Après 3 ans d’IA générative, un marché de l’emploi des développeurs touché mais pas coulé
Moins de juniors = moins de futurs seniors
Illustration : Flock
Le 04 mai à 18h09
Aux États-Unis comme en France, les institutions comme l’Insee ou la Fed constatent une stagnation, voire une baisse, de l’emploi dans les secteurs liés à l’informatique, ceci corrélé à l’arrivée en masse des outils d’IA générative.
Après 3 ans d’IA générative, un marché de l’emploi des développeurs touché mais pas coulé
Moins de juniors = moins de futurs seniors
Illustration : Flock
Aux États-Unis comme en France, les institutions comme l’Insee ou la Fed constatent une stagnation, voire une baisse, de l’emploi dans les secteurs liés à l’informatique, ceci corrélé à l’arrivée en masse des outils d’IA générative.
Économie
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5 min
Après un peu plus de trois ans d’IA générative, les premières analyses chiffrées du marché du travail dans l’informatique sont arrivées. Une corrélation commence à se dessiner franchement entre la morosité de l’emploi dans le secteur et l’arrivée des outils comme Claude Code, Codex et autres Cursor.
Une baisse de l’emploi chez les devs aux États-Unis
Ainsi, dans une note de conjoncture, l’Insee explique que « l’emploi salarié dans le secteur des activités spécialisées, scientifiques et techniques, qui représente 8 % de l’emploi salarié aux États-Unis, décélère depuis 2023 et baisse en 2025 :- 0,2 % en 2025, après + 0,3 % en 2024 et + 2,5 % en 2023. Dans le secteur plus spécifique des services de conception de systèmes informatiques et services connexes, qui représente 2 % de l’emploi salarié, l’emploi recule même depuis deux ans (- 1,6 % en 2025, après - 1,2 % en 2024) ».
L’organisme français de la statistique ajoute que, dans le même temps, « la valeur ajoutée rapportée à l’emploi privé suggère une amélioration récente de la productivité apparente, notamment en 2025, dans les secteurs des activités spécialisées, scientifiques et techniques et des services de conception de systèmes informatiques et services connexes », ceci toujours aux États-Unis.
Moins d’emplois de développeurs, mais pas forcément moins d’emplois pour les développeurs
Un rapport de la Réserve fédérale américaine (Fed) publié aussi en mars dernier va dans le même sens. La Fed n’a pas étudié le problème de la même façon. Elle a simulé ce qu’aurait pu être l’évolution du marché de l’emploi des développeurs aux États-Unis si l’IA générative n’avait pas émergé, en analysant le marché de l’emploi dans les industries qui ont traditionnellement une demande intensive en développeurs et dans les autres. « Si l’on considère la période d’environ trois ans écoulée depuis novembre 2022 et en prenant comme référence les 5,735 millions d’emplois de développeurs existants, cela signifie qu’environ 500 000 emplois de développeurs supplémentaires auraient été créés si l’on n’avait pas eu recours à grande échelle aux modèles de langage de grande capacité (LLM) », expliquent les chercheurs de l’institution [PDF].
Plus en détail, on voit que « l’écart ne se creuse de manière significative qu’au milieu de l’année 2024 » en regardant le premier graphique ci-dessous.
Les deux graphiques suivants permettent de s’apercevoir que c’est dans les industries où la demande en développeurs est traditionnellement intensive que celle-ci stagne au lieu d’augmenter :
Ils ajoutent cependant une remarque : « pour plusieurs raisons, nous n’interprétons pas ces résultats comme une preuve que l’IA a supprimé 500 000 emplois dans l’économie ». Effectivement, les développeurs peuvent avoir pris des postes qui ne sont pas étiquetés comme tels. Et ils expliquent que « l’IA pourrait modifier la composition des tâches des professions, ainsi un potentiel développeur d’aujourd’hui pourrait se diriger vers un poste de management ou une autre profession qui utilise désormais davantage ses compétences de développeur ».
Pour les chercheurs de la Fed, l’industrie de l’IA générative n’est pas « encore » un possible facteur de retournement de la situation de l’emploi chez les développeurs aux États-Unis. « Au total, les effectifs d’OpenAI, d’Anthropic et de Google DeepMind sont probablement inférieurs à 15 000 personnes, et bon nombre de ces employés ne sont pas des développeurs. Même en multipliant ce chiffre par six pour tenir compte des start-ups et des équipes d’IA chez Meta, Microsoft et ailleurs, on atteindrait toujours moins de 2 % des développeurs américains », explique leur rapport.
Des observations similaires sur le marché français
Du côté français, l’Insee estime qu’une « lecture analogue peut être menée » : « depuis 2023, l’emploi baisse dans ce secteur, tandis que la valeur ajoutée conserve une trajectoire sans inflexion marquée ».
En allant un peu plus dans le détail, il explique que ce sont plutôt les profils juniors qui seraient touchés. « Les ajustements liés à l’IA pourraient, à court terme, se concentrer moins sur l’emploi total que sur la structure des embauches, en particulier sur les positions d’entrée dans certains métiers (fonctions support, administratif, conseil, certaines tâches de développement et d’analyse), et pénaliser fortement les jeunes », explique l’organisme.
Ainsi, on peut voir qu’en France, au quatrième trimestre 2025, l’emploi des jeunes salariés (15 - 29 ans, hors alternants) est en baisse de 7,4 % sur un an dans les activités informatiques :
Quand on regarde les chiffres sur 2 ans, entre 2023 et 2025, l’emploi s’est contracté de 3 % dans les activités informatiques et services d’information, mais ce sont les juniors qui en payent le prix. Ainsi, alors que les 30 - 54 ans et les 55 ans et plus voient les offres d’emplois toujours augmenter sensiblement, « l’emploi salarié des 15 - 29 ans (hors alternants) recule en glissement annuel de 7,4 % dans les activités informatiques », explique l’Insee :
De son côté, le chercheur de l’université de Boston, James Bessen, s’appuie sur l’augmentation globale de l’emploi dans le secteur aux États-Unis pour souligner que la « job-pocalypse » dont la peur s’était répandue suite à un billet de blog viral de Matt Schumer n’a pas eu lieu. « Étonnamment, cependant, après trois ans d’utilisation de l’IA, les emplois dans le secteur du développement logiciel ont continué à progresser de manière soutenue, atteignant des niveaux d’emploi records : 2,5 millions en février ».
Commentaires (25)
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Abonnez-vousLe 4 mai à 20h09
Modifié le 5 mai à 07h06
Et puis ça colle bien avec le vieillissement de la société.
Perso je suis dev « senior » (ça va j’ai 35 balais quoi) et je suis marqué de ne plus avoir de petits jeunes autour de moi.
Tout le monde a entre 30 et 45 ans et ça rend l’ambiance de travail vraiment bizarre. Une sorte d’entre soi, j’ai l’impression de ne bosser qu’avec des clones de moi même. Même si les gens sont globalement sympa, on ne se remet jamais en question, on est tous très sûrs de ce qu’on fait, personne n’est là pour nous demander ce qu’on est bien en train de faire, on n’apprend plus rien. Les juniors servent aussi à ça : avoir un regard neuf et candide sur la merde qu’on est en train de produire sans réfléchir.
Et ça me dérange d’autant plus que personnellement une grande partie de ce qui me plaisait dans ce métier c’était de transmettre aux plus jeunes.
Pas sûr que je tienne encore des décennies à faire chier du code à Claude en étant entouré de vieux.
Le 5 mai à 11h17
Et ça tue l'envie de transmettre, visiblement l'IA c'est mieux.
Le 5 mai à 15h44
Le 7 mai à 16h41
Le 5 mai à 07h42
Outre l'aspect IA gen qui peut potentiellement influer, je pense qu'on a aussi un reflet de l'état du marché avec des entreprises qui font la gueule sauf rares exceptions (une goutte d'eau sur un tissu de +/- 3 millions de boîtes en France).
Je ne parlerais pas pour le marché du travail US, il est trop différent.
Le 5 mai à 11h25
Le 5 mai à 12h43
Je me base surtout sur mon ressenti et constat terrain où, pré-COVID, certaines boîtes allaient, d'autres moins bien. COVID est arrivé, y'a eu un essort pour moderniser tout ce qui touche au numérique, car beaucoup ont été pris au dépourvu (l'arrivée des drives dans les GSS, par exemple). Puis là, avec le contexte géopolitique qui n'aide pas (guerres à gogo, inflation, instabilité politique en France, etc.), les entreprises font mécaniquement machine arrière et stoppent des investissements. Tout comme un an avec un gouvernement sur un siège éjectable, c'est un an où des entreprises n'ont pas embauché pas ou très peu et peu investi.
Connaissant mieux le marché du Nord que le reste de la France, ça se traduit par exemple avec les 3 plus gros Mulliez du coin qui, dès qu'ils toussent (et autant dire qu'en ce moment, ça crache les poumons avec des glaires pas très ragoutants - genre 50 ans de clope non stop), c'est 500 prestas (SSII / indeps) sur le marché. À l'époque où j'étais encore en SSII, on entendait "on recrute 50 alternants et on espère 50 embauches". Des échos que j'ai de nos jours, c'est clairement plus ça vu que les marchés et les portefeuilles clients se sont réduits. Pourtant, un junior, ça ouvre plus de latitude sur la marge qu'un expérimenté.
De ma fenêtre, le manque de juniors se traduit aussi par le fait qu'on va préférer un expérimenté opérationnel "out of box" pour éviter de se farcir le temps de montée en compétence. Ce qui est, évidemment, la même vision court-termiste que l'idée de filer des abo Claude à des dev seniors plutôt que de recruter des juniors pour les épauler et les remplacer demain.
Bref, si l'évaluaton de l'impact de l'IA est intéressante sur le marché du travail (ce sont des retours que j'aime voir), je crains cependant qu'il faille conserver une vision plus haut niveau pour s'assurer de prendre en compte toutes les variables dans l'équation. J'espère qu'à l'occasion on pourra voir des études plus macro évaluant les impacts sur ces différents facteurs.
Modifié le 5 mai à 14h18
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Le 6 mai à 14h24
C'est plus ça la formule consacrée
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