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Uber : cinq chauffeurs de VTC déposent plainte pour traite d’êtres humains

Service sous contrainte

Uber : cinq chauffeurs de VTC déposent plainte pour traite d’êtres humains

Alexander Torrenegra from Secaucus, NJ (New York Metro), United States, CC BY 2.0 , via Wikimedia Commons

Cinq chauffeurs de VTC ont déposé plainte pour traite d’êtres humains contre Uber, une action qui vient s’ajouter à celle de quatre livreurs contre Uber Eats et Deliveroo.

Cinq chauffeurs de VTC ont déposé plainte au pénal contre Uber. D’après les informations de Libération, ils accusent la société de « traite d’êtres humains ». Au dossier sont versés les éléments collectés au gré de plus de 300 procédures lancées aux prud’hommes et soutenues par le syndicat FO-INV, qui aide les plaignants à demander la requalification de leurs contrats de travail. 


La plainte est déposée quelques jours à peine après le reflux d’une vague caniculaire pendant laquelle les conditions de travail de certains de leurs collègues, livreurs de repas à domicile, se sont elles aussi dégradées. Auprès de Politis, nombre d’entre eux décrivent un surplus de commandes alors même que les trajets à vélo ou à scooter sont rendus d’autant plus épuisants par la chaleur.

Travailler sans pouvoir payer son loyer

La plainte pour traite d’êtres humains, elle, ne concerne pour le moment que des cas de chauffeurs VTC. Le membre de l’INV Brahim Ben Ali détaille à Libération les cas de chauffeurs « décédés de crises cardiaques ou d’AVC alors qu’ils conduisaient » (au moins huit en un an), les situations de « travailleurs sans-papiers », de « vulnérabilité », de « surendettement ». Chauffeur depuis 2019, plaignant dans l’affaire, Mohammed, 50 ans, se décrit comme « prisonnier » d’un système sur lequel il n’a pas de prise : nombreux sont ceux qui, comme lui, enchaînent les heures de travail sans parvenir pour autant à assumer le poids de leur loyer et autres charges.

Couplé à la recherche permanente d’augmentation des profits de la part des plateformes, le conseil d’INV maître Samir Kahoul estime que ces éléments, dont le « recrutement massif et organisé » d’une catégorie précise de la population, à l’aide d’outils numériques, permettent de caractériser la traite d’êtres humains. À ses côtés, Brahim Ben Ali appelle à ne plus simplement discuter d’« indépendance » et de « salariat », mais bien à ouvrir le débat sur l’esclavage moderne.

Un enjeu qu’Uber, dans son cas, rejette clairement, qualifiant les prises de position de Brahim Ben Ali de diffamation.

Un enjeu qui relie divers types de travail des plateformes

Difficile, néanmoins, de ne pas faire le lien avec une autre plainte, déposée fin avril, contre Deliveroo et Uber Eats. Cette fois-ci, ce sont quatre livreurs qui ont accusé les deux plateformes de traite d’êtres humains, critiquant non seulement la baisse régulière des rémunérations, mais aussi le recours important à des travailleurs sans papiers et une organisation « violente » recourant de manière « systématique » à la discrimination.

En mars 2025, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) publiait un long avis détaillant l’ampleur des risques psychosociaux auxquels est exposée cette catégorie de travailleurs. Un an plus tard, un autre travail réalisé par Médecins du Monde, l’Institut de recherche pour le développement et l’Institut national d’études démographiques (Ined) constatait que que 85 % des livreurs souffraient de fatigue chronique, 45 % étaient en détresse psychologique, 36 % touchés par des douleurs « intenses et régulières » au bas du dos, pour un revenu net moyen de 880 euros, soit bien en-dessous du smic.

Leur plainte prend une nouvelle couleur alors que le mois de juin 2026 a enregistré des records de chaleur. Auprès de Politis, le coordinateur de la Maison des livreurs de Bordeaux Jonathan L’Utile Chevallier constate que « notre société est en train de s’habituer à ce que des personnes essentiellement étrangères et racisées nous servent », sans préoccupation pour la complexité accrue de leur activité lors des épisodes climatiques extrêmes (grand froid ou canicule).

Hors de France, des discussions sont déjà ouvertes pour d’autres types de travail des plateformes. C’est notamment le cas d’entraîneurs de données kényans, qui adressaient en 2024 une lettre ouverte au président des États-Unis, Joe Biden, l’appelant à mettre fin aux modèles déployés par les géants du numérique, qui les maintiennent, eux, dans des « conditions de travail relevant de l’esclavage moderne ».

Commentaires (10)

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ça aussi c'est du "fair use" ?

edit : comparé au pillage du droit d'auteur massif pour les IA, justifié par le fair use.
Certains estiment-ils que le fair use peut-être étendu à l'esclavage ?
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Et à côté de ça, on ne comprend pas que je considère le recours à Uber Eats inexcusable quelque soient les circonstances.
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+1
Et pour ceux qui veulent quand-même continuer, il y a ce site qui permet de calculer le pourboire à donner au livreur pour que sa rémunération et sa protection sociale s'approchent de celles d’un salarié : https://fais-voir-le-pourboire.fr
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Comme d'habitude, les Français adorent s'émouvoir & râler, mais dès qu'ils s'agit d'agir… et d'autant plus dès qu'il s'agit de sacrifier un tant soit peu leur confort…
Le silence devient assourdissant.

Évitons d'utiliser les services de livraison à domicile quand il ne sont pas effectué par des salariés (Ubert Eats, Deliveroo, Courses Carrefour)… ils pullulent !
Évitons les services de VTC passant par des plateformes prédatrices (Uber Eats)
Propageons un discours de défense des droits des travailleurs (que l'on célèbre les 1er mai), à commencer lorsqu'il s'agit d'emploi par une base de contrats CDI.
Encourageons les regroupement de travailleurs employés pour qu'ils puissent défendre collectivement leurs droits face à leurs employeurs. On pourrait même trouver un nom pour cela : que pensez-vous de "syndicat" ?
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Y a un gus qui leur a ouvert les portes en grand ... y doit se demander qui aurait pu prédire.
Quand l'entre-soi te vide de toute empathie, incapable de penser l'autre, ses difficultés, etc ...
A mais oui, il est resté dans le hall de gare.
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Faut pas pousser... Déjà le gar qui leur a ouvert la porte en grand, est-ce que lui a réussi ? A-t-il obtenu un poste (encore plus) haut placé (et combien de fois ?). Et vu qu'il a atteint le maximum renouvelable, était-ce une si mauvaise décision ? (Le développement d'Uber a-t-il aidé à son élection ?)

Et puis faut voir le long terme, tout ceci n'est que transitoire, ils seront bientôt tous remplacés par des systèmes automatisés.
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C'est cela oui, comme c'est transitoire et que le gus n'en a pas tiré 'bénéfices' (on verra bien) ... laissons faire.
:roll:
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Il y a surtout des gus et gusa qui font appels à ces services.
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Aussi, malheureusement
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N'oubliez pas les gens, ils prennent les emplois que les Français ne veulent plus faire car ces derniers ne veulent plus bosser ! (car payé bien en deça du SMIC mais faut pas le dire CHUUUTTT)

...

Ces emplois ne peuvent exister que par l'exploitation honteuse de ces personnes, au bénéfice de nos nouveaux citadins bourgeois votant pourtant "correctement" paraît-il.