La justice valide le plan de sauvegarde d’Altice, l’horizon se dégage pour la vente de SFR
Qui n'en veut ?
La justice française vient de valider le plan de sauvegarde d’Altice France, alors que le ministère public et les syndicats étaient contre. Cette décision, en plus de donner du répit à Patrick Drahi, permet de continuer d’envisager la vente de SFR.
Le 05 août 2025 à 11h35
6 min
Économie
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En février, Patrick Drahi trouvait un accord avec ses créanciers pour restructurer la colossale dette de 24 milliards d’euros du groupe. Elle plombe évidemment ses comptes. De quel accord parle-t-on ? Le transfert de 45 % des parts du groupe en échange de l'abandon de 8,6 milliards d'euros de dette, avec un rééchelonnement des 15,5 milliards d'euros restants.
Les plans de sauvegarde d'Altice France validés
Comme nous l’avions alors détaillé, Altice avait deux échéances – on pourrait même parler de « murs » – dans son viseur : 2027 et 2028 avec respectivement 5,9 et 10,6 milliards d’euros à rembourser. La maturité de la dette gagne trois ans avec cet accord. Il devait encore être validé.
Patrick Drahi peut souffler. Altice a publié un communiqué (.pdf) expliquant que le tribunal de commerce de Paris a rendu « neuf décisions approuvant les plans de sauvegarde accélérée d'Altice France S.A. et de plusieurs de ses filiales », qualifiés d' « étape cruciale pour l'avenir d'Altice ».
Altice rappelle que cette restructuration est purement financière : « elle n'a aucun impact sur les activités opérationnelles, commerciales ou sociales de l'entreprise. L'activité se poursuit normalement, l'ensemble des emplois, des relations clients et des partenariats étant pleinement préservés ».
Ministère public et syndicats étaient contre
Challenge rappelle que cette décision du Tribunal ne suit pas la volonté du ministère public et des syndicats. Le premier « avait demandé lors d’une audience le 22 juillet l’exclusion de trois filiales du groupe – SFR SA, SFR Fibre et Completel – de la restructuration ». Si le tribunal avait suivi cette demande, Patrick Drahi aurait dû trouver un nouvel accord avec ses créanciers.
De leur côté, des syndicats aussi demandaient le rejet du projet afin d’exclure certaines filiales (notamment SFR). Olivier Lelong, délégué syndical central CFDT chez SFR, expliquait à l’AFP que « ces filiales-là ne sont pas endettées, n'ont jamais souscrit de crédit auprès des créanciers avec qui cet accord a été passé, mais c'est tout de même nous qui sommes garants du remboursement de ces dettes et qui ferons les frais du remboursement ».
« L'Unsa et la CFDT ont immédiatement annoncé leur intention de faire appel », ajoute l’AFP. Le ministère public a lui aussi la possibilité de faire appel de la décision du tribunal. Quoi qu’il en soit, cette validation du plan ouvre la voie à un autre sujet latent depuis des mois : la vente de SFR.
« Des discussions préliminaires sont en cours entre les opérateurs »
Quand bien même, après l’audience en juillet, Arthur Dreyfuss (PDG d’Altice France) avait affirmé qu’il n’y avait « pas de processus de vente de SFR en cours et aucune offre, pas même indicative et sans valeur, n’a été reçue à date ».
Dans un message interne récent, il précise aux employés que « si nous devions en recevoir une, quelle qu'elle soit et d'où qu'elle vienne, notre responsabilité (et celle de nos actionnaires) sera de l'étudier dans le cadre de gouvernance prévu, comme dans toutes les entreprises », rapporte Les Echos.
Chez les trois autres opérateurs, l’heure est aux préparatifs et aux discussions. Christel Heydemann, directrice générale d’Orange, rappelait il y a peu que la validation de la restructuration de la dette était une « condition préliminaire » à une consolidation : « C’est un processus qui doit aller à son terme, parce qu’il s’agit, évidemment, d’un élément-clé […] pour la trajectoire de SFR », comme le relève Le Monde.
Pour la directrice générale, « il y a un besoin de consolidation, aussi bien en France qu’en Europe », ajoutant qu'Orange était prêt à s’engager et confirmant au passage que « des discussions préliminaires sont en cours entre les opérateurs ».
Chez Bouygues Telecom aussi on se prépare, note Les Echos. Pour Olivier Roussat, directeur général de Bouygues (et ancien PDG de la branche télécom), une consolidation permet de couper le gâteau en trois parts au lieu de quatre, donc « normalement les parts devraient être un peu plus grosses ».
Chez Bouygues on aime visiblement bien les métaphores autour de l’argent. Après l’arrivée du quatrième opérateur Free Mobile, Martin Bouygues avait en effet déclaré : « je me suis acheté un château, ce n’est pas pour laisser les romanichels venir sur les pelouses ».
L’Autorité de la concurrence laisse la porte ouverte
La volonté est une chose, la réglementation en est une autre. SFR, actuellement second opérateur du pays, devra être vendu à la découpe, sinon le risque d’une trop forte concentration est réel. Benoît Cœuré, président de l’Autorité de la concurrence (AdlC), n’est pas fermé à l’idée d’un retour à trois, mais cela soulèvera forcément une enquête :
« S’il y avait un tel projet, on regarderait marché par marché, ce n’est pas très compliqué. Ce qui est compliqué, c’est de mesurer. Conceptuellement, ce n’est pas très compliqué […] il y a une discussion à avoir. Je ne viens pas vous dire il n’en est pas question, ce n’est pas possible […] Ça dépendra des mérites des projets, mais je n'ai vu aucun de ces projets ».
Plus récemment, dans un entretien aux Echos, le président de l’AdlC laissait de nouveau la porte ouverte et invitait les opérateurs à avancer sur le sujet : « Si cette opération devait être notifiée, nous la regarderions sans camper sur nos positions d'il y a neuf ans ».
La justice valide le plan de sauvegarde d’Altice, l’horizon se dégage pour la vente de SFR
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Les plans de sauvegarde d'Altice France validés
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Ministère public et syndicats étaient contre
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« Des discussions préliminaires sont en cours entre les opérateurs »
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L’Autorité de la concurrence laisse la porte ouverte
Commentaires (23)
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Abonnez-vousModifié le 05/08/2025 à 11h49
Le 05/08/2025 à 11h58
Le 05/08/2025 à 12h34
CQFD!
Le 05/08/2025 à 12h00
Lire "Drahi peut souffler" ça me fait un peu voir rouge.
Je connais pas beaucoup de petite TPE, d'artisans ou d'agriculteurs qui, endettée à une valeur supérieure à leurs actifs, bénéficient d'une telle mansuétude...
"selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir"
Le 05/08/2025 à 12h12
Quand tu dois 50k € à une banque , elle te tient par les c.....
Quand tu dois 20 milliards à une banque, tu la tiens par les c....
Le 05/08/2025 à 12h18
Modifié le 05/08/2025 à 13h37
Zut : grilled
Modifié le 05/08/2025 à 13h51
Il y a d'ailleurs des propriétaires bailleurs qui sont dans le même cas : ils ont empruntés pour que les loyers remboursent le crédit, mais avec des défauts de paiement et/ou des frais de copropriétés qui ont explosés, hop banqueroute.
L'avantage de Drahi, c'est qu'avec les années il s'est toujours assuré d'avoir son "petit" matelas à côté, par exemple en s'offrant des charmants locaux loués à ses propres sociétés (un classique du montage financier) qui lui permettent de construire encore un peu plus de patrimoine grâce à des revenus même après la vente.
Le 05/08/2025 à 21h14
On se focalise sur Altice, mais pour Drahi, Altice n'est qu'un outil. Ce qui compte c'est ce qu'elle a permis de se mettre dans les poches à coté.
Une fois l'outil usé on le jette sans trop se soucier des conséquences .... et avec l'argent & l'influence qu'on a eu , soit on se la coule douce soit on trouve un autre outil à user.
C'est là le drame des "inégalités", actuellement. Drahi sera jamais poursuivi pour avoir détruit un groupe, cassé un outil industriel dont l'histoire remontait à LDcom , et fait galéré des millions de personnes des années durant. Pas plus que JMM en son temps.
Modifié le 05/08/2025 à 23h54
Ou comment récupérer du crédit sans jamais devoir le rembourser ni être responsable.
En fait le capitalisme c'est facile :
1 : créer une société à responsabilité limitée avec le pognon des autres ou de l'héritage
2 : racheter une boite pour la faire rembourser.
3 : se sucrer sur les crédits qu'elle contracte et ses revenus.
4 : se sucrer lors d'une revente.
5 : recommencer avec une autre.
Ça me rappelle des cours, ça, avec les profs poussant à fond sur le crédit, "merveilleux outil".. (Alors que dans l'agricole, c'est une autre paire de manche, quand tu engages ta responsabilité individuelle, avec un niveau d'incertitude énorme sur les revenus et la capacité à pouvoir rembourser)
Le 06/08/2025 à 09h30
Pour moi aussi ca me rappelle les cours d'éco-gestion, avec les profs qui disaient tous que "les dettes, c'est bien" (oui, tant que tu arrives à rembourser et que ca ne te fout pas dans la merde...).
Le 06/08/2025 à 17h26
Le 07/08/2025 à 09h39
Le 05/08/2025 à 12h05
Le 05/08/2025 à 12h44
[Sans tenir compte de l'inflation] .
Si l'année 0 on te prête 10 que tu t'engage à les rembourser à 0 + 5 ans, mais qu'entre temps tu vers 10% par ans (soit 1) en interets.
à 0 +5 si ton créancier repart pour 5ans en abondonnant 5 dans l'absolu il n'a rien perdu, il n'a juste pas gagné +.
En si on repartant il recuperer 50% de ta maison qui vaux 20...
Il a déjà gagné 10 au lieu de 5.
Ai-je fait une erreur de raisonnement ?
Le 05/08/2025 à 13h39
Le 05/08/2025 à 13h44
Le 05/08/2025 à 14h43
D'ici-là, de l'eau aura coulé sous les ponts et on verra si c'est applicable, sachant qu'il peut y avoir un autre recours, en cassation.
Le 05/08/2025 à 14h48
Modifié le 05/08/2025 à 17h09
Le 05/08/2025 à 17h43
Le 05/08/2025 à 18h03
Modifié le 06/08/2025 à 14h44
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