Le piratage du ministère de l’Intérieur : un coup de bol opportuniste, et même pas ciblé
Ils ne savaient pas que c'était possible, alors ils l'ont fait
Illustration : Flock
Le 21 août à 15h58
L’enquête de l’Office anticybercriminalité (OFAC) sur le piratage de fichiers du ministère de l’Intérieur révèle qu’il a commencé par la compromission de l’ordinateur personnel d’un fonctionnaire du ministère de… l’Agriculture. Le ou les auteurs de l’intrusion ont ensuite passé deux mois et demi à farfouiller leurs systèmes respectifs, parvenant à franchir près d’une dizaine de lignes de défense en profondeur, avant de réussir à exfiltrer 96 fichiers policiers… auxquels ils n’auraient initialement jamais pensé pouvoir accéder.
Le piratage du ministère de l’Intérieur : un coup de bol opportuniste, et même pas ciblé
Ils ne savaient pas que c'était possible, alors ils l'ont fait
Illustration : Flock
L’enquête de l’Office anticybercriminalité (OFAC) sur le piratage de fichiers du ministère de l’Intérieur révèle qu’il a commencé par la compromission de l’ordinateur personnel d’un fonctionnaire du ministère de… l’Agriculture. Le ou les auteurs de l’intrusion ont ensuite passé deux mois et demi à farfouiller leurs systèmes respectifs, parvenant à franchir près d’une dizaine de lignes de défense en profondeur, avant de réussir à exfiltrer 96 fichiers policiers… auxquels ils n’auraient initialement jamais pensé pouvoir accéder.
Sécurité
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11 min
Fin décembre, Le Canard enchaîné révélait que le « fric-frac informatique du ministère de l’Intérieur » avait duré du dimanche 9 novembre au jeudi 4 décembre, soit 26 jours, « une très longue journée portes ouvertes ». « C’est la consultation compulsive – le week-end et la nuit – de ce listing ultra-sensible qui a déclenché l’alerte », soulignait le caneton.
D’après un bilan du ministère de l’Intérieur, que le Canard avait pu consulter, « les dégâts sont bien plus importants qu’annoncé : 37 serveurs de messagerie sur 250 ont été compromis, et 14 fichiers de police ont été visités, dont celui des personnes recherchées, qui contient notamment les fichés S ».
Il expliquait que l’intrusion aurait été facilitée du fait que « nombre de poulets se tamponnent le coquillard de la sécurité informatique ». Pour se connecter au système de Circulation Hiérarchisée des Enregistrements Opérationnels de la Police Sécurisés (CHEOPS), le portail permettant d’accéder aux fichiers de la police et de la gendarmerie, il faut normalement utiliser sa carte professionnelle, dotée d’une puce, ainsi qu’un code à quatre chiffres.
Or, « les poulets, moins disciplinés que les pandores, utilisent à tort et à travers un système de secours sans carte, reposant sur le seul identifiant et un code à six chiffres », qu’un policier aurait partagé en clair dans un e-mail auquel le pirate avait pu accéder.
Un cleptogiciel commercialisé entre 300 et 500 $ par mois
L’enquête de l’Office anticybercriminalité (OFAC) de la police judiciaire, que Le Monde a pu consulter, révèle une intrusion autrement plus complexe qui, à défaut d’être particulièrement sophistiquée, montre que les pirates ont passé deux mois et demi à errer dans un labyrinthe de systèmes informatiques interconnectés, et dû franchir de nombreuses défenses en profondeur avant de pouvoir parvenir aux fichiers qu’ils avaient exfiltrés.
La compromission du ministère de l’Intérieur remonte en réalité à un fonctionnaire du ministère de l’Agriculture, surnommé « patient zéro de l’attaque » par les enquêteurs. Dans la soirée du 19 septembre 2025, l’intéressé consulta sa boîte mail professionnelle, depuis son domicile dijonnais, sur son ordinateur personnel.
L’article du Monde laisse entendre qu’il aurait alors cliqué sur un lien adressé à son e-mail professionnel, le conduisant « sur un faux site proposant le téléchargement de logiciels d’édition musicale ». L’article ne précise pas s’il en avait téléchargé un ou s’il s’était contenté de visiter le site, reste que son ordinateur personnel fut contaminé par l’ « infostealer » (« cleptogiciel » en français) Rhadamanthys.
Le journaliste Valéry Rieß-Marchive, rédacteur en chef du MagIT, et l’un des meilleurs observateurs français des arcanes de ce type de cyberattaques, relève sur LinkedIn et sur X que la mention du nom du cleptogiciel utilisé est « rare et ce n’est pas anodin » : le détournement de comptes légitimes suite au passage de tels infostealers, « c’est classique. L’établir est plus rare. Beaucoup plus rare. »
Il émet l’hypothèse selon laquelle cette mention serait potentiellement liée au fait qu’Europol avait annoncé le démantèlement de l’infrastructure de Rhadamanthys, en novembre dernier, dans le cadre d’Endgame, une opération de grande envergure visant à démanteler les botnets et infrastructures criminelles qui y sont associées.
Valéry Rieß-Marchive précisait dans l’article qu’il y avait alors consacré que Rhadamanthys « était proposé avec de multiples plugins et commercialisé entre 300 et 500 $ par mois, payables en cryptopépettes ». À défaut de savoir si les auteurs du piratage du ministère de l’Intérieur étaient eux-mêmes clients de Rhadamanthys, ou s’ils avaient acheté à l’un de ses utilisateurs et/ou revendeurs les données liées au « patient zéro de l’attaque », cette dernière reposait donc aussi sur toute une chaîne logistique, en matière de cyberdélinquance, allant bien au-delà d’un simple piratage de login et mot de passe.
« Une faille sur un outil interne accessible depuis un simple navigateur web »
L’article du Monde ne précise pas si les antivirus et autres systèmes de sécurité du ministère de l’Agriculture auraient pu bloquer l’installation de cet infostealer sur l’ordinateur professionnel du fonctionnaire, mais il est loisible de le penser.
« Quand l’ordinateur personnel d’un collaborateur devient le vecteur d’attaque, le rebond vers le réseau professionnel est désormais quasi immédiat », remarque de son côté Henri d’Agrain, délégué général du Cigref (ex-club informatique des grandes entreprises françaises), en réponse à Valéry Rieß-Marchive.
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Commentaires (36)
Le 21 août à 16h05
Le 21 août à 16h18
Le 21 août à 19h11
Vu le nombre et la quantité de fuite, je me demande si à un moment, juste, ils devraient pas mettre toute les données carrément sur
Modifié le 21 août à 16h25
SI il avait des droits étendus, c'est que son poste exigeait un minimum de notion de cybersécurité.
Stocker son certificat professionnel sur un serveur à usage personnel, c'est une faute professionnellle!!
Le 21 août à 16h30
Genre utilisation du certificat depuis une IP extérieure au ministère ?
Le 21 août à 17h24
En revanche, ils pourraient détecter que ça vient d'une machine hors inventaire. Ça, c'est possible.
Le 21 août à 17h50
Évidemment ça peut assez fréquemment se contourner via des outils qui font du monitoring des accès fichier/registre lors de la connexion. Se baser sur l'adresse IP utilisée pour se connecter, même si on suppose que l'usager légitime a une IP fixe chez lui, il peut-être amené à s'y connecter dans des circonstances où il est en déplacement.
En tout cas, dans un cas de figure où la machine amenée à se connecter n'est pas contrôlée par l'équipe informatique du réseau cible, c'est un peu casse-gueule comme situation. Normalement c'est plutôt machine professionnelle (avec certificat machine qu'on ne peut pas copier de manière triviale).
Le 23 août à 09h54
Le 23 août à 20h31
Est-ce qu'il a eu les formations adéquat ? Est-ce que son niveau de formation est évalué ? Est-ce que tous les agents ont les droits justes nécessaires à faire leur travail?
Regarde du côté de la police, les mecs utilisent le mot de passe secondaire qu'ils se refilen5pas mail pour accéder aux fichiers, c'est juste dingue...
Le 21 août à 16h26
Le 21 août à 16h33
Ce qui est plus curieux, c'est de POUVOIR se connecter au VPN d'un ministère depuis un poste non-enrollé et vérifier par la société.
Si le VPN ne nécessite que le certificat pour se connecter depuis n'importe où, c'est déjà un énorme problème de sécurité...et ça veut dire qu'il n'y a AUCUN contrôle de posture à la connexion ou à l'usage du VPN...en 2026...pour accèder à des portails/Données sensibles...
Même sans parler de contrôle de posture du poste, ça devrait déjà sonner et réclamer un MFA si ça vient d'une mauvaise IP / OS / Fuseau horaires / Langues etc.
Le 21 août à 16h53
Le 21 août à 17h03
Le 21 août à 16h57
Le 21 août à 19h21
Le 22 août à 02h51
Le 22 août à 08h09
Il titre sur "une intrusion qui révèle les failles informatiques de l’Etat", quand le rapport de l'OFAC me semble plutôt documenter le caractère opportuniste du ou des pirates, qui ont réussi à franchir près de 10 lignes de défense en profondeur sans trop savoir ce qu'ils cherchaient.
Modifié le 22 août à 08h19
D'ailleurs on ne peut pas commenter sans avoir accès à l'article en entier.
Le 22 août à 08h48
Le 22 août à 09h18
Cela impose un stop rude à Inodus 😅
Le 22 août à 11h25
Le 22 août à 10h08
Je constate autour de moi que de plus en plus de gens n'ont que le PC portable du travail et en font un usage perso y compris avec leur adresse mail pro.
Je ne pense pas que ce soit une bonne chose de mélanger les usages sur le même ordinateur.
Le 22 août à 14h10
*Dans ma boite c'est audit annuel sur pièce avec audit physique complet tous les 4ans
Le 22 août à 15h48
https://gs.statcounter.com/os-version-market-share/android/mobile-tablet/worldwide
Le 22 août à 15h40
Je sais : l'idée est nouvelle & révolutionnaire…
Le 22 août à 19h01
Le 23 août à 10h16
Modifié le 23 août à 12h09
Le 23 août à 12h13
Le 23 août à 12h21
Modifié le 24 août à 08h45
Le 24 août à 12h49
Le 24 août à 14h00
Le 25 août à 20h49
Le 25 août à 15h12
https://www.yubico.com/
Peut-être que c'est ça... ?
(après , les yubikey c'est bien mais c'est pas plus souverain que ça... même si dans le cas d'usage concerné c'est pas le plus grave, on a des sociétés du coté de grenoble chez nous très capable de sortir ce genre de produits ...)
Modifié le 24 août à 10h44
Comme toujours, un problème dans un maillon de la chaîne de sécurité et ce sont des portes qui s'ouvrent petit à petit.
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