L’UE va négocier avec les USA l’accès à des données sensibles pour l’exemption de visa
Frontières biométriques
Alors que Donald Trump menace d'annexer le Groenland, la Commission européenne va négocier en 2026 avec les États-Unis l'accès à des données sensibles de citoyens européens comme l'origine ethnique, les opinions politiques, l'orientation sexuelle ou des données biométriques pour recourir à l'exemption de visa aux frontières étatsuniennes. Les ministres des Affaires européennes des pays européens ont donné leur feu vert aux négociations.
Le 07 janvier à 14h41
6 min
Droit
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Mi-décembre, le Conseil des affaires générales (qui rassemble tous les ministres des Affaires européennes des États membres de l'UE) a autorisé « sans débat » la Commission européenne à entamer des négociations avec les États-Unis concernant un accord-cadre prévoyant le partage de données sensibles dans le cadre de leur programme « Visa Waiver ».
Celui-ci, mis en place en 1986, permet à des ressortissants de 42 pays (dont la France) de « voyager aux États-Unis pour affaires ou pour le tourisme pour des séjours d'une durée maximale de 90 jours sans visa ».
De nouvelles conditions introduites en 2022
Mais, sous Joe Biden en 2022, les États-Unis ont introduit une nouvelle condition pour qu'un pays puisse en bénéficier : la signature d'un « Partenariat renforcé pour la sécurité des frontières », PRSF (« Enhanced Border Security Partnership », EBSP) avec le département de la Sécurité intérieure des États-Unis.
Dans ce « partenariat », ce département exige, pour donner accès au programme « Visa Waiver » aux ressortissants d'un pays, d'avoir accès à des informations sur « les voyageurs qui se rendent aux États-Unis et sont susceptibles d’avoir un lien avec le pays partenaire du programme d’exemption de visa », mais aussi toute personne qui voudrait immigrer aux États-Unis ou avoir une protection humanitaire, et enfin « les personnes détectées par les services répressifs du ministère américain de la sécurité intérieure dans le cadre des contrôles frontaliers et de l’immigration aux États-Unis », explique la Commission européenne dans un document de recommandation publié en juillet 2025. Bref, les bases de données européennes pourraient être consultées lors d'une bonne partie des contrôles d'immigration.
Rappelons que, depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, les services de l'immigration et des douanes états-uniens, l'ICE, ont massifié leur système de surveillance, scrutant les réseaux sociaux et mettant en place une reconnaissance biométrique sans échappatoire pour les contrôles d’identité dans les rues. Les services des douanes américains envisagent de conditionner l'entrée des candidats au programme « Visa Waiver » au partage, entre autres, de 5 ans d'historique de réseaux sociaux.
Un accès conditionné à des données à caractère personnel sur les opinions politiques, l'origine, les données biométriques et génétiques...
Toujours selon le document de la Commission, l'accord-cadre pourrait autoriser « le transfert de données à caractère personnel qui révèlent l’origine raciale ou ethnique, les opinions politiques, les convictions religieuses ou philosophiques ou l’appartenance syndicale, ainsi que le transfert de données génétiques, de données biométriques aux fins de l’identification d’une personne physique de manière unique, et de données relatives à la santé et à la vie sexuelle ou à l’orientation sexuelle d’une personne [...] pour prévenir ou combattre les infractions pénales, dont le terrorisme, visées dans l’accord-cadre, et sous réserve de garanties appropriées parant aux risques propres au traitement des données ».
Le texte affirme que ce transfert devra se faire « lorsque cela est strictement nécessaire et proportionné ». L'administration Trump a montré, par exemple avec l'enlèvement récent de Nicolás Maduro ou ses menaces d'annexer le Groenland, qu'elle pouvait passer outre ce genre de considérations. Pourtant, les gouvernements européens ont donc tous, « sans débat », donné le feu vert à la Commission européenne pour négocier cet accord-cadre.
Selon un document de travail [PDF] de la présidence danoise du Conseil obtenu par le site Statewatch datant de quelques semaines avant l'autorisation donnée par le Conseil des affaires générales, l'accord-cadre doit couvrir « le contrôle et la vérification de l'identité des voyageurs nécessaires pour déterminer si leur entrée ou leur séjour présenterait un risque pour la sécurité publique ou l'ordre public ». Et les informations pourront être utilisées « pour lutter contre l'immigration irrégulière et pour prévenir, détecter et combattre les infractions graves et les infractions terroristes, à condition que ces efforts s'inscrivent dans le cadre de la gestion et du contrôle des frontières ».
Un cadre puis des négociations bilatérales pour le détail du type de données partagées
La Commission va donc négocier ce cadre et chaque pays devra ensuite engager des négociations en bilatéral avec Washington pour préciser quels types de données pourront être utilisés et quelles bases de données seront interrogeables. Mais selon un autre document obtenu par StateWatch [PDF], ces négociations doivent aller vite, puisque les États-Unis s'attendent à ce que ces « partenariats » soient mis en place au 31 décembre 2026.
Si le Conseil met en avant une unanimité des positions, une note diplomatique allemande datant du 1e décembre [PDF] obtenue par Euractiv indiquait qu'à ce moment-là « un État membre a posé une ligne rouge ». La diplomatie allemande indiquait ensuite « (probablement la France) ». Contacté dans la matinée par Next sur le sujet, le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères n'a pour l'instant pas répondu à nos demandes de précisions sur le sujet.
En septembre, le Contrôleur européen de la protection des données (CEPD) a émis un avis sur le sujet [PDF], affirmant que cet accord-cadre « créerait un précédent important, car il s'agirait du premier accord conclu par l'UE impliquant un partage à grande échelle de données à caractère personnel, y compris de données biométriques, à des fins de contrôle des frontières et de l'immigration par un pays tiers ». Il estimait « nécessaire de procéder à une analyse approfondie de l'impact sur les droits fondamentaux de l'accord-cadre proposé et des partenariats renforcés avec les États-Unis en matière de sécurité aux frontières ».
Dans son document de préparation, la Commission européenne précise que le Danemark et l'Irlande ne sont pas concernés par le texte (le premier en référence à sa position sur le fonctionnement de l'Union européenne, le deuxième car il ne fait pas partie de l'espace Schengen).
L’UE va négocier avec les USA l’accès à des données sensibles pour l’exemption de visa
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De nouvelles conditions introduites en 2022
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Un accès conditionné à des données à caractère personnel sur les opinions politiques, l'origine, les données biométriques et génétiques...
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Un cadre puis des négociations bilatérales pour le détail du type de données partagées
Commentaires (32)
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Abonnez-vousLe 07/01/2026 à 14h58
Le 07/01/2026 à 15h06
Le 07/01/2026 à 17h36
Il va falloir tout simplement se passer d'aller aux USA. En même temps, vu l'ambiance pré-poutinienne qui y règne, aucune raison réelle et sérieuse d'y aller.
Le 07/01/2026 à 17h49
Ça m'étonnerait fort que ce genre de données ne soit pas traitées au moins par la DGSI avec le texte légal qui l'autorise.
Modifié le 07/01/2026 à 18h00
Le 07/01/2026 à 18h49
Voir dans mon commentaire sur le sujet.
Le 07/01/2026 à 18h18
Le 07/01/2026 à 22h14
On peut toujours tout remettre en cause avec des « si », mais on tombe alors dans la théorie du complot du chercheur de véritude.
En Allemagne il est obligatoire de déclarer sa religion, mais en France depuis 1789 puis 1905, chacun est libre d'avoir ou non une religion et l'État n'a pas y redire ni a en être informé. Quant à l'orientation sexuelle, elle ne regarde que les individus, aucunement les services de l'État.
Mais on devine facilement pourquoi les USA de Trump demanderaient ce genre d'information.
Le 08/01/2026 à 01h12
J'ai cité l'article où il est dit qu'il est possible de traiter ce genre de données si certaines conditions sont remplies.
Pour préciser mon propos, certaines de ces données sont probablement traitées légalement, pas forcément toutes.
Mais j'attends toujours une source fiable, le RGPD n'en étant pas une puisqu'il indique qu'elles peuvent être traitées dans certains cas.
Et moins conspi que moi, c'est assez difficile.
Le 08/01/2026 à 11h49
Une source conspi
Le 08/01/2026 à 12h11
Le 09/01/2026 à 11h27
Le 07/01/2026 à 18h47
Wait, c’est pas un leak ?
Le 07/01/2026 à 15h00
Il faudrait déjà qu'on me dise pourquoi l'UE disposent de ces données. Pour les données biométriques ou l'ethniques, à des fins d'identification d'une personne je peux comprendre. Pour le reste non.
Que certaines personnes soient ciblées et que l'on ait, au niveau de l'UE, des informations pertinentes cela peut aussi se concevoir. Mais pas sur l'intégralité des concitoyens de l'UE.
Le 07/01/2026 à 15h06
Le 07/01/2026 à 15h47
Le 07/01/2026 à 15h49
Le 07/01/2026 à 17h12
En gros, c'est autorisé quand la loi l'autorise. Et l'État a le droit de traiter ces données dans des cas précis.
Remarque : je n'ai pas vérifié que le traitement de chacune des données soit autorisée mais je décris juste le principe de la loi française et du RGPD.
Le 07/01/2026 à 16h12
Ca veut dire que "demain", une personne faisant une demande va voir l'intégralité de son espace santé mis à disposition des USA ? Et si elle a fait une IVG en France par exemple ?
Je n'ai pris que la santé comme exemple, mais on pourrait le faire avec les autres critères...
Et est-ce que l'accord sera bilatéral ? Aucune raison que cela ne fonctionne que dans un seul sens après tout...
Le 07/01/2026 à 16h25
Quant au bilatéral... je n'y crois pas une seule seconde.
Vu le passif 2025 des USA en matière de violence contre les différentes sexualités ou ethnies, je trouve cette autorisation des gouvernements totalement aberrante.
Le 07/01/2026 à 16h41
Le 07/01/2026 à 16h52
Pour moi la raison c'est que les politiciens & les administratifs américains se sentent en permanence "en danger".
En danger d'actions directes bien sur, mais aussi de remise en cause de leur idéologie.
A ce titre, un communiste ou pire un syndicaliste c'est aussi dangereux qu'un terroriste. Pareil avec l'orientation sexuelle, vu qu'ils assimilent aussi le "wokisme" (quelque soit ce que ce mot veux dire) comme une menace.
C'est un pays de ségrégation : Les américains ont toujours eu plus de protection constitutionnelle que les autres ce qui dans leur esprit implique que les "autres" ont droit à moins que rien, qu'on peux fouiller & violer leur vie privée à loisir vu qu'ils n'ont pas cette "protection", ça pose aucun problème.
C'est ça d'ailleurs qui avait outré certains américains lors des révélations de Snowden: Pas que des étrangers (même alliés) aient été espionnés sans vergogne, mais que des américains l'ait été dans le flot.
Modifié le 07/01/2026 à 15h18
J'espère que pour admettre les citoyens US en UE, on demande la réciproque ?
Le 07/01/2026 à 15h19
Et ce n'est pas comme si l'Oncle Sam prenait des largesses avec les autorisations qu'on lui donnait.
Ensuite, les garanties offertes par l'administration Trump II sont comment dire…
Le 07/01/2026 à 15h34
Le 07/01/2026 à 16h57
À la crise des subprimes le dollar était intéressant (~0.60€) et d'aller faire ses courses à New York pouvait être cool malgré les "custom agents" un peu trop zélés avec les noms hispaniques.
En ce moment et depuis la crise, le dollar virevolte entre 0.8€ et 0.9€. Pas vraiment intéressant pour plein de raisons.
Mais en plus aujourd'hui c'est :
- Besoin d'appeler. Mieux vaut prendre un Burner.
- Si besoin de PC, louer un truc sur place ou un Raspberry pi.
- Mieux vaut ne pas tomber sur un MAGA. Ça pourrait finir en main courante tellement ils sont littéralement abrutis.
- Mieux vaut ne pas tomber sur un agent de l'ICE. Surtout avec un nom hispanique.
- L'emploi en berne (et aussi ici ) fait que la délinquance augmente comme partout. Pour rappel les américains n'ont pas des filets de sureté sociaux comme en France et pays francophones.
- Les récents "move" pour capturer le pétrole Vénézuéliens donnent une vraie sale réputation au USAs. Mais en plus cela pourrait être à l'origine de désordres comme une plaie qui s'infecte.
- Faut il parler des élections et du coup d'état loupé et des autres trucs ?
Alors franchement qui voudrait aller au USA ?
Le 07/01/2026 à 20h52
Le 07/01/2026 à 21h58
Le 07/01/2026 à 17h11
Par contre, donner accès à ces infos à l' administration US pose un énorme problème : rien ne l'empêche de décider demain que les syndiqués, les musulmans, les homos etc soient "sanctionnés" et ne puissent plus utiliser les services comme VISA / MASTERCARD, comptes et applis Google / Apple / Steam...
Pour moi cette demande est déjà inacceptable dans le principe, mais si ça passait, ça ne devrait concerner que les gens ayant expressément demandé à se rendre aux USA.
Le 07/01/2026 à 17h15
Le 07/01/2026 à 17h39
Le 07/01/2026 à 17h22
Négocier veut dire que qu'il faut lâcher quelque chose.
Donc non, il ne faut pas négocier avec ces gens-là !
L'Europe va t'elle se réveiller un jour et dire stop à l'agent orange ?
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