16 % des électeurs ont demandé à l’IA pour qui voter aux municipales
Vote assisté par chatbot
Illustration : Flock
Le 26 mai à 09h27
L’IA générative s’invite dans les urnes. Durant les dernières élections municipales, environ un électeur sur six a utilisé cette technologie pour trouver leur candidat idéal. À moins d’un an de la présidentielle, elle pourrait prendre une part plus importante chez les Français pour conforter leur choix, ou pour en changer.
16 % des électeurs ont demandé à l’IA pour qui voter aux municipales
Vote assisté par chatbot
Illustration : Flock
L’IA générative s’invite dans les urnes. Durant les dernières élections municipales, environ un électeur sur six a utilisé cette technologie pour trouver leur candidat idéal. À moins d’un an de la présidentielle, elle pourrait prendre une part plus importante chez les Français pour conforter leur choix, ou pour en changer.
IA et algorithmes
IA
6 min
L’IA a tenu un rôle singulier durant les élections municipales de cette année : celui d’outil d’information mais aussi (surtout) d’aide à la décision. Une étude Toluna Harris Interactive réalisée pour M6 et RTL, et publiée par le think tank Terra Nova, montre que l’IA ne peut plus être considérée comme quelque chose de marginal ou d’expérimental, alors que l’élection présidentielle commence à se profiler.
L’IA loin d’être une source d’information importante (pour l’instant)
Ainsi, 16 % des Français ont utilisé l’IA pour les aider à faire leur choix pendant ces élections : 7 % pour confirmer leur candidat, 5 % pour influencer sur un choix, et 4 % pour aider à la décision. Les chatbots risquent donc bien d’être sollicités pour les prochaines élections, au-delà des sites web non partisans qui proposent d’éclairer une décision ou de donner une direction.
Entre 40 à 50 % des personnes interrogées ont été confortées dans leur choix, entre 30 à 40 % disent avoir changé d’avis, et entre 20 à 30 % que l’IA a aidé dans la décision. Autres chiffres intéressants : les hommes ont plus volontiers eu recours à l’IA que les femmes (20 % contre 10 %), tout comme les jeunes (35 % des moins de 25 ans) par rapport aux personnes âgées (1 % des seniors).
Public Sénat rappelle la déclaration d’Emmanuel Macron qui, en novembre dernier, se demandait qui ChatGPT allait recommander de voter aux utilisateurs qui lui poseraient la question pour les municipales et la présidentielle. « On va rentrer dans un autre monde », avait ajouté le chef de l’État, sachant que le fonctionnement de ces IA relève de la boîte noire et qu’elles peuvent relativement facilement se faire « empoisonner » par de faux documents/sites… qui peuvent être publiés à la chaine par des IA génératives.
- 250 documents suffisent à empoisonner l’entraînement d’une IA
- [Récap] Nous avons découvert des milliers de sites d’info générés par IA : tous nos articles
« Les IA […] posent la question de savoir comment se forgent les opinions politiques », explique ainsi Jean-Daniel Lévy, l’auteur de l’étude réalisée le 15 mars (premier tour du scrutin) auprès de 4 145 personnes dans des communes de 3 500 habitants et plus.
Il faut savoir raison garder : l’IA n’est qu’un outil parmi tant d’autres pour faire son choix. Ainsi, 11 % des électeurs ont indiqué avoir utilisé cette technologie pour s’informer sur les enjeux dans leur commune. Cela en fait la 14ᵉ et dernière source d’information, loin derrière les tracts (59 %), les professions de foi (57 %) ou encore le bon vieux bouche à oreille (47 %). Les réseaux sociaux ont enregistré un taux de 32 %. Pour les candidats, ce n’est pas le moment de lâcher leur compte Instagram !
On retrouve dans ces 11 % la même typologie d’âge et de genre. 14 % des hommes disent avoir utilisé l’IA pour s’informer, contre 8 % pour les femmes. C’est 1 % seulement pour les séniors, contre 22 % chez les plus jeunes (18 - 24 ans). Chez ces derniers comme pour le reste de la population, l’IA est aussi la dernière source d’information la plus consultée.
On retient également la propension des sympathisants La France Insoumise à s’être servis de l’IA (16 %), contre 6 % chez Reconquête. Les catégories CSP- sont les plus représentées avec 17 %, soit 4 points de plus que les CSP+. « [L’IA] n’est plus réservée à quelques technophiles isolés », décrypte Jean-Daniel Lévy, « mais commence à s’inscrire dans les pratiques politiques ordinaires d’une part identifiable de l’électorat ».
L’IA, un influenceur politique comme un autre
Une étude de l’AI Security Institute, rattachée au gouvernement britannique, démontrait que les chatbots pouvaient effectivement influencer les opinions politiques des utilisateurs. Les travaux publiés dans Science, et rapportés en décembre dernier par The Guardian, reposaient sur des conversations entre près de 80 000 participants et 19 modèles d’IA différents (dont ceux derrière ChatGPT et Grok).
Les chercheurs du MIT, d’Oxford, de Stanford et de la London School of Economics ont demandé aux IA de convaincre les participants d’adopter une position sur différents sujets politiques et économiques (inflation, grèves dans les secteurs publics…). Ces derniers devaient donner leur opinion avant et après l’échange.
Les réponses les plus persuasives sont celles qui accumulaient un grand nombre d’informations, de faits et d’arguments… mais ce sont aussi les modèles qui produisaient le plus d’erreurs et d’infos inexactes. La « capacité de persuasion » des modèles semble se faire au détriment de la véracité, soulignent les auteurs. Avec toutes les conséquences que cela implique pour le débat public.
Une autre étude de l’université Yale, publiée sur arXiv en mai 2025, confirme la précédente (les IA les plus persuasives ne sont pas forcément les plus fiables), et impose aussi un certain recul. Elle montre en effet que si les chatbots peuvent influencer les opinions politiques, leur performance n’est pas meilleure ou pire que des méthodes traditionnelles de campagne électorale.
Sur la question de l’immigration par exemple, les effets des chatbots et des humains étaient quasiment identiques, y compris cinq semaines plus tard. Les chercheurs soulignent qu’il n’existe « aucune différence significative » entre les deux méthodes de persuasion. Ils insistent en revanche sur une chose : il faut déjà convaincre les électeurs de passer plusieurs minutes à discuter politique avec une IA. En cela, pas de changement par rapport à une campagne classique.
Commentaires (29)
Abonnez-vous pour prendre part au débat
Déjà abonné ou lecteur ? Se connecter
Cet article est en accès libre, mais il est le produit d'une rédaction qui ne travaille que pour ses lecteurs, sur un média sans pub et sans tracker. Soutenez le journalisme tech de qualité en vous abonnant.
Accédez en illimité aux articles d'un média expert
Profitez d'au moins 1 To de stockage pour vos sauvegardes
Intégrez la communauté et prenez part aux débats
Partagez des articles premium à vos contacts
Abonnez-vousLe 26 mai à 09h50
Le 26 mai à 09h58
Et au final, les IAs ont recommandé de voter pour qui ?
Le 26 mai à 10h51
Le 26 mai à 10h23
Le 26 mai à 10h23
Il me semble bien (même si je ne l'utilise pas) que c'était déjà le cas de Grok.
Cela serait une possibilité bien sournoise de manipuler l'opinion.
Alors ça et bientôt les publicités dissimulées dans les réponses, beurk !
Est-ce que les fournisseurs d'IA pourraient être condamnés pour manipulation si s'averrait qu'ils ont été achetés ?
Le 26 mai à 10h58
Le 26 mai à 10h31
Le 26 mai à 10h41
Si les CSP+ sont 13% à utiliser l'IA et les CSP- à 17%, comment l'ensemble des français peut être à 11% ? Intuitivement il devrait être entre les deux.
Le 26 mai à 11h02
lim [ (13·e^(1/x) + 17·cos(π/x)) / 2 ] - ∫(0 à 1) 4x³ dx = 11
x→∞
(
Le 26 mai à 11h07
Le 26 mai à 15h09
https://tnova.fr/site/assets/files/77700/terra_nova_-_ia_et_politique_-_vers_un_outil_daide-_voire_dinfluence_sur_la_decision_-_18_05_26.pdf?2fjfy2
Voir le graphique en page 8 - je ne sais pas comment ajouter l'image à mon commentaire
Une explication possible est qu'ils aient mis en CSP- les gens qui gagnent moins de 1500€ et en CSP+ ceux qui gagnent plus de 4000€, ce qui laisse un ventre mou de gens qui n'utilisent pas trop l'IA entre les deux.
Globalement ça a surtout l'air d'être générationnel : la courbe selon les âges est très nette et ce sont plutôt les jeunes qui votent LFI et qui gagnent le moins.
Le 26 mai à 10h44
Les gens se servent déjà de Google (ou autre moteur), des réseaux sociaux (qui sont un terrain de guerre d'informations/désinformation), de la presse et de la télévision (qui appartiennent généralement à des fortunés), pourquoi ce serait différent avec l'IA ? C'est un biais comme un autre.
16% ce n'est pas énorme, ce qui est intéressant ces les autres chiffres plus détaillés qui suivent.
Car en soit tu prends deux programmes et tu demandes a une IA de comparer, elle fera le job objectivement. C'est sur que si tu t'en sers en lui disant "tu ferais quoi toi?" sans rien lui donner, bah c'est du même niveau d'assistanat que de se baser sur les dires de son youtuber préféré, mais ca ce n'est pas nouveau.
Modifié le 26 mai à 16h56
Sur les autres, tu regardes des reportages/vidéo, tu lis des articles ou avis de plusieurs personnes et même si une personne te conseille de voter pour tel candidat, tu ne prends pas a priori sa réponse pour vérité.
L'IA pour certains donne la vérité.
Il est là le danger.
Le 26 mai à 17h21
Pour certains, leurs influenceurs donnent la vérité, pour d'autres c'est la lecture de leur magasine préféré qui donne la vérité...
Combien vont regarder le JT de Cnews et penser que c'est de l'information fiable et neutre ?
Que ce soit dans un cas ou dans l'autre, une personne influençable ou naïve peut prendre pour argent comptant ce que lui crache une IA, un réseau social, un chaine TV, une pub, etc...
Modifié le 28 mai à 09h28
À la différence est que l'IA s'adresse à soi de façon exclusivement bilatérale, ce qui est le cœur de son fonctionnement.
Ce n'est pas le cas des autres moyens de communication où dans la majorité des cas, on se retrouve simple lecteur. Et quand bien même une discussion s'établirait, elle reste optionnelle.
Si l'usage de IA me paraît plus dangereux, ça n'enlève en rien la dangerosité des autres moyens de communication comme tu (je me permets le tutoiement
Le 28 mai à 09h43
Le 28 mai à 11h51
Et il y a Grok, et en fait, on ne sait pas quel est l'angle d'un éditeur de LLM quel qu'il soit.
Le 26 mai à 10h56
Le 26 mai à 10h57
Est-ce que les humains sont prêts à confier leur libre-arbitre à une IA ?
Le 26 mai à 11h03
Le 26 mai à 11h06
Le 26 mai à 11h25
Déjà que les discours en ce moment sont au mieux consternants.
Remarque, ça change des gens qui votent parce que untel présente bien dans les médias.
Modifié le 26 mai à 11h35
D'ailleurs après essai ni chatgpt, ni claude ne réponds à la question :
"au vu de mon historique pour qui je devrais voter aux prochaines élections présidentielles ?"
Le 26 mai à 16h46
Le 26 mai à 17h22
Le 26 mai à 19h01
Le 26 mai à 22h52
Comment faire de l'éducation populaire quand l'éducation tout court (la plus simple des logique) n'est même pas au rendez-vous ?
Modifié le 27 mai à 12h29
les IA auraient tendance à modérer les opinions et éloigner les utilisateurs des positions extrémistes
Une étude de 2025 de chercheurs français sur l'écart entre l'alignement politique des chatbot et les français
https://llm-politics.foaster.ai/
Modifié le 1er juin à 08h14
Signaler un commentaire
Voulez-vous vraiment signaler ce commentaire ?