (procédure d’opt-out).
Doctolib veut utiliser vos données pour ses recherches en IA. Vous pouvez refuser.
Un email et c'est parti
Illustration : Flock
Doctolib va utiliser par défaut les données de ses utilisateurs pour des projets de R&D. Considérant le faire dans son intérêt légitime, l’entreprise a seulement mis en place un formulaire permettant de s’y opposer (procédure d’opt-out).
Société numérique
Société
4 min
Ce mercredi 8 juillet, Doctolib a envoyé à certains de ses utilisateurs un email concernant l’utilisation des données de ses utilisateurs pour des projets R&D. L’entreprise, qui revendique quasiment autant de comptes (60 millions en 2021) que la taille de la population française, a décidé de s’appuyer sur les données de ses utilisateurs, sans demander de consentement explicite.
En effet, l’entreprise explique : « À partir d’août 2026, nous collaborerons avec une équipe de recherche associée à trois institutions scientifiques françaises de premier plan (Inria, Inserm et Université Paris Cité) sur le projet de recherche « Améliorer les parcours de soins grâce à l’intelligence artificielle » ».
C’est notamment l’équipe-projet Heka commune à Inria, Inserm et l’Université Paris Cité qui coopère avec Doctolib.


L’intérêt légitime à conduire des recherches, plutôt que le consentement explicite des utilisateurs
Pour justifier de ne pas demander le consentement explicite de ces utilisateurs, Doctolib s’appuie sur son « intérêt légitime à conduire des recherches scientifiques dans le but d’améliorer les soins pour tous » et cite la méthodologie de référence MR-004 de la CNIL. Remarquons qu’en mettant en place cette recherche, c’est bien Doctolib qui pourra profiter en premier de ses éventuelles retombées. Cette méthodologie de référence MR-004 « encadre les traitements de données à caractère personnel à des fins d’étude, évaluation ou recherche n’impliquant pas la personne humaine ».
L’article 6.1.f du RGPD prévoit que le traitement de données à caractère personnel est licite s’il « est nécessaire aux fins des intérêts légitimes poursuivis par le responsable du traitement ou par un tiers, à moins que ne prévalent les intérêts ou les libertés et droits fondamentaux de la personne concernée qui exigent une protection des données à caractère personnel, notamment lorsque la personne concernée est un enfant ».
Dans le cadre de la méthodologie de référence MR-004, l’entreprise ne peut pas utiliser n’importe comment les données. Ainsi, par exemple, seuls les personnels de recherche intervenant « dans un lieu de recherche » peuvent conserver le lien entre les noms et prénoms et les données traitées. Les patients doivent aussi être informés.
Nous avons interrogé la CNIL concernant les éventuelles formalités préalables que doit effectuer Doctolib auprès d’elle pour ce genre de projets et si l’entreprise les avait correctement remplies le cas échéant. L’autorité ne nous a pas encore répondu, mais nous mettrons à jour l’article dès que ça sera le cas.
Un formulaire d’opposition
Dans son email, que tous les utilisateurs n’ont pas reçu pour l’instant (nous sommes plusieurs à Next dans ce cas), Doctolib donne un lien vers un formulaire d’opposition. Celui-ci n’oblige pas à être connecté pour le remplir et demande les prénom, nom et date de naissance. C’est via ce formulaire que les utilisateurs de Doctolib peuvent faire appliquer l’article 56 de la loi de 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés. Ainsi, en utilisant ce formulaire, vous pouvez vous opposer à la réutilisation de vos données personnelles (ou celles de la personne dont vous êtes le représentant légal) dans le cadre des projets de R&D de Doctolib :

En s’appuyant sur l’intérêt légitime, Doctolib évite de demander explicitement le consentement des internautes, ce qui pourrait lui garantir d’utiliser un plus grand nombre de leurs données pour ses recherches. En effet, il faut que les utilisateurs reçoivent bien cet email, le lisent dans de bonnes conditions, cliquent ensuite sur le lien vers le formulaire et le remplissent pour sortir leurs données du champ d’utilisation des recherches.
En novembre 2025, Doctolib avait écopé d’une amende de 4,665 millions d’euros de l’Autorité de la concurrence pour abus de position dominante. En février dernier, l’entreprise affirmait au Figaro se considérer en concurrence avec Google, Anthropic et OpenAI et leurs applications comme ChatGPT Health. Elle ajoutait vouloir consacrer 160 millions d’euros en 2026 sur ses projets dans l’IA et avoir déjà investi 20 millions d’euros dans son laboratoire d’IA clinique qui chapeaute ces projets de R&D.
Commentaires (72)
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D'autant qu'on n'a pas vraiment le choix pour beaucoup de praticiens :-/
Le 9 juillet à 17h55
Et ils te préviennent et te donnent la possibilité de t'opposer au traitement.
Le 9 juillet à 18h16
Oui, il existe peut-être quelque part une loi qui fait que quelques petites lignes au fin fond d'une CGU que personne ne lira jamais qui rend cette action légale. Mais ça ne la rend pas moins complètement immorale.
J'habite un désert médical, je n'ai donc pas le choix des praticiens que je parviens tant bien que mal à consulter. Si ils ne permettent les rendez-vous que par Doctolib, et bah je n'ai pas le choix et je les utilise. Que Doctolib se serve de son monopole pour piller mes données personnelles, je ne suis pas d'accord. Et le fait que ce soit de l'opt-out, je trouve ça ABSOLUMENT SCANDALEUX. Combien de personnes/clients ne vont pas recevoir, comprendre ou prendre le temps de traiter ce mail ?
Modifié le 9 juillet à 18h26
Combien de personnes se fichent que l'on traite leurs données personnelles pour des motifs nettement moins nobles que la recherche scientifique ?
En vrai, tu t'indignes pour rien. Ceux qui comme toi se préoccupent du traitement de leurs données personnelles, comprendront et s'opposeront peut-être au traitement dans ce cadre ; personnellement, je ne m'y opposerai pas alors que je m'oppose à à peu près tout la plupart du temps. La majorité des autres ne s'y seraient pas opposés de toute façon.
Le 12 juillet à 11h25
Le 12 juillet à 18h36
Le 9 juillet à 18h28
Le 9 juillet à 18h31
Par contre, plus de concurrence serait mieux.
Le 9 juillet à 18h47
Mauvaise réponse à un vrai souci.
De la concurrence pour un service qui devrait être assuré par l'Etat ? Bof.
Le 9 juillet à 19h31
Je considère que ce n'est pas à l'État d'offrir un tel service. L'État doit se borner au régalien. C'est pour cela que je disais que c'est donc normal que le privé offre de tels services.
Comme l'État ne fait pas correctement ses missions régaliennes, je préfère qu'on ne lui en ajoute pas.
Petite remarque en passant : le service est offert (vendu) aux professionnels de santé qui pour beaucoup sont dans le privé, pas aux patients qui ne sont que des utilisateurs du service. Que ça soit un service du privé est cohérent.
Le 9 juillet à 20h43
Je considère au contraire que ce serait à l’État de le faire, mais comme ça ne reste qu'une opinion qui vaut ce qu'elle vaut, je vais me ranger du coté du "soyons d'accord de ne pas être d'accord".
C'est cohérent dans l'erreur, le point de départ reste mauvais (de mon point de vue, encore une fois).
Le 9 juillet à 21h02
On a changé d’époque.
Le 9 juillet à 21h19
Le 10 juillet à 08h03
Le 10 juillet à 08h59
Le 10 juillet à 10h02
Je trouve que le système français est assez équilibré avec un mélange public/privé. Je suis juste contre le fait que l'État s'occupe de tout jusqu'à la prise de rendez-vous médicaux alors qu'il a du mal avec ses missions essentielles. C'est seulement pour cela que j'ai parlé de régalien.
Je préfère que l'État mette de l'argent dans la justice (je le répète souvent ici) plutôt que dans un système de rendez-vous médicaux.
Mais c'est tellement plus facile de caricaturer et être binaire.
Le 10 juillet à 10h55
Et aujourd'hui, Doctolib fournit les 2 chez certains praticiens
Le 10 juillet à 10h18
Définition du régalien selon ton propre lien : "définit ce qui est attaché à la souveraineté d'un chef d'État, qui est du ressort de l'exercice de la puissance gouvernante".
Donc oui, l'état doit se borner à ce qui est du ressort de l'état, superbe lapalissade merci.
Que toi tu aies décidé qu'il ne faille y mettre que
des trucs de droitela police et l'armée, grand bien t'en fasse, mais c'est une opinion. Pas besoin d'essayer de déguiser ça en fait objectif avec un lien Wikipedia.Le 10 juillet à 10h25
Le 10 juillet à 22h32
Avoir un mastodonte, c'est un coup à se faire imposer ses conditions.
Le 11 juillet à 20h58
Mais ça fonctionne mal puisque des boites comme celle-ci essaient de remplacer l'état pour se rendre indispensable et utiliser ces données.
Comme ils savent qui a quoi rien n'est anonyme. De nos jours qui fait confiance à une boite privée pour anonymiser tout ça et ne pas vendre les données, et surtout ne pas avoir de fuite ?
Le 12 juillet à 08h57
Le 12 juillet à 11h03
J'en garde un excellent souvenir.
Le 12 juillet à 18h30
Le 13 juillet à 11h45
Et encore moins à ce qui se passait il y a 40ans alors que le dossier médical partagé à été créé dans les années 2000.
Malheureusement il va falloir attendre d'avoir une fuite de données et une liste publique de personnes ayant des maladies (comme le sida, les cancers, ...) pour que la législation évolue.
Modifié le 10 juillet à 14h31
Les services de gestion des rendez-vous n'ont rien d'essentiel. Ça fonctionnait correctement avant, sans ça. C'est juste une facilité, un confort.
Le manque de praticiens, en revanche, est lui un problème de priorité nettement plus élevée, exactement comme l'est celui du (non-)fonctionnement de la justice par manque de moyens.
Tout le temps que les problèmes pas essentiels n'ont pas trouvé de solution, chaque euro depensé ailleurs par l'état est un euro mal dépensé.
Le 10 juillet à 16h05
C'est comme si je disais, pour te paraphraser :
"Les services de photocopie n'ont rien d'essentiel. Ça fonctionnait correctement avant, sans ça. C'est juste une facilité, un confort."
La santé en revanche c'est essentiel, il y a "une échelle des priorités à respecter".
J'ai du mal à imaginer plus essentiel que la santé. Et pourtant je n'ai jamais évoqué le fait de diminuer les moyens de la justice, qui sont ridicules. D'ailleurs personne ne l'a fait dans cette discussion, vous avez utilisé une jolie technique de l'homme de paille. J'ai plein d'idées pour aller chercher de l'argent ailleurs, mais je pense que là n'est pas la question.
Tout ce qu'on a dit c'est que la prise de rendez-vous médicaux, oui c'est essentiel. Que les praticiens ont (malheureusement) totale liberté là-dessus et que de plus en plus n'acceptent que Doctolib (plus de téléphone). Que dans un contexte de désert médical on a malheureusement pas la possibilité de changer de médecin en fonction de ce critère, et que le quasi monopole de Doctolib en fait de fait une presque délégation de service public.
Or ce monopole, Doctolib l'a obtenu avec de l'argent public (source. D'ailleurs si tu veux faire des économies tu peux commencer par arrêter ce genre de subventions et les donner à la justice) et n'a pas l'air très digne de confiance sur les données (source).
Bref, non, si je ne suis pas content je ne peux pas me désinscrire ni aller voir ailleurs. Pourtant la concurrence libre et non faussée c'est sensé être important
Pour résumer on a une entreprise qui coute un bras au contribuable, pas digne de confiance sur les données, qui veut entrainer une technologie que je trouve néfaste et c'est à moi à surveiller mes mails pour pouvoir opt-out ? Très bien, faisons comme ça.
Modifié le 12 juillet à 11h38
Meme si l'état n'est irréprochable, ce qui touche à ma santé, je préfère que cela ne parte pas dans différentes entreprises privées où je vais avoir du mal à savoir ce qu'il en devient, ou ce qui en est fait.
Le 12 juillet à 18h34
Le 9 juillet à 15h43
Le 9 juillet à 15h45
Le 9 juillet à 18h10
Modifié le 9 juillet à 15h47
Le 9 juillet à 15h50
Modifié le 9 juillet à 15h58
Mais quelle bande de brèles… c'est qui les cadres (probablement pas les dev qui ont du hurler) qui pondent ces procédures débiles ?
Le 9 juillet à 16h20
De ce point de vue, c'est donc normal que les patients sans compte puisse faire cette demande. Pour ma part, je suis juste surpris qu'il n'y ait pas les 2 mécanismes : soit le formulaire, soit connexion au compte pour dire non.
Le 11 juillet à 09h54
Je viens de revoir le mail.
Et je n'ai pas souvenir d'avoir créé un compte.
Et comme je ne mets que rarement les pieds chez un professionnel de santé (tant mieux pour moi), j'ai du être enregistré, à l'insu de mon plein gré, il y a peut-être une dizaine d'années.
Le 11 juillet à 13h08
Ça donne envie de les cramer au napalm…
Le 10 juillet à 08h04
Bah a priori, dans un tel cas, les deux personnes devraient alors se retrouver sorties de leur IA. Principe de précaution.
A priori. "devraient".
Le 11 juillet à 13h00
Le 11 juillet à 13h07
Ils pourraient au moins contrôler la vraisemblance de la date de naissance.
Le 11 juillet à 13h50
Le 9 juillet à 16h22
Pour améliorer le parcours de soins augmenter le nombre de praticiens est la meilleure solution.
Ou une solution plus facile à mettre en œuvre serait d'établir un standard obligatoire pour les professionnels de santé conventionnés permettant de connaître les plages de RDV (et type de RDV), un lien vers le site web de RDV quand il existe. Ce standard sera exploité par le site Ameli.fr
Révolutionnaire, non?
Le 9 juillet à 16h29
Et même si la CNIL est consultée en amont du projet, si la mise en oeuvre réelle est présente des lacunes, ça va leur faire mal...
Le 9 juillet à 17h53
J'ai l'impression qu'ils n'auraient même pas besoin de proposer de s'opposer au traitement.
Modifié le 9 juillet à 19h18
J'ai l'impression, mais peut être que je me trompe, que c'est au responsable de traitement de procéder à la recherche. Hors, ici, Doctolib a plus le rôle d'entrepôt de données mis à disposition des 3 centres de recherche.
[edit] je rajoute que si l'intérêt légitime n'était pas nécessaire, Doctolib n'aurait tout simplement pas envoyé le mail pour préciser le opt-out. Le fait qu'il le fasse indique qu'ils se basent exclusivement sur cette base légale pour le traitement. C'est une pente très savonneuse selon moi.
Le 9 juillet à 20h29
Ils sont donc partie prenante dans cette recherche et ont des partenaires scientifiques.
En fait, c'est le MR004 qui impose de communiquer sur le traitement et d'indiquer la base juridique du traitement. C'est pour cela qu'ils ont choisi l'intérêt légitime, le consentement aurait été trop difficile à obtenir : les gens n'auraient pas répondu et accepté le traitement de données. Ils se seraient donc trouvé avec trop peu de données à traiter.
En fait, je maintiens dans ce cas l'intérêt légitime comme étant la bonne base légale comme les données ont déjà été collectées pour d'autres motifs et que le consentement pour ce traitement n'a pas pu être demandé à l'époque.
Et pourtant, c'est très souvent un mauvais choix.
Je pense même qu'ils ont dû consulter la CNIL.
Le 9 juillet à 22h16
Le 9 juillet à 17h29
Encore une pratique contestable...
Le 9 juillet à 19h03
Votre opposition a bien été enregistrée.
Modifié le 10 juillet à 18h11
Modifié le 9 juillet à 18h02
pas eu de mail, mais opt-out via le lien fourni par vos soins :-)
Mais au passage, je note que dans l'appli android avec mon compte, je ne vois pas ce formulaire, mais une section "amélioration des services".
Je présume que le mail envoyé et le formulaire, c'est pour les "non-clients" (pas de compte) mais dont le nom/mail est connu par Doctolib via le praticien
Le contenu de la section "amélioration des services" de l'app :
Le 9 juillet à 19h10
@rédaction ils ont le droit d'activer par défaut ce genre de chose sans consentement explicite ?
Le 9 juillet à 20h08
Donc ce courriel de France Télévision doit être pour se conformer aux recommandations de la CNIL.
Le 9 juillet à 20h26
Le 9 juillet à 20h41
Le 9 juillet à 22h09
Pixels de suivi dans les emails : la Cnil demande une mise en conformité sous trois mois
Avril-> juillet France Télévision finit sur le fil!!
Le 10 juillet à 17h36
En plus j'utilise FairEmail qui les montre explicitement et ne les renvoie pas. C'est effarent le nombre de mail avec des pixels de suivi.
Le 10 juillet à 18h38
Le 9 juillet à 22h22
Quand on est connecté, X cases à cocher pour les gens liés au compte et un bouton valider, ça aurait pas été du luxe et ça évitait ce genre d'erreur
Le 10 juillet à 09h35
Là c'est la loterie. Merci ! [/HS]
Le 16 juillet à 11h46
Modifié le 10 juillet à 20h29
De plus est ce que ces "recherches" ne devraient pas être faites auprès des professionnels, avec anonymisation bien sûr ?
A moins que ceux ci aient trop peur avec leur serment de secret médical, au fait Doctolib est soumis à ce serment ?
Dans tous les cas il est inadmissible de nous obliger à passer par cette boite qui a absorbé ses concurrents .
Lecture éclairante: https://www.franceinfo.fr/sante/professions-medicales/enquete-franceinfo-comment-doctolib-se-sert-de-nos-donnees-de-sante_3825805.html
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