Le PS veut doubler la taxe GAFAM pour alimenter son « contre-budget »
Le Parti socialiste a proposé le 30 aout un « contre-budget », face à celui présenté par François Bayrou et décrit par le parti comme un « budget de souffrance ». Bien que plusieurs mesures majeures soient envisagées pour alimenter les caisses de l’État, le PS propose également de doubler la taxe sur les services numériques.
Le 01 septembre 2025 à 17h40
4 min
Économie
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Le Parti Socialiste a profité de son université d’été à Blois pour présenter sa feuille de route budgétaire, a rapporté notamment Challenges. Le plan d’origine était de ne le dévoiler qu’en novembre, mais l’arrivée du vote de confiance de l’Assemblée nationale le 8 septembre pour François Bayrou, accélère les opérations.
Face à un plan d’austérité du Premier ministre jugé trop abrupt et qualifié de « budget de souffrance », le PS a présenté une approche plus douce et plus étalée, qui consiste à réduire la voilure également et à puiser ailleurs des sources de financement. Sans grande surprise, la principale mesure est la fameuse « taxe Zucman », du nom de l'économiste qui l’a proposée : une contribution de 2 % sur les patrimoines de plus de 100 millions d’euros. Elle pourrait rapporter 15 milliards d’euros, selon le PS.
Parmi les autres leviers envisagés, on trouve également une refonte de la fiscalité sur les dividendes et les plus-values. Elle permettrait un apport de 3,8 milliards d’euros dans les caisses de l’État. La lutte contre la fraude fiscale et sociale rapporterait 3,2 milliards d’euros. Le PS envisage en outre une taxe sur les très grandes successions, avec à la clé un autre milliard d’euros. Le passage de la dette sous les 3 % du PIB n'interviendrait qu'en 2032, contre 2029 dans les plans de François Bayrou.
Doubler la taxe GAFAM
Entre autres mesures plus « chocs », le PS table aussi sur un doublement de la taxe GAFAM. De son vrai nom « taxe sur les services numériques », elle consiste à taxer à hauteur de 3 % les recettes générées par le ciblage publicitaire. Elle ne concerne pas les sites de commerce en ligne ni la fourniture de services numériques (malgré son nom), pas plus que les services de communication, de paiement ou financiers.
La taxe rapporterait aujourd’hui autour de 400 millions d’euros. Depuis sa mise en place, elle a suscité de très nombreuses critiques. La principale est qu’elle s’applique presque exclusivement aux entreprises américaines, les paliers de déclenchement étant de 750 millions d’euros de chiffre d’affaires dans le monde et de 25 millions en France. Donald Trump, en représailles, avait instauré une taxe de 25 % sur les vins français et autres produits de luxe. Même en France, la Cour des Comptes critiquait l’absence d’évaluation solide de l’impact économique et une navigation « à l’aveugle » sur le dossier.
C’est justement cette taxe que le PS voudrait doubler, évoquant des recettes qui grimperaient à 800 millions d’euros. La taxe passerait donc à 6 % et pourrait avoir davantage de conséquences. Les entreprises avaient en effet répercuté tout ou partie du cout sur leurs produits.
Un contexte politique très tendu
La taxe d’origine a déjà provoqué la colère de Donald Trump à la fin de son premier mandat. Or, depuis que le magnat de l’immobilier est de retour à la Maison-Blanche, une doctrine Monroe 2.0 règne aux États-Unis. Et le président américain a été très clair : seules des lois américaines peuvent affecter des sociétés américaines.
La Maison-Blanche, qui a déjà dans le collimateur des textes européens comme le DSA et le DMA, n’accepte pas non plus que des taxes puissent affecter ses grandes entreprises. Le nom « taxe GAFAM » n’est d’ailleurs pas un hasard, tant elle semble avoir été affutée dans ce but précis. Aux États-Unis, elle a déjà été qualifiée de « discriminatoire ».
Dans tous les cas, cette taxe cessera d’exister quand la taxe européenne harmonisée sur le numérique sera là. Mais sa gestation est complexe, notamment car sa création réclame l’unanimité des 27. Or, certains pays (notamment scandinaves) ne sont pas d’accord sur son fonctionnement. Dans sa version actuelle, elle imposerait d’un minimum de 15 % les revenus nets des entreprises, chaque pays récoltant le fruit de cette taxe selon les ventes sur son propre marché.
Le PS veut doubler la taxe GAFAM pour alimenter son « contre-budget »
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Doubler la taxe GAFAM
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Un contexte politique très tendu
Commentaires (37)
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Nous n'avons pas démarré les hostilités !
Le 01/09/2025 à 20h02
Le 01/09/2025 à 22h47
Aux États-Unis, elle a déjà été qualifiée de « discriminatoire ».
Ya pas à dire, ils sont culotté , on peux leur reconnaitre ça....
Le 01/09/2025 à 23h33
Le 02/09/2025 à 07h44
Alors que si l'on diminuait les quelques aides aux plus précaires ce serait quand même nettement plus facile et réclamerait tellement moins de courage, tout en pouvant diminuer encore les impôts des plus riches avec qui il est bien utile d'être en bon termes...
Le 02/09/2025 à 10h44
Le 02/09/2025 à 11h02
La différence en revanche, c'est que le consommateur choisi les services qu'il veut, personne ne l'oblige.
Tandis que baisser le niveau des services publics pour faire (soit disant) des économies, ça c'est subit par tout le monde, sauf ceux qui ont assez de moyen pour ne pas en dépendre (et encore...)
Le 02/09/2025 à 11h20
Le 02/09/2025 à 13h51
Moi ce qui m'ennuie nettement plus, ce sont les rapports d'évaluation de dispositifs déjà existants, qui sont mis dans des placards et dont personne parmi les décisionnaires ne s'en empare ou s'appuie dessus pour modifier ou améliorer ces dispositifs.
Le CICE par exemple, une gabegie totale, Des rapports existent dessus, pourquoi le dispositif n'a-t-il jamais été révisé (pire il a été entériné) ?
On est piloté par des idéologues qui par définition ne remettent jamais en question leurs politiques même avec des études et des faits, c'est cela que je trouve dramatique, ils ne tirent aucune leçon de leurs erreurs, les ignorent et pires les répètent et les amplifient. Ces comportements sont dangereux, et même, criminels dans certains cas.
Le 03/09/2025 à 17h23
Il n'a existé que de 2012 à 2019, a été modifié quasi tous les ans, mais c'est resté un élément de langage éternel. C'est fascinant.
Le 03/09/2025 à 20h48
Donc oui vous avez raison, ça n'a plus le nom, super... reste que le principe n'a pas été remis en cause malgré le très faible impact sur l'emploi et les rémunérations face à des sommes astronomiques données sans contrepartie...
Pour mémoire on parlait d'un coût de +100k€ d'allégement par emploi au SMIC créé... C'est effectivement fascinant...
Le 02/09/2025 à 10h45
Taxer les ultra riches serait une meilleure solution en terme de rentrée d'argent vu qu'ils sont plus nombreux que les entreprises concernées par cette taxe (1800 selon Zuckman).
Mais contrairement aux 47 millions de citoyens ils ont les moyens de trouver des parades (comme les très grosses entreprises), ce qui fait que les rentrées réelles d'argents sont souvent bien en deça des prévisions.
Bref, c'est en effet plus simple et plus rentable de toujours taper sur les même : les citoyens de base (smicards, classe moyenne et retraités)
Le 02/09/2025 à 11h14
Le 02/09/2025 à 11h19
Modifié le 02/09/2025 à 11h23
Merci de vous renseigner sur les conventions fiscales bilatérales...
Le 02/09/2025 à 12h10
Mais merci pour cette précision bienvenue.
Modifié le 02/09/2025 à 12h24
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/rapports/cion_fin/l15b2246_rapport-information
Le 02/09/2025 à 12h45
Cependant je reste septique sur le fait que la France de 2025 ne soit pas en mesure de revoir sa méthode d'imposition pour se calquer pour une méthode qui remonte à 1865...
Surtout que notre pays est réputé pour être le pays N°1 du taux d'imposition certes (mais à voir ce qu'il finance par rapport au autres pays), mais aussi et surtout pour son taux de recouvrement de plus de 99% pour l'IR.
Le 02/09/2025 à 13h19
Modifié le 02/09/2025 à 13h38
Modifié le 02/09/2025 à 13h59
Je vous laisse lire le rapport d'information sur l'impôt universel, tout est écrit dedans... Après en avoir fini la lecture, vous comprendrez que c'est illusoire d'imaginer un tel impôt.
Et Zucman se garde bien de préciser tout cela...
Le 02/09/2025 à 14h02
Au 18e il n'était pas de l'ordre "du monde réel" d'interdire le travail des enfants.
A la veille de 1936, il n'était pas "dans le monde réel" de créer des congés payés...
Bref le "monde réel" c'est celui que l'on se donne les moyens de construire pas celui dont on passe son temps à se répéter qu'il est impossible.
Le 02/09/2025 à 14h24
Il y a une différence entre mettre en place l'IRPP en France pour une personne résidente en France, et mettre en place un impôt universel pour un français établi à l'étranger...
Dans le monde réél, des enfants sont toujours exploités dans certains pays...
Modifié le 02/09/2025 à 15h05
"Un mot maintenant du régime de la participation substantielle (proposition n° 6). Ce dernier ne s’applique qu’en cas d’absence de convention bilatérale. Il prévoit qu’une retenue à la source soit opérée par la France dès lors que le cédant non-résident d’une société française a détenu une participation substantielle de cette même société (plus de 25 % du capital) à un moment quelconque au cours des 5 années précédant la date de la cession. Le taux de prélèvement s’élève aujourd’hui à 75 % pour les personnes domiciliées dans un état non coopératif (ETNC). "
ce § concerne les ventes de tout ou partie de société mais il est bien écris que si il n'y a pas d'accord bilatéral c'est 75% d’impôt. Donc il faut être en retard cognitivement pour faire ce choix. Rien n’empêche (hormis la volonté politique) de l'appliqué à l'IR.
j'attire ton attention sur ce biais
oui la solution ne serais pas parfaite ce n'est pas une raison VALABLE de ne pas le faire.
Le 02/09/2025 à 15h15
L'impôt universel consiste à aller imposer un français vivant à l'étranger sur ses revenus, c'est une taxation extraterritoriale.
Le 02/09/2025 à 15h29
j'ai précisé que ce § concerne les ventes de société! Cette taxe est DEJA extraterritoriale, mon propos était donc que nous avons déjà les outils juridiques et législatifs pour faire de même sur l'IR.
Je sais reconnaitre une cause perdu et avoir une discussion rationnel et apaiser avec vous en est une.
A bonne entendeur et au plaisir de ne plus vous lire.
Modifié le 02/09/2025 à 16h09
Ce n'est pas une taxe extraterritoriale, c'est une taxation à la source... ça n'a strictement rien à voir avec le fait d'aller demander à un français, résidant à l'étranger, ses revenus, et de l'imposer dessus...
Le rapport fait 98 pages, vous citez un paragraphe page 9... Allez plus loin que l'avant propos du rapport d'information avant de poster... Le rapport démontre justement toute la complexité de ce qu'il faudrait mettre en place pour instaurer l'impôt universel, rendant sa mise en place impossible, mais vous êtes probablement plus compétents que les personnes qui ont rédigé ce rapport...
Modifié le 02/09/2025 à 14h23
De l'autre, le fond du problème c'est qu'il y a forcément un problème économique aigu combiné à de la distribution de chèques en bois pour acheter, historiquement et il ne faut pas se mentir là dessus, un certain niveau de paix sociale.
Hors, ce type d’emplâtre sur jambe de bois ne fait que reculer l'échéance en creusant les dépenses avec le risque de voir les cochons de payeurs rentrer dans la danse car ils en ont plein le cul d'un taux de prélèvement moyen (~43% en 2024 et fatalement au delà des 50% pour les 40% de français sur qui paient encore l'IR) rendu à des niveaux confiscatoires pour payer les chèques rentrée/énergie/noël... que tous ceux qui ont des enfants scolarisés voient, exemple parmi d'autres, finir en smartphones dernier cri dans les poches des enfants de ces "nécessiteux"... ou les africains justifier la fraude aux prestations sociales par la "dette coloniale", si pratique alors que depuis plus de 60 ans que tous leurs pays sont indépendants ils n'ont pas été fichus de se prendre en main.
Bref, le PS comme tout le paysage politique français ne propose ici que de faire rentrer de nouvelles recettes fiscales sans taper dans les dépenses et encore moins proposer de quoi relancer l'économie à commencer par l'industrie: On attends encore Macron là dessus mais quand on a été bête à vendre les turbines d'Alsthom à GE pour les racheter ensuite et se faire mettre profond au passage, faut pas se faire d'illusions sur ses compétences.
Le 02/09/2025 à 15h06
Le 03/09/2025 à 09h01
Au moins, on n'est pas déçu avec des spécimens pareils...
Le 02/09/2025 à 10h48
C'est pas le genre du macronisme de faire ça
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