ChatControl : le compromis du Conseil européen soulève de nouveaux problèmes
One Step Beyond...
Si la surveillance des messageries chiffrées serait abandonnée, les plateformes devraient scanner les messages privés à l'aide d'IA, introduire des contrôles d'âge obligatoires pour tous les utilisateurs d'Internet, et des conditions strictes risquant d'exclure les adolescents des applications dotées de fonctions de chat. Les négociations (« trilogues ») débuteront prochainement, dans le but de finaliser le texte avant avril 2026, entre la Commission, le Conseil et le Parlement européen.
Mathilde Saliou , Jean-Marc Manach
Le 27 novembre à 14h22
4 min
Droit
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Après des années de débats, le Conseil européen est parvenu à une position commune sur le projet de « règles en vue de prévenir et de combattre les abus sexuels sur enfants » (Child Sexual Abuse Regulation, CSAR).
Il avait avant tout été retardé par la controverse liée à son pan numérique, et à la gestion des contenus numériques d'abus sexuels sur mineurs (Child Sexual Abuse Material, CSAM). Surnommé ChatControl par ses opposants, le projet de surveillance des messageries a finalement été abandonné au mois d’octobre.
À l’origine, il prévoyait que les forces de l’ordre puissent demander aux entreprises du numérique, plateformes chiffrées de bout en bout comprises, de scanner les échanges sur leurs outils pour repérer du CSAM.
Ce mercredi, les pays de l’Union européenne se sont finalement mis d’accord sur un texte qui supprime les ordonnances de détection obligatoire et met plutôt l’accent sur des mesures renforcées d'atténuation des risques, note Euractiv.
« Chat Control n'est pas mort, il est simplement privatisé »
Le scan volontaire de plateformes à la recherche de CSAM reste néanmoins cité comme outil possible, ce qui inquiète les défenseurs de la vie privée. L'ex-eurodéputé pirate Patrick Breyer avance en effet que « les gros titres sont trompeurs : Chat Control n'est pas mort, il est simplement privatisé » :
« Si le Conseil a supprimé l'obligation de scan, le texte convenu crée un cadre juridique toxique qui incite les géants technologiques américains à scanner sans discernement les communications privées, introduit des contrôles d'âge obligatoires pour tous les utilisateurs d'Internet et menace d'exclure les adolescents de la vie numérique. »
Il souligne que le mandat du Conseil « contraste fortement avec la position du Parlement européen, qui exige que la surveillance ne vise que les suspects et que les contrôles d'âge restent volontaires ». Cela permettrait à des fournisseurs tels que Meta ou Google de « scanner tous les chats privés, sans distinction et sans mandat judiciaire », déplore l'ex-eurodéputé.
« Vous aurez besoin d'une carte d'identité pour envoyer un message »
Le mandat autoriserait en outre le « scan de messages privés, d'images inconnues et de métadonnées à l'aide d'algorithmes et d'une intelligence artificielle ». Et ce, alors que la police fédérale allemande (BKA) a reconnu que 50 % des rapports générés dans le cadre d'un programme volontaire étaient sans intérêt sur le plan pénal, souligne Patrick Breyer :
« Nous sommes confrontés à un avenir où vous aurez besoin d'une carte d'identité pour envoyer un message et où une intelligence artificielle étrangère décidera si vos photos privées sont suspectes. Ce n'est pas une victoire pour la vie privée, c'est un désastre annoncé. »
Patrick Breyer relève en effet que pour se conformer à l'exigence du Conseil d'« identifier de manière fiable les mineurs », les fournisseurs « seront contraints de vérifier l'âge de chaque utilisateur », ce qui repose le problème du partage de documents d'identité avec des entreprises privées (au surplus états-uniennes), et du recours à la reconnaissance faciale.
Une « assignation à résidence numérique » pour les moins de 17 ans
Le texte du Conseil propose de plus d'interdire aux utilisateurs de moins de 17 ans d'utiliser des applications dotées de fonctions de chat, notamment WhatsApp, Instagram et les jeux en ligne populaires, « à moins que des conditions strictes ne soient remplies ».
Cela reviendrait à une « assignation à résidence numérique », isolant les jeunes de leurs cercles sociaux et de l'éducation numérique, déplore Patrick Breyer : « La protection par l'exclusion est un non-sens pédagogique. Au lieu de responsabiliser les adolescents, le Conseil veut les exclure complètement du monde numérique ».
Les négociations (« trilogues ») débuteront prochainement, dans le but de finaliser le texte avant avril 2026, entre la Commission, le Conseil et le Parlement européen. Adoptée en novembre 2023, la position de ce dernier avait supprimé toute mention d’ordonnance de détection sur les plateformes chiffrées.
ChatControl : le compromis du Conseil européen soulève de nouveaux problèmes
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« Chat Control n'est pas mort, il est simplement privatisé »
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« Vous aurez besoin d'une carte d'identité pour envoyer un message »
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Une « assignation à résidence numérique » pour les moins de 17 ans
Commentaires (34)
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Abonnez-vousLe 27/11/2025 à 14h29
Le 27/11/2025 à 14h32
Le 27/11/2025 à 14h31
D'où le sous-titre peut-être.
Le 27/11/2025 à 14h37
Le 27/11/2025 à 14h36
et puis une dose de "si vous n'avez rien à cacher, il n'y a pas de problèmes"
Le 27/11/2025 à 14h39
" Nous faisons ça avec les mineurs et nous n'avons eu aucun problème, je propose donc de l'étendre pour les adultes."
Le 27/11/2025 à 14h42
Modifié le 27/11/2025 à 15h02
je dirai juste que bientot, Minecraft sera donc PG18.
Le 27/11/2025 à 15h16
Le 27/11/2025 à 15h45
Le 27/11/2025 à 16h02
Et seul celui pour enfants sera scanné/contrôlé par les autorités.
Techniquement, on crée un nouveau protocole IPv18 pour les plus de 18 ans.
(quoi. c'est pas pire que leurs propositions.)
Le 27/11/2025 à 17h12
Et quid des serveurs (informatiques) qui n'ont pas d'âge ?
Le 27/11/2025 à 17h44
- si un adulte va sur le réseau enfant, il sera scanné/controlé. Bonne chance à lui.
- si un enfant va sur le réseau adulte, il sera en territoire hostile. Bonne chance à lui.
Le 27/11/2025 à 21h52
Plutôt que de faire un nouveau protocole, tu fais un préfixe IPv6, genre 8000::/3 !
Les box internet ne le routerais pas du tout : On ne pourrait y aller QUE via des smartphones verrouillés (*), avec une carte sim spécialement demandée par les parents à destination de leur enfant !
(*) : Smartphones sans wifi (que réseau mobile) avec 2 modèles : "Hello Kitty" et "Pat Patrouille" , pour éviter les jalousie.
Et comme ça on serait sur que les enfants seront bien protégés.
Le 28/11/2025 à 08h36
Voilà qui va faire la fortune de quelques psy.
Modifié le 28/11/2025 à 09h54
(Moi je pensais surtout au fait que quand tu es chasseur c'est plus facile de chasser dans une réserve naturelle que dans la nature...)
Le 28/11/2025 à 10h11
Le 28/11/2025 à 16h47
Le 27/11/2025 à 16h33
Maintenant faut espérer que la vérification d'age ne s'étende pas jusque là
Le 27/11/2025 à 16h41
Le 27/11/2025 à 18h41
Le 27/11/2025 à 20h02
Le 27/11/2025 à 17h07
Le 28/11/2025 à 09h53
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Le 29/11/2025 à 17h31
Le 30/11/2025 à 00h01
Le 27/11/2025 à 17h48
Le 28/11/2025 à 09h54
Le 28/11/2025 à 08h07
C'est une première ? (il ne me semble pas en avoir déjà vu sur Next.)
Le 28/11/2025 à 09h49
Le 28/11/2025 à 11h35
Modifié le 13/12/2025 à 18h26
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