Connexion Premium

Une proposition de loi pour que les jeux vidéo ne meurent pas avec leurs serveurs

Sauver les jeux avant le game over

Une proposition de loi pour que les jeux vidéo ne meurent pas avec leurs serveurs

La France Insoumise (LFI) a déposé mardi 15 septembre une proposition de loi pour « garantir les droits des joueurs et joueuses et la pérennité des jeux vidéo ». Un texte qui a très peu de chances d’être voté, mais qui a le mérite de poser de nouveau le débat sur la fin de vie des jeux vidéo.

La question de la fin de vie des jeux vidéo s’était invitée dans le débat public bien avant l’annonce estivale de Sony : à partir de janvier 2028, le constructeur cessera de distribuer les jeux PlayStation sur support physique. Alors que l’industrie freine des quatre fers sur les possibilités d’aménagement après l’arrêt de la commercialisation d’un jeu ou l’extinction des serveurs dédiés, une proposition de loi pour garantir la pérennité des jeux vidéo a été déposée par Ugo Bernalicis, député LFI du Nord.

Un texte peu jouable, mais pas anecdotique

L’auteur de la proposition l’admet bien volontiers : plusieurs des dispositions de son texte se heurtent au cadre juridique de l’Union européenne, « notamment en matière de propriété intellectuelle et de droit d’auteur ». La probabilité qu’il soit voté par les députés est donc aussi mince qu’une chance de passer entre deux carapaces bleues dans le dernier tour de Mario Kart.

Il s’agit toutefois d’ouvrir le débat afin de faire évoluer le cadre européen. Interpellée par l’initiative Stop Killing Games et sa pétition signée par 1,3 million de citoyens européens, la Commission avait botté en touche, se contentant d’annoncer un code de conduite sur la fin de vie des jeux et une meilleure communication sur les droits des consommateurs.

Actuellement, en l’absence d’un cadre juridique sur la fin de vie des jeux, les joueurs sont contraints de faire valoir leurs droits devant les tribunaux, au cas par cas. Pour LFI, c’est intenable : « On ne pourra pas faire l’économie d’une initiative législative en la matière afin d’inscrire durablement la défense des droits des joueur•euses en ligne parmi les priorités des pouvoirs publics. »

Le principe n’est pas d’imposer aux éditeurs de poursuivre indéfiniment l’exploitation d’un jeu ou de maintenir à leurs frais les serveurs indispensables à son bon fonctionnement. Mais de poser une « limite claire » : quand un consommateur a payé pour accéder à une œuvre, « la cessation de son exploitation commerciale ne doit pas pouvoir entraîner la disparition de l’accès à cette œuvre ».

Les éditeurs restent libres de mettre fin à l’exploitation commerciale de leurs titres, mais ils ne doivent pas pouvoir décider unilatéralement que l’œuvre est désormais inaccessible à tous ceux qui ont payé pour pouvoir y accéder.

Une plateforme publique pour les jeux en fin de vie

L’idée maîtresse de la proposition de loi est de confier à la Bibliothèque Nationale de France (BNF) « une nouvelle mission de conservation et de mise à disposition des jeux vidéo dont l’exploitation commerciale a cessé sans qu’une solution garantissant effectivement leur accès ne soit assurée. »

Quelques uns des trésors de la BNF. Image : Cyril Trigoust et Sébastien Gavois

Depuis 1992, la BNF assure le dépôt légal de tout ce qui concerne le multimédia, jeux vidéo compris. L’institution met tous ces éléments à disposition des chercheurs, mais pas du grand public. Dans le cadre de la proposition de loi, la BNF créerait une plateforme publique de conservation et de diffusion du patrimoine vidéoludique.

Cette plateforme mettrait à disposition une copie des jeux après la fin de leur exploitation commerciale : gratuitement pour les joueurs ayant acquis un droit d’accès ; payant pour ceux qui n’avaient pas acquis ce droit d’accès. Les recettes seraient réparties entre la BNF et les titulaires des droits sur le jeu. La charge pour l’État de cette nouvelle mission serait compensée par la création d’une taxe additionnelle à l’accise sur les tabacs.

Les modalités tarifaires et de répartition des recettes sont renvoyées à un décret en Conseil d’État, tout comme les modalités de transmission à la BNF des éléments nécessaires à la conservation et au fonctionnement du jeu vidéo, ainsi que les conditions techniques de conservation, de restauration et de mise à disposition des jeux.

La proposition de loi a été renvoyée à la commission des affaires culturelles et de l’éducation. Le texte veut s’inscrire dans une réflexion plus globale pour faire du jeu vidéo un bien culturel protégé au titre de l’exception culturelle française, ce qui suppose « une véritable politique publique en la matière, notamment à travers la création du Centre national du Jeu Vidéo (CNJV), sur le modèle du CNC pour le cinéma ». Un centre qui aurait pour mission de soutenir la filière, de réguler le secteur et de mieux protéger les joueurs « face aux prédations économiques des grands acteurs de l’industrie ».

À l’occasion du Sommet Lumière consacré à l’avenir du cinéma et des images animées le 7 septembre dernier, Emmanuel Macron a annoncé la création d’un Festival international du jeu vidéo (PDF), un rendez-vous « de la création, de l’innovation, des joueurs et de l’industrie », a expliqué le président de la République. Ce dernier « considère très profondément que le jeu vidéo fait partie de notre culture et doit faire partie d’ailleurs de l’exception culturelle française, comme nous avons su le faire pour le cinéma et toutes les créations ». Aucun détail n’a été donné sur la date ou le lieu d’un tel événement.

Commentaires (40)

votre avatar
« un texte peu jouable ». Nan mais en fait, Next c'est le nouveau Libération
votre avatar
De toute façon, du moment que c'est LFI, il y aura toujours des anti par principe, quelles que soient les intentions et le programme, et même, le contexte des faits... La télévision a parfaitement fait son travail de division et désinformation pour mettre en avant les poulains éligibles, bien considérés.
Ça vaut aussi pour les tout petits partis, susceptible de mettre un coup de pied dans la fourmilière, quelle que soit leur direction, car trop d'intérêts sont en jeu.
Personne ne parlera de Juan Branco par exemple, et le programme mis en avant derrière. (Je n'aime pas le personnage, mais je reconnais la valeur de certains travaux et la volonté dudit programme)
M'enfin, entre ça, et faire croire qu'un homme/femme providentiel(le) changerait quoi que ce soit... 😂

Pour ma part => RIC (Réferundum d'initiative citoyenne), le reste, c'est du pipeau, chacun des candidats pouvant raconter ce qu'il veut.
votre avatar
Je pointe juste l'abus de jeu de mots à tous les titres hein :)
votre avatar
C'est toujours comme ça, pour tous les partis. On votera contre si le parti A est opposé au parti B et ce, quelque soit l'idée proposée.
votre avatar
La charge pour l’État de cette nouvelle mission serait compensée par la création d’une taxe additionnelle à l’accise sur les tabacs.
C'est légal de taxer un produit qui n'a à peu près aucun rapport avec la destination de la taxe ?
votre avatar
Comme par exemple de taxer les voitures pour financer les retraites ? Ça se faisait.
votre avatar
Les parlementaires n'ont pas le droit de créer des dépenses sans créer une recette équivalente.
Ils utilisent cette astuce éculée de compenser par une taxe sur le tabac.

Article 40 de la Constitution :
Les propositions et amendements formulés par les membres du Parlement ne sont pas recevables lorsque leur adoption aurait pour conséquence soit une diminution des ressources publiques, soit la création ou l'aggravation d'une charge publique.
votre avatar
Merci, j'aurais pensé qu'il devait y avoir un lien entre le support de la taxe et la destination des fonds, mais visiblement non.

Les partisans de cette solution vont donc devoir se mettre à :fumer: (et ne pas aller les acheter à l'étranger pour les frontaliers) pour assurer son financement :dd:

Blague à part, en dehors de cette proposition de financement régulier, la BnF organise régulièrement des appels aux dons pour acquérir des documents rares (y'en a eu une paire ces derniers jours de mémoire).
votre avatar
En pratique ce n'est jamais appliqué, c'est une technique que quasiment toutes les propositions de loi utilisent parce que si on appliquais strictement l'article 40 alors on ne pourrait plus faire de propositions de loi (en tirant assez loin, n'importe quelle loi ajoute une charge ou réduit une recette, même les lois les plus bénignes : une loi qui interdit de dire "chocolatine" ? Ah bah faut contrôler, donc ça coûtera du temps policier et de la paperasse, donc dépense).

En recherchant "création d’une taxe additionnelle à l’accise sur les tabacs" sur Légifrance, j'ai au moins 115 résultats dans le journal officiel.
votre avatar
Précisons que ce n'est jamais appliqué parce que le gouvernement, si il est d'accord avec la mesure, peut déposer un amendement pour faire sauter l'augmentation de la taxe sur le tabac.

Une manière pour le gouvernement (qui est chargé de faire appliquer le budget voté par le parlement) de dire "Ok, j'accepte que vous modifiez le budget dont j'ai la responsabilité"
votre avatar
Les parlementaires n'ont pas le droit de créer de nouvelles dépenses, seul le gouvernement le peut. Donc, pour les propositions de loi créant de petites dépenses (ou qui sont à l'équilibre, au cas où), ils ajoutent une compensation par l'augmentation des taxes sur les tabac. C'est une bidouille pour pas se faire refuser sa proposition de loi sous prétexte qu'elle ajouterais quelques (milliers d') euros par an de dépense pour l'État.
votre avatar
C'est ce qui est fait pour toutes les propositions qui coûtent quelque chose. Pour toute dépense il doit y avoir une recette.
Mais ici ça serait plus logique de taxer les jeux dématérialisés.
votre avatar
Ça ressemble beaucoup à de la récupération politique à visée électorale.
Mais pour le coup, ça fait pas de mal.
votre avatar
Donc soit les "personnes/orga" politiques sont déconnectées de la vie réelle soit c'est de la récupération ?

Vous connaissez le Parti Pirate?
votre avatar
Sauf que là, c'est pas le Parti Pirate mais LFI, et surtout l'élu à l'origine du texte dit lui-même que ça sert "juste" à ouvrir le débat.
C'est peut-être très bien, mais la temporalité de l'action fait penser à de la récupération politique.
votre avatar
L'évocation du PP c'était pour montrer qu'il y a des partis politiques plus proches de nos réalités numériques.

Et quant à "ouvrir le débat" je ne vois aucun problème à cela.
C'est pas dans des vieux partis qui rêvent d'une France d'avant (avant quoi d'ailleurs ?) que ce genre de question sera traitée.

Et en tant que citoyen, j'aimerais savoir si dans 40 ans, tout ne sera qu'abonnement de streaming et accès numérique, ou bien si on aura encore des supports physiques personnels d'œuvres (films, musiques, jeux, livres).
votre avatar
J'ai pas dit que la démarche était mauvaise.
Je pointait du doigt que cette proposition arrive pile maintenant alors qu'elle aurait pu être proposée il y a plusieurs mois/années.
votre avatar
Sauf qu'un parti répond à des questionnements de société, et qu'avant, cette question, elle n'avait jamais été portée politiquement par les citoyens... C'est la mise en lumière qui peut faire comprendre à certains, qu'il y a un besoin, pour pouvoir en tenir compte.
votre avatar
avant, cette question, elle n'avait jamais été portée politiquement par les citoyens
Euh... On (les citoyens) en parle quand même depuis 2024 ( https://citizens-initiative.europa.eu/initiatives/details/2024/000007_fr ), au moins...
votre avatar
Donc c'est relativement récent... L'inertie en matière de politique en France, n'est guère une nouveauté...
votre avatar
La mauvaise foi...
2 ans pour écrire un texte de loi qu'on sait n'avoir comme objectif que de faire émerger le débat, c'est un chouïa long, tu ne trouves pas ?


Après, il est vrai qu'on entend pas mal parler de la question depuis la décision de Sony, et il est donc possible que l'élu en ai entendu parlé qu'à ce moment là.

On peut lui laisser le bénéfice du doute quand au fait qu'il ai choisi pile ce moment pour sortir le texte, mais il n'empêche que mon étonnement reste légitime, non ?
votre avatar
Aucune mauvaise foi, je ne suis pas politicien, donc bon, je ne défend personne ici...
Bien sûr que c'est lent. Mais qu'est ce qui ne l'est pas à moins de faire la une de tous les médias, en matière de politique ?
En plus, une fois encore sans les défendre, non seulement tout est long, mais en plus il y a une infinité de sujets à traiter pouvant être considérés davantage prioritaire que les demandes de joueurs de jeux-vidéos...
votre avatar
De mon côté, je pars du principe que la proposition de loi est en réponse au choix de Sony et que l'élu qui en est l'auteur aurait soit découvert le sujet à cette occasion, soit aurait réévalué l'urgence à statuer en fonction de cet élément nouveau.
Et donc il est probable que ce ne soit qu'une coïncidence.
Dès lors, et comme dit plus tôt, je leur accorde le bénéfice du doute.
votre avatar
À uel moment faut-il ouvrir le débat sans que tu vois ça comme de la récupération ? N'hésite pas à nous partager tes propositions, on le transmettra aux députés.

On dirait les politiques qui se font attraper à piquer dans la caisse : c'est toujours "komparazar u agenda politique pour les déstabiliser et les empêcher de mener leur campagne". Vu qu'ils sont tout le temps en campagne, la seule date restante est le 32 février pour que cela ne soit pas considéré comme une subtile coincidence complotiste.
votre avatar
Et s'ils faisaient cette proposition juste après les élections, tu penses sérieusement qu'on pourrait les taxer d'une récupération politique ?
Car, non, les politiques ne sont pas tout le temps en campagne (heureusement, encore : 'faut bien qu'ils travaillent en tant qu'élus, à un moment).


Tu me fait un procès d'intention, qui est d'autant plus stérile que j'ai déjà indiqué plus tôt que je leur laissait le bénéfice du doute.
votre avatar
On est dans la période des lettres au Père Noel et des promesses lunaires, rien d'étonnant.
votre avatar
Ton propos cynique empêche de croire en une bonne foi de cette proposition. C'est un jugement sans appel, il me semble. pas glopp !
votre avatar
J'ai pourtant bien dit "ça ressemble", donc de là à dire que c'est un jugement sans appel, il y a un raccourci un peu cavalier.

Et cf mon commentaire 3.1.1 sinon pour plus de précision sur le pourquoi de mon propos.
votre avatar
Ça fait déjà un moment que LFI parle des droits autour des jeux vidéos maintenant, donc non ça n’y ressemble pas spécialement.

Et si tu réponds « oui c’est uniquement à des fins électoralistes » je te répondrai que ça ressemble beaucoup à un biais contre LFI plutôt qu’à des soupçons fondés :-)
votre avatar
Alors juste comme ça, je ne me renseigne absolument pas sur ce qui se passe dans le monde actuellement, mis à part sur Next, donc je ne savais pas que LFI mettait en avant ces sujets. Du coup, le dépôt de cette loi à ce moment précis, avec juste comme objectif de faire émerger un débat sur un point sur lequel LFI aurait déjà une longueur d'avance doit effectivement juste être une coïncidence. J'en doute fort, mais je veux bien demander pardon de leur avoir fait un mauvais procès.

Et pour info, ce type de manœuvre n'est pas l'apanage d'un parti en particulier. Et parfois, ça a du bon. Par exemple, la campagne "Touche pas à mon pote" récupérée par Chirac avait plutôt aider à la réduction du racisme.
Je trouve dommage de voir un tel "vol au secours" du parti pour une chose si peu gênante pour le parti (c'est peut-être une récupération politique, tous les partis le font, et là, en plus, c'est plutôt bénéfique)... Ça donne l'impression que le parti doit être défendu, alors qu'en face on a quand même une condamnée pour détournement d'argent public qui caracole en tête ded sondages. Signe que les français n'ont pas forcément en priorité la probité de leurs représentants...
votre avatar
Oui LFI suit ce genres de sujets.
Oui LFI réagi à l'actualité quand SONY arrête les supports physiques et ses parlementaires font leur travail en transposant ce sujet en proposition parlementaire.

Est-ce que ça fait de cette manœuvre, une manœuvre électoraliste ? Non.
Ils l'auraient fait en dehors de la période de campagne présidentielle, puisqu'ils s'intéressent à ce sujet.
Non, parce qu'ils l'auraient fait même si Sony n'avait pas fait son annonce.

C'est juste concomitant.
votre avatar
OK, très bien, laissons leur le bénéfice du doute. 😉
votre avatar
Ca serait mieux pour les consommateurs et utilisateurs de dépénaliser le "piratage/téléchargement illégal", d'autoriser le contournement des DRM, de sécuriser juridiquement la rétro ingénierie et l'émulation.

Si on est dans cette situation là aujourd'hui c'est en grande partie à cause des ayants droits qui ont influencer les politiques et les parlementaires dans les années 2000 pour mettre en place des lois très répressives sur la propriété intellectuelle.

Pas merci ceux qui ont voté pour DADVSI et HADOPI, voulu par Nicolas Sarkozy qui a été influencé par le patron de la FNAC de l'époque Denis Olivennes.
votre avatar
C'est une proposition censée et plutôt construite. Espérons que le sujet avance.
votre avatar
C'est sûr que les zayandroits au vue des capacités des organismes publics à protéger les données vont applaudir ce genre de propositions qui aboutiraient rapidement à un hack des serveurs de la BNF et les applicatifs serveurs des jeux dans la nature.
votre avatar
On parle de jeux dont l'exploitation commerciale a cessé, donc les dommages seraient limités
votre avatar
Bon là personne ne pourra pas dire que ce n'était pas mieux avant, hein (consoles hors ligne, jeux physiques, jeux non/moins buggués, etc....) :chinois:
votre avatar
Cet article avait-il pour but caché de faire un sondage d'opinion politique ? J'ai l'impression que vous avez déclenché des astreintes vu certaines réactions virulentes :dd:
votre avatar
J'avoue que c'est effectivement beaucoup plus réactif que ce que j'aurais imaginé. ^^
Surtout pour une remarque qui me semblait assez consensuelle. 😅
votre avatar
ça va dans le bon sens mais mettre à disposition une copie du jeu ne signifie pas jouable... quid des DRMs, des serveurs / cloud d'éditeur de jeu ?
Nombre de jeux risques d'être injouable sans le serveur qui contrôle tout.

Et je vois mal la BNF devenir subitement fournisseurs de serveurs de jeux universel, n'oublions pas que nombre de jeux s'arrêtent parce que le serveur coûte trop cher à maintenir pour le peu de joueurs...