Tokenmaxxing : quand les salariés d’Amazon brûlent des tokens pour se faire bien voir
La course au token
Illustration : Flock
Le 13 mai à 08h50
Des salariés d’Amazon utilisent un outil maison équivalent à OpenClaw pour brûler des tokens et générer artificiellement de l’activité IA pour éviter de mauvaises évaluations. Ce phénomène du « tokenmaxxing » n’est pas propre à Amazon.
Tokenmaxxing : quand les salariés d’Amazon brûlent des tokens pour se faire bien voir
La course au token
Illustration : Flock
Des salariés d’Amazon utilisent un outil maison équivalent à OpenClaw pour brûler des tokens et générer artificiellement de l’activité IA pour éviter de mauvaises évaluations. Ce phénomène du « tokenmaxxing » n’est pas propre à Amazon.
IA et algorithmes
IA
5 min
Les entreprises qui investissent lourdement dans l’IA générative poussent leurs employés à utiliser cette technologie au quotidien, ne serait-ce que pour justifier les sommes ahurissantes mises sur la table pour développer des modèles et faire pousser les centres de données. Amazon en fait partie : le géant du commerce en ligne a ainsi annoncé 200 milliards de dépenses d’investissement (capex) pour 2026 : il faut prouver que tout cet argent sert à quelque chose et les salariés sont mis à contribution.
Amazon a lancé il y a quelques semaines un nouvel outil interne, MeshClaw, qui fonctionne sur le même principe qu’OpenClaw. Il permet de déployer des agents IA pour accomplir des tâches au nom de l’utilisateur : MeshClaw peut ainsi trier des courriels, interagir dans la messagerie Slack, déployer du code, surveiller des apps ou encore exécuter des tâches répétitives.
Le Financial Times rapporte que certains salariés d’Amazon font tourner MeshClaw non pas parce qu’ils en ont besoin, mais pour générer artificiellement de l’activité IA et améliorer leurs statistiques.
Si les stats d’utilisation de tokens IA ne sont pas censées servir à l’évaluation des performances des salariés d’Amazon, plusieurs d’entre eux ressentent une pression très forte pour les intégrer dans leur travail. L’entreprise a fixé des objectifs ambitieux : dépasser le seuil des 80 % de développeurs utilisant l’IA chaque semaine. La direction aurait aussi commencé à suivre la consommation de tokens dans des classements internes.
« Les managers regardent ces chiffres », affirme un employé sous le sceau de l’anonymat. « À partir du moment où l’usage est surveillé, ça crée des effets pervers et certaines personnes deviennent très compétitives là-dessus. » À cela s’ajoutent des craintes concernant l’autonomie assez large donnée aux agents MeshClaw, qui a accès à des outils internes sensibles. Ce qui ouvre la porte à des erreurs pouvant provoquer de sérieux incidents.
Le nouveau Graal de la Silicon Valley
Ce phénomène du « tokenmaxing » n’est pas circonscrit à Amazon. De nombreuses entreprises ont des objectifs d’usage de l’IA, ce qui peut déboucher sur des abus. Un tableau de bord interne chez Meta attribuait des statuts (« Token Legend ») aux employés qui consommaient le plus de tokens. Ce classement, développé par un employé sans l’aval du groupe, a été retiré depuis… même s’il existe un tableau de bord officiel qui suit l’usage de l’IA au global (pas uniquement la consommation de tokens).
Une étude réalisée par Jellyfish publiée le mois dernier remettait en cause cette idée très répandue dans la Silicon Valley (et ailleurs) que les gains de productivité sont liés à la consommation de tokens IA. Les auteurs ont analysé les usages de 12 000 développeurs répartis dans 200 entreprises au premier trimestre 2026.
Le premier enseignement, c’est qu’il existe une grande disparité dans la consommation de tokens : un développeur « médian » utilise environ 51 millions de tokens par mois, quand les 10 % des plus gros consommateurs dépassent les 380 millions de tokens mensuels. Une consommation massive qui coûte très cher, environ 52 dollars par mois pour un utilisateur moyen selon les tarifs de l’API Claude, mais près de 700 dollars par mois pour les plus gros utilisateurs.
C’est le rapport coût/productivité qui est le plus intéressant ici. Les développeurs qui consomment énormément de tokens produisent effectivement davantage de code, et même s’il est correct, il nécessite davantage de travail : plus d’allers-retours, plus de supervision humaine, plus de corrections, et au bout du compte plus d’abandon de code. Tout cela fait grimper la facture bien plus vite que la productivité gagnée.
Les auteurs de l’étude estiment que les 20 % des développeurs les plus économes en tokens génèrent en moyenne 11 modifications de code validées et intégrées aux projets (pull request fusionnées) pour 3 dollars de tokens sur un trimestre. Les 20 % des plus gros consommateurs en comptabilisent en moyenne 23, mais la facture est de 1 822 dollars.
Consommer plus de tokens permet effectivement de produire davantage, mais le coût unitaire se révèle bien plus élevé. L’étude dresse une comparaison intéressante : les tokens ressemblent à du carburant de fusée. On peut aller plus vite mais chaque gain supplémentaire nécessite énormément plus de ressources. Dans ces conditions, un usage modéré et raisonnable de l’IA semble bien plus indiqué que de forcer une consommation poussée à l’extrême.
Commentaires (14)
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Abonnez-vousLe 13 mai à 08h56
Pour le reste, voilà ce qui se passe quand le management marche à coup d'OKR / PKI éclatés au sol et déconnectés de réels objectifs.
L'IA en entreprise (et pas que) n'est qu'un miroir à la gloire de la stupidité naturelle.
Le 13 mai à 09h28
Le 13 mai à 10h20
Le 13 mai à 13h33
Le 13 mai à 10h30
J'ai donc du mal avec cette conclusion :
Le 13 mai à 12h02
Le +25% sur Kimi chez Moonshot ou la disparition de Claude Code de leur abonnement à 20€ (imposant de prendre l'abonnement à 100€/mois) sont des premiers frémissements de cette tendance.
La rentabilité existe aujourd'hui mais elle risque de se transformer rapidement en dépendance et de devenir une perte quand les tarifs augmenteront sérieusement.
Le 13 mai à 14h16
Le 13 mai à 15h19
Dans l'article on parle de nombre de PR. Bah c'est un peu le sujet de discussion du moment, le review bottleneck qui vient effacer ces gains de productivités (un exemple : https://www.alexcloudstar.com/blog/ai-code-review-bottleneck-2026/)
Et sans même parler de la review bottleneck, les mesures de delivery et de qualité (étude DORA de Google) laissent à désirer.
Bref, 3000$ par mois, c'est cher payé pour pour 15-20% de productivité en plus (chiffres internes à ma propre société, l'étude DORA de 2024 parlait carrément d'une perte de productivité de 1,5%)
Le 13 mai à 22h34
La seule conclusion qu’on peut tirer d’une telle étude, c’est qu’elle est biaisée.
Le 14 mai à 16h31
Le 13 mai à 15h46
Donc même avec un x10 aujourd'hui, ce sera complètement effacé dans 10 ans.
Le 18 mai à 19h47
3 / 11 = 0.27€/pull request
1822 / 23 = 79.21€/pull request
Après, il manque une donnée pour vraiment se faire un avis :
Quelle est la moyenne trimestrielle de pull request sans IA ?
Modifié le 19 mai à 13h42
Si l'on prend le pull request comme indicateur de productivité (ce qui est discutable, mais c'est le présupposé) il faut regarder l'ensemble des coûts pour voir si l'IA est rentable ou pas.
Le 19 mai à 12h36
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