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En faisant condamner Spliiit, la LFP a-t-elle marqué contre son camp ?

La notion de foyer hors jeu

En faisant condamner Spliiit, la LFP a-t-elle marqué contre son camp ?

Illustration : Flock

C’est une première : Spliiit, le service de partage d’abonnements, a été condamné en référé par le tribunal judiciaire de Paris saisi par la Ligue de football professionnel (LFP). En cause : le partage de comptes pour Ligue 1 +, la plateforme de streaming de la LFP. 

La décision du tribunal judiciaire de Paris du 17 avril contre Spliiit a fait du bruit et pour cause : c’est la première fois que l’entreprise spécialisée dans le partage de comptes est condamnée. Par conséquent, elle a cessé de proposer le partage de Ligue 1 +, et supprimé toute référence au service de streaming de la LFP sur son site web, en vertu de la décision de justice. « Je suis tombé de ma chaise quand j’ai appris ça », déclare Jonathan Lalinec, le directeur général de Spliiit, à Next.

La question centrale autour de laquelle gravite toute cette histoire, c’est la notion de foyer. La formule principale de Ligue 1 +à 14,99 euros par mois (avec engagement 12 mois) autorise en effet la lecture sur 2 écrans en simultané. La communication du service de streaming a été pour le moins floue sur le sujet : au lancement de la nouvelle offre l’été dernier, le compte X (anciennement Twitter) de Ligue 1 + annonçait sans ambiguïté qu’il n’y avait pas de notion de foyer pour la gestion des 2 écrans.

Sur le compte Twitter de Ligue 1 +, en août 2025. Capture d’écran

Les conditions générales d’abonnement, mises à jour le 23 septembre, disent pourtant autre chose : la filiale LFP 2 qui opère Ligue 1 + se réserve en effet le droit de désactiver un compte abonné « en cas de partage de compte ayant pour effet de faire bénéficier à un tiers en dehors du foyer ». Ils indiquent par ailleurs que la notion de foyer « exclut totalement tout type de partage de compte via un site internet dédié, une application, un réseau social, une plateforme dédiée en tout ou partie à ce type de pratiques, etc. »

Dans l’ordonnance de référé que Next s’est procuré, le tribunal explique que le service proposé par Spliiit « aux abonnés du service Ligue 1 + est clairement interdit par les stipulations des conditions générales d’utilisation de la plateforme applicables à compter du 23 septembre 2025 ». L’entreprise est « mal fondée à invoquer, aux fins de démontrer l’existence de stipulations ambigües nécessitant leur interprétation », les extraits de Twitter (dont ce tweet remontant au 7 août) et les réactions d’internautes, « antérieurs à la nouvelle rédaction des CGU ». Elle ne peut pas davantage « invoquer la nécessité d’interpréter ces stipulations de manières favorables aux consommateurs en vertu de l’article L.211 - 1 du code de la consommation ».

Le tribunal a donc nettement penché pour les arguments de la LFP. Spliiit avait pourtant bon espoir de faire entendre les siens. « Si on accepte de retirer Ligue 1 +, c’est la porte ouverte pour d’autres services qui pourraient se dire « on vous supprime » », explique Jonathan Lalinec. Le dirigeant s’était demandé s’il fallait aller devant le tribunal : « autant je suis prêt à me battre contre Netflix, Disney, Apple, mais si on est attaqué par un petit service comme ça, ça ne vaut pas le coup. »

Ligue 1 + n’était en effet qu’une goutte d’eau pour Spliiit : « ça représente 0,1% de nos abonnés », soit « un chiffre d’affaires de 3 000 euros » durant les sept mois où le service a été proposé en partage de comptes. Ces chiffres, transmis à la LFP, ont étonné la Ligue : « ils s’attendaient sans doute à ce qu’on ait des milliers d’abonnés Ligue 1 +, ce qui n’était absolument pas le cas ».

À la réception de la première mise en demeure, le directeur général n’était pas certain de vouloir se défendre face à la LFP, « je ne vous cache pas que des honoraires d’avocats ça coûte beaucoup plus cher ! » Mais finalement, Spliiit a voulu rester droit dans ses bottes : « on assume totalement ce qu’on fait ». Ça n’a pas fonctionné, et le référé est tombé. Une ordonnance qui ne fait pas une jurisprudence, « c’est une mesure provisoire qui est sur 180 jours donc pendant 180 jours on doit le retirer », précise Jonathan Lalinec. La LFP peut aller au fond, mais « on n’a pas eu d’informations là-dessus ».

La LFP n’a pas répondu aux sollicitations de Next pour le moment.

Carton rouge pour le partage de comptes

Ligue 1 + ne devrait de toute manière pas revenir de si tôt sur Spliiit. Dans son communiqué, la LFP ne parle pas explicitement de streaming ou d’IPTV illicites pour qualifier l’activité de l’entreprise. En revanche, l’organisateur du championnat de foot « réaffirme sa détermination à lutter contre toutes les formes d’exploitation non autorisée de ses services ». 

Illustration : Flock

Jonathan Lalinec regrette d’ailleurs la publication du communiqué : « On leur a dit [à la LFP] : « écoutez, ne communiquez pas forcément » », des discussions entre avocats ont eu lieu, « et le vendredi matin à 9 h, on a vu que le communiqué est parti, donc on s’est dit c’est qu’ils voulaient vraiment le faire savoir. Je pense qu’ils sont assez fiers de leur coup, mais c’est contre-productif pour eux ».

Car Spliiit se présente justement comme une solution contre le piratage. « Nos clients nous le disent eux-mêmes : sans ces services [de partage de comptes], j’aurais tendance à revenir sur de l’IPTV ou des plateformes de streaming [illégales] ». « On aurait pu travailler ensemble », déplore le dirigeant, « on aurait pu aider Ligue 1 +à recruter de nouveaux abonnés : quand vous partagez un abonnement, vous souscrivez directement à l’éditeur, donc vous ne consommez pas de l’IPTV ou du streaming illégal. »

Le service ne propose de ne partager que des comptes comprenant des options multi-utilisateur. « On n’a jamais eu BeinSport, parce que BeinSport n’a jamais eu d’offre multi-utilisateur », illustre le directeur, « donc de toute façon, si vous n’avez pas d’offre multi-utilisateur, vous ne serez jamais référencés […] tant qu’il n’y a pas d’abonnement partageable, on ne se permettra pas de le référencer ».

Disney, Netflix, Apple : toujours le flou

Sur un autre front, Spliiit est toujours en attente d’une décision de justice concernant le dossier qui l’oppose à Netflix, Disney et Apple regroupés au sein de l’ACE (Alliance for Creativity and Entertainment). Une plainte qui a fait l’objet d’une ordonnance de référé du tribunal judiciaire de Paris, en 2022.

Les différentes offres Spliiit.

Les trois plateformes états-uniennes reprochaient une atteinte à leurs marques, une incitation à enfreindre les conditions d’utilisation (partage hors foyer), des actes de concurrence déloyale et du parasitisme. Pour Spliiit, il n’existait ni contrefaçon évidente, ni trouble manifeste. Le tribunal a reconnu que les plaignantes avaient bien qualité à agir, mais que leurs règles de partage étaient (à l’époque) ambigües et incohérentes. Les services pouvaient aussi interpréter leurs propres règles.

Pas de condamnation de Spliiit donc, et renvoi à un procès au fond. Et depuis ? « La justice prend du temps, et entre 2021 et 2026, il s’est passé beaucoup de choses du point de vue des éditeurs », explique Jonathan Lalinec, « ils ont changé leurs offres, ils ont rajouté des offres payantes, l’offre extra abonné, l’offre abonné supplémentaire ». La notion de foyer a donc volé en éclat, contre monnaie sonnante et trébuchante. « C’est un procès qui est sans objet », affirme-t-il, « il a été repoussé, il aurait dû avoir lieu en 2023, repoussé en 2024, repoussé en 2025… »

L’an dernier, une médiation a été demandée par la justice « à la dernière minute », mais les parties ne sont pas parvenues à se mettre d’accord. Une plaidoirie a finalement eu lieu le 5 octobre, avec une décision programmée en décembre… et sans cesse reportée depuis : « je crois qu’on est au 14e report, donc voilà, je ne peux pas vous donner de date exacte ». Le jugement est attendu : « c’est vraiment la décision au fond de cette affaire qui permettra de trancher si l’abonnement, finalement, peut être partagé et sous quelles conditions. »

Spliiit est aujourd’hui un service qui se porte bien, avec 600 services référencés pour la presse, la musique et la SVOD, en France et en Europe et un chiffre d’affaires de 4 millions d’euros.

Mise à jour 29/04 — Ajout d’un paragraphe reprenant l’ordonnance de référé.

Commentaires (22)

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J’ai du mal à voir en quoi Spliiit est plus légal que du stream illégal, ils jouent sur les mots des CGU des services qu’ils repartagent en espérant que sur un malentendu ça passe…
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Même pas : les CGU l'interdisent explicitement. C'est juste un tweet qui disait que c'était autorisé.
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Pour moi le "contre son camp" c'est surtout la poignée de personne qui avait utilisé ça retourneront dare dare sur l'IPTV , qui pour quelques dizaines d'euros / ans te permet d'avoir la ligue 1 parfois même en replay mais aussi Bein Sport, et maintenant ils montent même des services de replay "maison" - preuve que si il y a bcp de suiveurs dans ce domaine qui sont pas très au fait techniquement, il y a aussi des gens qui maîtrisent et peuvent payer du stockage...

Et pour moi, à terme l'IPTV comme le P2P s'appuiera non pas sur un réseau de "revendeurs-fusibles" mais plutôt sur des réseaux overlay genre IPFS & autre.
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C'est certain que les sociétés abusent un peu. Quand je vois que pour avoir une bonne qualité vidéo sur les services de streaming on paye plus cher et on a plus de personnes (en théorie du même foyer) autorisées à regarder en même temps ...
Je préfèrerai pouvoir choisir le nombre d'écran simultané et payer moins cher.

Quand à Spliiit qui se faire de l'argent sur ce genre de chose, la décision de la justice est tout à fait normal.
Spliit semble sortir que comme c'était pas écrit noir sur blanc au début, ils ont le droit de faire du fric là-dessus.

C'est comme les passes pour la journée dans les musées ou les parcs à thèmes, c'est valable pour celui qui l'a acheté. Il n'est pas sensé le refiler à une autre personne quand il ne va pas y retourner. Et pourtant, y'en a qui se servent de ça pour se faire du fric
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En plus d'être un sport rempli d'homophobes, machistes et racistes, les dirigeants sont complètements cons.
Depuis quand on attaque un service qui peut faire gagner des abonnés?

Je n'utilise pas ce service, mais ça me semble être un bon moyen de rentabiliser un abonnement qui coûte super cher.
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Je me demande s'ils permettent de partager des services comme le pass navigo 😈
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Vous plaisantez, déjà à l'époque de la carte Orange, je ne comprenais pas pourquoi ce n'était pas partageable. Il n'y a qu'une personne à la fois qui peut l'utiliser donc que se soit A ou B lors du contrôle ce qui est important c'est que la personne qui la porte l'ai avec la validité adéquate.

Ce n'est pas comme les abo. ou plusieurs personnes avec le même compte pourrait l'utiliser en même temps.
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Le pass navigo, ça n'est pas juste un support pour des abonnements, justement ?
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C'est un support pour titre de transport, abonnement ou à l'acte.
Le ticket "papier" à disparu avec 50 ans d'existance.
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Navigo Decouverte ça sert à ça justement, pas nom, anonyme, mais pas de SAV en cas de perte/vol.

Y'a donc bien une solution pour le transport en IDF, faut croire qu'IDFM est moins c qu'il n'y parait.
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Si je fais abstraction de la réflexion puéril de début du message.

Juste sur le "super cher' :
13€ mois, c'est ce que me coûte ligue1+. Chaque semaine, ils faut des équipes techniques sur chaque terrain, et pas juste trois personnes heinn... Plus commentaires, plateaux, locaux, services administratifs, etc... Donc presque 300 matchs, reportages, interview et documentaires. Bref, plusieurs chaînes de diffusion.
T'aimes pas le foot OK, mais ce n' est pas super cher. Tu penses qu'une personne qu'y n'aime pas l'IT, il pense quoi de 7€/ mois pour Next ?

Le prix est bas, accessible, et ne sera sûrement jamais plus bas. Sauf si le nombre d'abonnés augmente.
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Il n'y a pas tous les matchs sur ligue 1+, certains sont sur bein. Ca veut dire 2 abonnements différents. L'an prochain ils y seront tous effectivement mais l'abonnement passera à 20€/mois.
M'est avis qu'ils auraient dû attendre la prochaine saison avant de sévir.
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C'est vrai, il reste une affiche sur bein. Je l'avais oubliée celle-ci !
Pour le prix, on en reparle en Août..
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Toute l'argumentation de ce business de parasites est risible.

Si moi je me poste devant un macdo, avec ma carte d'étudiant qui me permet d'avoir un sandwich gratos en plus pour tout menu acheté, et que je propose mes "services" d'offrir un sandwich en échange d'un euro : il faudrait vraiment que je sois culotté (et que je prenne mon monde pour des imbéciles) pour affirmer "je ne suis pas un parasite, rien n'interdit de le faire, et puis vu qu'il faut dans tous les cas acheter un menu, j'apporte en fait du business à macdo".

Ces parasites profitent du fait que c'est difficile à réguler, et que les services n'osent pas retirer le multi-écran car ça serait vraiment relou pour leur clients légaux.
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14e report et la justice ce plaint d'être encombré ... je suppose qu'a chaque fois les avocats facture la présence au tribunal pour demander le report ?
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Un peu dommage de pas être aller voir vos collègues de brief.me ou les jours pour savoir s'ils considèrent ca comme une "opportunité commerciale" ou comme des profiteurs.
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Dommage de ne pas en dire plus dans ce commentaire sur leurs positions.
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Nous pourrions nous-même être impactés par ce service d'ailleurs, comme nos confrères, dès qu'on sera un peu plus gros.
Le ton de l'article est assez neutre au demeurant, je ne lis pas de soutien de la part de Mickael.

Techniquement le sujet est toujours dans les mains de la justice, c'est difficile pour nous de nous prononcer sur ce site qui joue sa partition depuis une zone qu'il dessine volontairement grise - et le juge appréciera ce point.

A mon avis ce site prospère sur les augmentations massives de la VOD de ces dernières années, les services annexes ne doivent pas représenter grand-chose en proportion - qui va partager un abo à 4.5 balles d'un journal engagé au lieu de payer 7 ?
D'ailleurs je note qu'il y a peu d'offres sur les jours par exemple, j'imagine que la demande est à l'avenant.
Enfin, un paywall peut vérifier les accès concurrents.

Je suis un peu surpris du faible revenu de ce service sur la LFP par contre, même si s'agissant de données utilisées dans le procès à venir, ça serait dangereux pour Spliiit de faire des déclarations vraiment mensongères sur ce point.
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Brief.me t'es à 3.50€ au lieu de 13€ et t'es en multi-compte, donc pas de contact avec le vendeur. Et quand j'avais regardé les CGU c'était pas interdit.
Ligue1+ t'étais à 8€ (de mémoire)au lieu de 15 et t'es en partage de compte donc si ton coabonné change de télé ou ton mot de passe tu l'as dans le baba.

Ligue1+ avait communiqué au lancement pour dire que c'était du multi-écran de manière raisonnable :
https://www.lequipe.fr/Medias/Actualites/L-enjeu-du-partage-de-deux-connexions-en-simultane-pour-ligue-1/1584632

Et si le but c'est de pas payer chère, l'IPTV est déjà très bien installé (plus de 50% des viewers de la ligue1 si je me rappelle bien de votre article).
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Mais l’IPTV, c’est clairement illégal. Et certains n’ont pas envie de payer un truc clairement illégal. Alors qu’un truc dans une zone grise, ça passe…
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Si l'IPTV est illégal, alors tous les grands FAI sont dans la merde, et Molotov aussi, puisqu'ils font de l'IPTV.
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Mouais, tu as compris ce que je voulais dire… Je répondais à aureus.