Transphobie : ces désinformateurs français qui s’appuient sur des réseaux internationaux
Multiculturalisme transphobe
Le succès de la thèse selon laquelle Brigitte Macron serait une femme trans dans les réseaux trumpistes illustre l'internationalisation de la production et de la diffusion des thèses transphobes.
Le 23 juin 2025 à 16h37
5 min
Société numérique
Société
Brigitte Macron, femme trans ? Fréquemment relayée lors des élections présidentielles de 2022, cette fausse information est reprise aux États-Unis au point d’avoir été véhiculée par des proches de Donald Trump. Une trajectoire qui s'explique par la mécanique désormais récurrente de réseaux de désinformation proches des extrêmes-droites mondiales, prompts à faire circuler et à adapter leurs discours d’un pays à l’autre.
Dans les fausses informations visant la première dame, cela dit, France Info détaille comment deux Français ont particulièrement œuvré à leur diffusion outre-Atlantique : Xavier Poussard, un diplômé d’histoire travaillant régulièrement pour la lettre d’extrême-droite Faits & Documents, et Aurélien Poirson-Atlan, mieux connu sur Twitter/X sous le pseudonyme sulfureux de Zoe Sagan.
Avec succès, puisqu’en février 2025, l’influenceuse ultraconservatrice Candace Owens (5,7 millions d’abonnés sur Instagram, 6,9 millions sur X) présentait l’ouvrage Becoming Brigitte (« Devenir Brigitte »). Écrit par Xavier Poussard, qui ne rentre plus en France depuis son signalement pour « appel à la haine en raison de la race ou de la religion », en 2021, l’ouvrage développe la thèse selon laquelle l’épouse du président de la République française serait née homme sur 332 pages. Sa reprise par une figure centrale de l’alt-right états-unienne a donné au récit complotiste une nouvelle ampleur.
La transphobie, vecteur récurrent de désinformation
Pour comprendre le succès de cette fausse théorie, il faut souligner que les femmes exposées publiquement, notamment par leur carrière ou leur proximité avec le monde politique, sont aussi particulièrement visées par des campagnes de violences numériques. Selon les cas, celles-ci s’appuient sur des insultes, des rumeurs, des appels à la violence, ou les trois à la fois.
Dans ce cadre, les récits transphobes sont par ailleurs récurrents. Michelle Obama a subi ce type de théories alors que son époux occupait les plus hautes fonctions des États-Unis, de même que Kamala Harris, alors qu’elle candidatait à la présidentielle américaine en 2024, ou encore Kate Middleton, dont la vie est actuellement décortiquée sur TikTok pour tenter de prouver qu’elle n’est pas née femme. Les milieux complotistes parlent de « transvestigation », ou investigation autour d'une supposée transidentité, dans une illustration parfaite de ces logiques de mobilisation collective que décrit la chercheuse Stéphanie Lamy.
Outre celles exposées dans le milieu politique, nombreuses sont les personnalités du sport, de la culture et d’ailleurs à être visées par ce type de théories mêlant transphobie, misogynie et, régulièrement, racisme. La chanteuse Aya Nakamura a été visée par le même type de propos alors qu’elle représentait la France lors de la Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, de même que la boxeuse Imane Khelif, visée par une campagne de cyberharcèlement mondialisée alors qu’elle concourait aux JO.
Comme le détaille le journaliste spécialisé Elie Hervé ou XYMedia, les attaques contre les droits des personnes trans sont utilisées par la droite et l’extrême-droite partout sur la planète pour créer de nouvelles peurs. En cela, elles ressemblent aux précédentes vagues de discours anti-LGBTQ, comme celles poussées par La Manif pour tous au début des années 2010. En 2023, l'Observatoire européen des médias numériques relevait par ailleurs que la désinformation LGBTQ était l'une des plus « présentes et constantes dans l'Union européenne ».
Des collaborations transfrontalières
Ce que la désinformation visant Brigitte Macron illustre aussi, c’est la collaboration transfrontalière entre fabricants et diffuseurs de désinformation transphobes. Auprès de France Info, Xavier Poussard explique par exemple que la réception de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, et notamment le tableau incluant un défilé de drag queens, a fait office de déclencheur dans sa collaboration avec des conservateurs états-uniens.
La viralité du récit complotiste a notamment été poussée par un autre proche du président des États-Unis : le général Michael Flynn, qui avait promu le récit QAnon par le passé. À leurs propos véhiculés via les réseaux sociaux sont bientôt venus s’ajouter des reprises dans les émissions des principaux podcasteurs politiques locaux, dont ceux de l’ancien journaliste de Fox News Tucker Carlson et ceux du podcasteur le plus écouté au monde Joe Rogan.
Si cette affaire se démarque par son rayonnement, tant du côté des personnalités visées que des auditoires atteints (Joe Rogan compte plus de 15 millions d’abonnés sur X et 20 millions sur YouTube), elle n’est, encore une fois, que le révélateur d’une tendance plus large à l’internationalisation des thèses transphobes.
Comme le souligne un rapport du Centre for Feminist Foreign Policy auquel Next a eu accès en avant-première, à la sortie de leur ouvrage Transmania, les militantes anti-trans françaises Marguerite Stern et Dora Moutot ont par exemple reçu les soutiens de l’écrivaine britannique Julie Mindel (plus de 130 000 abonnés sur X) et du journaliste Freddie Sayers, à la tête du média UnHerd. Ce dernier a été placé sur la liste noire de l’ONG britannique Global Disinformation Index pour sa propension à véhiculer des thèses transphobes. Visée par des cyberviolences, Dora Moutot a été soutenue par l’autrice et activiste transphobe J.K Rowling.
Transphobie : ces désinformateurs français qui s’appuient sur des réseaux internationaux
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La transphobie, vecteur récurrent de désinformation
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Des collaborations transfrontalières
Commentaires (51)
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Abonnez-vousLe 23/06/2025 à 17h01
Le 23/06/2025 à 17h26
Ils cherchent à montrer que le gouvernement n'est pas fiable en cachant que des personnes importantes sont secrètement abjects (pour eux il est plus abject d'être trans que d'avoir été reconnu comme violeur ou agresseur sexuel).
En effet pour beaucoup ces rumeurs sont ridicules et ont peu d'importance, mais on voit bien que ça excite pas mal de monde (d'où les nombreux chiffres cités dans l'article) et c'est un des symptômes de la montée actuelle du fascisme en France (et dans le monde occidental, les US et les UK ne sont pas en reste).
Le 23/06/2025 à 17h30
En l'occurence, l'objectif est bien entendu tout autre. "Ils ony qqch à cacher", "on peut leur faire confiance sur rien", et ça c'est que la partie racontable. (ensute y a "pourquoi on les laisse mettre en danger nos enfants", etc...)
Le 23/06/2025 à 18h55
Le 23/06/2025 à 19h51
Le 24/06/2025 à 09h25
Le 24/06/2025 à 11h25
Le 24/06/2025 à 14h58
Le 24/06/2025 à 09h05
Il y a bien d'autres sujets d'importance.
Si quelqu'un veut se sentir être n'importe quoi, grand bien lui face, tant que ce n'est pas un trouble de l'identité, qui, peut s'avérer grave pour la personne concernée. Et qu'on nous foute la paix avec la mise en avant constante de nouvelles minorités qui veulent absolument être mises en avant soit par des pro, soit des anti.
Le 24/06/2025 à 11h26
Modifié le 24/06/2025 à 19h43
S'accrocher à vouloir imposer une visibilité n'étant pas en corrélation avec le nombre ne fait que saouler beaucoup de gens.
Ça ne veut pas dire que leur voix ne compte pas et ne doit pas être entendue, évidemment, mais de la à prendre une place bien au delà des réalités, ça finit par gonfler beaucoup de monde un peu comme le démarchage commercial, parce que ce n'est tout simplement pas leur quotidien/réalité/centre d'intérêt, et qu'on ne peut pas s'imposer aux autres de façon répétitive sans finir par les irriter.
Le 24/06/2025 à 23h08
Le 24/06/2025 à 09h19
Mais bref, les réseaux d'ED auraient pu prendre un autre "os à ronger", c'est "tombé" sur transidentité parce que c'est un sujet "chaud", croustillant et facile à monter en épingle.
Le 24/06/2025 à 11h32
Concernant les enfants, d'après le complot, c'est pour récupérer l'adrénochrome pour rester éternellement jeunes.
Le 23/06/2025 à 17h02
Le 23/06/2025 à 17h10
Le 23/06/2025 à 17h03
Modifié le 23/06/2025 à 17h18
En l'occurrence, le tweet concerné a reçu 19,7K likes, 3,3 K retweets, 1,1 million de vues : une exposition non négligeable, même pour pour une personne déjà suivie par 40,2K abonnés.
Le 24/06/2025 à 14h38
Oui, j'ai suivi le lien de votre article pour voir quel était ce soutien :Quel que soit ce qu'elle a écrit, elle ne mérite pas des appels aux meurtres.
Modifié le 24/06/2025 à 15h16
(Par ailleurs, le tweet complet est plus politique que l'extrait choisi par Le Figaro. Le message sert aussi bien à exprimer son soutien qu'à véhiculer une nouvelle fois les idées communes à Rowling et Moutot.)
Le 24/06/2025 à 16h13
C'est bien là qu'est l'os. Quand tu as "en face" des personnes et leurs opinions qui mènent très directement à la violence, la domination, la mort (suicide, violence stochastique), la privation de soins, la privation de droit, la déshumanisation, etc... sans aucun remord ni compassion, finalement, il s'agit aussi d'appel à la violence.
En d'autres termes et pour reprendre un argument bien connu de mes gamins à l'école... "c'est eux qui ont commencé".
Dans une société où la transphobie mènerait à une mise au ban de la société, ça serait juste inutile de réagir. Là on leur file un mégaphone pour répandre encore plus la haine. Le fascisme ne part jamais parce qu'on lui demande gentiement. Il part seulement avec un coup de pied au derrière.
Cerise sur le gâteau : les appels aux meurtres (aussi peu déguisés qu'ils soient comme ceux de Rowling) mènent réellement à des violences. Il suffit de lire les bons médias pour trouver des faits quotidiens. Montrez-moi quels transphobes notoires ont réellement été meurtris, violés, assassinés, tabassés pour ces "opinions". Quel transphobe a été poussé au suicide par l'absence de soins ? L'appel à la violence c'est juste ça. un appel. En face, la violence est quotidienne, assumée.
Le 24/06/2025 à 23h10
Modifié le 24/06/2025 à 16h25
Bien sûr que l'article de Next n'approuve pas les cyberviolences dénoncées dans ce tweet de JK Rowling. C'est le soutien explicite aux idées de la personne qui est en jeu dans d'article et qui est visé dans ce tweet.
Vous vous en fichez peut-être (le "quelque soit ce qu'elle a écrit" est savoureux parce que "elle ne mérite pas" les cyberviolences subies par elle, mais elle a droit de dire ce qu'elle veut), pourtant c'est tout le sujet de l'article : la transphobie et les rumeurs haineuses répandues sur les réseaux sociaux.
Le 23/06/2025 à 17h33
Donc "soutient" équivaut pour moi à "est dans le cercle d'influence de ..." et donc mérite complètement d'être noté.
Modifié le 24/06/2025 à 10h40
Donc A soutient B signifierait que B a une certaine capacité d'influencer A ?
"Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde ! "
Le 24/06/2025 à 11h29
Le 24/06/2025 à 12h06
La phrase initial etait "les militantes anti-trans françaises Marguerite Stern et Dora Moutot ont par exemple reçu les soutiens de l’écrivaine britannique Julie Mindel "
@Aqua dit "soutient = est dans la sphere d"influence de" DONC "les militantes anti-trans françaises Marguerite Stern et Dora Moutot sont dans la sphere d'influence de l’écrivaine britannique Julie Mindel" DONC "Mindel a une certaine capacité d'influencer Stern et Moutot."
Je ne vois pas ce qui fait dire que "Mindel a une certaine capacité d'influencer Stern et Moutot."
Le 24/06/2025 à 13h38
Ce qu'Aqua a dit est maladroit (ça serait plutôt des bulles d'opinion), mais ça ne fait que réagir à votre accusation de faire du déshonneur par association, alors que ça n'en est pas. "Goering est dans les sphères d'Hitler" -> bouh les vilains, ils font du déshonneur par association, ou pas.
Le 24/06/2025 à 14h27
Le 24/06/2025 à 14h45
Le 24/06/2025 à 16h29
Le 24/06/2025 à 15h47
Bon, un moment, faire exprès d'interpréter au plus littéral et inexact ce qui est écrit, ce n'est pas une preuve de mauvaise foi ?
Rowling et Moutot sont des saloperies aux mêmes idées rances, point.
Le 24/06/2025 à 16h28
Au départ je soulevais juste la mauvaise utilisation d'un expression.
Le but d'un site comme celui-ci est, je pense, de permettre à tous d'apprendre.
Certaines personnes auront trouvé intéressant l’illustration d’un sophisme ou l’explication d’un mauvais emploi d’une expression.
Mais a priori un justice warrior a voulu faire tomber l'échange dans les insultes.
Tanpis.
"Tempora mori, tempora mundis record"
Le 24/06/2025 à 18h37
Dire que tu fais preuve de mauvaise foi (après avoir repris par 3 fois ce mauvais argument du déshonneur par association), ce sont des insultes ?
Le 24/06/2025 à 21h06
Le 27/06/2025 à 10h28
Tanpis²
"Ave Cesar, rosae rosam, et spiritus rex !"
Le 24/06/2025 à 11h52
Modifié le 24/06/2025 à 12h10
Modifié le 23/06/2025 à 17h53
Le 23/06/2025 à 23h02
Le 23/06/2025 à 17h49
Le 23/06/2025 à 23h06
Quand Idiogène dit :Il est pile poil sur ce qui fonde ces mouvements devenus totalement imperméables à la réalité.
Le 24/06/2025 à 09h24
=> tout est dit... comment contrecarrer ce genre de gus. C'est impossible de prouver que le pizzagate est faux.
Ils n'ont pas les moyens de prouver qu'il est vrai, si ce n'est par le soupçon "il y a des indices, et, justement, on nous cache des choses, c'est bien la preuve qu'il y a des choses à cacher..."
Le 23/06/2025 à 20h14
D'autre part, les valeurs conservatrices évoquées ont un but commercial, comme souvent avec l'extrème droite.
Enfin, pardon, mais lorsque je lis :
Alors qu'il y a moult désinformation dans le domaine technique organisée dans l'UE, j'ai du mal à ne pas me dire que ce n'est pas du double discours. In fine, ce sentiment légitime de méfiance des classes populaires est un terreau parfait pour toute sorte de manipulateurs cherchant leur part de techno-gateau.
Le 23/06/2025 à 21h11
« Calomniez ! Calomniez !.. Il en restera toujours quelque chose »
Citation de, au choix :
- Le philosophe Francis Bacon ( Wikipédia) )
- L'auteur Claude-François Denecourt ( Gallica )
Le 23/06/2025 à 22h10
On a bien assez de sa propre vie sans avoir besoin de regarder celle des autres.
Le 24/06/2025 à 07h59
Le 24/06/2025 à 09h42
Le 24/06/2025 à 10h36
Le 24/06/2025 à 09h56
Le 24/06/2025 à 11h31
On est selon moi moins dans la technique que dans la politique.
C'est ce qui me paraît le plus important, et que ce soit partagé par la rédaction et la communauté Next me réconforte
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