Face à l’ICE, des employés de la tech essaient de mobiliser leurs dirigeants
DigitICE detox
Alors que l’essentiel des dirigeants de l’industrie numérique ont un accès privilégié à la Maison Blanche, des employés du secteur essaient de les obliger à se positionner sur les actions du service de l’immigration et des douanes, voire à renoncer à certains contrats.
Le 27 janvier à 12h55
5 min
Société numérique
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Samedi 24 janvier au soir, Andy Bass, directeur exécutif d’Amazon, Tim Cook, dirigeant d’Apple, et Lisa Su, directrice du constructeur de puces électronique AMD, se sont rejoints à Washington. Ensemble, ces grands patrons de l’industrie numérique assistaient à une projection du documentaire Melania, produit par Amazon et centré sur l’épouse du président américain, Melania Trump.
L’événement tranchait nettement avec les préoccupations de leurs employés. Quelques heures plus tôt, à Minneapolis, l’infirmier en réanimation Alex Pretti était abattu par un agent de la Border Patrol, une des agences fédérales en charge de l’immigration aux États-Unis. L’homme a été assassiné de dix balles dans le dos juste après avoir tenté de porter secours à une autre manifestante, aveuglée par un spray au poivre.
La ville est le théâtre de larges manifestations depuis que l’opération « Metro Surge », lancée en décembre 2025, a vu le service de l’immigration et des douanes (ICE) renforcer ses opérations pour expulser des immigrants en situation irrégulière. Le 7 janvier, ces actions avaient déjà conduit à la mort de Renée Good, tuée par trois balles de l’agent Jonathan Ross.
L’industrie numérique a pourtant maille à partir avec ces exactions. En ligne, messages et lettres ouvertes se multiplient, notamment portés par des employés de la tech, pour appeler à la condamnation des actions de l’ICE. Ainsi d’ICEout.tech, un manifeste titré « la tech demande que l’ICE quitte nos villes ».
Signé par des employés de Microsoft, Amazon, Figma, Google, PayPal, Panasonic, OpenAI, Oracle ou encore Tesla, HP et Mozilla, le texte demande « à nos PDG de prendre leurs téléphone : 1. Appelez la Maison Blanche et demandez que l’ICE quitte nos villes, 2. Supprimez tous les contrats de l’entreprise avec l’ICE, 3. Prenez publiquement la parole contre la violence de l’ICE. »
Des dirigeants de la tech proche de la Maison Blanche
De fait, des dirigeants de l’industrie comme ceux présents à la projection du documentaire Melania, ou encore les patrons de Meta, Tesla ou OpenAI ont une ligne directe avec la Maison Blanche. Elon Musk a soutenu financièrement et personnellement la campagne de Donald Trump et les premiers mois de son retour au pouvoir, les dirigeants de la plupart des réseaux sociaux se sont pliés à payer des dédommagements au président des États-Unis pour la suspension de ses comptes sur les plateformes de Meta, X et Youtube en 2021…
Mais pour les mobiliser, des employés de diverses sociétés réfléchissent à s’organiser plus concrètement. Même chez Palantir, société cofondée par Peter Thiel, dirigée par Alex Karp, et qui a largement profité du retour de Trump au pouvoir, les équipes demandent des comptes. Après le décès d’Alex Pretti, des salariés ont autant interrogé l’aspect éthique que l’intérêt business de continuer à travailler pour l’ICE dans le Slack interne.
L’équipe « vie privée et libertés civiques » a répondu en redirigeant vers un wiki interne permettant d’explorer les détails des activités de l’entreprise pour l’ICE et le ministère de l’intérieur états-unien (DHS), indique Wired, expliquant notamment que leurs technologies « contribuent à réduire les risques tout en permettant d'obtenir des résultats ciblés ». En avril 2025, Palantir a notamment obtenu un contrat de 30 millions de dollars en vertu duquel elle fournit à ICE une plateforme nommée ImmigrationOS, notamment dédiée à aider les agents à choisir qui expulser.
Chez Anthropic, Google, Meta et OpenAI, plusieurs personnes débattent de la possibilité de demander à leurs dirigeants de renoncer à leurs contrats avec le ministère de la Défense ou des sociétés comme Palantir, rapporte le New-York Times. De tels mouvements pourraient ressembler à ceux qui avaient vu des employés de Google s’opposer au projet Maven, ou de Microsoft protester contre des contrats avec l’armée. Comme chez Palantir, en revanche, les cadres de ces sociétés ont historiquement défendu ce type de contrats.
En Europe, des voix citoyennes s’élèvent
Depuis l’Europe, d’autres salariés se mobilisent. Ainsi, en France, de la CGT de Capgemini, qui appelle la société à mettre fin à ses contrats avec l’ICE. Le 26 janvier, alors que le fondateur de Palantir et théoricien libertarien et anti-démocratique Peter Thiel était à Paris pour s’entretenir avec le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot puis donner une conférence à huis clos, des associations se sont mobilisés devant l’Académie des Sciences morales et politiques pour protester contre sa présence et les liens de sa société avec l’ICE.
Au delà de ce type d’actions, en revanche, les condamnations officielles des actions du service de l’immigration et des douanes restent faibles. L’Union européenne a par exemple déclaré le 26 janvier qu’elle ne commenterait pas les « affaires internes » aux États-Unis. En 2020, la Commission avait en revanche qualifié l’assassinat de George Floyd d’« abus de pouvoir » qui devait être « dénoncé », relève le journaliste italien David Carretta.
Face à l’ICE, des employés de la tech essaient de mobiliser leurs dirigeants
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Des dirigeants de la tech proche de la Maison Blanche
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En Europe, des voix citoyennes s’élèvent
Commentaires (10)
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Abonnez-vousModifié le 27/01/2026 à 13h56
Le 27/01/2026 à 14h06
Les USA de Trump vont à marche forcée vers un gouvernement mafieux style poutinisme ou PCC (et le taux d'avancement est déjà élevé).
Ou alors, j'ai raté ton sarcasme.
Modifié le 27/01/2026 à 15h32
Modifié le 27/01/2026 à 17h01
Le 27/01/2026 à 14h10
Modifié le 27/01/2026 à 14h30
Dans notre droit, laisser faire quelque chose qui porte atteinte à une personne est justement puni par un délit de non-assistance à personne en danger, précisément pour contrer la croyance que l'absence de décision/position ne forme pas une décision/position.
Au-delà de simplement agir par devoir moral, on pourrait aussi envisager l'autre face de la même carte, le verre à moitié plein.
L'absence de capacité à agir démontre la nécessité d'exister de l'Organisation des Nations-Unies. La recréation d'un équivalent à la Société Des Nations, sur la base du même délire narcissique, la renforce même.
Il s'agit d'une occasion en or pour questionner tous les mécanismes prisonniers de supposés "gentils puissants" qui veilleraient au bon fonctionnement du monde, un rêve (cauchemar) entretenu au fil de générations pour des raisons qui m'échappent. Médiocrité ? Manque de créativité ? Flemme face à la complexité ? Peur d'abandonner ses privilèges ? Autres encore ?
Cela met en lumière la paralysie du Conseil de Sécurité, pourtant déjà largement démontrés par la Russie; la dernière opération massive date de 1995 et n'était qu'une pâle continuation d'une action de l'OTAN.
N'est-il pas temps de reparler en termes d'Assemblée Générale ? Et ce, même si les décisions qui en découleraient ne seraient pas forcément celles qui nous arrangent (cf. privilèges sus-mentionnés).
Raisonner en termes de complexes d'infériorité me fatigue : les États-Unis ne peuvent pas collectivement affronter, en encore moins soumettre) un nombre critique (et pas forcément élevé) de pays déterminés, encore moins une grande partie de la planète, quelques soient les forces militaires, car il n'y a pas que cela en jeu.
On oublie un peu rapidement que la Russie n'était censée faire qu'une bouchée de l'Ukraine, en proportions.
S'avouer vaincu avant le début de quoi que ce soit est cependant pratique : une magnifique excuse que nous nous (res)servons tous entre nous afin de nous rassurer mutuellement sur le fait que nous n'aurons de fait aucun effort à fournir.
Par ailleurs, ce n'est pas les illusions que nous nous créons qui arrêterons quelqu'un qui ne comprend que le rapport de forces.
À toutes fins utiles, il a été de manière répété analysé que Trump ne souhaite pas un conflit armé, et les faits donnent raison jusqu'alors : il ne s'est permis une action militaire que face à une entité isolée & affaiblie, aux risque de rétorsions faibles voire nuls, le tout en préparant en amont la transition politique, donc en s'assurant une absence de réponse du pays concerné.
Nous sommes très loin d'une attaque aveugle contre un pays qui aurait les moyens de se défendre, qui plus est disposant d'alliés.
Niveau droit international, nos dirigeants devraient exiger (et non demander) un retour au fonctionnement normal de la Cour Pénale Internationale, afin que celle-ci puisse être saisie (ou se saisir) des actions des États-Unis. Cela passe par la levée des sanctions contre les juges et la récupération des données.
Et tant qu'à faire, puisque l'Europe et le premier marché économique mondial, fournir à cette Cour les moyens de recouvrer un fonctionnement, et ce de manière pérenne (en promouvant un modèle basé sur le libre + support).
Les leviers de coercition existent dans les deux sens : à nous d'utiliser les nôtres non par vexation mais pour un bien commun qui nous dépasse, à quelque échelle que ce soit.
Puisque le risque d'un fonctionnement dépendant des États-Unis est aujourd'hui réalisé, il convient de se demander aussi comment fonctionner dans le pire des cas : quand les États-Unis exigeront de leurs entreprises de nous couper la fourniture de leurs produits & services.
Nos dirigeants devraient citer les chemises brunes & noires et devraient faire pression pour que cela cesse.
Nos dirigeants devraient mater le gamin violent & menaçant sans céder à ses caprices.
Nos dirigeants devraient investir dans les champs de coopération tous azimuts, nous concernant l'ONU & l'Europe.
Nos dirigeants devrait promouvoir par les faits et non plus par les paroles uniquement le droit international.
Le 27/01/2026 à 16h59
Comme ils auraient du faire beaucoup de chose dans la guerre contre la Russie. Mais nos dirigeants sont des couards qui dirigent une maison de retraite géante.
Le 29/01/2026 à 00h40
Le 27/01/2026 à 18h42
- Super idée Bobby, je me tâcherai - accessoirement - de me rappeler d'y penser, la prochaine fois que j'irai voir une œuvre à la gloire de la dynastie de notre glorieux leader éternel !
- Euh ...
- Mais ouais mais t'as trop raison mon p'tit Bobby, et c'est vraiment très cool votre truc là, votre ... tu sais le machin quand t'en a qq chose à foutre des trucs là ...
- Euh ... une conscience morale ?
- Ouais c'est ça ! Votre truc de ... de confiance murale, c'est génial, on est tous avec vous !
- Du coup vous allez leur en parler ?
- Mais bien sûr mon ch'tit Bobby ! Tu sais c'est fini cette époque où les patrons étaient des clichés de méchants capitalistes, maintenant on a tout compris, hahaha !
- OK, c'est cool !
- Mais ouais grave, on est tous ensemble, une grande famille, toussa ! Par contre je suis désolé Bobby, mais là j'ai un déjeuner avec des gens hyper importants ! Et ton coté, notre outil de flicage de la populace va pas se faire tout seul, on a des actionnaires à satisfaire avant le prochain trimestre ! Aller tcha-tchao !
[Échange entre deux (2) personnes inconnues, daté de la première moitié de l'an 2026, considéré comme antérieur aux évènements qui ont conduit au ██████████████ de ███████ ]
Modifié le 27/01/2026 à 20h50
Bobby : « Hey boss, vous qui avez un peu de poids politique, vous voudriez pas vous en servir pour leur demander d'arrêter de tuer et déporter des gens ? »
Boss : « Euh... »
Investisseur qui veut voir l'entreprise afficher une rentabilité de 30 % : « La réponse est non, on s'en FOUT ! »
intervention furtive d'une administration étatique : « Il vaut mieux dire non... pour le bien de ton business
Boss : « La réponse est non, c'est trop politique. Allez Bobby, retourne au travail :) »
Bobby : « Mais... »
Boss : « Bobby... » (note son nom sur une fiche d'éventuels licenciements futurs pour maximiser l'efficience)
Après cette dernière décénnie d'une sorte de capitalisme moral de façade, on aurait tendance à oublier qu'une entreprise n'est là que pour générer de l'argent à la base, et qu'elle n'a pas spécialement envie de stopper
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