TikTok et les réseaux sociaux se font dézinguer par des députés, qui veulent agir fort
Papa, c’est quoi cette… demande à TikTok
Illustration : Flock
Le 11 septembre 2025 à 13h58
La commission d’enquête lancée par les députés à propos des effets psychologiques de TikTok sur les mineurs a rendu son rapport ce jeudi 11 septembre. Accablant pour la plateforme chinoise, le texte propose 43 recommandations dont l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans ainsi qu’un couvre-feu numérique pour les 15 - 18.
TikTok et les réseaux sociaux se font dézinguer par des députés, qui veulent agir fort
Papa, c’est quoi cette… demande à TikTok
Illustration : Flock
La commission d’enquête lancée par les députés à propos des effets psychologiques de TikTok sur les mineurs a rendu son rapport ce jeudi 11 septembre. Accablant pour la plateforme chinoise, le texte propose 43 recommandations dont l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans ainsi qu’un couvre-feu numérique pour les 15 - 18.
Le 11 septembre 2025 à 13h58
Réseaux sociaux
Sociaux
7 min
« Un des pires réseaux sociaux à l’assaut de notre jeunesse », « Fabrique du mal-être », « poison lent », « engrenage mortel », le rapport présenté par la Commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs lancée à l’Assemblée Nationale en mars dernier fait un constat désastreux des conséquences de l’utilisation de TikTok par les mineurs.
Les députés de la Commission font 43 recommandations concernant tous les réseaux sociaux. Celles-ci vont d’une « interdiction de l’accès aux services de réseaux sociaux en ligne […] aux mineurs de moins de 15 ans » à « un couvre-feu numérique de 22 heures à 8 heures pour les réseaux sociaux dotés de systèmes de recommandation de contenus ou de dispositifs visant à capter l’attention de l’utilisateur », en passant par l’introduction « dans le droit européen une obligation de pluralisme algorithmique, inspirée du principe de pluralisme des médias ».
« Force est d’admettre qu’après l’audition de 178 personnes, 163 à l’Assemblée nationale et 15 à Bruxelles, après plus de 90 heures d’auditions menées au pas de charge en à peine 3 mois du 12 avril au 26 juin 2025, le constat est encore pire qu’escompté », déplore le président de la Commission, le député PS Arthur Delaporte, dans le tome 1 du rapport (les auditions en elles-mêmes sont présentées dans son tome 2).
Après les constats cinglants sur la plateforme de vidéos en elle-même, les députés veulent réagir de façon plus globale par rapport à l’utilisation des réseaux sociaux par les mineurs et demandent un changement de législation au niveau européen.
La présidente de l’Union européenne Ursula von der Leyen annonçait hier qu’un groupe d’experts devait travailler sur le sujet et formuler des propositions : c’est « aux parents, et non aux algorithmes, d’élever nos enfants », affirme-t-elle. « En attendant ou à défaut », le rapport préconise de faire évoluer la législation nationale.
Ainsi, pour la rapporteuse du texte et députée Renaissance Laure Miller, « dans le cadre de la future adoption du Digital Fairness Act, la législation sur l’équité numérique, la France doit faire entendre sa voix, qui vise à protéger les mineurs. Enfin, introduire un pluralisme algorithmique est indispensable ».
Constats accablants sur les conséquences violentes de l’utilisation de TikTok sur les mineurs
La première partie du tome 1 du rapport est consacrée à l’enquête sur TikTok en elle-même. Titrée « TikTok, un des pires réseaux sociaux à l’assaut de notre jeunesse », elle compile tous les constats sur les conséquences violentes de l’utilisation de TikTok sur les mineurs.
Désinformation sur la santé (entre autres), glorifications du suicide et de l’automutilation, « lieu d’exposition à la violence sous toutes ses formes », « haine de l’autre sans complexe », « paradis pour les antisémites », « diffusion d’une idéologie masculiniste agrémentée de violences sexistes ». La liste de reproches contre la plateforme de ByteDance est très longue.
Le rapport explique aussi que « l’Office anti-cybercriminalité (OFAC), qui gère la plateforme PHAROS, note une hausse des signalements en lien avec des atteintes aux mineurs, qui représentent 7,5 % de l’ensemble des signalements en reçus entre le 1er janvier et le 22 mai 2025 contre 3,15 % l’année précédente. « Il ne s’agit pas de pédocriminalité ", précise Mme Cécile Augeraud, commissaire divisionnaire, chef‑adjoint à l’OFAC, "mais de contenus provenant de mineurs qui vont être détournés, comme des images détournées d’enfants jouant sur la plage, des contenus s’inscrivant dans des campagnes très spécifiques" ».
Les députés, dans leur rapport, affirment aussi que TikTok est « hors-la-loi s’agissant de la protection des données personnelles, et notamment de celles des utilisateurs mineurs » rappelant diverses violations du RGPD dont le transfert des données à caractère personnel des utilisateurs européens vers la Chine.
L’enquête des députés est un panorama très complet et accablant de la nocivité de la plateforme sur les jeunes.
Volonté d’imposer à tous les réseaux sociaux des mesures pour les mineurs
Dans son introduction, Arthur Delaporte explique que la commission s’est concentrée sur TikTok qui est « reconnue dans les témoignages reçus comme étant l’une des plus problématiques et la plus génératrice de dépendance et de consommation de temps d’écran par les mineurs » pour étudier plus globalement les réseaux sociaux et leur encadrement juridique notamment pour les mineurs. Il ajoute que « TikTok est donc l’objet, l’exemple, mais non un cas isolé ». Ainsi, aucune recommandation des députés ne se focalise sur la plateforme de ByteDance et les députés ne demandent pas son interdiction.
Par contre, ils listent 43 recommandations pour agir sur les réseaux sociaux et les mineurs en général. La première a déjà été plusieurs fois évoquée : l’interdiction de leur accès pour les mineurs de moins de 15 ans dans le droit de l’Union européenne. « En attendant ou à défaut », dans leur deuxième recommandation, ils proposent de l’inscrire le plus vite possible dans la législation nationale.
Le couvre-feu numérique pour les 15 - 18 ans de 22 heures à 8 heures « pour les réseaux sociaux dotés de systèmes de recommandation de contenus ou de dispositifs visant à capter l’attention de l’utilisateur » n’est que leur 32ᵉ recommandation, mais elle fait partie des mesures qui, une fois prises, seraient les plus visibles et contraignantes. Ils proposent aussi « que les paramètres adaptés à l’âge des utilisateurs mineurs ne puissent pas être désactivés ».
Les députés français proposent aussi « le renforcement des moyens financiers et humains alloués à la régulation des grandes plateformes numériques » dans l’Union européenne, mais aussi ceux de l’Arcom.
La proposition 12 du rapport veut « introduire dans le droit européen une obligation de pluralisme algorithmique, inspirée du principe de pluralisme des médias inscrit à l’article 34 de la Constitution, afin de garantir aux utilisateurs des plateformes, à travers la mise en place d’une interopérabilité des systèmes de recommandation et la possibilité de choisir entre plusieurs algorithmes, un réel pouvoir de décision sur leur expérience numérique – et en ce qui concerne les parents, sur celle de leurs enfants ».
Pour le reste, les députés veulent essentiellement renforcer les dispositifs d’information sur les effets néfastes des réseaux sociaux. Ainsi, ils proposent de « modifier les programmes d’enseignement moral et civique pour inclure une sensibilisation à l’usage raisonné des outils numériques » ou obliger que les emballages des téléphones mobiles et autres appareils « comportent un message de prévention visant à informer les consommateurs que ces produits sont déconseillés aux mineurs de moins de 13 ans ».
Après la remise du Rapport et avoir reposé sa casquette de président de la Commission, Arthur Delaporte a annoncé sur France Info avoir saisi la procureure de la République de Paris : pour lui, « le constat est sans appel : TikTok a délibérément mis en danger la santé, la vie de ses utilisateurs ». « Il me semble qu’il y a des infractions qui sont de nature pénale, de complicité active ». D’autre part, il estime que « c’est impossible quand on est dirigeants de TikTok Europe de ne pas avoir eu connaissance » de ce qu’il se passe de grave sur la plateforme et il les accuse de parjure devant la commission.
Commentaires (32)
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Abonnez-vousLe 11/09/2025 à 14h30
« Ça c’est ton app, ça c’est ma loi…. Et voilà ! »
Le 11/09/2025 à 15h24
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Le 11/09/2025 à 16h10
J'irais même plus loin que cela en ce qui concerne ces algo. Mais ce serait déjà un très bon premier pas, pour inciter en douceur à lâcher son téléphone et les réseaux.
Après on peut débattre sur l'atteinte à une liberté etc. Mais vu les effets néfastes, largement documentés, il faut prendre des décisions, même si impopulaires dans un premier temps.
Modifié le 11/09/2025 à 18h06
Pour un enfant c'est totalement différent, son cerveau n'est pas encore totalement développé, avec les conséquences que l'on sait sur son développement. Si les parents ne prennent pas leurs responsabilité, c'est au collectif de s'en saisir.
Les parents n'ont aucune excuse à ce niveau là, typiquement Family Link fait des merveilles pour le contrôle parental et c'est gratuit. Chez nous les apps ne sont plus utilisables après 21H30 et les apps triées au compte goutte avec un temps maxi pour chacune, et une limitation journalière globale.
Évidemment j'aurais préféré un truc indépendant et open-source, mais au moins ça fait l'affaire faute de mieux.
Même une simple switch a un contrôle parental. Il n'y a plus d'excuses.
Le 12/09/2025 à 09h48
Le contrôle parental à la google, pour moi, c'est un cheval de Troie : TOUTE l'activité du gamin est enregistrée par Google, prêt à resservir à la moindre demande des annonceurs.
Le 12/09/2025 à 10h08
Pour le reste ici, c'est Nextcloud installé sur le NAS maison qui gère toutes les données personnelles de tout le monde, avec proxmox + raid.
Le 12/09/2025 à 13h30
Google Family envoie (certes lié sur le compte "bidon") chaque prise en main, chaque déverrouillage, chaque lancement d'app, chaque rechargement - toute les interactions avec le téléphone sont envoyé à Google & lié au compte en question.
Suffit qu'une des app utilisée tierce soit lié à un autre compte dans le futur... et le lien est fait , à disposition de tous ceux qui le demanderont.
Je sais que je suis parano la-dessus... on peux faire confiance à Google pour "effacer les données" depuis le site web... mais les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent - et plus encore lorsqu'il y a tout un appareil d'état derrière qui enregistre tout "au cas où".
Le 12/09/2025 à 14h16
Rien n'est parfait. Qustodio est compatible toutes plate-formes (ordi du collège/lycée + téléphone), mais trop limité/limitant. Family Link ne concerne que le tel, Microsoft que l'ordi.
Rien ne compte le temps passé sur la TV (et oui, la TV peut afficher tiktok).
Et comme les enfants finissent leurs devoirs très tard (22h-00h) on passe notre temps à ouvrir les droits.
Sans parler des erreurs manifestes de comptage de temps, les fois où le gamin a failli se prendre une prune dans le train car le tel s'était bloqué au bout d'une heure d'utilisation, les limites horaires qu'on oublie d'enlever quand ils ont une sortie, ce qui fait qu'ils ne peuvent pas nous appeler pour se faire ramener, les fois où ils ont dépassé leur quota Youtube car le prof avait mis des devoirs avec des vidéos de 30min...
C'est super lourd à gérer sur plusieurs gamins en parallèle, on s'en prend plein la poire par les gamins. On tient bon, mais du coup c'est moi qui doit avoir mon tel sur moi pour débloquer le gamin chaque fois qu'il en a besoin en cours / en transport / au sport / aux pompiers...
Le 12/09/2025 à 14h18
Donc il restait les cassettes et les livres (et s'occuper des plantes ou de son conjoint aussi :) )
En fait ces 20 dernières années, on a explosé le loisir "gratuit" et à @home. LEs gens sont addict à cela.
Le 11/09/2025 à 18h17
Etonnant
Le 12/09/2025 à 08h40
Car le pluralisme algo, c'est une idée, mais... des réseaux sociaux avec des algorithmes de recommandations libres, ça permettrait d'auditer leur fonctionnement... et donc d'être bien "sûr" qu'ils font ce qu'ils prétendent...
Comme des mastodon ou autre outils libres.
Le 12/09/2025 à 08h45
Modifié le 12/09/2025 à 09h25
Le 12/09/2025 à 15h36
Le 12/09/2025 à 09h59
France Info passe d'ailleurs à côté du facteur principal qui causerait la baisse de PIB, il est juste cité à la fin de leur article mais sans indiquer que c'est le plus gros point.
Il s'agit :Ils indiquent aussi que l'ordre de grandeur de détérioration du PIB (2 à 3 % pour 2060) lié à ce point doit être pris avec prudence.
La perte de productivité liée au temps de travail perdu ne serait que de 0,4 % de PIB.
Citer cette étude ici est donc très pertinent. Protéger les enfants maintenant permettrait donc de protéger la production de richesses future.
Modifié le 12/09/2025 à 10h33
Ça semble loin, mais 2060 c'est dans 35 ans, soit le temps pour une personne de naître, grandir, entrer dans la vie active et gagner un poste à responsabilité.
Quand je vois aujourd'hui que des actifs sont déjà en mode "1er lien dans Google" voire se contenter du résumer foireux du LLM, on est très mal barrés.
Le 12/09/2025 à 12h06
Nos jeunes sont complètement au fait de notre économie.
Le 12/09/2025 à 12h32
Le 12/09/2025 à 12h26
Le 12/09/2025 à 14h48
Le 12/09/2025 à 19h27
Le 13/09/2025 à 13h22
Le 13/09/2025 à 13h48
Le 13/09/2025 à 15h38
Pour détailler mon 1er commentaire, je pense qu'on a une vieille garde politique qui est habitué à un mode traditionnel de campagne et qui a du mal a appréhender les réseaux-sociaux autrement que comme un média de type "télévision".
Je ne pense pas qu'ils envisagent les réseaux-sociaux comme un lieu où il faut exister (=construire un image/audience) et faire campagne.
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