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Municipales : une dizaine d’associations proposent 10 mesures de « désescalade numérique »

Gâchis partout, sobriété nulle part

Municipales : une dizaine d’associations proposent 10 mesures de « désescalade numérique »

Aux côtés de l’ingénieur Philippe Bihouix, de la journaliste Célia Izoard ou du neuropsychiatre Boris Cyrulnik, des associations, des coopératives et divers spécialistes des enjeux de sobriété numérique appellent les candidats aux municipales 2026 à se positionner en faveur d’une « désescalade numérique ».

Le 23 octobre 2025 à 15h55

« Depuis 20 ans, à rebours de toutes les promesses qui accompagnent la numérisation, le recours massif à internet, au smartphone et aux réseaux sociaux accélère l’effondrement du lien social (…). Et si les municipalités devenaient les premiers lieux de résistance à l’escalade numérique ?» 

Alors que des centaines (désormais des milliers) de personnalités signent un nouvel appel international à « interdire le développement de la superintelligence », sans développer les manières de s’y prendre, une trentaine d’autres appellent, en France, à la « désescalade numérique ».

Ciblant explicitement les élections municipales qui doivent se tenir en mars 2026, le projet propose dix jeux de mesures concrètes, décrites comme « de prudence, d’économie et de santé publique pour limiter l’emprise numérique (…) dans un esprit d’urgence écologique et de justice sociale ».

Collectif de défenseurs de la sobriété numérique

Parmi les signataires, de nombreux promoteurs d’une approche sobre du numérique. Ainsi de l’ingénieur Philippe Bihouix, auteur de L’âge des Low tech (Seuil, 2014) ou du Bonheur était pour demain (Seuil, 2019), qui détaillait en juin dans notre podcast comment l’industrie numérique alimentait la consommation globale de ressources, ou de la journaliste Célia Izoard, autrice du remarqué La Ruée minière au XXIe siècle (Seuil, Coup de cœur du jury du Prix du livre d’écologie politique 2024).

À leurs côtés, le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, le chercheur Fabien Lebrun, auteur de Barbarie Numérique (L’Échappée, 2024), divers spécialistes de la sobriété numérique, et une dizaine de structures. L’appel est ainsi signé de coopératives comme Telecoop, Noesya ou Commown, et d’associations comme Point de M.I.R, qui milite pour une décroissance numérique, du réseau Changer de Cap, qui travaille à la défense des services publics et l’accès aux droits sociaux, ou encore de Génération Lumière, qui sensibilise sur les effets concrets de l’extraction de ressources nécessaires aux équipements numériques en République démocratique du Congo.

Sortir des GAFAM, de la vidéosurveillance, et limiter l’IA

Parmi les dix propositions détaillées et sourcées sur le site Désescalade numérique, celle de sécuriser les services essentiels « hors réseau », de manière à rester autonome en cas de coupure de courant similaire à celle qui a frappé la péninsule ibérique en avril 2025, le bannissement des écrans publicitaires de l’espace public et des transports en commun, ou encore la lutte contre « l’airbnbisation de l’habitat ».

Le projet de désescalade numérique appelle par ailleurs les municipalités à se défaire de leur dépendance aux GAFAM, en passant au logiciel libre, sur le modèle de ce qui est en cours à Lyon ou déjà réalisé à Échirolles ; en cessant la distribution de smartphones ou de tablettes aux élu·es, sauf besoin spécifiques ; ou encore en modifiant leurs canaux de diffusion pour informer le public, en se tournant vers le journal municipal, des newsletters, ou des réseaux sociaux décentralisés comme Mastodon ou Mobilizon.

L’appel dédie un point complet à la sécurité, soulignant que le budget des municipalités consacré à la vidéosurveillance croit depuis vingt ans, pour une contribution très limitée à l’élucidation d’enquêtes. Et d’enjoindre les candidats à préférer recourir à des médiateurs de quartier, à créer des Maisons de jeunes et de la culture, ou encore à mettre à disposition des espaces favorisant l’entraide, plutôt qu’à des solutions technologiques à l’efficacité contestée.

L’intelligence artificielle est aussi abordée, en opposition à l’emploi. « Pour contribuer à la création de métiers pérennes et utiles sur leurs territoires, les municipalités peuvent favoriser la création de filières techniques dans les métiers qui manquent cruellement aujourd’hui : la réparation, le réemploi, la conception d’objets simples et réparables ou encore la restauration du bâti ancien », écrivent les signataires.

Outre proposer une alternative à la dynamique selon laquelle « de plus en plus d’emplois sont vidés de leur sens ou supprimés par le recours des entreprises à l’intelligence artificielle et aux objets connectés », ce type de décision est présenté comme une manière de lutter contre la « croissance préoccupante des flux de déchets électroniques ».

Commentaires (18)

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Très bonne initiative, je pense qu'il y a des économies colossales à faire en repesant un peu l'usage du numérique pour tout, et surtout pour n'importe quoi. Maintenant, il faudrait donner de l'écho à ce genre de voix, ça va être une autre paire de manche.
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Le commerce et la technologie nous ont apporté l'utile et le confort, ils ont commencé à nous vendre de l'inutile, du moins à essayer de nous vendre. On commence déjà à rechercher l'inconfort pour nos loisirs, en fait,nous avons besoin de nous prouver que nous sommes vivants, dans un monde vivant.
Il y a eu ça aussi après 68: conjuguer être plutôt qu'avoir, c'était plutôt sympa, on aurait pas dû oublier depuis 30 ans et laisser le pouvoir à ceux qui veulent tout faire à notre place, pour notre confort.
La plupart préfèrent dans le fond un engin qui ne démarre qu'en bidouillant genre "ça ne connait que son maitre" que la voiture autonome que tu pilotes façon Alexa, que plus personne ne maitrise quand ça commence à déconner.
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Il y a un document quelque part pour l'envoyer à nos candidat•e•s et voir ce qu'ils en pensent ?
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Il y a des propositions intéressantes déjà reprises par d'autres tel que cesser la fuite en avant de l'IA, l'omniprésence des écrans, la lutte contre les écrans publicitaires mais je trouve l'ensemble très idéologique.
Je vois ainsi une proposition d'instaurer une journée sans électricité. On n'est pas loin du retour à la culture Amish ...

À part se faire plaisir, je pense que ce type de propositions ne mène nulle part.
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Il faut lire les premières lignes de la proposition 01. Sécuriser les services essentiels “hors réseau”.

Par ailleurs, face aux événements climatiques plus nombreux, la Croix Rouge conseille de préparer chez soi un sac d'urgence pour évacuer son domicile en cas de catastrophe naturelle.
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Disons que moi je comprends "la journée sans électricité" plutôt dans le sens de ne pas dépendre d'un réseau électrique et d'être autonome au niveau énergie ("off the grid" comme on dit en anglais).

Ce qui m'inquiète surtout c'est effectivement la dépendance de plus en plus grande à Internet qui reste basé sur des infrastructures fragiles. Il suffit de voir la panne de AWS pour s'en rendre compte.

Il faut sincèrement réapprendre à vivre "hors-ligne" autant que faire se peut. Pour la radio, la TV, la musique, les services publics, refuser les applications mobiles, privilégier les procédures papiers si possibles.

Évidemment, il ne s'agit pas de vivre comme des amish. Il ne s'agit pas non plus de bannir le net mais vraiment de s'interroger sur cette fuite en avant...

Là, je suis en train de lire "Les mains vides" de l'auteur Elio Possoz et cette thématique est clairement abordée (Quel monde en cas d'effondrement de celui dans lequel nous vivons actuellement ?).
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On est tous d'accord pour dire que l'apéro, c'est convivial :)

Un intérêt du numérique est la centralisation pour la réduction des coûts.
Effectivement si chaque municipalité veut son IA ça devient problématique. Si déjà on n'utilisait pas le buzzword IA ce serait une belle preuve de pragmatisme!

Sortir des GAFAM, oui.
Sortir de la vidéo-surveillance, ou vidéo-protection suivant l'intention, ben justement ça comble le fait qu'il y a moins de personnes sur le terrain: possiblement à cause des finances qui plusieurs priorités à gérer, possiblement tout simplement parce que le métier n'attire pas.
Oui, c'est important de pouvoir continuer en mode dégradé, non ça ne doit pas devenir le mode principal.
Le 10e point est hélas une contradiction: plus il y a d'antennes relais, moins elles ont à être puissantes.

Je pense qu'il ne faut pas prendre au premier degré ce manifeste.

Et oui, je rouspète quand je suis perdu sur le site Internet. Et oui je rouspète que le service physique est fermé à 22h.
Il y a un juste milieu sans être gabégique dans un sens ou l'autre.

On est dans la politique des loisirs, on a quand même plein de temps libre pour rencontrer du monde en asso, au sport, et même dans les transports en commun (pour ceux qui ne sont pas dans leur bulle).
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05. Assurer la sécurité sans vidéo-surveillance
Ainsi, pour agir sur la sécurité et le sentiment de sécurité, par exemple dans la lutte contre le trafic de drogue, il est plus efficace de renforcer les moyens humains de la police municipale.
:mdr2:

La vidéosurveillance est utile pour déposer plainte sur les incendies volontaires dans les bennes en déchèterie fait la nuit ou les containers fermés avec un cadenas qui stockent les matériels électronique qui sont forcés. Dans beaucoup de cas les gens qui font ça ne prennent même pas la peine de se cacher le visage
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En même temps, s'ils risquaient de croiser une patrouille de police inopinément, ça les decouragerai peut-être plus.
Et puis tu dis : "La vidéosurveillance est utile pour déposer plainte sur les incendies volontaires dans les bennes en déchèterie fait la nuit". Tu as des chiffres permettant de confirmer l'utilité de la vidéosurveillance dans ces cas ?
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Porter plainte en justice est la dernière démarche à faire lorsque toutes les autres ont échoué. L'autorité judiciaire ne sert qu'à mettre un peu d'ordre dans le désordre qu'on aurait voulu ne pas vivre.
La vidéosurveillance, c'est bien aussi quand ça refroidit les pulsions que peuvent avoir des individus mal intentionnés, et même dans ce cas, c'est une utilité très limitée.
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Quelques bonnes idées comme sortir de la dépendance aux GAFAM. Mais c'est dommage de mélanger les idées pertinentes à un programme de déclassement luddite saupoudré de moraline. La partie sur les datacenters est lunaire, on se tire une balle dans le pied. Le monde avance mais on préfère jeter le bébé avec l'eau du bain.
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En quoi ces propositions sont lunaires ?
C'est pas mieux d'avoir plein de petits data centers (voire des micro-data-centers, avec juste 1 baie dans une pièce inoccupée d'un bâtiment) ? Voire aller vers plus de P2P ?

C'est pas parce que tout le monde fait fausse route qu'on doit faire pareil.
Quand les DC gigantesques des USA seront inutilisables par manque d'eau ou d'électricité, ils seront bien dans la mouise. Et ça arrivera très probablement.
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Salut,
La proposition est lunaire car le datacenter sera juste implanté dans le pays d'à côté qui n'a pas une électricité aussi décarbonée que nous ici, et on perd des leviers, des taxes, on organise notre impuissance. Les arguments comme l'eau sont ridicules, les ordres de grandeurs sont à relativiser, c'est pas parce qu'on écrit "milliard" que c'est tant que ça, (il faut comparer à l'agriculture par exemple). Un gros data center est plus pertinent pour ce genre de bénéfice. Les gros datacenters peuvent profiter de sérieuses économies d'echelle et peuvent profiter de co-usage comme le chauffage urbain.
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Avec les épisodes de sécheresse, il y a une vraie dépendance au numérique localement qui oblige parfois, selon l'endroit, à choisir entre nourrir la population et alimenter en électricité et en eau les data centers. La relation est totale et immédiate.

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C'est pas parce qu'on est contre des datacenters de plus de 2000m2 qu'on est contre tous les DC. Après, la limite à 2000m2 (50m x 40m c'est pas énorme) est peut-être discutable.
Les avantages à s'implanter dans un pays qui n'a pas ces contraintes de taille pourraient être contrebalancées par l'augmentation de la latence.

Ton argument sur l'eau m'étonne : tu estimes qu'on a plus besoin de gros DC que d'avoir de l'agriculture ? La disponibilité de l'eau n'est pas infinie et va se réduire avec le changement climatique, donc à un moment on va devoir faire des choix. Si faire de "petits" DC avec peu de consommation d'eau permet de continuer d'alimenter de l'agriculture (raisonnée, si possible), c'est pas mieux que d'avoir un gros DC qui pompe tout ?

Les économies d'échelle, c'est très bien économiquement, mais y'a pas que les thunes dans la vie. 😉
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Prossimo:
On peut faire comme pour les centrales nucléaires et on coupe s'il y a un impact trop grand sur l'environnement.
Je n'accède pas à tout les articles, les commentaires mentionnant l'eau sont intéressants.

Potn:
Les économie d’échelles sont aussi et d'abord des économie d’énergie, de matériaux, de terrain artificialisé.

Sur l'eau :

  • les usages des DC, c'est peut être 0.1% des usages de l'agriculture du pays (en fonction de ta comptabilité ça va varier).

  • Cette consommation ne me choque pas, et même si ça fait x10 je trouverais ça encore raisonnable tant le numérique occupe notre quotidien.

  • L'eau n'est probablement pas détruite, le mot consommation est trompeur. Elle a sûrement besoin de traitements moindres que d'autres usages. Mais ça me semble pas un challenge impossible d'utiliser l'eau de refroidissement pour de l'agriculture ou d'autres industries.

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L'eau de refroidissement est évaporée, au moins dans la majorité des cas. Pas de RÉ-utilisation possible à l'usage actuel.

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