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Le piratage du ministère de l’Intérieur : un coup de bol opportuniste, et même pas ciblé

Ils ne savaient pas que c'était possible, alors ils l'ont fait

Le piratage du ministère de l’Intérieur : un coup de bol opportuniste, et même pas ciblé

Illustration : Flock

L’enquête de l’Office anticybercriminalité (OFAC) sur le piratage de fichiers du ministère de l’Intérieur révèle qu’il a commencé par la compromission de l’ordinateur personnel d’un fonctionnaire du ministère de… l’Agriculture. Le ou les auteurs de l’intrusion ont ensuite passé deux mois et demi à farfouiller leurs systèmes respectifs, parvenant à franchir près d’une dizaine de lignes de défense en profondeur, avant de réussir à exfiltrer 96 fichiers policiers… auxquels ils n’auraient initialement jamais pensé pouvoir accéder.

Fin décembre, Le Canard enchaîné révélait que le « fric-frac informatique du ministère de l’Intérieur » avait duré du dimanche 9 novembre au jeudi 4 décembre, soit 26 jours, « une très longue journée portes ouvertes ». « C’est la consultation compulsive – le week-end et la nuit – de ce listing ultra-sensible qui a déclenché l’alerte », soulignait le caneton.

D’après un bilan du ministère de l’Intérieur, que le Canard avait pu consulter, « les dégâts sont bien plus importants qu’annoncé : 37 serveurs de messagerie sur 250 ont été compromis, et 14 fichiers de police ont été visités, dont celui des personnes recherchées, qui contient notamment les fichés S ».

Il expliquait que l’intrusion aurait été facilitée du fait que « nombre de poulets se tamponnent le coquillard de la sécurité informatique ». Pour se connecter au système de Circulation Hiérarchisée des Enregistrements Opérationnels de la Police Sécurisés (CHEOPS), le portail permettant d’accéder aux fichiers de la police et de la gendarmerie, il faut normalement utiliser sa carte professionnelle, dotée d’une puce, ainsi qu’un code à quatre chiffres.

Or, « les poulets, moins disciplinés que les pandores, utilisent à tort et à travers un système de secours sans carte, reposant sur le seul identifiant et un code à six chiffres », qu’un policier aurait partagé en clair dans un e-mail auquel le pirate avait pu accéder.

Un cleptogiciel commercialisé entre 300 et 500 $ par mois

L’enquête de l’Office anticybercriminalité (OFAC) de la police judiciaire, que Le Monde a pu consulter, révèle une intrusion autrement plus complexe qui, à défaut d’être particulièrement sophistiquée, montre que les pirates ont passé deux mois et demi à errer dans un labyrinthe de systèmes informatiques interconnectés, et dû franchir de nombreuses défenses en profondeur avant de pouvoir parvenir aux fichiers qu’ils avaient exfiltrés.

La compromission du ministère de l’Intérieur remonte en réalité à un fonctionnaire du ministère de l’Agriculture, surnommé « patient zéro de l’attaque » par les enquêteurs. Dans la soirée du 19 septembre 2025, l’intéressé consulta sa boîte mail professionnelle, depuis son domicile dijonnais, sur son ordinateur personnel.

L’article du Monde laisse entendre qu’il aurait alors cliqué sur un lien adressé à son e-mail professionnel, le conduisant « sur un faux site proposant le téléchargement de logiciels d’édition musicale ». L’article ne précise pas s’il en avait téléchargé un ou s’il s’était contenté de visiter le site, reste que son ordinateur personnel fut contaminé par l’ « infostealer » (« cleptogiciel » en français) Rhadamanthys.

Le journaliste Valéry Rieß-Marchive, rédacteur en chef du MagIT, et l’un des meilleurs observateurs français des arcanes de ce type de cyberattaques, relève sur LinkedIn et sur X que la mention du nom du cleptogiciel utilisé est « rare et ce n’est pas anodin » : le détournement de comptes légitimes suite au passage de tels infostealers, « c’est classique. L’établir est plus rare. Beaucoup plus rare. »

Il émet l’hypothèse selon laquelle cette mention serait potentiellement liée au fait qu’Europol avait annoncé le démantèlement de l’infrastructure de Rhadamanthys, en novembre dernier, dans le cadre d’Endgame, une opération de grande envergure visant à démanteler les botnets et infrastructures criminelles qui y sont associées.

Valéry Rieß-Marchive précisait dans l’article qu’il y avait alors consacré que Rhadamanthys « était proposé avec de multiples plugins et commercialisé entre 300 et 500 $ par mois, payables en cryptopépettes ». À défaut de savoir si les auteurs du piratage du ministère de l’Intérieur étaient eux-mêmes clients de Rhadamanthys, ou s’ils avaient acheté à l’un de ses utilisateurs et/ou revendeurs les données liées au « patient zéro de l’attaque », cette dernière reposait donc aussi sur toute une chaîne logistique, en matière de cyberdélinquance, allant bien au-delà d’un simple piratage de login et mot de passe.

« Une faille sur un outil interne accessible depuis un simple navigateur web »

L’article du Monde ne précise pas si les antivirus et autres systèmes de sécurité du ministère de l’Agriculture auraient pu bloquer l’installation de cet infostealer sur l’ordinateur professionnel du fonctionnaire, mais il est loisible de le penser.

« Quand l’ordinateur personnel d’un collaborateur devient le vecteur d’attaque, le rebond vers le réseau professionnel est désormais quasi immédiat », remarque de son côté Henri d’Agrain, délégué général du Cigref (ex-club informatique des grandes entreprises françaises), en réponse à Valéry Rieß-Marchive.

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Commentaires (36)

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Vu comment c'est troué de partout, on peut imaginer que des puissances étrangères ont déjà des accès en profondeur sans avoir été détectés.
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C'est plus des fuites à ce niveau là, c'est de l'Open Data :pastaper:
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Le meilleur moyen de couper l'herbe sous le pieds des pirates, c'est de diffuser soit-même les données !

Vu le nombre et la quantité de fuite, je me demande si à un moment, juste, ils devraient pas mettre toute les données carrément sur data.gouv.fr République Française , le site est déjà prêt !
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Je pense que le fonctionnaire du Ministère de l'agriculture devrait être suspendu.
SI il avait des droits étendus, c'est que son poste exigeait un minimum de notion de cybersécurité.

Stocker son certificat professionnel sur un serveur à usage personnel, c'est une faute professionnellle!! :cartonrouge:
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C'est détectable par la DSI ?
Genre utilisation du certificat depuis une IP extérieure au ministère ?
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Bah non, on ne peut pas détecter ça par l'adresse IP, puisque par définition du VPN, ça vient d'une IP extérieure.
En revanche, ils pourraient détecter que ça vient d'une machine hors inventaire. Ça, c'est possible.
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La réponse n'est jamais très simple, mais plusieurs solutions VPN permettent de mettre en place un mécanisme de contrôle d'accès au réseau (NAC) de type "host checker" qui valide que la machine qui se connecte satisfait à différents critères, qui vont de la présence d'un antivirus à jour, à l'existence de la machine dans l'inventaire du SI ou divers éléments de configuration, et coupe la connexion si les critères ne sont pas remplis.
Évidemment ça peut assez fréquemment se contourner via des outils qui font du monitoring des accès fichier/registre lors de la connexion. Se baser sur l'adresse IP utilisée pour se connecter, même si on suppose que l'usager légitime a une IP fixe chez lui, il peut-être amené à s'y connecter dans des circonstances où il est en déplacement.
En tout cas, dans un cas de figure où la machine amenée à se connecter n'est pas contrôlée par l'équipe informatique du réseau cible, c'est un peu casse-gueule comme situation. Normalement c'est plutôt machine professionnelle (avec certificat machine qu'on ne peut pas copier de manière triviale).
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Autoriser son personnel à se connecter sur des systèmes pro depuis des devices perso c'est tout aussi fautif. Mais cela a un coût que beaucoup ne veulent pas assumer.
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Au delà de la sanction individuelle, c'est surtout toute la chaîne hiérarchique et d'encadrement qui est à revoir.
Est-ce qu'il a eu les formations adéquat ? Est-ce que son niveau de formation est évalué ? Est-ce que tous les agents ont les droits justes nécessaires à faire leur travail?


Regarde du côté de la police, les mecs utilisent le mot de passe secondaire qu'ils se refilen5pas mail pour accéder aux fichiers, c'est juste dingue...
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Et comme dans 95% des cas, c'est l'interface chaise-clavier qui est à l'origine de la faille...
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C'est intéressant de savoir qu'un certificat de connexion pro dans un cloud public (mauvaise pratique utilisateur), après tout les gens font plein de connerie mais ça devrait sonner en DLP ce genre de chose...

Ce qui est plus curieux, c'est de POUVOIR se connecter au VPN d'un ministère depuis un poste non-enrollé et vérifier par la société.
Si le VPN ne nécessite que le certificat pour se connecter depuis n'importe où, c'est déjà un énorme problème de sécurité...et ça veut dire qu'il n'y a AUCUN contrôle de posture à la connexion ou à l'usage du VPN...en 2026...pour accèder à des portails/Données sensibles...

Même sans parler de contrôle de posture du poste, ça devrait déjà sonner et réclamer un MFA si ça vient d'une mauvaise IP / OS / Fuseau horaires / Langues etc.
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ils ont réussit à passer outre 8 pare feu OpenOffice du coup ! ils sont plutôt pas mauvais !
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J'étais prêt à la faire celle là !
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Il devrait juste y avoir des ordinateurs pro, et non perso pour ces services, sans possibilité d'être admin... Mais bon, faut payer.
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Les pratiques actuelles un peu partout, y compris dans l'administration, c'est ordinateur portable pour tous avec usages bureau ou à distance via vpn. Pour utiliser un ordinateur perso, il faut le vouloir.
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J'ai l'impression de relire exactement l'article que j'ai déjà lu sur Le Monde. Aucune nouvelle info ou analyse plus approfondie. Si vous avez rien a dire de plus, autant faire une brève avec un lien vers l'article du Monde, ce serait plus élégant.
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Je ne sais si vous avez pu lire l'intégralité de l'article, vu que vous n'êtes pas abonné, mais si je ne me suis pas contenté d'en faire une simple brève, c'est précisément parce que je n'ai pas la même grille d'analyse que Le Monde.

Il titre sur "une intrusion qui révèle les failles informatiques de l’Etat", quand le rapport de l'OFAC me semble plutôt documenter le caractère opportuniste du ou des pirates, qui ont réussi à franchir près de 10 lignes de défense en profondeur sans trop savoir ce qu'ils cherchaient.
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Je ne suis pas abonné et j'ai accès à tout l'article. Ce n'est pas censé être le cas ?

D'ailleurs on ne peut pas commenter sans avoir accès à l'article en entier.
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le paywall était mal configuré, c'est réparé, en principe les non abonnés ne peuvent plus lire ni commenter ici (sorry :embarassed: )
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🤣🤣
Cela impose un stop rude à Inodus 😅
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Le cybercriminel Inodemus a passé la première ligne de défense de Next mais a été stoppé net après s'être vanté. Cela me rappelle une récente affaire... :D
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Je ne pense pas que l'utilisation d'un nuage public par le foncrionnaire implique qu'il utilise un PC perso.

Je constate autour de moi que de plus en plus de gens n'ont que le PC portable du travail et en font un usage perso y compris avec leur adresse mail pro.

Je ne pense pas que ce soit une bonne chose de mélanger les usages sur le même ordinateur.
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En lisant l'article je me demande si les services de l’état sont largués à ce point en terme de sensibilisation et sécurisation des accès ou si ce n'est pas un gros enfumage pour dissimuler une intrusion effectuée de manière beaucoup plus simple (et donc une sécurisation pitoyable!). Sinon le gouvernement compte un peu se sortir les doigt du cul pour effectuer au moins un audit des services publique* ou on va continuer avec France-passoire?:baton:

*Dans ma boite c'est audit annuel sur pièce avec audit physique complet tous les 4ans
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Pas que les services de l'état : rien que sur Android 30% d'appareils non maintenus
https://gs.statcounter.com/os-version-market-share/android/mobile-tablet/worldwide
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Et si on arrêtait la multitude de fichiers massifs, tout autant dangereux par leur existence-même qu'inutiles opérationnellement, à finir par contenir des informations sensibles sur la majorité de la population ?

Je sais : l'idée est nouvelle & révolutionnaire…
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Je ne comprends pourquoi ils n'utilisent pas une clef du type UBK pour l'auth avec leur service web. Ca pourrait être utilisé sur un device hors inventaire ( en cas extrême) mais au moins, il n'y a aucun certificat laissé sur la machine.
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UBK??
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Ubikey un produit basé sur U2F voir aussi FIDO2 .
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Je connais Ubikey, U2F, mais pas l'abréviation UBK.
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On va dire que c'est un acronyme utilisé par chez nous, pas forcément universel.. ;-)
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UBK, ce n'est ni un sigle (il n'y a qu'une initiale à Ubikey) ni un acronyme (vu que j'imagine que tu le prononces lettre par lettre pour que ça sonne un peu comme le nom). Du coup ça s'appelle comment ?
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Ça s'appelle tout simplement du langage SMS. Dans ce cas, c'est plus précisément une épelure. La prononciation individuelle des lettres, en anglais, reproduit phonétiquement le mot original.
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Merci !
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Ubikey un produit basé sur U2F voir aussi FIDO2 .
Il me semblait avoir clarifié message 11.1.1
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Moi je connais les Yubikey , qui correspondrait à ces fonctions :
https://www.yubico.com/

Peut-être que c'est ça... ?

(après , les yubikey c'est bien mais c'est pas plus souverain que ça... même si dans le cas d'usage concerné c'est pas le plus grave, on a des sociétés du coté de grenoble chez nous très capable de sortir ce genre de produits ...)
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Une prise de recul intéressante qui casse un peu les bruyants avis tranchés d'experts.

Comme toujours, un problème dans un maillon de la chaîne de sécurité et ce sont des portes qui s'ouvrent petit à petit.