Connexion Premium

Doctolib veut utiliser vos données pour ses recherches en IA. Vous pouvez refuser.

Un email et c'est parti

Doctolib veut utiliser vos données pour ses recherches en IA. Vous pouvez refuser.

Illustration : Flock

Doctolib va utiliser par défaut les données de ses utilisateurs pour des projets de R&D. Considérant le faire dans son intérêt légitime, l’entreprise a seulement mis en place un formulaire permettant de s’y opposer (procédure d’opt-out).

Ce mercredi 8 juillet, Doctolib a envoyé à certains de ses utilisateurs un email concernant l’utilisation des données de ses utilisateurs pour des projets R&D. L’entreprise, qui revendique quasiment autant de comptes (60 millions en 2021) que la taille de la population française, a décidé de s’appuyer sur les données de ses utilisateurs, sans demander de consentement explicite.

En effet, l’entreprise explique : « À partir d’août 2026, nous collaborerons avec une équipe de recherche associée à trois institutions scientifiques françaises de premier plan (Inria, Inserm et Université Paris Cité) sur le projet de recherche « Améliorer les parcours de soins grâce à l’intelligence artificielle » ».

C’est notamment l’équipe-projet Heka commune à Inria, Inserm et l’Université Paris Cité qui coopère avec Doctolib.

L’intérêt légitime à conduire des recherches, plutôt que le consentement explicite des utilisateurs

Pour justifier de ne pas demander le consentement explicite de ces utilisateurs, Doctolib s’appuie sur son « intérêt légitime à conduire des recherches scientifiques dans le but d’améliorer les soins pour tous » et cite la méthodologie de référence MR-004 de la CNIL. Remarquons qu’en mettant en place cette recherche, c’est bien Doctolib qui pourra profiter en premier de ses éventuelles retombées. Cette méthodologie de référence MR-004 « encadre les traitements de données à caractère personnel à des fins d’étude, évaluation ou recherche n’impliquant pas la personne humaine ».

L’article 6.1.f du RGPD prévoit que le traitement de données à caractère personnel est licite s’il « est nécessaire aux fins des intérêts légitimes poursuivis par le responsable du traitement ou par un tiers, à moins que ne prévalent les intérêts ou les libertés et droits fondamentaux de la personne concernée qui exigent une protection des données à caractère personnel, notamment lorsque la personne concernée est un enfant ».

Dans le cadre de la méthodologie de référence MR-004, l’entreprise ne peut pas utiliser n’importe comment les données. Ainsi, par exemple, seuls les personnels de recherche intervenant « dans un lieu de recherche » peuvent conserver le lien entre les noms et prénoms et les données traitées. Les patients doivent aussi être informés.

Nous avons interrogé la CNIL concernant les éventuelles formalités préalables que doit effectuer Doctolib auprès d’elle pour ce genre de projets et si l’entreprise les avait correctement remplies le cas échéant. L’autorité ne nous a pas encore répondu, mais nous mettrons à jour l’article dès que ça sera le cas.

Un formulaire d’opposition

Dans son email, que tous les utilisateurs n’ont pas reçu pour l’instant (nous sommes plusieurs à Next dans ce cas), Doctolib donne un lien vers un formulaire d’opposition. Celui-ci n’oblige pas à être connecté pour le remplir et demande les prénom, nom et date de naissance. C’est via ce formulaire que les utilisateurs de Doctolib peuvent faire appliquer l’article 56 de la loi de 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés données et Libertés. Ainsi, en utilisant ce formulaire, vous pouvez vous opposer à la réutilisation de vos données personnelles (ou celles de la personne dont vous êtes le représentant légal) dans le cadre des projets de R&D de Doctolib :

En s’appuyant sur l’intérêt légitime, Doctolib évite de demander explicitement le consentement des internautes, ce qui pourrait lui garantir d’utiliser un plus grand nombre de leurs données pour ses recherches. En effet, il faut que les utilisateurs reçoivent bien cet email, le lisent dans de bonnes conditions, cliquent ensuite sur le lien vers le formulaire et le remplissent pour sortir leurs données du champ d’utilisation des recherches.

En novembre 2025, Doctolib avait écopé d’une amende de 4,665 millions d’euros de l’Autorité de la concurrence pour abus de position dominante. En février dernier, l’entreprise affirmait au Figaro se considérer en concurrence avec Google, Anthropic et OpenAI et leurs applications comme ChatGPT Health. Elle ajoutait vouloir consacrer 160 millions d’euros en 2026 sur ses projets dans l’IA et avoir déjà investi 20 millions d’euros dans son laboratoire d’IA clinique qui chapeaute ces projets de R&D.

Commentaires (12)

votre avatar
Cela concerne aussi les gens qui ne sont pas utilisateurs de Doctolib, mais dont le praticien oblige la prise de RDV via Doctolib ?
votre avatar
Entre ça et le refus de passer sur des clouds de confiance, Doctolib joue dangereusement sur son monopole
votre avatar
C'est honteux !
D'autant qu'on n'a pas vraiment le choix pour beaucoup de praticiens :-/
votre avatar
Ce devrait être un service proposé par Ameli.fr. Et dédié uniquement à la gestion des rdvs, pas d'IA à la con ou du bullshit des "services personnalisés".
votre avatar
La prise de rendez-vous médicaux devrait être un service public, surtout que ça ne devrait pas être bien compliqué à mettre en place. Il est incompréhensible qu'une entreprise privée, dont le but est de faire du profit, soit responsable de nos données de santé.
votre avatar
Ainsi, en utilisant ce formulaire, vous pouvez vous opposer à la réutilisation de vos données personnelles (oucelles de la personne dont vous êtes le représentant légal) dans le cadre des projets de R&D de Doctolib
C'est un formulaire à remplir par personne ? Ou les tutorés ont la valeur des tuteurs par défaut ?
votre avatar
"en remplissant le formulaire ci-dessous pour chaque personne pour laquelle vous vous opposez", dit le texte avant le formulaire...
votre avatar
Ce qui est "drôle", c'est que le formulaire n'est pas lié à notre compte doctolib et que ça demande juste nom / prénom / date de naissance, donc si un homonyme a la même date de naissance ça se passe comment ?

Mais quelle bande de brèles… c'est qui les cadres (probablement pas les dev qui ont du hurler) qui pondent ces procédures débiles ?
votre avatar
Mais quelle bande de brèles… c'est qui les cadres (probablement pas les dev qui ont du hurler) qui pondent ces procédures débiles ?
La procédure "débile", c'est que beaucoup de professionnel de santé utilise doctolib, et pas que pour la prise de RDV. On peut donc se retrouver avec des données de santé chez doctolib, sans pour autant avoir un compte chez eux.

De ce point de vue, c'est donc normal que les patients sans compte puisse faire cette demande. Pour ma part, je suis juste surpris qu'il n'y ait pas les 2 mécanismes : soit le formulaire, soit connexion au compte pour dire non.
votre avatar
Ces données issues de ces recherches seront elles sous licences libres ou bien Doctolib va faire comme Cambridge Analytica (de la recherche universitaire mais pas que)?

Pour améliorer le parcours de soins augmenter le nombre de praticiens est la meilleure solution.
Ou une solution plus facile à mettre en œuvre serait d'établir un standard obligatoire pour les professionnels de santé conventionnés permettant de connaître les plages de RDV (et type de RDV), un lien vers le site web de RDV quand il existe. Ce standard sera exploité par le site Ameli.fr
Révolutionnaire, non?
votre avatar
Doctolib joue a un jeu très dangereux quand même. L'intérêt légitime, il ne suffit pas de le décréter pour l'utiliser. En cas de contrôle (et Doctolib est typiquement le genre de structure où la question n'est pas de savoir si il va y avoir un contrôle, mais quand), si la CNIL dit non, la base légale tombe, et doctolib risque très gros (surtout qu'elle a déjà un passif).

Et même si la CNIL est consultée en amont du projet, si la mise en oeuvre réelle est présente des lacunes, ça va leur faire mal...