#Le brief du 01 juin 2026

Brûler des tokens n’est pas travailler : Amazon ferme son classement IA interne

Brûler des tokens pour se faire bien voir de ses patrons ne sert à rien, mieux vaut se concentrer sur la qualité des produits développés avec l’IA. C’est en substance le message en interne chez Amazon, qui a mis fin à un classement mesurant la quantité de tokens utilisés.

Amazon veut que ses employés utilisent l’IA générative pour développer de nouveaux produits et services ; mais pas en brûlant des tokens sur des tâches sans intérêt. L’entreprise a mis un terme à Kirorank, un classement mesurant l’utilisation de Kiro, une plateforme de développement assisté par IA. Plus un employé utilisait cet outil IA, plus son score grimpait.

Illustration : Flock

Pour gagner des places, certains petits malins avaient commencé à « optimiser » leur usage de l’IA, en lançant des agents IA pour générer artificiellement de l’activité, ce qui leur permettait de consommer un maximum de tokens sans produire davantage de travail « utile ». Cette pratique du « tokenmaxxing » revient cher : les modèles IA ne sont pas gratuits, ils consomment des ressources de calcul que les entreprises doivent payer.

Si des milliers d’employés commencent à faire tourner des agents IA pour des tâches sans valeur ajoutée, la facture grimpe rapidement. Et c’est d’autant plus sensible qu’Amazon est un des principaux acteurs du secteur, avec des investissements massifs pour ses infrastructures (200 milliards rien que cette année).

Dave Treadwell, vice-président d’Amazon, a reconnu que ce classement avait été créé avec de « bonnes intentions », mais qu’il avait produit des effets toxiques. « N’utilisez pas l’IA simplement pour utiliser l’IA », a-t-il indiqué dans un mémo publié par le Financial Times. L’entreprise préfère désormais suivre d’autres indicateurs comme les « déploiements normalisés » qui mesurent si l’IA aide réellement à produire du code utile, plutôt que de simplement compter le volume de tokens brûlés.

« Le tableau de bord bêta n’était pas un outil officiel ni approuvé, et il a depuis été abandonné », a confirmé Amazon dans une déclaration. Ce classement avait été créé par un groupe d’employés « qui souhaitaient sensibiliser leurs collègues à la manière dont l’IA peut accélérer le travail ». L’entreprise préfère se concentrer sur « l’efficacité opérationnelle ».

La pression n’en reste pas moins forte pour adopter l’IA dans le travail de tous les jours. Amazon s’est fixé un objectif de 80 % de développeurs devant utiliser cette technologie chaque semaine.

Paint.NET dispose enfin du domaine paint.net

Après 22 ans passés à développer Paint.NET, on imagine la satisfaction de Rick Brewster, son principal artisan. Celui-ci vient en effet de mettre la main sur le nom de domaine paint.net, lequel pointera bientôt vers le site dédié à ce célèbre logiciel de retouche photo gratuit (aujourd’hui hébergé à l’adresse getpaint.net).

Même si Paint.NET tire son nom de l’environnement .NET de Microsoft (et non de l’extension de nom de domaine .net), l’obtention de cette adresse revêt une portée symbolique évidente pour Brewster, qui raconte, dans un thread Bluesky, avoir cherché à l’obtenir dès les débuts de l’aventure : « J’essaie d’obtenir ce nom de domaine depuis 22 ans. C’est un truc de dingue. »

Sans surprise, il explique que les anciens propriétaires du nom de domaine en voulaient une somme qu’il ne pouvait pas se permettre. Les noms de domaine composés d’un mot très générique comme « paint » (peinture en anglais) associé à un domaine de premier niveau ancien et populaire comme .net sont en effet particulièrement recherchés, et s’échangent souvent à prix d’or.

C’est en définitive l’appétit du dernier propriétaire en date qui fera basculer la situation. « Finalement, en décembre, le dernier propriétaire (enfin, l’ancien 😂) a commencé à héberger du contenu entièrement consacré à Paint.NET, tentant de tromper les utilisateurs en leur faisant croire qu’il s’agissait du site officiel. Liens brisés, publicités, etc. Ils tiraient profit de ma marque déposée », décrit Rick Brewster.

La Wayback machine confirme que l’ancien propriétaire du domaine a tenté une démarche de référencement parasite – capture d’écran

« Et c’est ainsi que l’affaire est devenue une preuve flagrante de contrefaçon de marque et d’accaparement de nom de domaine. Grâce à un avocat, j’ai récupéré le nom de domaine », poursuit l’auteur de Paint.NET, qui promet que le site actuel du logiciel basculera vers sa nouvelle adresse dans les prochains jours. Le logiciel, passé dans sa branche 5.x en 2023, est actuellement disponible en version 5.1.12.

Microsoft voudrait ranger tous ses Copilot dans une app unique

Même si Microsoft s’est décidé à rationaliser la présence (parfois envahissante) de l’IA dans Windows, l’éditeur ne compte pas lâcher l’affaire. Pour remettre de l’ordre dans sa galaxie de Copilot, l’entreprise préparerait une « superapp » regroupant tous ses assistants IA au sein d’une interface unique.

On ne compte plus les Copilot : les déclinaisons de l’IA chez Microsoft sont tellement nombreuses que plus personne n’y comprend rien. GitHub Copilot, Microsoft 365 Copilot, Copilot Cowork, le chatbot grand public Copilot… Difficile de s’y retrouver, les utilisateurs ne savent plus très bien à quoi sert tel ou tel service. Microsoft a commencé à réagir, en réduisant le forcing de Copilot et la surcharge de l’IA dans le système d’exploitation. Mais il reste encore beaucoup de travail pour trouver une cohérence à ce bazar d’IA.

C’est pourquoi l’éditeur plancherait actuellement sur une « superapp », une application unique regroupant tous les Copilot derrière une seule interface. La rumeur rapportée par Fortune consisterait en un guichet unique donnant accès à tous les Copilot de l’utilisateur. À cela s’ajouterait un système d’automatisation à base d’agents IA, baptisé Autopilot.

Le projet n’est pas sans rappeler la propre « superapp » que développe OpenAI, en prenant comme base l’outil de vibe coding Codex. À terme, l’idée est de répondre à l’ensemble des requêtes de l’utilisateur grand public, développeur ou professionnel.

La stratégie de la superapp a du sens pour Microsoft comme pour OpenAI, même si on peut faire valoir qu’une telle application « fourre-tout » peut désorienter les utilisateurs qui cherchent à réaliser une tâche précise. Ou rendre l’ensemble plus difficile à appréhender.

Au mois de mars, le directeur général Satya Nadella nommait un « chef » de Copilot en la personne de Jacob Andreou, qui est chargé de remettre du sens et de l’ordre dans la pléthore de fonctions et de services Copilot. On pourrait entendre parler de cette superapp dès cette semaine, à l’occasion des conférences Build de Microsoft, même s’il ne serait pas question de montrer l’app en elle-même. Celle-ci pourrait cependant ne pas tarder : la rumeur évoque en effet un lancement d’ici la fin de l’été.

Canonical s’occupe désormais de Flutter Desktop

Le kit de développement multiplateforme Flutter, open source et créé par Google, a d’abord été conçu pour simplifier la création d’applications mobiles. Il a rapidement pris du galon et a notamment débordé sur les ordinateurs (desktop), avec des débouchés vers toutes les plateformes principales.

Le projet avait particulièrement intéressé Canonical, au point que l’entreprise s’est occupée officiellement du portage vers Linux. Depuis, le père d’Ubuntu s’en est amplement servi, aussi bien pour certaines applications (dont App Center, Firmware Updater et Security Center) que pour le module d’installation d’Ubuntu.

Durant la Google I/O, une petite information s’est toutefois glissée en douce : durant la présentation des nouveautés de Flutter, Kate Lovett (responsable ingénierie de l’équipe Flutter Framework chez Google) a annoncé (à 39min16) que Canonical supervise désormais tout ce qui touche à Flutter Desktop. L’entreprise gèrera ainsi toute la maintenance et la feuille de route, comme repéré par OMGUbuntu.

Kate Lovett a mis en avant la « grande expertise technique » de Canonical dans le domaine et « l’incroyable partenariat d’ingénierie » entre les deux sociétés. Flutter est donc dirigé par une hydre à deux têtes, même si Canonical semble désormais s’occuper de l’essentiel du travail. Précisons que ce dernier s’applique aussi bien à Linux qu’à Windows et macOS et que les nouveautés continueront à s’appliquer aux trois plateformes.

Souveraineté numérique : le CIAN évoque « l’urgence » de la situation

Le Conseil national de l’intelligence artificielle et du numérique (CIAN) a publié le 22 mai un rapport sur la souveraineté numérique. On peut y lire notamment que la « dépendance française et européenne aux acteurs étrangers en matière d’infrastructures numériques interroge notre capacité à en maîtriser les risques ».

Dans l’ensemble, ce (long) rapport rassemble de nombreux constats déjà faits au cours des dernières années. Par exemple, que le numérique est « dominé par une poignée d’acteurs qui contrôlent, sans contre-pouvoir, des outils omniprésents dans nos vies quotidiennes », avec tous les dangers que cela suppose. Elle dresse un portrait déjà connu : un double discours étatique, des écarts béants entre intentions et décisions, un manque de coordination, un gâchis de ressources, une intervention publique fragmentée, ou encore un écosystème peu compétitif. Des éléments que la Cour des comptes avait mis en avant en octobre dernier.

Illustration : Flock

Puisque le CIAN est l’organe devant conseiller le gouvernement sur ces sujets, il y va donc de ses recommandations. Le Conseil propose ainsi la création d’une Fabrique des Communs Numériques et un renforcement du mandat de l’EDIC Digital Commons (d’ailleurs installé à Paris).

Le CIAN aimerait également que soit créé un fonds européen dédié à ces communs, ainsi qu’un label European Open Standards. Cartographie nationale des briques numériques existantes, exemplarité de la commande publique, contribution à la gouvernance active des communautés open source ou encore renforcement des formations aux communs numériques sont également cités.

Anthropic lance officiellement son projet d’entrée en Bourse

Ça, c’est fait. Après des mois de rumeurs, Anthropic a confirmé, sans trop de surprise, son intention d’entrer en Bourse (IPO). Le labo IA a déposé un formulaire S-1 auprès de la SEC, le gendarme boursier américain. Le tout de manière confidentielle, comme c’est souvent le cas. En conséquence, le dossier n’a pas été rendu public ; l’entreprise et l’autorité peuvent ainsi discuter à l’abri des regards indiscrets.

Il s’agit d’une première étape, puisque ce dépôt ne signifie pas qu’Anthropic va automatiquement entrer en Bourse. Mais la société se donne la possibilité de le faire une fois l’examen réglementaire terminé.

En l’absence de toute information publique, il est impossible de dire le nombre d’actions qui seront mises sur le marché, ni leur prix. L’opération dépend également de la situation : si les marchés sont agités, si la conjoncture est défavorable, ou si la valorisation attendue n’est pas au rendez-vous, Anthropic peut repousser son projet d’IPO ou tout simplement l’annuler.

Tout laisse cependant penser que cette introduction en Bourse ira à son terme. Le dernier tour de table d’Anthropic lui a permis de réunir 65 milliards de dollars d’argent frais, sur la base d’une valorisation de 965 milliards de dollars. Soit davantage qu’OpenAI (852 milliards de dollars début avril). Le créateur de ChatGPT aurait lui aussi l’intention de se lancer en Bourse d’ici la fin de l’année.