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Fin de vie des jeux vidéo : pas de loi européenne, mais un code de conduite

Le mur de la propriété intellectuelle

Fin de vie des jeux vidéo : pas de loi européenne, mais un code de conduite

Illustration : Flock

Il n’y aura pas pour l’instant de législation européenne obligeant les éditeurs à garantir l’accès à leurs jeux une fois leurs serveurs fermés, comme le demandait une initiative citoyenne, incarnée par la campagne Stop Killing Games. En revanche, la Commission s’engage à élaborer un code de conduite sur la gestion de la fin de vie des jeux vidéo.

La Commission européenne va réunir d’ici la fin de l’année les éditeurs de jeux vidéo et les associations de consommateurs pour mettre au point un code de conduite sur la question de la « fin de vie » des jeux. Bruxelles compte également travailler avec les autorités compétentes et les organisations de défense des consommateurs pour mieux faire connaître les droits existants en la matière.

Un code de conduite sans contraintes

« Comme c’est la tradition dans ce secteur, j’espère que l’industrie sera à l’écoute des communautés de joueurs et s’accordera sur de meilleures pratiques pour la fin de vie des jeux, afin que ces communautés puissent continuer à se retrouver et à jouer ensemble », déclare Henna Virkkunen, vice-présidente en charge de la souveraineté technologique.

Par essence, ce code de conduite n’aura pas force de loi : les éditeurs pourront le respecter, ou pas. Une législation était réclamée par l’initiative citoyenne « Stop Destroying Videogames ». La Commission s’était engagée à donner une réponse d’ici le mois de juillet : c’est chose faite.

La pétition à l’origine de l’initiative avait été lancée en 2024. Elle trouve son origine dans la décision d’Ubisoft de débrancher définitivement les serveurs du jeu de course The Crew, en mars de la même année. Le hic, c’est que les modes solo exigeaient une connexion aux serveurs de l’éditeur.

Le jeu est donc devenu inutilisable, même pour les consommateurs ayant acheté leur copie. Le vidéaste britannique Ross Scott a alors créé en réaction la campagne « Stop Killing Games », qui après un démarrage poussif, a connu un regain d’intérêt à l’été 2025, avec un succès tel que le million de signatures a été largement dépassé. C’est le seuil nécessaire pour obtenir une réponse formelle de Bruxelles.

L’initiative avait été présentée en avril dernier au Parlement européen. Les organisateurs ont pu détailler les objectifs de leur pétition et échangé leurs points de vue avec les députés. Ils ne réclament pas que les éditeurs maintiennent leurs jeux en vie pour l’éternité, mais qu’ils soient tenus de laisser ce jeu dans un état fonctionnel quand ils décident d’en arrêter le support.

Parmi les solutions proposées (qui ne sont pas exhaustives) : développer un mode hors ligne, autoriser les serveurs communautaires, transférer le jeu à un tiers qui voudra le maintenir en vie, proposer des outils pour héberger le service… Les organisateurs ne demandent pas de support perpétuel, ce qui serait un non-sens économique, mais qu’un jeu vendu conserve ses fonctions essentielles après sa fin de vie commerciale.

La filière ne voit pas les choses sous le même angle, et s’est exprimée en juillet dernier en expliquant que les serveurs privés n’étaient pas toujours « une alternative viable » en termes de sécurité des données et de modération (suppression des contenus illégaux ou dangereux). « La décision d’interrompre les services en ligne est complexe, jamais prise à la légère, et doit être une option pour les entreprises lorsqu’une expérience en ligne n’est plus commercialement viable », écrivaient les éditeurs.

Plus de communication sur les droits des consommateurs

La Commission comprend le problème soulevé par l’initiative citoyenne, mais n’entend pas légiférer « à ce stade » (ce qui laisse tout de même une petite porte ouverte pour l’avenir). D’après Bruxelles, imposer à un éditeur de maintenir ou de transmettre les moyens de faire fonctionner un jeu après sa commercialisation pourrait entrer en conflit avec les droits d’auteur et d’autres droits de propriété intellectuelle. Il n’est tout simplement pas possible de forcer un éditeur à ouvrir son code, ses serveurs ou sa technologie.

Le droit européen protège déjà les consommateurs sur certains points : les entreprises doivent les informer sur les conditions d’utilisation et sur la fin éventuelle d’un service. Les consommateurs peuvent aussi obtenir réparation ou le remboursement dans certains cas, quand le service ne correspond plus à ce qui avait été promis. L’exécutif européen suggère que le problème relève davantage de l’application du droit de la consommation que d’une nouvelle loi spécifique pour les jeux vidéo.

Dans ce cadre, la Commission publiera avant la fin de l’année un rapport sur la mise en œuvre de la directive relative aux contenus et aux services numériques ; entrée en vigueur début 2022, cette directive encadre les relations entre consommateurs et fournisseurs de services numériques : jeux vidéo donc, applications, services en ligne, cloud, streaming, réseaux sociaux, etc.

Stop Killing Games entend poursuivre le combat

Les porteurs de la pétition ont accusé réception de la position de la Commission mardi. « Cette décision n’est pas inattendue. Mais nous étions préparés. C’est pourquoi nous poursuivons nos efforts auprès du Parlement européen pour modifier le Digital Fairness Act en y intégrant Stop Killing Games. Contactez votre député dès aujourd’hui », lancent-ils sur Bluesky.

Le régulateur espère que cela incitera les éditeurs « à proposer des jeux vidéo ayant une durée de vie plus longue et à explorer des solutions permettant de répondre aux attentes des consommateurs. » Un vœu pieux ? En la matière, la pression populaire est peut-être plus efficace : Ubisoft a en effet développé un « mode hybride » permettant de jouer sans connexion à internet à… The Crew 2.

Ubisoft n’est toutefois pas sorti du garage : début avril, l’UFC-Que Choisir déposait plainte contre l’éditeur français sur la fermeture des serveurs de The Crew.

Commentaires (15)

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Ah, la commission européenne... Qui les a élu, déjà ? 🙂
Quels intérêts défendent ils ? Qui vérifie qu'ils représentent bien les intérêts des peuples européens ? Qu'advient il en cas de manquement ? Qui décide de leur grille de salaire ? D'où provient l'argent qui les rémunère ? 🫪
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Les commissaires sont nommés par des dirigeants eux-mêmes élus, puis confirmés par le parlement élu. Pour le reste, élire tous les fonctionnaires serait une aberration. Et on voit bien aux États-Unis que l'élection ne garantit pas un dirigeant éclairé.

Pour info, les ministres français ne sont pas non plus élus, juste nommés par le président, comme la commission européenne.
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Toi ? (et tout citoyen européen etc.)
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Loin des yeux, loin du cœur, comme on dit.
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Ah, la commission européenne... Qui les a élu, déjà ? 🙂
Tout à fait : c'est un des nombreux problèmes de la construction des institutions européennes : un entre-soi de personnes non-élues (techniquement nommées par des gens eux-mêmes nommés) qui permet aux dirigeants de se réserver les initiatives et la gouvernance.
Les niveaux d'indirection entraînent l'impossibilité du contrôle par la population et encouragent le sentiment d'impunité (en supposant qu'il ne soit qu'un sentiment).

On pourrait imaginer qu'exclusivement le Parlement européen puisse être à l'initiative et à la réalisation d'actes relevant du pouvoir législatif.
Ce serait logique que les ICEs y atterrissent.

Ensuite, sur les ICEs, la seule obligation actuelle étant une prise en compte, cela n'engage à rien. Il faut donc atteindre un seuil assez complexe pour être représentatif (effort non-négligeable) pour un engagement nul (effort faible voire nul) : cherchez l'erreur. Il y aurait donc aussi un travail à effectuer sur ce que les citoyens peuvent espérer à l'issue du mécanisme de pétition.

Cette surreprésentation de mécanismes exécutifs dénués de contre-pouvoirs est un encore plus gros problème au niveau européen qu'il ne l'est dans le fonctionnement de nos institutions nationales (qui empire par la pratique, appelant certains à vouloir redéfinir le cadre/la définition de ces institutions).
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Réflexion de mes experiences personnels vis-à-vis des respects de consignes et autres instructions :
Pas de contrainte = ne sert à rien.
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Pourtant, un truc a minima aurait été pas mal. Par exemple, disponibilité garantie de 5 ans après la sortie du jeu pour tout ce qui est hors-ligne...

Cela aurait été une étape, pas trop contraignante (d'un point de vue des studios) et pourtant opposable par la suite.
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Pour tout ce qui est en ligne, tu veux dire ? (parce que ce qui est hors-ligne, ça fonctionne quasiment ad vitam)
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Non non, je parle bien de "hors ligne". Certains jeu ayant des fonctionnalités hors ligne se retrouvent inutilisable car le jeu commence par vérifier si les serveurs et la licence sont OK (DRM). Sauf qu'en cas d'indispo du serveur, tu ne peux pas jouer. Par exemple, The Crew, dont la fermeture des serveurs à servie d'étincelle pour la pétition.
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Le minima que tu proposes place la barre très haut je trouve.
Certains jeux sont un gros flop commercial dès le départ et coûteraient cher à maintenir 5 ans.

Pour le minima, je trouve les différentes pistes évoquées dans l'article (pour assuré une continué après l'arrêt du support) plus pertinentes.

On pourrait aussi imaginé un système de remboursement partiel minimum selon date d achat et date de fermeture.
Si tu achètes un jeu et qu'il arrête de fonctionner 6 mois après...

Ca ne coûterait pas si cher en pratique pour les cas classiques de jeux en fin de vie, car les prix des jeux chutent rapidement dans les mois et années qui suivent la sortie
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Certains jeux sont un gros flop commercial dès le départ et coûteraient cher à maintenir 5 ans.
Je ne parlais pas de garantie, mais de disponibilité garantie ;) L'idée n'est pas de forcer la maintenance pendant 5 ans, mais de forcer le découplage serveur / mode hors ligne, pour qu'une interruption des serveurs ne cause pas l'arrêt brutal du jeu.
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Pour un jeu avec un mode solo "prévoir" un mode qui fonctionne hors ligne (sans serveur donc) ne coûte pas plus cher, il coûte moins cher puisque pas d'infrastructure réseau etc MAIS ça brise tous les DRMs et sûrement une partie du monitoring.

Je pense que ça serait une bonne initiative de forcer tout jeu qui a un mode solo de garentir son fonctionnement ad vitam, même si ça veut dire que quand l'éditeur l'abandonne ou il faille enclencher un mode "perte de drm". Mais l'industrie ne le fera jamais sans obligation car "les pirates vont tout nous voler" sinon.
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« La décision d’interrompre les services en ligne est complexe, jamais prise à la légère, et doit être une option pour les entreprises lorsqu’une expérience en ligne n’est plus commercialement viable »

La décision n'est peut-être pas prise à la légère, mais elle est très simple: ça ne rapporte plus assez = on coupe.
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C'est un premier pas. Ça a quand même le mérite de donner de la visibilité au problème.
Et ça pourra servir de base pour des propositions de loi ensuite, quand on aura constaté comment certains se torchent allègrement le derch avec le code de conduite
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Si on doit se tourner vers le droit du consommateur, on peut demander un remboursement du produit qui ne marche plus ? ça serai la ruine de rembourser tous les joueurs..
C'est probablement pour ça que le license dématérialisée mentionne maintenant un droit d'utilisation et non de propriété du titre :-(