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Mineurs sur Internet : « Réglementez les plateformes, pas les enfants »

Mais c'est plus difficile

Mineurs sur Internet : « Réglementez les plateformes, pas les enfants »

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Réseaux sociaux, IA, jeux vidéo… alors que le gouvernement français s’affiche à la pointe de la régulation des usages du numérique par les enfants, le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe demande aux législateurs européens de diriger les réglementations sur les obligations des plateformes plutôt que sur les mineurs.

Le 24 février à 16h44

« Alors que plusieurs pays européens envisagent d’introduire un âge minimum pour accéder aux plateformes de médias sociaux, j’appelle à la prudence dans l’imposition d’interdictions générales », affirme dans un communiqué Michael O’Flaherty, le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe.

La France fait partie des premiers pays de l’Union européenne à vouloir réglementer dans cette direction, soutenue par la Commission européenne malgré quelques critiques. L’Assemblée nationale a adopté fin janvier la proposition de loi visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans, problématique à plusieurs points de vue.

Qui doit être responsable : l‘utilisateur ou la plateforme ?

Pour Michael O’Flaherty, « l’accent mis sur la restriction de l’accès ne doit pas faire oublier la nécessité de veiller à ce que les plateformes respectent les droits humains, au moyen d’obligations juridiques claires, d’une surveillance indépendante et d’une responsabilisation effective ».

Il ajoute qu’« interdire l’accès des enfants aux médias sociaux revient à déplacer la responsabilité en matière de sécurité : cette responsabilité n’incomberait plus aux plateformes qui créent l’environnement, mais aux enfants qui naviguent dans cet environnement ».

Le Commissaire aux droits de l’homme estime que « les États devraient plutôt exiger des plateformes qu’elles préviennent et atténuent les risques pour les droits de l’enfant, dès la conception et par défaut, et les tenir pour responsables si ces obligations n’ont pas été remplies ».

L’usage par les mineurs de l’IA dans le viseur du gouvernement français

Cet appel tombe alors que le gouvernement français affiche la volonté de prendre en main deux autres sujets numériques sous l’angle de la régulation de leur utilisation par les mineurs.

La semaine dernière, Anne Le Hénanff, la ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, a fait un appel international à contributions scientifiques sur les effets des usages de l’IA générative sur les mineurs.

Ces travaux et données recueillis « viendront nourrir la réflexion scientifique de la commission d’experts et contribuer à l’élaboration de recommandations concrètes dont les conclusions seront présentées dans le cadre de la présidence française du G7 », affirme la ministre dans son communiqué. À cette occasion, elle a lancé que « la France réaffirme ainsi un engagement fort : faire de la protection de l’enfance en ligne une priorité absolue, en s’appuyant sur la science et la coopération internationale au service de l’intérêt général ».

Dans la foulée, le gouvernement a aussi annoncé une « commission d’experts sur les risques et les vulnérabilités engendrées par les usages grand public de l’intelligence artificielle générative ». Le but est de « renforcer notre compréhension des vulnérabilités induites par ces technologies sur l’ensemble de la population, afin de mieux prévenir leurs conséquences ».

Et aussi les jeux vidéo

Autre sujet : le jeu vidéo. Emmanuel Macron indiquait récemment souhaiter disposer d’un éclairage scientifique sur les effets des jeux vidéo sur la violence dans la société tout en affirmant qu’« il est clair qu’on a des jeux vidéo violents qui conditionnent à la violence, qui créent une excitation, une dépendance où on a des jeunes et des ados qui vont passer des heures et des heures ». Le gouvernement l’a suivi en annonçant charger le Conseil de l’intelligence artificielle et du numérique d’une mission sur « les risques potentiels des jeux vidéo concernant les mineurs ».

« Cette mission devra établir une analyse scientifique des effets (tant positifs que négatifs) et risques potentiels des jeux vidéo, particulièrement sur la santé mentale, cognitive et physique des jeunes utilisateurs, et en matière de sécurité des mineurs », affirme la lettre envoyée par Anne Le Hénanff mais aussi par la ministre de la Culture Rachida Dati.

Elles demandent au Conseil d’« d’objectiver les risques, sur la base des connaissances scientifiques disponibles, en tenant compte du caractère multifactoriel des comportements à risque, des distinctions qui pourraient exister en fonction des publics, des types de jeux et des usages, et en évitant toute approche réductrice ».

Les travaux devront aussi évaluer si « les mécanismes actuels de sécurité dès la conception, de modération et de régulation sont suffisants, au regard de l’évolution des contenus, des pratiques et des modèles économiques, et proposer, le cas échéant, des mesures pour les clarifier, les adapter ou les renforcer ». Les deux ministères demandent au conseil de se pencher aussi sur les « nouvelles formes de socialisation induites par certains jeux en ligne ».

Reste la question de la vérification d’âge. Comme nous avons pu le voir avec l’obligation de contrôle à l’entrée des sites pornos, c’est encore trop souvent une vaste blague. Une carte d’identité de Dora l’Exploratrice ou modifier un cookie permet de passer les contrôles.

Commentaires (25)

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mouai, faut bien caresser les electeurs dans le sens du poil..ce n'est pas de leurs faute, pauvres parents, pas a eux de surveiller leurs marmots...

Puis la daube produite sur les rézo-soce ce sont bien des gens, des "citoyens", des electeurs qui la produisent, ça ne tombe pas du ciel ? ça me debecte comment les gens sont déresponsabilisés
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Pourtant, la ministre de l'éduc. nat. vient de faire passer aux parent (via l'ENT) un petit mot assez méprisant (enfin c'est mon ressenti) les enjoignant à "tenir" leurs mômes, sur fond de la violence actuelle dans les médias.
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Balance le texte plutôt de limiter à ton ressenti.
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Merci Mihashi.
Je sais pas si le texte complet sans commentaires est diffusé quelque part.
Je ne sais pas non plus si je peux et ait le droit de le publier, quand bien même il a été diffusé à tous les parents.
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Bien sûr que tu as le droit de publier un courrier que tu as reçu. Si en plus, il est écrit par un (et pas une (tu disais : la ministre)) ministre, il n'y a rien de secret dedans. Pour rappel, le secret des correspondances ne s'applique pas à celui qui la reçoit.

L'article du télégramme ne fait que citer des petits bouts.
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Il faut avouer qu'on ne sais plus vraiment qui est ministre de quoi au delà des grosses têtes...
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Si ça peut rassurer, vu de Suisse, ça devient très compliqué de suivre la valse des premiers ministres et des gouvernements successifs...
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Merci. Ce texte n'a rien de méprisant.

Il est bien construit et progressif. Il demande simplement de l'aide des parents contre la violence, soit en parlant à leurs enfants, soit en signalant les violences dont les enfants seraient victimes ou témoins. Effectivement, l'Éducation nationale ne peut pas tout résoudre toute seule.

Il n'y a aucune raison de trouver ce texte méprisant. Si mépris, il y avait eu, le texte aurait été bien plus court et n'aurait pas expliqué la démarche en la situant.
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J'ai encore le droit de penser différemment ? Ou il faut demander l'autorisation dans la france de Macron ?
J'ai pris soin de préciser que c'était mon ressenti. Je n'oblige personne à avoir le même avis, moi.

Effectivement j'ai dis "La ministre" et pas "Le ministre". De ceci je veux bien m'excuser , erreur inattention car les 4 derniers ministres de l'éducation nationale étaient des femmes - même si la dernière n'a tenue qu'une semaine (ce dont je ne me plaint pas d'ailleurs).
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Mais bien sûr, que tu as le droit de dire que c'est méprisant sans expliquer pourquoi.
Tu as le droit de penser que c'est un petit mot alors que c'est assez long.

Tu as même le droit de penser que la violence et les couteaux sont normaux à l'école et qu'il est inutile de faire quoi que ce soit.

Et j'ai aussi le droit de penser différemment et de l'exprimer en le justifiant.
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Dans ton message tu parles à l'impératif:
"Ce texte n'a rien de méprisant"
""ll n'y a aucune raison de trouver ce texte méprisant"

=> Pour moi, ce style de langage n'est pas un avis personnel, c'est une injonction.
A aucun moment dans ce message tu n'indiques que ce n'est que ton avis.
(Il est vrai que tu l'a dit dans le message suivant : "Et j'ai aussi le droit de penser différemment" - qui est venu à la fin. Cette simple phrase simplement en tête du message de 20h04 aurait pourtant précisé le contexte).

Pour la suite, la caricature.... sans intérêt mais sans étonnement non plus.
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Si tu penses que c'est l'impératif, il va falloir réviser tes conjugaisons. C'est de l'indicatif.

Sache (là, c'est l'impératif), que quand je m'exprime ici, c'est pour donner mon avis, pas celui d'un autre ou alors, je l'indique.

Quant à ce que tu appelles caricature, c'est pourtant le cœur du message du ministre.
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Sur la caricature, il pensais probablement à la petite phrase "Tu as même le droit de penser que la violence et les couteaux sont normaux à l'école et qu'il est inutile de faire quoi que ce soit"

On peut désapprouver la démarche du ministre sans être pour la violence à l'école.
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ah oui j'ai pas ouvert : ils nous ont envoyé ça par mail au collège, j'ai pensé qu'il pouvait s'agir d'un phishing :D
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Oui, c’est aux parents de "tenir leur mômes" (je reprends vos propos).
J’ai un enfant en CM1 et je lui ai lu la lettre. On a discuté du contenu.
Pour information, j’y ai passé environ 20 minutes (entre les mots dont il ne connaissait pas la définition et les explications du contenu de cette lettre) donc non ce n’est pas un petit mot.
C'est un rappel que les parents ont un rôle à jouer dans l'éducation de leurs enfants et que l'école n'est pas là pour tout faire à leur place.

Comment cela se fait’il qu'aujourd'hui, les professeurs ne peuvent plus dire aux parents que leurs enfants parfois pose problème à l’école ?

Personnellement, je l’ai vécu quand mon fils était en CP, la maîtresse a tourné pendant plus de 5 minutes autour du pot avant de nous dire que celui-ci sans être un meneur suivait un mauvais chemin dans son comportement en classe.
Avait-elle peur que je lui dise que cela n'était pas vrai ou bien que je sois virulent envers elle ?

En tout cas c'est symptomatique de notre société actuelle où les parents ne se sentent plus responsables de leur progéniture.

"Ce n'est pas de ma faute, c'est la société qui a changée"

Ce que l'on oublie, la société, c'est nous les adultes qui la construisons.
Quand demain, une majorité de parents décideront d'interdire les réseaux sociaux à leurs enfants avant 12 ou 13 ans et après un accès sous contrôle parental.
Il n'y aura plus toutes ces polémiques, sur l'accès ou pas de ces plateformes aux plus jeunes et leurs conséquences sur leur développement mental.
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Étant dans le milieu educ, on voit dans tous les établissements collège du Bas Rhin une nette augmentation généralisée de la violence. De ce point de vue, ce fameux courrier à une vraie base factuelle.
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Ce qui est dit contre les jeux vidéo, et autres peut tout aussi bien est utlisés contre les journaux télévisées, les films, etc.
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Ah le sujet à fait écho à la dernière chronique « Les humeurs de Gee » dans l'émission Au café libre et que j'ai écouté hier : « Attention à l’économie de l’attention » :
Libre à vous : 269 Au café libre
PS: la chronique commence à 1min50, je n'ai pas trouvé comment mettre à lien pour y aller directement
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Dans ton lien, il y a le fichier de l'émission en entier, puis des différentes portions de l'émission si on ne souhaite en écouter/télécharger que cette portions
Et aussi
Chronique de Gee sur « Attention à l’économie de l’attention » Durée : 8 min. 16 s. ogg mp3
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Ils ont le temps d'aller sur Internet, dans les mines ?
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Bien sûr, les cartes graphiques font un peu de bruit, mais ça n'empêche pas de surfer pour dépenser ses bitcoins.
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Pour Michael O’Flaherty, « l’accent mis sur la restriction de l’accès ne doit pas faire oublier la nécessité de veiller à ce que les plateformes respectent les droits humains, au moyen d’obligations juridiques claires, d’une surveillance indépendante et d’une responsabilisation effective ».
J'aime ce monsieur. Les plateformes vont n'importe quoi, ne font pas le minimum au niveau de la modération, et ça serait aux enfants et aux parents de porter la responsabilité de ce qu'ils voient ? Mais c'est un voeu pieux, le sous-titre a tout dit...
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En soi, si la volonté était vraiment de limiter l'accès aux enfants, il existe déjà le contrôle parental et ça tourne en local sans avoir à faire un contrôle généralisé de la population avec des solutions bancales qui vont faire encore plus fuiter des données en France... C'est pas comme si on était pas déjà très bon pour faire fuiter des données !

"France Fuites" a de belles années devant elle.

Mineurs sur Internet : « Réglementez les plateformes, pas les enfants »

  • Qui doit être responsable : l‘utilisateur ou la plateforme ?

  • L'usage par les mineurs de l'IA dans le viseur du gouvernement français

  • Et aussi les jeux vidéo