Comment Axel Springer a relancé sa bataille contre Adblock Plus via le droit d’auteur
Le droit d'auteur a ses raisons que la raison ignore
Illustration : Flock
Le 20 août 2025 à 14h00
L’éditeur allemand s’est lancé dans une guerre contre les bloqueurs de publicité il y a plus de 10 ans. Après deux déconvenues, Axel Springer a remporté une bataille devant la Cour fédérale de justice allemande en arguant que ses sites web sont des logiciels protégés par le droit d’auteur.
Comment Axel Springer a relancé sa bataille contre Adblock Plus via le droit d’auteur
Le droit d'auteur a ses raisons que la raison ignore
Illustration : Flock
L’éditeur allemand s’est lancé dans une guerre contre les bloqueurs de publicité il y a plus de 10 ans. Après deux déconvenues, Axel Springer a remporté une bataille devant la Cour fédérale de justice allemande en arguant que ses sites web sont des logiciels protégés par le droit d’auteur.
Le 20 août 2025 à 14h00
Droit
Droit
5 min
L’éditeur de presse allemand Axel Springer est, depuis plus de 10 ans, un des pourfendeurs les plus tenaces des bloqueurs de publicité comme Adblock Plus. Il pourrait finalement réussir à les faire interdire en Allemagne, même si ce n’est pas encore fait, grâce à une récente décision de la Cour fédérale de justice allemande.
Une guerre juridique qui a plus de 10 ans
Dès 2014, Axel Springer décidait, avec d’autres entreprises de presse allemandes, de poursuivre Eyeo, l’éditeur de l’extension pour navigateur Adblock Plus, devant la justice, lui reprochant le parasitisme de son modèle économique. En effet, Eyeo propose aux entreprises d’intégrer, moyennant finance, une liste blanche qui laisse passer les publicités de ces entreprises jugées « acceptables ». Si ce modèle économique est critiquable, la justice allemande a jugé en 2018 qu’Adblock Plus n’interdit pas le financement par la publicité et qu’il n’y avait pas de preuve que l’extension suffise à « perturber le modèle économique de fourniture de contenu gratuit sur Internet ».
Elle estimait, par contre, « raisonnable pour [l’éditeur de presse], compte tenu du droit fondamental à la liberté de la presse, de contrecarrer les effets négatifs de l’utilisation du programme en prenant les mesures défensives possibles ». Elle donnait même comme exemple « le blocage des utilisateurs qui ne souhaitent pas renoncer à utiliser un bloqueur de publicité ».
Axel Springer n’avait pas attendu cette suggestion de la justice. Dès 2015, le groupe était l’un des premiers à bloquer les lecteurs qui utilisaient ce genre d’extension. La pratique est maintenant courante sur les sites de presse (mais pas sur Next).
L’histoire juridique aurait pu s’arrêter là : les deux parties ont le droit de se bloquer l’une et l’autre engendrant une boucle infinie de jeu du chat et de la souris entre l’éditeur cherchant à bloquer le bloqueur et celui-ci à contourner les blocages.
Le droit d’auteur sur les logiciels comme nouvelle arme d’Axel Springer
Mais Axel Springer n’était pas de cet avis. Ses avocats ont vu un autre moyen d’attaquer Adblock Plus. Le problème n’était plus le parasitisme économique de Eyeo. En 2019, Axel Springer l’attaquait sur un motif de violation du droit d’auteur, comme l’expliquait le média allemand Heise.
Le conseiller juridique d’Axel Springer, Claas-Hendrik Soehring, affirmait à Heise que « les bloqueurs de publicité modifient les codes de programmation des sites web et interfèrent ainsi directement avec l’offre légalement protégée des éditeurs ». Ainsi, l’éditeur de presse ne s’appuyait pas sur le droit d’auteur des textes de ses journalistes. Il arguait que ses sites de presse étaient des logiciels protégés par le droit d’auteur allemand et que les bloqueurs de pubs n’avaient tout simplement pas l’autorisation de les modifier.
Comme le rappelle TorrentFreak, la loi allemande sur le droit d’auteur considère que « les programmes informatiques sont protégés lorsqu’ils constituent des œuvres individuelles au sens où ils sont le résultat de la création intellectuelle propre de leur auteur. Aucun autre critère, notamment qualitatif ou esthétique, ne doit être appliqué pour déterminer leur aptitude à être protégés ».
Eyeo, rejetait cet argument, le qualifiant de « presque absurde » et indiquant qu’ « il ne faut pas être un expert en informatique pour comprendre qu’il est impossible de modifier quoi que ce soit sur les serveurs de Springer à l’aide d’un plugin côté navigateur ».
Et en 2022, la justice allemande se rangeait du côté de l’éditeur d’Adblock Plus, jugeant que son extension ne fait qu’accéder au fichier des sites de Springer et que le parsing du HTML qu’effectuent les navigateurs et l’extension qui bloque les pubs n’est en rien un viol du droit d’auteur. En appel en 2023 devant la Cour d’appel régionale de Hambourg, Springer a de nouveau perdu, le juge estimant que l’utilisation d’un bloqueur de publicité lors de la consultation de sites web ne constitue pas une reproduction non autorisée.
Pas assez argumenté pour la Cour fédérale de justice allemande
Mais fin juillet dernier, la Cour fédérale de justice allemande saisie par Axel Springer a relancé la bataille, comme l’explique Heise. Si celle-ci ne permet pas au groupe de presse de crier victoire, elle remet en cause la décision de la Cour d’appel prise en 2023. Selon la Cour fédérale, celle-ci n’est pas suffisamment motivée et n’avait pas assez analysé les arguments d’Axel Springer. Selon Heise, l’éditeur argue que l’arborescence DOM générée par le navigateur à partir du code HTML lors du rendu d’un site web et les structures CSS constituaient des formes d’expression de la programmation propre à la personne qui développe et étaient donc protégées par le droit d’auteur. La cour d’appel va donc devoir se repencher sur le fonctionnement d’un navigateur pour décider si les bloqueurs de publicité comme Adblock Plus violent le droit d’auteur des sites web.
Cette décision inquiète la fondation Mozilla, pour laquelle « la liberté, la confidentialité et la sécurité des utilisateurs sont menacées ». « Il existe de nombreuses raisons, outre le blocage des publicités, pour lesquelles les utilisateurs peuvent souhaiter que leur navigateur ou une extension de navigateur modifie une page web. Il peut s’agir de modifications visant à améliorer l’accessibilité, à évaluer l’accessibilité ou à protéger la vie privée », explique la fondation qui gère le navigateur Firefox. « La conséquence exacte de cette dernière évolution reste encore incertaine », ajoute Mozilla qui espère « que les tribunaux parviennent finalement à la même conclusion raisonnable et autorisent les utilisateurs à installer des bloqueurs de publicités ».
Comment Axel Springer a relancé sa bataille contre Adblock Plus via le droit d’auteur
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Une guerre juridique qui a plus de 10 ans
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Le droit d'auteur sur les logiciels comme nouvelle arme d'Axel Springer
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Pas assez argumenté pour la Cour fédérale de justice allemande
Commentaires (36)
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Abonnez-vousLe 20/08/2025 à 14h08
Le 20/08/2025 à 14h10
Le 20/08/2025 à 17h53
Le 20/08/2025 à 14h09
Google Ad ou le Like de Meta aurait donc aussi enfreint le droit d'auteur à chaque changement du code des scripts associés depuis la publication d'un article ?
Autant avec le blocage des pubs / revenus et le chantage à la liste blanche il y aurait de quoi avoir une discussion de fond sur le pseudo-gratuit et les financements du web.
Autant le droit d'auteur bafoué par un script, c’est comme dire que j'ai enfreint le droit d'auteur si je regarde un tableau de Monnet sans mes lunettes...
D'ailleurs si j'en prends un à lire mon commentaire en diagonale, je vous préviens, vous ne respectez pas mes droits en modifiant mon œuvre car chaque mot (et éventuelles fautes) fait parti d'un tout.
Le 20/08/2025 à 14h14
Le 20/08/2025 à 14h19
Le 21/08/2025 à 09h37
Modifié le 21/08/2025 à 10h28
Effectivement mais il ne manque plus grand chose pour :
[...]
Disques durs et mémoires intégrées à des appareils
Smartphones neufs et reconditionnés
Média Tablettes et Tablettes PC, neuves et reconditionnées<============
Disques durs externes standards (SSD ou magneto-optique)
Supports assujettis à rémunération vendus en bundle (lot groupé) ou en offre de complément avec un appareil assujetti
Autres supports : Baladeurs MP3 ou MP4, mémoire dédiée à l’enregistrement et à la lecture de musique intégrés à un système de navigation (GPS) ou à un autoradio
[...]
https://copiefrance.fr/fr/faire-sa-declaration/tarifs-et-supports
D'ailleurs, j'ai la flemme d'aller chercher, mais ils ont du bien galléré pour les PC hybrydes.
(Quoique non, car pour copie France c'est "tu paies ou tu paies"...)
PS : Petit hors sujet (en mode semi troll) :
Si on comprends cette section :
[...]
Services de « NPVR »
Service de télévision ou distributeur qui fournit à une personne physique, par voie d’accès à distance, la reproduction à usage privé d’œuvres à partir d’un programme diffusé de manière linéaire par cet éditeur ou son distributeur
[...]
Comme maintenant des certains cas les pubs en sont insérés dans le programme, il n'est plus diffusés de manières linéaire.
Pour les concernées, ils peuvent demandés le remboursement ?
Le 20/08/2025 à 14h13
Le 20/08/2025 à 14h16
Suivant l'axe donné par la suite, ça peut tout simplement vouloir signer l'arrêt de mort des extensions de navigateurs en Allemagne.
La partie purement AdBlock est a cette fin la goute d'eau qui fera déborder le vase.
Même le pluggin d'un antivirus pour navigateur est susceptible de dénaturer un site, par exemple un outil de minage installé par l'auteur du site, bloqué par le pluggin.
D'ailleurs, il y a parfois des soucis d'affichage sur un navigateur sans pluggin, il dénature l'oeuvre en ce cas, faut-il interdire les navigateurs ?
Ou bien l'oeuvre est-elle uniquement la feuille de style CSS et le texte de l'article ?
Vous avez 4h ..
Le 20/08/2025 à 14h58
Le 20/08/2025 à 17h56
Le 20/08/2025 à 18h18
Le 20/08/2025 à 14h36
Et les publicités modifient aussi le site, dans ce cas, elles doivent aussi être interdites ?
Le 20/08/2025 à 14h39
Perso, mare des site avec leurs pubs à outrance et surtout leurs cookies "légitimes" qui partagent tout à plus de 500 "partenaires"...
Le 21/08/2025 à 11h23
Modifié le 20/08/2025 à 14h58
Le 20/08/2025 à 16h12
Le 20/08/2025 à 16h51
.pubDeMerde {display:none} ?
Modifié le 20/08/2025 à 17h00
Bah oui, vu qu'il n'a pas le droit d'y toucher…
Le 20/08/2025 à 17h27
Si les journaux intéressait le public, les gens paieraient pour cela. Hors on le voit bien depuis quelques décades.
La succès des médias est dépendant du public. Tout simplement. Les gens voient bien qu'on leur raconte des conneries à longueur de journée. Pourquoi payer pour ça ?
Quand la qualité sera au rendez-vous; les gens reviendront et la pub sera obsolète. Cela pourra même mettre le média en position de force sur la vente d'espace (ou de temps de cerveau).
Et c'est là qu'on voit que le Springer est un chef de file "gros naze". Ça passe son temps à faire des procès, plutôt que de faire de la qualité.
Et t'es abonnéheuuu au fait !!! ?
Le 20/08/2025 à 17h58
Le 02/09/2025 à 19h39
Le 02/09/2025 à 20h49
C'est d'ailleurs pour combler cette lacune que l'AGPL est née.
Le 20/08/2025 à 18h02
Avec une telle idée que le code téléchargé par le navigateur (car rappelons qu'il est exécuté par le client, et non par le serveur, cette étape ayant eu lieu avant) ne doit pas faire l'objet de modifications, ça rendrait de facto illégales :
Bref, je plains les allemands si leur cour statue dans ce sens là. Ce serait une violente régression pour eux en matière de libertés individuelles.
Le 20/08/2025 à 20h33
Après tout le "script Google" (c'est vulgarisé), n'appartient qu'à Google...
Donc dans les faits, on ne va pas à l'encontre du "programmeur du site" mais de celui qui a fait le script. Ce script est seulement inclu/appelé dans le site.
Le 20/08/2025 à 20h39
Le 20/08/2025 à 18h45
Ayant consulté ces derniers j'étais choquée que plus de 50% du magazine étais de la pub, alors qu'on l'achetais..
Comme l'a dit quelqu'un au dessus a produire de la daube faut pas pleurer si les gens se barre,
Avec internet maintenant sans bloquer les pubs (site de recettes de cuisine,...) c'est juste imbuvable
Et bien les bloqueur de pub les gêne qu'ils meurts ou face quelques choses de corect(example next.ink est géniale on s'abonne)
Le 20/08/2025 à 18h58
Sinon, il s'est rendu compte que sa "contenu protégé" était faite avec des technos libres ? S'il veut absolument mettre de la propriété partout, il n'a qu'à inventer son propre code HTML, CSS, JS, tournant sur des serveurs propriétaires.
Au bout d'un moment, si le gars veut jouer au plus con, on peut jouer avec lui.
Sinon j'aimerais comprendre pourquoi "le navigateur recrache le code défini par l'éditeur, et le bloqueur le modifie localement et pas sur le serveur" n'est pas assez argumenté pour le tribunal. Faut-il vraiment interdire aux utilisateurs d'utiliser des programmes qui n'ont pas d'autre impact que sur leur propre machine ?
Le 20/08/2025 à 20h25
Le 21/08/2025 à 10h13
Le 20/08/2025 à 21h54
L'usage d'Internet (et du web) n'implique pas une obéissance servile, même si ça fait ch... les marketeux de tout poils.
Le 21/08/2025 à 00h21
Y'en a pour qui pourrir la vie des autres est un hobby, à ce niveau là !
Modifié le 21/08/2025 à 10h11
S'ils ne veulent pas que le côté client change leur rendu, ils n'ont qu'a fournir leur propre moteur détaché de toute norme ouverte et fourni, par exemple, sous la forme d'un navigateur a eux pour ceux qui voudront bien continuer à suivre la presse tenue par des abrutis pareils.
Les conséquences seraient ici assez incalculables et cette cour fédérale ferait bien d'un réfléchir un peu, sauf à vouloir passer, avec cette boite d'édition de classe mondiale, pour de parfaits crétins.
Le 21/08/2025 à 10h18
Ces extensions de gestionnaires de mots de passe pourraient donc se retrouver dans la même situation que les bloqueurs de pubs si le raisonnement de Axel Springer est validé ?
Le 21/08/2025 à 17h36
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