Et si l’IA permettait d’augmenter le nombre d’emplois, plutôt que de les supprimer ?
Jobs everywhere ?
Illustration : Flock
Le 07 juillet à 16h40
Dans le secteur de l’information (médias, numériques), l’adoption forte de l’IA s’accompagne d’une augmentation des effectifs sur 24 mois, relève une nouvelle étude. Des résultats qui viennent ajouter de la complexité (ou de la nuance ?) dans les débats sur les effets de ce type de technologies sur le travail.
Et si l’IA permettait d’augmenter le nombre d’emplois, plutôt que de les supprimer ?
Jobs everywhere ?
Illustration : Flock
Dans le secteur de l’information (médias, numériques), l’adoption forte de l’IA s’accompagne d’une augmentation des effectifs sur 24 mois, relève une nouvelle étude. Des résultats qui viennent ajouter de la complexité (ou de la nuance ?) dans les débats sur les effets de ce type de technologies sur le travail.
Droit
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6 min
L’intelligence artificielle cause-t-elle la suppression de milliers d’emplois ? Permet-elle la création de milliers d’autres ? Se contente-t-elle de modifier la qualité des emplois préexistants ? Depuis l’introduction des modèles génératifs, les travaux s’accumulent, qui tentent de détailler les effets concrets de la technologie sur le travail.
Une nouvelle étude menée par Ramp et Revelio Labs vient dessiner une image un peu moins négative que l’essentiel de celles qui la précèdent. La première suit les dépenses des entreprises en matière d’IA, et la seconde s’intéresse à l’évolution des effectifs des sociétés. En cumulant leurs données relatives à 22 000 entreprises états-uniennes, elles constatent que celles qui ont investi le plus dans l’IA enregistrent une croissance plus forte de leur nombre d’employés que les autres.
La tendance s’observe jusque du côté des emplois juniors. Elle est, cela dit, « quasiment exclusivement liée » aux sociétés dont l’adoption d’IA est dite de « haute intensité ».
Tous les types d’emploi, mais surtout des sociétés technologiques
Ce type d’entreprise est à envisager comme dépensant une moyenne de 30 $ par employé et par mois en IA sur ses trois premiers mois d’activité. En moyenne, ces sociétés ont enregistré en deux ans une croissance de 10,2 % de leur effectif global, et de 12 % de leurs effectifs à des postes juniors. Les premiers effets en termes de croissance émergent « environ 6 à 12 mois après l’adoption, probablement après que les entreprises mettent en place de bonnes pratiques, intègrent les IA dans les outils de travail et se retrouvent en capacité de faire de nouveaux investissements et de recruter des équipes », écrivent les auteurs de l’étude.
En termes métiers, ces « adopteurs de haute intensité » font évoluer positivement leurs effectifs dans toutes sortes d’emplois, y compris certains très exposés à l’IA. Ainsi des métiers d’ingénierie, de vente, de service client ou de finance. Les sociétés qui investissent moins dans ces technologies n’enregistrent pas de variation évidente de leurs effectifs.
Est-ce à dire que l’IA explique directement l’augmentation constatée des effectifs ? L’histoire n’est pas si simple : d’après les auteurs de l’étude, le profil des sociétés qui tombent dans la catégorie « adopteurs de haute-intensité » est lui-même relativement spécifique. De manière générale, les entreprises qui recourent à l’IA sont « plus grandes, plus techniques et en croissance plus rapide » avant même de s’être tournées vers ces technologies.
Ce sont globalement des entreprises qui paient des salaires plus hauts que dans le reste du panel étudié, et qui sont plus souvent « soutenues par du capital-risque ». Elles sont par ailleurs plus souvent actives dans des domaines proches du monde technologique (le recours à l’IA est nettement moins fort dans des domaines comme la construction, la santé, l’art et le divertissement ou l’hôtellerie et la restauration). Dans la mesure où ce type d’entreprises croit généralement bien plus rapidement que les autres grâce à leur forme de financement, note TechCrunch, cela complique la capacité à établir si c’est bien l’IA qui conduit l’augmentation des embauches, ou l’activité générale.
Les auteurs constatent par ailleurs que la présence d’ingénieurs joue directement sur l’adoption : elle est « beaucoup plus courante lorsqu’une entreprise a des équipes d’ingénierie ». Les sociétés de l’industrie de l’information (médias, fournisseurs logiciels, etc.) sont celles qui démontrent le plus fort lien entre adoption d’IA et augmentation à moyen terme de l’emploi.
Autre élément notable : les données de Ramp et Revelio Labs n’illustrent pas d’effet négatif de l’IA sur l’emploi (au sens où son adoption aurait expressément conduit à la réduction des forces des sociétés concernées). En cela, elles tendent à confirmer les éléments établis par Oxford Economics en janvier, selon lesquels de nombreuses sociétés exagéraient purement les effets des technologies sur leur productivité.
Un débat qui reste ouvert
Au-delà de la question du type de sociétés et de leur secteur d’activité, comment comprendre ces résultats, si différents des multiples études bien plus négatives sur les effets de l’IA sur l’emploi, et qui inquiètent les Français ? Les pistes sont multiples.
L’explication peut se trouver du côté du recul croissant qu’il est possible d’obtenir sur les impacts de cette technologie, d’une part. Elle peut aussi se chercher du côté des effets d’annonces, dans lesquels des sociétés indiquent remplacer des employés par des nouvelles technologies pour transformer une mauvaise nouvelle (l’entreprise va trop mal pour maintenir ses effectifs) en une d’apparence positive (l’entreprise est innovante).
Elle peut aussi s’expliquer par le fait que cette étude s’inscrit dans une somme plus large de travaux, qui ne permettront de dégager une image claire des effets de l’IA sur l’emploi qu’au bout d’une durée bien plus longue que trois ans. Et contrairement à d’autres travaux, elle prend le parti d’adopter une approche macro. Cela signifie qu’elle ne donne aucune précision sur la qualité des emplois créés, et sur la mesure dans laquelle l’IA les a modifiés.
Commentaires (18)
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Abonnez-vousLe 7 juillet à 17h04
Le problème n'a jamais été l'emploi mais la rémunération de celui-ci versus contrainte acceptable (variable personnelle).
En France de l'offre d'emploi il y en a partout et beaucoup sauf que la rémunération proposée n'est pas (plus en adéquation avec la contrainte.
Exemple le metier de serveur.
Beaucoup de restaurant en propose, sauf que c'est au salaire minimum (merci le smic) et avec des horaires de fou. Genre 10h30 14H00 coupure et repris 18H30 22h00 techniquement tu n'a bien que 7h de boulot mais si tu habites à 1H30 2h de transport et bien tu restes dans le coin... et au lieu de 7 h c'est 11 de pris..(sans tenir compte du temps de transport en plus ...)
Le 7 juillet à 17h06
Plus ta marge par salariés est élevée, plus tu as intérêt à avoir des salariés.
Pour l'instant j'ai surtout l'impression que tout le monde s'affole parce que les géants de la tech, principalement, se mettent à virer du monde non pas à cause de l'IA mais parce que ce sont des boites qui ne sont et n'ont jamais été structurellement optimisées. Ça fait des décennies que les GAFAM paient des centaines de milliers gens à rien foutre parce que l'argent était gratuit et maintenant que ce n'est plus le cas, ça panique. J'ai même souvenir d'une lointaine époque où ils assumaient quasi publiquement d'embaucher des ingénieurs sans trop savoir quoi en faire juste pour qu'ils ne leur fassent pas concurrence.
Dans les petites boites au contraire, je commence à voir, grâce à l'IA, des projets qui se portent de mieux en mieux (au fur et à mesure de l'adaptation), des bugs corrigés de plus en plus vite, des clients petit à petit plus satisfaits etc etc ...
C'est juste ma théorie (et je suis biaisé parce que je veux que ce soit ça qui arrive) mais je ne serai pas étonné que l'IA ne fasse plus de mal à ses créateurs qu'à l'économie.
Là où un Google ou un Microsoft sont à risque de s'écrouler sous leur propre poids, une petite équipe agile et spécialisée (voire parfois, un seul humain) peut livrer rapidement des solutions qui fonctionnent et satisfont leurs clients. Et je parle pas de vibe coding, je parle de petites équipes qui connaissent le métier de leur client et de quelques devs qui savent faire sérieusement de la revue de code (ce qui représente en réalité depuis bien avant l'IA, la majorité du travail d'un développeur).
Le 7 juillet à 18h57
Modifié le 7 juillet à 22h29
Le 8 juillet à 11h49
Nouveaux phénomènes de mode: découvrir que l'informatique est la science de la boucle. Paraît que LOOPS est plus intelligent que de mettre plusieurs instances de la même IA à qui on a décrit maladroitement des fiches de postes pour humain.
Le 7 juillet à 18h14
Modifié le 7 juillet à 18h54
Edit : ... je ressors encore cette très bonne interview de Jarrige chez Circular Metabolism qui décortique cette notion de "progrès" et appuie sur le refus de voir les effets néfastes des technologies pourtant censées résoudre celles d'avant
Et, dans notre cas précis, les jobs sont juste la partie visible de l'iceberg IA. Vol d'IP, impact écologique, énergétique, idéologie de la domination, etc... sont toujours là et bien là.
Modifié le 8 juillet à 07h50
Le 8 juillet à 07h57
Et dieu sait s’il y en a. Personnellement je vois l’IA (les LLMs en particulier) comme une boîte de Pandore. On n’aurait jamais dû l’ouvrir mais maintenant que c’est ouvert on n’a plus le choix on va devoir faire avec.
Et comme l’impact sur les emplois est l’un des effets néfastes redoutés, c’est normal d’en parler, et on a le droit de s’en réjouir si des études montrent que ce sera moins pire qu’anticipé.
C’est comme l’adaptation au changement climatique, on a beau jeu de dire, a raison, tout ce qu’il n’aurait pas fallu faire dans le passé, finalement tout ce qui importe c’est ce qu’on peut faire au présent.
Tout domaine confondu, le monde en général est dans un certain état dans lequel ni toi, ni moi, ni beaucoup de gens auraient souhaité qu’il soit, et pour autant tout ce qui compte c’est comment on vit dans ce monde maintenant.
Modifié le 8 juillet à 11h01
Le 8 juillet à 11h07
Il faut faire les deux en parallèle maintenant.
Et pour s'adapter au mieux, il faut savoir en avance aussi la trajectoire attendue du réchauffement climatique car on ne s'adapte pas pareil à une augmentation mondiale de 2°C ou à 3°C.
Les mesures d'adaptation ne sont pas du "confort", cela fait partie aussi de la survie de tous. Et l'adaptation ce n'est pas juste mettre de la clim. Cela implique de revoir l'urbanisme, déloger ou interdire de construire à certains endroits, construire des structures sur les côtes, revoir les parcelles agricoles, les essences d'arbres qu'on plante en forêt, etc. Des mesures qui mettent des décennies à voir le jour à l'échelle donc non on ne peut pas attendre 2050 pour commencer le travail, il faut commencer à préparer maintenant.
Le 8 juillet à 12h31
Le 8 juillet à 13h15
Le 8 juillet à 13h16
S'adapter ne signifie pas qu'on ne doit pas réduire par ailleurs. D'ailleurs s'adapter peut aussi réduire le coût global si on le fait tôt, exemple typique construire ou reconstruire dans des zones qui seront de manière inévitables inondables de manière régulière dans le futur plus ou moins proche, c'est un gâchis de ressources.
Le 7 juillet à 21h33
Modifié le 8 juillet à 01h13
Une autre formulation de : À quoi sert ce machin technologique ? Question rhétorique : on n'en sait toujours rien et on ne se pose même plus la question.
Servir de nounou à un machin technologique perdu ?
Servir de garde-fou face à un machin qui ment (affirme des choses fausses de manière péremptoire) régulièrement ?
Compenser/Corriger les erreurs plutôt que faire/créer ?
Compenser, corriger, vérifier… Vis ma vie de correcteur de copie.
On supprime des postes de création pour les remplacer par des postes de gestion.
Où est l'évolution positive ? Où est la baisse de pénibilité ? Où est l'intérêt ? Comment cela pourrait-il être passionnant ?
Pour ma part, je vis pour (bien) faire les choses, et c'est cela qui fait fonctionner mon circuit de récompense d'utilité pour la collectivité. Retirez-moi cela, et je ne fais plus que me demander ce que je fous là, à quoi je sers, et à quoi ce à quoi je participe sert-il.
Le 8 juillet à 13h40
Modifié le 9 juillet à 19h22
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