Face à la guerre informationnelle, le monde des médias cherche ses repères
« Ne sous-estimez pas la menace ! »
Illustration : Flock
Mathilde Saliou
Le 09 avril à 18h13
Réunis à Tours pour les Assises du journalisme, journalistes et autres professionnels des médias ont débattu avec chercheurs, juristes et le public des manières de faire face à la dégradation accélérée de l’espace informationnel.
Face à la guerre informationnelle, le monde des médias cherche ses repères
« Ne sous-estimez pas la menace ! »
Illustration : Flock
Réunis à Tours pour les Assises du journalisme, journalistes et autres professionnels des médias ont débattu avec chercheurs, juristes et le public des manières de faire face à la dégradation accélérée de l’espace informationnel.
Société numérique
Société
9 min
« Nous avons le sentiment d’être pris entre le marteau russe et l’enclume des États-Unis. » C’est par ces mots que Jean-Marc Four, directeur de Radio France Internationale (France Médias Monde), a résumé la situation face à laquelle se trouve la station de radio publique, qui diffuse « en 17 langues » et touche « chaque semaine plus de 100 millions de personnes dans le monde ».
Ce 8 avril, aux Assises du journalisme de Tours, Jean-Marc Four participait aux côtés d’une quinzaine d’experts des enjeux de l’information et de ses manipulations à un vaste débat sur « le journalisme face à la guerre informationnelle ». Et les constats qui y ont été dressés, comme le vocable employé le laisse deviner, intiment à l’adaptation rapide.
La veille, Donald Trump lançait un ultimatum à l’Iran, menaçant d’ « anéantir la civilisation iranienne » si le détroit d’Ormuz n’était pas rouvert dans la nuit. S’appuyant sur cet exemple, la chercheuse à l’institut de recherche stratégique à l’école militaire (IRSEM) Maud Quessard soulignait que pour les armées, il est évident depuis longtemps que la guerre n’est plus seulement physique, mais aussi numérique et informationnelle. Elle rappelait aussi que le paysage informationnel peut servir à « gagner la guerre sans la faire », en particulier « dans le cadre de guerres non ouvertes ». Ce mécanisme peut même passer par la manipulation des perceptions, pour « amplifier la perception des conflits en cours ».
En d’autres termes, lors de ces discussions comme de celles qui réunissaient professionnels de l’information et public tourangeau, la veille, pour un échange titré « la vérité selon Trump et ses conséquences », l’ambiance des Assises était à la recherche de nouveaux repères.
La tâche n’est pas simple : au monde médiatique de trouver des manières de traiter l’information au mieux, dans un contexte toujours plus dégradé économiquement (y compris sous la pression de l’IA), tout en s’équipant face aux menaces croissantes que posent, pour le débat public, les tentatives d’ingérences étrangères et les manipulations réalisées depuis le territoire national. Au passage, au monde médiatique aussi (avec l’aide d’autres écosystèmes) de sensibiliser le grand public à l’état du conflit informationnel en cours.
Nécessaire autocritique médiatique
Soulignant « l’accélération technologique » qu’incarne notamment l’intelligence artificielle, notamment parce qu’elle permet de « fabriquer du faux plus vrai que vrai », le directeur de la publication de Ouest France François-Xavier Lefranc appelle les professions journalistiques et médiatiques à « faire leur autocritique ».
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Commentaires (34)
Le 9 avril à 23h33
C'est une erreur ?
Le 10 avril à 08h24
Pardon, je m'égare, il fallait bien sûr lire 100 millions, c'est corrigé, merci
Le 10 avril à 09h57
C'est une des choses qui rend Next si différent, en plus d'une information factuelle ou d'explications de qualité, mais en plus très régulièrement des sujets pour réfléchir, à l'image de celui ci.
Et c'est ça que beaucoup d'autres médias ont perdu, organiser un vrai débat, poser des questions qui ont pas qu'une seule réponse, etc....
Le 10 avril à 11h06
Le 10 avril à 12h20
Le 10 avril à 11h13
Plus largement, la tendance au "soi d'abord" avec le temps créer un monde dans lequel la confiance en l'autre et dans la gouvernance se perd. Une fois ce capital érodé, c'est tout la société qui est à la merci de ceux qui parlent plus que les autres.
Ca me rappelle une étude dont je ne retrouve plus la source qui démontrait qu'en réunion, ceux qui parle le plus sont souvent ceux qui arrivent à faire passer leur idées.
Le 13 avril à 08h39
Pas mal liée à une vitesse d'exécution/un stress. Souvent il suffit de se poser pour digérer l'info et les infos connexes. Mais pas le temps, on régurgite.
Le 10 avril à 16h47
« Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez. »
My 2 cent.
Le 10 avril à 19h10
Et pourquoi il est important de trouver ses phares dans la nuit : l'espoir fait vivre.
Modifié le 11 avril à 09h59
« Depuis des années, nous avons totalement laissé la pensée médiatique se dissoudre dans la facilité du mépris des autres. On vante la liberté de ton des néoréactionnaires, ces propagandistes de l'aversion, ces pyromanes du ressentiment et de la méchanceté. On s'extasie devant les ventes des néosouverainistes. On peut mettre ces discours de haine à toutes les sauces "néo" pour tenter de les justifier par une pseudo-théorisation. C'est juste une pensée liquide comme de la merde. »
Le 11 avril à 21h46
L'affaire Bally Bagayoko en fût une très triste illustration. Où comment "la ville des rois..." est devenu "la ville des noirs".... y compris sur franceinfo qui proclame quand même sans rire délivrer 'l'info juste". Non merci.
Le 12 avril à 08h30
Et si tu as une plainte à formuler, tu peux t'adresser à la médiatrice de Radio France.
Modifié le 12 avril à 10h10
Le 12 avril à 11h40
Il y a France 5 (émission C ce soir) où un invité Alexandre Devecchio qui appartient à l’extrême droite identitaire (citation de Clément Viktorovitch). Comme l'extrait est coupé juste après on n'entend pas que cette affirmation a été contestée sur le plateau comme le dit SOS racisme.
Il faut toujours différencier les intervenants invités d'une chaîne télé des journalistes de la chaînes. Ces derniers n'ont pas d'autre pouvoirs que de démentir ce qui vient d'être dit par les premiers s'ils ont la connaissance que c'est faux. Et sur France Télévision, c'est fait autant que j'ai pu le constater.
Le 12 avril à 13h04
Modifié le 14 avril à 11h32
Pour la contestation de son élection on a eut sur BFMTV Tugdual Denis, journaliste d’extrême droite, à la fois patron de la rédaction de Valeurs actuelles et éditorialiste sur la chaîne d’info en continu, expose longuement que Bally Bagayoko aurait été élu grâce au soutien des narcotrafiquants et que « de nombreux patrons de points de deal » étaient dans la salle des fêtes de la mairie pour célébrer le résultat des élections.
Tout comme on a pu voir comment Rima Hassan a été accusé pendant toute la durée de cette garde à vue du 2 avril, par une presse catégorique, abandonnant le conditionnel pour certifier,
« source proche de l’enquête » à l’appui, que de la drogue avait bien été retrouvée.
Ces intox ont été massivement relayées par les médias, amplifiées par les politiques. Et encore derrière cette affaire, il y a un fiasco, que les rédactions journalistiques semblent bien en peine de reconnaître.
Modifié le 12 avril à 11h44
Toutefois, Bally Bagayoko étant issu de La France insoumise, les éditorialistes de plateaux des "informés de France Info" n'ont pas épargné le nouveau maire de Saint-Denis en détournant le regard de ce qui aurait pu ou dû être un sujet pour ces gens qui commentent l'actualité en plateau et qui sont sensé·es éclairer le public de leurs lumières de journalistes politiques. source: Racisme contre les nouveaux maires : Franceinfo change de sujet
NB: Bally Bagayoko a été élu dès le 1er tour, c'est une légitimité indéniable et à mettre en avant.
Le 12 avril à 13h12
Modifié le 12 avril à 14h35
NB: vous pouvez mettre les émojis que vous voulez sous mon commentaire, mais le débat est ouvert, et le sujet est sérieux. Si vous voulez du respect, respectez les autres en affirmant vous idées plutôt que de rester dans ce mépris. C'est justement ce que je reproche aux médias audiovisuels, y compris France info TV. Merci pour vos efforts de réflexion et de bonne tenue du débat.
Le 12 avril à 14h39
Le 13 avril à 22h38
Il faudrait essayer de comprendre ce que racontent les articles malgré ses opinions de lecteur. Sinon, on risque de ne pas débattre mais de se braquer sur ses propres positions.
Le 12 avril à 14h40
Et j'en passe, je vais finir par citer tout l'article.
Si ça c'est pas une défense d'un parti politique avec un procès à charge, faut m'expliquer.
Ce n'est pas un problème de dire que des éditorialistes (le terme "éditocrates" m'interroge lui aussi) soient à côté de la plaque. Ça m'arrive régulièrement de me dire WTF en les écoutant. Mais il est plus intéressant d'expliquer en quoi leur interprétation est fausse que de juste le dire.
Le 12 avril à 14h13
Quand on fait ça plusieurs fois d'affilé ça permet de pousser des idées, de créer une atmosphère, et de fabriquer une certaine vérité et d'imposer une certaine vision du monde.
L'exemple qui me vient en tête là tout de suite concerne les impôts.
Le 13 avril à 11h40
Même si l'article ne dit pas à quel moment cela a été prononcé.
Le 13 avril à 12h12
Pour France 5, voir mon commentaire plus haut.
C'est un invité qui a fait cette affirmation fausse et ils ont contesté sa véracité comme l'a dit SOS racisme.
Si Télérama ne sait plus faire la différence entre une information sur une chaîne publique et ce qu'y dit un invité qui appartient notoirement à l’extrême droite identitaire, je ne me fierai plus à leurs affirmations.
Le 16 avril à 09h49
Le 16 avril à 10h11
En plus, ça permet de corriger leurs fausses informations comme ici, ce qui n'est pas le cas sur CNews.
Le 16 avril à 18h35
Par ailleurs, le fait que ce parti n'ait pas été interdit a quand même généré beaucoup de débats (il s'agit tout de même des héritiers du nazisme français), et ça ne veut pas pour autant dire qu'il faille leur tendre le micro pour valider leurs idées auprès de l'audimat.
Le 17 avril à 09h53
Le 17 avril à 14h30
Et accessoirement, quand on est républicain et contre l'extrême droite, on ne va pas débattre avec.
Le 13 avril à 12h21
Qui ici a contesté son élection ?
Le 13 avril à 22h30
On ne parle pas de contester une élection mais simplement de la reconnaître et d'en analyser les ressorts au lieu de changer de sujet (pour ce qui est des informés de France info, émission de politologues et de journalistes politiques).
Modifié le 12 avril à 09h59
Le 13 avril à 08h47
Oui, je crois que ça a toujours existé. Du temps des romains, de Jésus Christ, des rois, de la révolution française, dans les années 80...
Actuellement, cela prend des proportions énorme je pense à cause du nombre d'informations qu'on reçoit chaque jour ET des réseaux sociaux qui permettent de faire caisse de résonnance.
Avant il y avait les tabloïds, mais c'était gentillet.
Maintenant tout peut faire boule de neige sur n'importe quel canal sans aucun démenti possible (vous pouvez toujours essayer, le démenti c'est 1 message dans 2000).
Je n'irais pas par contre imputer cela aux politiques. Ou alors il faut inclure dans ces politiques des personnes du peuple qui ont obtenu l'oreille des autres (pour comprendre, cf la satire dans la vie de Bryan concernant les orateurs au temps de JC).
Le truc c'est qu'on attend des politiques qui sont au pouvoir de prouver leur capacité. Avant d'être au pouvoir ils n'ont rien à prouver. Exemple: les figures de la terreur pendant la révolution française.
Donc le problème de mon point de vue est bien à quel point des minorités deviennent ultra audibles, au point de monopoliser l'attention et de ralentir les vrais politiques (action et personnes). C'est extrêmement complexe à gérer. (cf gilets jaunes: comment x minorités sont capables de bloquer des actions politiques alors que ces minorités n'ont aucun projet de société commun)
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