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Les diplomates US sommés de lutter contre le RGPD et la souveraineté numérique

Silicon valets

Les diplomates US sommés de lutter contre le RGPD et la souveraineté numérique

Pour Marco Rubio, le RGPD impose « des restrictions inutiles et contraignantes en matière de traitement des données et des exigences en matière de flux transfrontaliers de données » qui pourraient nuire aux intérêts des entreprises technologiques états-uniennes.

Le 26 février à 13h01

L’administration Trump vient d’ordonner aux diplomates états-uniens de faire pression contre les initiatives encourageant la souveraineté et la relocalisation des données de leurs citoyens, au motif que cela pourrait nuire aux entreprises technologiques états-uniennes, révèle l’agence Reuters.

Un câble du Département d’État, daté du 18 février et signé par le secrétaire d’État américain Marco Rubio, précise que de telles lois « perturberaient les flux mondiaux de données, augmenteraient les coûts et les risques liés à la cybersécurité, limiteraient l’intelligence artificielle (IA) et les services cloud, et élargiraient le contrôle gouvernemental d’une manière qui pourrait porter atteinte aux libertés civiles et permettre la censure ».

Marco Rubio y précise que l’administration Trump favorise une « politique internationale plus affirmée en matière de données » et que les diplomates doivent dès lors « s’opposer aux réglementations inutilement contraignantes, telles que les obligations de localisation des données ».

Cette décision indique que l’administration Trump revient à une approche plus conflictuelle, souligne Reuters, alors que certains pays étrangers cherchent à limiter la manière dont les entreprises de la Silicon Valley traitent et stockent les informations personnelles de leurs citoyens, des initiatives souvent qualifiées de « souveraineté des données » ou de « localisation des données ».

Un forum pour contrer le RGPD

Le câble, décrit par son titre comme une « demande d’action » (« action request » en VO), invite aussi les diplomates américains à suivre l’évolution des propositions visant à restreindre les flux transfrontaliers de données.

Il cite le RGPD comme exemple d’une règle imposant « des restrictions inutiles et contraignantes en matière de traitement des données et des exigences en matière de flux transfrontaliers de données ».

Il souligne également que la Chine « associe des projets d’infrastructure technologique attrayants à des politiques restrictives en matière de données qui renforcent son influence mondiale et son accès aux données internationales à des fins de surveillance et d’influence stratégique ».

Il fournit en outre des arguments en faveur du Global Cross-Border Privacy Rules (CBPR) Forum (forum mondial sur les règles transfrontalières en matière de protection de la vie privée en VF), créé en 2022 par les États-Unis, le Mexique, le Canada, l’Australie, le Japon, la Corée du Sud, Singapour et Taïwan « afin de soutenir la libre circulation des données et la protection efficace des données et de la vie privée à l’échelle mondiale ».

Le précédent du DSA

Le département d’État n’a pas fait de commentaire sur ce télégramme, tout en déclarant à Reuters que les États-Unis soutenaient fermement les flux transfrontaliers de données favorisant la croissance et l’innovation tout en protégeant la vie privée, la sécurité et la liberté d’expression, et que les États-Unis étaient prêts à s’associer avec les pays partageant ces objectifs.

Ce câble est la dernière d’une série d’initiatives visant à contrecarrer la réglementation européenne dans le domaine numérique, souligne Reuters, notamment en matière de modération de contenus et de responsabilités des plateformes.

L’an passé, Marco Rubio avait ainsi déjà ordonné aux diplomates de s’opposer au règlement européen sur les services numériques (DSA), qui vise à rendre Internet plus sûr en obligeant les grandes entreprises de médias sociaux à supprimer les contenus illégaux, tels que les contenus extrémistes ou pédopornographiques.

La semaine dernière, l’administration Trump avait également annoncé la prochaine mise en place de freedom.gov, un site conçu pour permettre de consulter les contenus interdits en Europe, y compris les discours de haine et la propagande terroriste.

Le bâton, sans la carotte

Les initiatives en matière de souveraineté des données se sont accélérées, en particulier en Europe, relève Reuters, alors que les tensions se sont exacerbées entre les États-Unis et l’Union européenne au sujet des politiques commerciales protectionnistes de Washington et de son soutien aux partis politiques d’extrême droite.

Bert Hubert, ancien membre de l’organe de contrôle des services de renseignement néerlandais, déclare à Reuters que la méfiance croissante de l’Europe à l’égard des entreprises technologiques américaines pourrait inciter Washington à adopter une approche plus agressive :

« Alors que l’administration précédente tentait de séduire les clients européens, l’administration actuelle exige que les Européens ignorent leurs propres réglementations en matière de confidentialité des données qui pourraient entraver les activités commerciales américaines. »

Commentaires (19)

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Bâton ou carotte, cela importe peu vu que cela terminera toujours au même endroit :bocul: :fumer:
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J'ai pas tout lu mais rien que ça :
« perturberaient les flux mondiaux de données, augmenteraient les coûts et les risques liés à la cybersécurité, limiteraient l’intelligence artificielle (IA) et les services cloud, et élargiraient le contrôle gouvernemental d’une manière qui pourrait porter atteinte aux libertés civiles et permettre la censure ».
perturberaient les flux mondiaux de données,
Comme si l'internet passait en entier par les US.

augmenteraient les coûts et les risques liés à la cybersécurité,
Les plus grandes fuites de données du monde sont US...

limiteraient l’intelligence artificielle (IA) et les services cloud,
Ça s'appelle la concurrence. Le saint Graal des gens libéraux...
et élargiraient le contrôle gouvernemental d’une manière qui pourrait porter atteinte aux libertés civiles et permettre la censure
Comment dire heu... ça. Et un ou deux executive order : 10995 (lien 1, lien 2) qui peut être activé à la discrétion présidentielle. Mais aussi via l'executive order 11051.

Poor Righteous teacher - New world order / Outro. C'est sorti en 1996. Prophétique.
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"cela pourrait nuire aux entreprises technologiques états-uniennes"

Oh les pauvres, ils ne pourraient plus (aussi facilement) fouiller nos données à la recherche de secrets et autres informations exploitables, ou pour entraîner leurs IA :craint:
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La preuve n´est plus à faire et pourtant ils la font toujours plus: il faut fuir aussi vite et tant que possible tous services US.
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"La concurrence c'est bien quand il n'y a que la législation US qui compte. Quand c'est pas le cas, c'est nul."

Affaires étrangères US, circa 2026

:bocul:
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Donald Dumb qui est pour la "libre circulation", mais uniquement celle des données et uniquement dans un seul sens. Pour les gens, c'est interdit, et pour les biens, il faut taxer.
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Oh les pauvres intérêts des pauvres entreprises technologiques états-uniennes... On doit pleurer, ou bien ? 😹
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Il n'y a pas quelqu'un qui finira par lui dire d'aller jouer sur la voie ferrée !?

Edit : cet art du sous-titre .......:mdr2:
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Edit : cet art du sous-titre .......:mdr2:
Je suis abonné aussi pour ça. :incline:
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Finalement, on finira bien par se rendre compte que, toute perfectible qu'est l'UE (car elle l'est) elle reste un projet politico-économique qui peut réellement peser et nous protéger, nous, européens :)

On traverse un moment charnière. A la fois inquiétant... mais aussi très intéressant.
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Oui, complètement. Les autres puissances économiques ne déploieraient pas autant de manoeuvres pour déstabiliser l'UE si elles jugeaient ce marché insignifiant.

Au même titre que la montée en puissance des extrêmes et de l'arbitraire sont une épreuve pour la plupart des grandes démocraties (le récent arrêté de la Cour Suprême US a laissé un peu d'espoir pour montrer qu'il existe encore des contre-pouvoirs dans ce pays), ces attaques multiples en sont une pour l'UE. J'espère qu'elle tiendra et fera face, parce que si ses dirigeants s'agenouillent, autant dire qu'elle s'autodétruira. Et si l'UE s'autodétruit, je ne donne pas cher des États livrés à eux-même. Ça va faire bander quelques nationalistes soumis à des puissances étrangères (le grand classique), mais ça n'ira pas plus loin en termes de réjouissances.
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Je suis surement con, mais on parle depuis des années d'ingérences étrangères que font la Russie et la Chine potentiellement mais là l'ingérence n'est même pas maqué et aucune nation européenne ne fait rien ?
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Les U.S. sont nos amis,
Tu peux les sucer aussi
Comme le fait la commission
Qui nous prend pour des jambons
Laissez-moi vous présenter
Cette bande de détraqués

Moi je m'appelle Dodo
Et j'ai rien dans l'ciboulot
Dans la vie j'ai un bon plan
C'lui de faire plaisir au Klan
J'aime les filles en bas âge
Et m'tartiner du bronzage

Moi je suis l'ambassadeur
Chuis méchant à vous faire peur
J'vous accuse de tous les maux
Et je vous scie le Barrot
J'aime surtout votre extrême droite
Vos fachos me rendent tout moite
...
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:dix:

(et le pire, c'est que dès la première phrase, j'avais le rythme dans la tête :D )
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coincoin impose « des taxes inutiles et contraignantes ainsi que exigences en matière de flux commerciaux transfrontaliers » qui pourraient nuire aux intérêts économique des entreprises non états-uniennes.
:cap:

Telle sera la réponse de ma diplomatie.
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On emmerdes les activités commerciales américaines !
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Et pourtant de ce que je lis dans cet article, une GDPR US les protègerait de la canibalisation chinoise.
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Et dire qu'on a une décision d'adéquation avec ce pays de malades mentaux...
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J'adore le quasi oxymore « soutenir la libre circulation des données et la protection efficace des données et de la vie privée à l’échelle mondiale ».
Bref, la guerre c'est la paix, la liberté, c'est l'esclavage, et tuti quanti...

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