Un an après sa mort, Val Kilmer (ou plutôt son clone IA) de retour au cinéma
Un rôle joué par personne
La version IA de Val Kilmer dans As Deep as a Grave.
Le 20 avril à 09h09
Val Kilmer, décédé l’an dernier, va faire son grand retour au cinéma… sous la forme d’un clone IA. L’acteur, connu pour ses rôles dans Top Gun, Heat ou encore The Doors, est en effet au casting de As Deep as the Grave, bien qu’il n’ait jamais été physiquement présent sur le tournage pour des raisons de santé.
Un an après sa mort, Val Kilmer (ou plutôt son clone IA) de retour au cinéma
Un rôle joué par personne
La version IA de Val Kilmer dans As Deep as a Grave.
Val Kilmer, décédé l’an dernier, va faire son grand retour au cinéma… sous la forme d’un clone IA. L’acteur, connu pour ses rôles dans Top Gun, Heat ou encore The Doors, est en effet au casting de As Deep as the Grave, bien qu’il n’ait jamais été physiquement présent sur le tournage pour des raisons de santé.
IA et algorithmes
IA
6 min
Le film, réalisé par Coerte Voorhees et produit par son frère, John Voorhees, se déroule dans les années 20. Il s’inspire de l’histoire réelle d’un couple d’archéologues, Earl et Ann Morris, et de leur travail dans un canyon d’Arizona où ils mettent au jour une civilisation précolombienne du Sud-Ouest américain, les Anasazi. Val Kilmer joue le rôle du père Fintan, un prêtre catholique souffrant de tuberculose.
Une performance sans acteur
Intéressé par le sujet, l’acteur avait accepté de participer au film plusieurs années avant le premier tour de manivelle. Mais son état de santé ne lui a pas permis de tenir son rôle. Le tournage a été très compliqué : les premières scènes ont été mises en boîte fin 2020, en plein Covid, et se sont terminées l’année suivante tandis que la production s’est étirée sur un total de six ans. Devant l’impossibilité d’avoir Kilmer, le réalisateur et son équipe ont décidé de supprimer du scénario le rôle de Fintan.
Mais voilà : le réalisateur trouvait que sans Val Kilmer, il manquait quelque chose à l’histoire. « C’était l’acteur que je voulais pour incarner ce rôle », a-t-il expliqué à Variety. « Le personnage a vraiment été conçu autour de lui. Il s’inspirait de ses origines amérindiennes, ainsi que de son lien et de son attachement au Sud-Ouest ». Dans ce contexte, impossible donc de choisir un autre acteur…
C’est pourquoi lui et son équipe sont allés voir la famille de l’acteur pour leur demander l’autorisation d’utiliser l’apparence et la voix de Val Kilmer, générées par IA. « Il a toujours considéré les technologies émergentes avec optimisme », assure sa fille Mercedes Kilmer. « C’est cet esprit que nous honorons tous dans ce film en particulier, dont il faisait partie intégrante. »
La première bande-annonce dévoilée à l’occasion du CinemaCon de Los Angeles ne cache pas l’acteur, reproduit dans sa quarantaine. Les deux frères, répondant aux questions des professionnels sur place, sont évidemment au courant de la controverse autour de leur film. N’est-ce pas là ouvrir la boîte de Pandore, alors que de nombreux comédiens et comédiennes craignent que les studios ne « volent » leur apparence pour les reproduire avec l’IA ?
Les critiques « ont tout à fait le droit de le dire », a répondu John Voorhees auprès d’IGN. Les frères ont fait « ce que nous pensons être la seule manière vraiment éthique de procéder dans un cas comme celui-ci », en obtenant l’aval de la famille. Cette dernière a d’ailleurs participé à la re-création de l’acteur, en fournissant une grande quantité d’images personnelles comme référence.
Qui joue réellement à l’écran ?
La production a suivi les recommandations du syndicat des acteurs, le SAG, pour ce type de procédures : « consentement, compensation et collaboration ». Val Kilmer, ou plutôt son clone IA, ne fera pas qu’un simple caméo : dans le montage actuel du film (dont on ignore la durée totale), il apparait en effet pendant une heure et dix-sept minutes !
Cette « performance » IA n’est évidemment pas sans poser de très sérieuses questions sur la fabrication du cinéma et le travail des acteurs. Il ne s’agit pas d’un comédien sur lequel on aurait greffé le visage de Val Kilmer en post-production, ni même d’images de synthèse comme on l’entend traditionnellement. L’IA réalise un pastiche de l’acteur, en se basant sur ses précédentes apparitions. Elle ne sera jamais capable de « sentir » une scène, de proposer une interprétation réellement inédite.
On verra aussi le naturel (ou son absence) d’interactions entre ce Val Kilmer IA et les autres acteurs, ce d’autant que les scènes avec l’acteur ont été créées bien après le tournage proprement dit. Le producteur explique qu’il y a eu un gros travail de montage, « de magie du cinéma » comme il le décrit. « L’objectif est que le public croie à ce qu’il voit à l’écran. Nous utilisons tous les outils à notre disposition, et nous en avons désormais de nouveaux. »
John Voorhees a eu cette curieuse réflexion : la re-création IA de Val Kilmer dans le film serait l’équivalent de Val Kilmer incarnant Jim Morrison dans The Doors – ce n’est pas le véritable chanteur que l’on voit, c’est un acteur qui l’incarne. Alors pourquoi interdire à une IA de faire la même chose ? L’argument est biaisé : dans le film d’Oliver Stone, c’est un être humain qui en joue un autre, et le talent de Val Kilmer a emporté l’adhésion.
Dans la bande-annonce de 90 secondes, les quelques mots de la dernière séquence – prononcés par le clone IA de Val Kilmer à une petite fille – peuvent s’entendre de plusieurs manières : « N’aie pas peur des morts et n’aie pas peur de moi ».
La voix de Val Kilmer avait déjà été « restaurée » par IA
Ce n’est pas la première rencontre entre Val Kilmer et l’intelligence artificielle. Dans Top Gun : Maverick, l’acteur reprenait son rôle d’Iceman pour quelques secondes à l’écran, avec quelques lignes de dialogue. L’acteur était atteint d’un cancer de la gorge et avait subi une trachéotomie altérant fortement sa voix.
« En 2021, Val Kilmer annonçait un partenariat avec Sonantic, une compagnie spécialisée dans l’intelligence artificielle, afin de recréer sa voix. L’acteur a fourni à l’entreprise des heures de séquences d’archives avec sa voix parlée », expliquait Première. Val Kilmer affirmait alors être « reconnaissant envers toute l’équipe de Sonantic qui a magistralement restauré ma voix, d’une manière que je n’aurais jamais imaginée possible. En tant qu’êtres humains, la communication est au cœur de notre existence […] ». Ce n’est désormais plus seulement sa voix, mais l’acteur au complet.
Commentaires (35)
Abonnez-vous pour prendre part au débat
Déjà abonné ou lecteur ? Se connecter
Cet article est en accès libre, mais il est le produit d'une rédaction qui ne travaille que pour ses lecteurs, sur un média sans pub et sans tracker. Soutenez le journalisme tech de qualité en vous abonnant.
Accédez en illimité aux articles d'un média expert
Profitez d'au moins 1 To de stockage pour vos sauvegardes
Intégrez la communauté et prenez part aux débats
Partagez des articles premium à vos contacts
Abonnez-vousLe 20 avril à 09h16
Modifié le 20 avril à 12h23
On peut avoir certains griefs contre l'IA pour bien des raisons, mais quand on considère le gouffre économique et écologique que représente un film, ce n'est pas une si mauvaise idée de s'y intéresser pour la vidéo, à des fins professionnelles.
Le 20 avril à 12h39
Le 20 avril à 09h29
Après les rajeunissements / maquillages numériques pour mettre le visage d'un autre acteur sur une doublure, le cinéma passe à une nouvelle étape.
Modifié le 20 avril à 10h10
https://www.franceinfo.fr/culture/cinema/en-inde-les-studios-de-bollywood-sortiront-un-film-entierement-genere-par-ia-l-ete-prochain_7942940.html
Tout sera fait par IA, y compris scénario.
Le 22 avril à 11h00
Le 4 mai à 08h59
Le 20 avril à 10h12
Je trouve en tout cas l’article légèrement biaisé : attendons de voir la performance. On fait des choses extraordinaires en animation, je ne vois pas pourquoi le Val Kilmer IA jouerait forcément moins bien que le vrai. J’imagine qu’il y a eu un vrai travail de production derrière, on ne parle pas de juste une vidéo générée avec un prompt.
Le 20 avril à 09h43
Le 20 avril à 10h16
Le 20 avril à 10h41
Le 20 avril à 14h44
La seule limite de l'I.A. , c'est le matériel, l'énergie et la vitesse à laquelle la planète brûle.
Le 20 avril à 10h14
Le 20 avril à 10h30
Le 20 avril à 14h24
Le 20 avril à 19h03
Et à quel titre toucheraient-ils quelque chose ?
Le 21 avril à 09h11
"La production a suivi les recommandations du syndicat des acteurs, le SAG, pour ce type de procédures : « consentement, compensation et collaboration ». "
Le 20 avril à 10h31
Le 20 avril à 14h17
Ceux qui ne voudront pas faire quelque chose, pourront toujours ne pas le faire.
Modifié le 20 avril à 15h14
Modifié le 20 avril à 11h16
Sur le 1e point, l'article soulève les problèmes que cela pose, effectivement, mais est-ce absolument et radicalement différent de tout ce que les départements VFX font aujourd'hui ? Quand des acteurs jouent devant fond vert, ils ne sont pas dans le cadre de ce que sera le montage final. Quand ils jouent face à des mannequins qui seront remplacés par des personnages en post-prod, ils ne sont pas devant quelqu'un. Les grosses productions sont pleines de ça depuis déjà longtemps (ex. Sir Ian McKellen en pleurs sur le tournage de The Hobbit parce qu'il a passé des jours et des jours à jouer seul dans un décor intégralement vert et qu'il a fini par craquer). Et pour le coup, c'est peut-être juste une appréciation personnelle, mais par rapport aux arguments avancés dans l'article, je ne vois pas trop la différence qu'induiraient ces nouvelles intégrations IA.
C'est un nouvel outil dans la caisse des VFX pas tellement plus crade ni désincarné que tous ceux déjà utilisés à longueurs de films depuis maintenant plusieurs décennies.
Le cinéma est un art de l'artifice. C'est juste devenu partie intégrante du métier d'acteur de savoir interagir sans interagir.
Sur le 2e point, j'avoue, c'est un peu le malaise. La famille a dit "okay" et sorti tous les poncifs "c'est ce qu'il aurait voulu, blablabla" mais est-ce une conviction profonde ou le chèque plein de dollars qui leur fait dire ça? Nul autre que la prod et elle-même ne le savent réellement. Donc autant noter que le doute est permis et suspendre notre jugement.
Le 20 avril à 11h24
se sachant condamné, il était pt être ok car ça permettrait à sa famille d'avoir un pécule supplémentaire.
Car je pense que son héritage (au sens patrimoine) avec sa maladie à du bien diminuer...
Le 20 avril à 11h26
Voire même probable.
Le 20 avril à 11h29
Le 20 avril à 11h32
Le 20 avril à 12h59
Modifié le 20 avril à 11h36
Modifié le 20 avril à 11h33
Le 20 avril à 11h33
Personnellement j'y vois encore plus de mensonges que ne l'est déjà cet outil de propagande. Comment passer des messages moraux (quand il y en a et qu'il sont bons) alors que tout sur l'écran n'est que mensonge.
La on arrive a une cadence possible qui serait supérieure à de l'industriel. Ça pousse...
Modifié le 20 avril à 19h40
La différence avec la réalité, c'est que c'est LE contrat, le spectateur le sait, ça fait partie du show !
Le 20 avril à 18h24
Aujourd'hui nous avons encore des auteurs avec une certaine liberté. Demain on aura quoi ? Des milliards de séries et films uniquement versés dans la propagande ? Je parle même pas des réseaux à base de vidéo.
C'est déjà par mal le cas dans les séries avec ces inserts inclusifs qui n'ont parfois rien à voir avec l'histoire (ou qui n'apportent rien du tout).
A titre d'exemple et d'exercice. Il est bon parfois de revoir des films qui ont de l'âge. Ça permet de constater le décalage de pensée entre aujourd'hui et ces autres temps.
La pente semble glissante...très...
Le 20 avril à 12h15
On y est
Le 22 avril à 07h56
Le 22 avril à 07h59
Par exemple, la nouvelle extension Starfield (dont j'ai oublié le nom désolé) a été relâchée publiquement en version FR mais avec des voix en EN. Les PNJs s'expriment ainsi soit en EN soit en FR suivant l'origine de leur personnage (vanilla ou extension). Il semble que les joueurs francophones ont peu apprécié..
Le 22 avril à 11h26
La différence par rapport aux conneries qu'on voit sur YT, c'est que ce serait fait sérieusement, professionnellement, genre "on s'y croirait"...
Puisque l'époque est au masturbage d'égos surgonflés, autant aller jusqu'au bout de la démarche : vos films ne rapportent pas assez (à cause de.. l'IA, entre autres...
(Si vous faites ça, je veux 10%, évidemment...
Signaler un commentaire
Voulez-vous vraiment signaler ce commentaire ?