Ubisoft assigné en justice pour la fermeture des serveurs de The Crew
Video (games) killed the radio star
Illustration : Flock
Le 03 avril à 15h03
Dans le sillage de l’initiative européenne Stop Killing Games, l’UFC-Que Choisir a lancé des poursuites en justice à l’encontre d’Ubisoft. L’association de consommateurs reproche à l’éditeur français d’avoir fermé les serveurs qui permettaient au jeu The Crew de fonctionner, privant de ce fait les consommateurs de l’usage d’un jeu qu’ils avaient pourtant acheté sans date de fin de vie programmée.
Ubisoft assigné en justice pour la fermeture des serveurs de The Crew
Video (games) killed the radio star
Illustration : Flock
Dans le sillage de l’initiative européenne Stop Killing Games, l’UFC-Que Choisir a lancé des poursuites en justice à l’encontre d’Ubisoft. L’association de consommateurs reproche à l’éditeur français d’avoir fermé les serveurs qui permettaient au jeu The Crew de fonctionner, privant de ce fait les consommateurs de l’usage d’un jeu qu’ils avaient pourtant acheté sans date de fin de vie programmée.
Le 03 avril à 15h03
Droit
Droit
5 min
La boucle est bouclée. C’est la fermeture programmée des serveurs du jeu de course The Crew qui a motivé l’émergence de l’initiative européenne Stop Killing Games, en 2024, et c’est quelques semaines après la reconnaissance formelle de cette initiative citoyenne par la Commission européenne qu’une procédure en justice à l’encontre d’Ubisoft voit le jour.
Ubisoft poursuivi pour la fermeture des serveurs de The Crew
En France, c’est l’UFC-Que Choisir qui initie ces poursuites devant le tribunal judiciaire de Créteil. « L’UFC-Que Choisir estime qu’en privant brutalement les joueurs de tout accès à The Crew, Ubisoft a porté atteinte aux droits essentiels des consommateurs », indique l’association dans un communiqué daté du 31 mars.
L’UFC-Que Choisir ne publie pas les éléments de la procédure, mais explique que cette dernière se concentre sur le principe de « licence d’utilisation », derrière lequel se retranchent les éditeurs de jeux vidéo pour, parfois, révoquer l’accès à un contenu.
« La licéité de toutes les clauses limitant les droits des joueurs doit être interrogée », affirme l’association, qui souhaite voir la justice s’exprimer sur la négation du droit de propriété conféré à l’acheteur d’un jeu, mais aussi sur cette faculté de retirer l’accès au contenu sans garantie de maintien d’un mode de fonctionnement alternatif.
Elle interroge également la subordination de l’utilisation du jeu à des services en ligne susceptibles d’être interrompus, et une pratique commerciale moins spécifiquement liée à The Crew : le refus de rembourser les sommes créditées par des joueurs sur leur compte en ligne.
Une partie de la charge porte également sur ce que l’association qualifie de pratique commerciale trompeuse : « les joueurs n’ont jamais été loyalement informés sur le caractère éventuellement temporaire de l’accès au jeu qu’ils achetaient ».
Toute la subtilité réside ici dans l’appréciation du caractère loyal de cette information. À la date de publication de cet article, le 3 avril 2026, les conditions d’utilisation d’Ubisoft disposent par exemple explicitement que l’éditeur peut modifier les contenus et services associés à ses jeux, notamment « afin de limiter ou d’interrompre les fonctionnalités obsolètes ou non viables du Contenu et/ou des Services lorsque cela est raisonnable ».
« Sauf indication contraire de notre part, nous ne garantissons pas la disponibilité d’un Service ou d’un Contenu pendant une période déterminée », énoncent encore ces conditions d’utilisation.
Les éditeurs à l’unisson
L’enjeu n’est pas anodin pour les éditeurs, puisque le maintien en conditions opérationnelles d’un jeu dépendant de services en ligne suppose des coûts. Le secteur s’était d’ailleurs exprimé de façon coordonnée sur le sujet en juillet dernier, quand la mobilisation autour de Stop Killing Games battait son plein, par l’entremise de sa représentation européenne, Videogames Europe :
« Nous apprécions l’enthousiasme de notre communauté ; cependant, la décision d’interrompre les services en ligne est complexe, jamais prise à la légère, et doit être une option pour les entreprises lorsqu’une expérience en ligne n’est plus commercialement viable. Nous comprenons que cela puisse être décevant pour les joueurs, mais, le cas échéant, le secteur veille à ce qu’ils soient informés des changements envisagés, conformément à la législation locale sur la protection des consommateurs ».
À cette occasion, les éditeurs avaient battu en brèche l’idée de laisser prospérer des serveurs privés gérés par la communauté :
« Les serveurs privés ne constituent pas toujours une alternative viable pour les joueurs, car les protections mises en place pour sécuriser leurs données, supprimer les contenus illégaux et lutter contre les contenus communautaires dangereux seraient inexistantes et les détenteurs de droits seraient tenus responsables. De plus, de nombreux jeux sont conçus dès le départ pour être exclusivement joués en ligne ; de fait, ces propositions limiteraient la liberté de choix des développeurs en rendant la création de ces jeux vidéo excessivement coûteuse. »
En attendant l’examen de ce dossier par le tribunal judiciaire de Créteil, la question de la pérennité des jeux vidéo est désormais posée auprès de la Commission européenne. Saisie suite à une pétition au succès historique avec près de 1,3 million de signatures validées au moment de son enregistrement, elle est censée produire, d’ici au 27 juillet 2026, une réponse écrite listant ses éventuelles décisions en la matière.
Rappelons que l’UFC-Que Choisir a mené pendant près de dix ans un combat juridique contre Valve, l’éditeur de la plateforme Steam, pour tenter d’obtenir la suppression d’un certain nombre de clauses qu’elle considérait comme abusives, telles que l’impossibilité de revendre un jeu dématérialisé. Elle fondait à l’époque sa requête sur la règle juridique de « l’épuisement des droits ». Défaite devant la cour de cassation en octobre 2024, l’association a saisi la Commission européenne d’un recours en manquement en février 2025.
Commentaires (15)
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Abonnez-vousLe 3 avril à 15h40
Stop à l'hypocrisie.
Le 3 avril à 16h56
La Cour de Cassation s'est déjà prononcée sur le sujet dans un arrêt du 23 octobre 2024, pas vraiment dans le sens d'UFC.
https://www.courdecassation.fr/decision/6719e3fa5857dd64cbdaa244
" la cour d'appel a exactement énoncé qu'un jeu vidéo n'est pas un programme informatique à part entière mais une oeuvre complexe en ce qu'il comprend des composantes logicielles ainsi que de nombreux autres éléments tels des graphismes, de la musique, des éléments sonores, un scénario et des personnages"
(en clair, la règle d'épuisement du droit de l'éditeur logiciel à maitriser les conditions d'utilisation dans le temps ne joue pas pour les jeux vidéo, quel que soit le support. Principe que la Cour de Justice de l'union Européenne avait exposé dès 2014 avec l'arrêt Nintendo C-355/12).
Que cela plaise ou non, c'est la réalité du droit à ce jour.
Le 3 avril à 20h50
En vrai je peux difficilement leur reprocher d'agir ainsi car ça fonctionne. J'ai cessé d'acheter ces « services » après Heroes 6 et Anno 2070 et lors d'un Steam Sales ou d'une promotion sur GOG je m'assure que le jeu n'en soit pas un. Hélas les autres joueurs ne l'ont pas vu de la même manière.
Modifié le 11 avril à 01h11
Samedi à 11h49
Le 3 avril à 19h22
Le 3 avril à 23h49
Si la loi change et réglemente, qu'importe le contrat, une disposition illégale, le sera, même avec le consentement des utilisateurs. Il ne faut pas baisser les bras, et faire changer la loi.
Le 4 avril à 11h08
Dans tous les cas, le client ne sera jamais propriétaire du logiciel. L'angle d'attaque, c'est plutôt d'exiger un équivalent d'une garantie de durée, de maintenance, ou alors une ouverture des specs pour permettre l'implémentation tiers d'un serveur une fois cette période de garantie passée.
Par contre, obliger à rendre le code du serveur open source, ça restera une chimère car ça reviendrait à déposséder l'éditeur de ses droits moraux. Droits perpétuels et inaliénables solidement ancrés dans le cadre légal français et européen.
Cela dit, un tel cadre doit aussi être évalué d'un point de vue économique : si le jeu n'est pas rentable, je ne vois pas ce qu'on y gagnerait (d'un point de vu économique et social) de forcer une entreprise à perdre de l'argent.
Le 3 avril à 16h42
Le 3 avril à 16h51
Le 3 avril à 17h18
Le 3 avril à 17h57
Le 5 avril à 06h42
Modifié le 3 avril à 20h10
SKG est à propos du fonctionnement hors-ligne qui n'est pas non plus un service fourni par l'éditeur.
Quand ces éditeurs demandent de passer à la caisse pour jouer, est-ce que les joueurs leur répondent :
« cependant, la décision de financer des vacances à la plage est complexe » ? Non ? 🙄
Le 3 avril à 22h28
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