La Chine aurait espionné des satellites depuis un village français
Guoanbu, jusqu'hallali
Getty Images & Unsplash+
Le 13 juin 2025 à 16h14
Intelligence Online révèle qu’une petite société de télécommunications spatiales chinoises avait déployé une station d’écoute dans un village rural à proximité de centres du CNES et d’Airbus. Son antenne ciblait les fréquences de communication des satellites français. Peu de temps après, un satellite survolant la frontière russo-ukrainienne a brusquement cessé de fonctionner.
La Chine aurait espionné des satellites depuis un village français
Guoanbu, jusqu'hallali
Getty Images & Unsplash+
Intelligence Online révèle qu’une petite société de télécommunications spatiales chinoises avait déployé une station d’écoute dans un village rural à proximité de centres du CNES et d’Airbus. Son antenne ciblait les fréquences de communication des satellites français. Peu de temps après, un satellite survolant la frontière russo-ukrainienne a brusquement cessé de fonctionner.
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7 min
D’après Intelligence Online, qui a passé plusieurs mois à enquêter à ce sujet, il s’agirait de « l’une des plus grandes opérations d’espionnage ayant visé la France ces dernières années ».
Dans une enquête en deux parties, notre confrère raconte qu’en 2022, la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD), le service de contre-espionnage et de contre-ingérence du ministère des Armées, découvrait une « antenne suspecte » dépassant d’un balcon dans un immeuble de Boulogne-sur-Gesse.
D’après les sources d’Intelligence Online, il s’agirait d’un « endroit parfait pour intercepter des communications échangées » avec les satellites gérés par le Centre national d’études spatiales (CNES). Ce village de 1 600 habitants en Haute-Garonne est en effet situé à 71 km à vol d’oiseau du téléport (ou station terrestre de télécommunication par satellite) d’Issus Aussaguel qui, sis à 20 km au sud de Toulouse, permet de piloter les satellites d’observation de la Terre du CNES.
D’autant que Boulogne-sur-Gesse se situe aussi à 74 km du site toulousain de l’Astrolabe, la division du groupe Airbus Defence and Space (ADS) spécialisée dans les avions militaires, les drones, les missiles, les lanceurs spatiaux et les satellites.
Une cellule réunissant quatre services de renseignement
Contactée par la DRSD, l’Agence nationale des fréquences (ANFR) découvrit que l’antenne ne disposait d’aucune autorisation d’emploi. En outre, la personne qui avait déployé l’antenne est une Chinoise, diplômée d’une université proche de l’Armée populaire de libération et travaillant pour une entreprise chinoise de « services de communication dans le domaine spatial ».
Le faisceau d’indices suspicieux était tel qu’au printemps 2022, une cellule interservices était créée, réunissant la DRSD, les services de renseignement extérieur (DGSE), intérieur (DGSI), et financier (Tracfin). « Un dispositif peu courant dans le contre-espionnage économique », souligne Intelligence Online.
Leurs investigations allaient confirmer que l’antenne était bien en capacité d’intercepter les communications satellitaires, mais également qu’elle ciblait précisément les fréquences de communication des satellites français (CNES, Airbus, Thales Alenia Space).
Les services concluaient en outre que l’opération émanerait du ministère de la Sécurité de l’État (ou Guoanbu), le principal service secret chinois. Intelligence Online ne donne aucune indication par contre sur quand l’antenne avait été mise en place et donc pendant combien de temps elle avait pu « écouter » des transmissions.
Un satellite azerbaïdjanais survolant la frontière russo-ukrainienne
Dans la seconde partie de son enquête, Intelligence Online revient sur « la mystérieuse perte d’un satellite d’Airbus vendu à l’Azerbaïdjan ». En mars 2023, SPOT-7 (pour Système probatoire d’observation de la Terre), qui avait été vendu à l’agence spatiale azerbaïdjanaise Azercosmos par Airbus Group en 2014 et avait au passage été renommé Azersky, cessait brusquement d’émettre.
La piste d’une collision avec un débris ou une météorite était rapidement écartée, la trajectoire du satellite n’ayant pas été affectée. A contrario, « un large faisceau d’indices » laissait supposer une opération émanant d’un « acteur étatique hostile ».
Le Centre Opérationnel de Surveillance Militaire des Objets Spatiaux (COSMOS), une unité du Commandement de l’espace (CDE) créée en 2014, relevait que le satellite azerbaïdjanais avait perdu ses deux panneaux solaires avant de disparaître. Circonstance aggravante : ses réservoirs d’hydrocarbures alimentant les propulseurs avaient en outre été vidés.
Armée : immersion au cœur du COSMOS, le centre du commandement de l’espace
« Au moment où il a cessé d’émettre […] Azersky était positionné exactement au-dessus de la frontière russo-ukrainienne », précisent nos confrères, sans expliquer comment ils ont pu obtenir la localisation précise du satellite.
Azersky se déplaçait en effet très rapidement. Il était à près de 700 km d’altitude, sur une orbite héliosynchrone, avec une période orbitale de 98,79 minutes. Le satellite effectuait ainsi le tour de la Terre en 1h40 environ, soit une vitesse de 27 000 km/h.
Selon l’Agence spatiale européenne, le satellite pouvait repasser au même endroit avec un délai compris entre un et trois jours. Intelligence Online ajoute que les images prises par le satellite (avec une résolution de 1,5 m) étaient transmises à l’armée ukrainienne par l’Azerbaïdjan, qualifié de « discret allié de Kiev ».
Une opération orchestrée par la Chine, alliée de la Russie ?
Les services de renseignement russes disposent bien d’unités entraînées à ce type d’opérations de guerre électronique et cybernétique, comme on l’avait vu avec la cyberattaque Viasat (KA-SAT) qui, à la veille de l’invasion militaire russe, avait rendu des dizaines de milliers de terminaux satellitaires inopérants. Il y a néanmoins une différence de taille : l’attaque Viasat visait les installations au sol. Ici, c’est le satellite qui semble ciblé, sans que l’on sache comment.
La Russie avait aussi précédemment montré ses muscles, de la manière la moins discrète possible, en tirant un missile tiré depuis la Terre pour détruire l’un de ses propres satellites. Une démonstration de force et une pluie de centaines de débris ; un « comportement imprudent et irresponsable » pour certains.
Mais les services français penchent plutôt pour une opération orchestrée par la Chine, alliée de la Russie, à qui elle fournit des capacités d’observation satellitaires. La société chinoise qui avait déployé l’antenne d’écoute satellitaire à Boulogne-sur-Gesse venait en effet d’être informée de l’ouverture d’une enquête judiciaire pour utilisation non conforme de fréquences ou d’équipements radioélectriques.
En outre, l’entreprise ayant déployé l’antenne appartient au groupe privé chinois Emposat, soupçonné d’espionnage par la République tchèque, qui opère pour sa part des stations de communication par satellite et « est très implanté en Azerbaïdjan, où il fournit plusieurs stations de communication par satellite terrestres à Azercosmos ».
Contactés, aucun des acteurs impliqués de part et d’autres n’ont souhaité faire de commentaires, à l’exception de la personne ayant déployé l’antenne et qui leur a répondu : « Tout ce que je peux vous dire est que tout est faux ».
Voir aussi l’enquête en quatre parties que nous avions consacrée aux enquêtes menées par le FBI au sujet d’ingérences chinoises de ce type menées aux États-Unis, et aux dérives que cela avait aussi pu engendrer :
Commentaires (26)
Modifié le 13/06/2025 à 17h21
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En mars 2023, SPOT-7, qui avait été vendu à l'agence spatiale azerbaïdjanaise Azercosmos par Airbus Group en 2014 et avait au passage été renommé Azersky, cessait brusquement d'émettre. Au moment où il a cessé d'émettre […] Azersky était positionné exactement au-dessus de la frontière russo-ukrainienne.
Les images prises par le satellite (avec une résolution de 1,5 m) étaient transmises à l'armée ukrainienne par l'Azerbaïdjan, qualifié de « discret allié de Kiev ».
Les services de renseignement russes disposent bien d'unités entraînées à ce type d'opérations de guerre électronique et cybernétique. Mais les services français penchent plutôt pour une opération orchestrée par la Chine, alliée de la Russie. L'entreprise ayant déployé l'antenne appartient au groupe privé chinois Emposat, soupçonné d'espionnage par la République tchèque.
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lol. Qu'il dise le contraire eut été étonnant. A moins de vouloir se mettre à dos les officines d'Ukraine, d'Azerbaïdjan, de Russie et de Chine.
Modifié le 13/06/2025 à 17h33
Pourquoi les chinois, alliés des russes, ont piraté un satellite français, vendu à l'Azerbaïdjan, pour le placer à la frontières ukrainiaine/russe, pour donner des images aux ukrainiens?
En tout cas, le piratage est impressionnant, ça voudrait dire que les chinois ont été capable d'envoyer des ordres signés cryptographique au satellite? ou bien que la communication n'est tout simplement pas chiffré/signé?
Le 13/06/2025 à 17h42
Ils ont perdu la communication au passage dans la zone.
Et maintenant il n'a plus de panneaux solaires et plus de carburant.
Alors on ne sait pas si c'est faisable depuis une antenne terrestre d'envoyer un code qui brulerait les régulateurs de charge solaire et purgerait les réservoirs.
Mais le cuicui il tourne en rond sans ailes et sans plumes maintenant.
Modifié le 13/06/2025 à 18h05
La Chine a peut-être voulu rendre service à la Russie.
Le 13/06/2025 à 18h22
En faite, ils ont détourné le satellite qui donnait des images pour plus qu'il en donne
Je comprends vite, mais faut m'expliquer longtemps :p
Le 13/06/2025 à 18h12
Modifié le 13/06/2025 à 17h38
Le 13/06/2025 à 18h13
Le 13/06/2025 à 18h35
Le 13/06/2025 à 18h47
Certes ils ont un ennemi commun, mais ça ne suffit pas.
A la base, tout le monde espionne tout le monde sur terre, je pense que la Francie en fait autant, si ça n'est pas le cas, c'est dommage.
Le 13/06/2025 à 18h58
L'Azerbaïdjan a un satellite qui est tombé en panne.
Pas d'bol, y'a un SAV chez Airbus ?
Je ne pense pas que ça se soit passé par voie diplomatique.
Par contre il y a un truc qui m'échappe :
Soit l'écoute en France a permis de comprendre le moyen et protocole de communication d'airbus et qui était utilisé par Azercosmos qui se serait fait pirater ses antennes pour envoyer un firmware destructeur, soit j'ai pas compris le lien entre les 2 zones.
Sinon ptet avec une antenne déployée ponctuellement à la frontière Russe pour charger le code maléfique.
Le 16/06/2025 à 09h59
Ca existe parfaitement dans les faits, donc.
Le 16/06/2025 à 11h17
Le 16/06/2025 à 11h28
Le 16/06/2025 à 11h33
Le 13/06/2025 à 18h50
Reste a déterminer si elle a su déchiffrer les signaux de communications conçus par le CNES et l'AES pour communiquer avec leur satellites, et si elle a pu envoyer ses résultats d'analyse en Chine pour que celle-ci apprenne à prendre le contrôle d'un satellite français.
Le 13/06/2025 à 19h33
il faut une licence si on n'émet pas ?
Le 13/06/2025 à 20h49
Une antenne passive qui écoute, on ne déclare rien.
Ca n'empèche pas l'enquète, mais pour moi tu es libre de disposer des ondes qui t'entourent.
Le 13/06/2025 à 22h03
Par contre, tant qu'il n'y a pas émission, ça doit rester neutre pour l'anfr, autrefois on arrivait à détecter les fréquences hétérodynes, qui n'étaient pas vraiment émises mais maintenant à l'époque du filtrage numérique, ça n'a plus guère de sens non plus
Modifié le 14/06/2025 à 05h44
En 2017, un office qui gérait un jardin des Plantes en plein cœur de Washington reçoit une super offre de mécénat d'une organisation culturelle chinoise : cette ONG chinoise proposait de faire un don de US$ 100 millions en échange d'avoir le droit de construire une pagode chinoise traditionnelle en plein cœur du parc, pagode d'environ 20m de haut et ça pile poil sur une butte située dans le parc.
Pour que cela soit vraiment de l'authentique "Made In China", ils se proposaient même d'importer tous les matériaux de construction directement de Chine...mais par valises diplomatiques par contre... (cad sous scellés, impossible à contrôler car diplomatique).
Les US$ 100 millions semblaient bien trop généreux pour être vraiment honnête et quand le FBI a commencé son enquête, ils ont rapidement réalisé que la pagode aurait été située à 3km du Capitole et à 5km de la Maison Blanche par vol d'oiseau et en ligne directe (sans aucun obstacle).
Bon ensuite le FBI l'a clairement fait comprendre aux Chinois avec un truc du genre : "c'est bon les gars, ça s'est vu et donc pour le permis de construire, vous pouvez toujours aller vous brosser pour qu'on vous le donne..."
China wanted to build 70ft pagoda in ‘perfect spying spot’ near US Capitol
Modifié le 14/06/2025 à 19h08
. Le FBI, les antennes-relais Huawei et les missiles nucléaires (1/4)
. Une station d’écoute dans une pagode chinoise au-dessus du Congrès US (2/4)
. Le FBI et le projet trumpien (et xénophobe) de chasse aux fantômes chinois (3/4)
. Le plan de domination du marché mondial « Made in Pékin » (4/4)
Modifié le 16/06/2025 à 00h01
Excellent articles au passage !
Merci
Le 14/06/2025 à 07h21
Modifié le 14/06/2025 à 13h24
Comme l'ensemble des autres commentaires laissent déjà poindre, peu de choses sont affirmées, et on reste sur des sous-entendus et des interprétations pour tenter une compréhension de ce qui s'est passé.
Tu as le droit de faire pareil, mais tu ne peux pas dire que tu disposes une réponse.
Il n'est pas clairement dit comment le satellite a été rendu inopérant :
L'article indique une potentielle surveillance des communications satellitaires, et indique par ailleurs la difficulté à déterminer la position d'un satellite qui se déplace rapidement sur une grande orbite. On reste avec la conjecture que la prise d'information a permis de comprendre sa position… et si tel était le cas, que le téléport de Toulouse communiquait avec et/ou traçait le satelilte vendu à l'Azerbaïdjan, et que la lecture des flux de communication satellitaires par les espions a été possible.
Maintenant, pour la piste d'un piratage du satellite, la conjecture est encore plus forte, puisque sans sabotage interne, cela aurait signifié qu'un adversaire a la capacité d'envoyer des commandes à un satellite produit par Airbus.
Quel adversaire ? Puisque le satellite a cessé de fonctionner au dessus de la frontière Russie/Ukraine : était-ce les Russes ? Était-ce les Chinois pour le compte des Russes ? Était-ce encore un autre acteur ? Et pour quelle(s) raison(s)/quelle(s) fin(s) ?
On pourrait se dire que la symbolique est forte, mais attention aux attaques sous faux drapeau, utilisant les symboles pour faire croire à des intentions et pointer d'autres entités comme responsables.
L'article parle dans le même temps de la découverte d'une antenne dont la suspicion est grande qu'elle existe aux fins de l'espionnage… et d'autres faits sans que l'on en comprenne le déroulement.
Connecter ces points s'appelle bien de la conjecture : nous faisons tous cela ici, et l'article joue avec les lignes, encourage cela, en empilant des choses non-directement prouvées comme liées.
D'où le malaise général dans les commentaires.
Le 15/06/2025 à 10h03
Le 16/06/2025 à 10h36
On peut chercher le pourquoi/comment de l'écoute.
La position de satellites est plutôt connue grâce à un tas de dispositifs techniques et de coopération internationale. Bien sur hors domaine militaire. Ce qui donne la possibilité d'avoir des sites comme celui-ci : https://satellitetracker3d.com/
Les grandes questions sont :
Comment on ferai pour "usurper" ? Il faut :
Comment envoyer discrètement ? :
Si c'est bien un "piratage" il y a forcément eu préparation. Ça c'est sur.
Comme le rappelle @Berbe c'est de la conjecture. Toutefois chercher dans cette direction me semble moins "dispersé" que des critiques gratuites qu'on peut lire ici ou ailleurs.
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