Connexion Premium

Data center d’Étrechet : en protestation contre le projet de Google, la maire démissionne

Résiste, prouve que tu existes

Data center d’Étrechet : en protestation contre le projet de Google, la maire démissionne

En quelques jours, la maire, trois adjoints et une conseillère municipale ont démissionné de leurs fonctions politiques à la mairie d’Étrechet. En cause : des désaccords sur un projet de centre de données Google, porté par l’agglomération de la ville voisine de Châteauroux.

Après les adjoints, voilà que la maire démissionne. Ce 15 septembre, Florence Laurent a indiqué dans un communiqué quitter ses fonctions à la commune d’Étrechet, dans l’Indre.

Sa décision fait suite à une première démission collective. Dans une lettre du 10 septembre 2026, Bruno Deterne, Marie-Pierre Chabenat-Canals, Christian Jubard (adjoints au maire) et Sylvie Gessier, conseillère municipale, indiquaient avoir pris la décision « conjointe et mûrie » de démissionner collectivement de leurs mandats au sein de la commune.

La cause de ces départs en cascade ? Un projet de centre de données « hors-norme qui échappe totalement à toute capacité de décision de la commune, tout en faisant peser des risques cumulés lourds sur notre territoire (ressource en eau, tensions sur le réseau électrique, nuisances, opacité des calendriers administratifs) », pour reprendre les mots de ces derniers. La maire, elle, évoque « un désaccord sur la prise en compte des avis sur le projet Google sur notre territoire ».

Un centre de données en deux phases

En juin 2025, le conseil communautaire de la métropole de Châteauroux avait en effet voté la vente d’une parcelle de 195 hectares, sur la zone d’activité d’Ozans, à la filiale de Google Tricolore Computing. Cette dernière doit y construire un centre de données de huit à dix bâtiments en deux phases, d’après les informations de la Commission nationale du débat public (CNDP).

La première, qui s’étendrait de 2028 à 2029, prévoit la « mise en service du premier bâtiment de data-center et d’un raccordement au réseau 225 000 Volts par RTE ». La seconde, à partir de 2031, doit permettre la « mise en service progressive de 7 à 9 bâtiments de data-centers supplémentaires et d’un raccordement électrique par RTE ».

Localisation du projet de centre de données. / CNDP

En avril, la CNDP a estimé nécessaire une concertation préalable, concertation qui doit être organisée par Google France, Tricolore Computing et Violet Computing, les maîtres d’ouvrage du projet, et RTE, en charge du raccordement électrique. En parallèle, diverses entités organisent leurs propres débats, dont Les Écologistes avant l’été, ou l’association Indre Nature, qui s’émeuvait début septembre du manque d’informations relatives à la concertation. Next a sollicité la CNDP sur le sujet mais n’avait pas reçu de réponse à l’heure de publier ces lignes.

Sur le territoire, les contestations s’organisent depuis plusieurs mois, notamment sous les efforts du collectif citoyens Ozans dire non. Les démissions, elles, ont suivi des échanges à l’échelle intercommunale. Le 9 septembre, le maire de Châteauroux et président de Châteauroux Métropole Gil Avérous présentait des travaux relatifs au centre de données au conseil municipal d’Étrechet, rapporte La Nouvelle République. Le lendemain, plusieurs élus démissionnaient.

Manque de manœuvres des collectivités

Ce 15 septembre, la maire Florence Laurent les a suivis, indiquant dans un communiqué être « arrivée à la conclusion que différents éléments de ce projet méritaient un engagement précis de la part des porteurs de projets : nuisances visuelles, PFAS, dévalorisation des habitations, trafic routier ».

S’il la remercie pour son implication dans les projets portés par l’agglomération de Châteauroux, Gil Avérous souligne, lui aussi par voie de communiqué, que « les projets envisagés sur Ozans ont pourtant toujours reçu l’approbation de la commune d’Etrechet et de toutes les autres communes de l’agglomération à chaque fois qu’ils ont été débattus en conférence des Maires et en conseil communautaire ».

Auprès de France 3, il soulignait que même le monde agricole ne s’opposait pas frontalement au projet. Le vice-président écologiste de la Région Centre-Val de Loire, Jérémie Godet, s’inquiétait pour sa part des îlots de chaleur que pourraient provoquer les centres de données, ainsi que du recours à des liquides de refroidissement émetteurs de polluants éternels et de gaz à effet de serre.

Le manque de latitude de certaines collectivités dans la gestion des projets de centres de données n’est pas un sujet spécifique à Étrechet. À Paris-Saclay, des membres de la communauté d’agglomération s’inquiètent ainsi du manque d’outils de pilotage de ces arrivées, et des risques que cela fait peser sur le réseau électrique. Quant aux possibilités de débat, quand bien même encadrées par la CNDP, la chercheuse Ophélie Coelho regrettait par exemple de les voir organisées « après la prise de décision », c’est-à-dire plus pour relever des inquiétudes que pour orienter les projets.

Commentaires (23)

votre avatar
Not in my backyard...

PS : video numerama sur la consommation d'eau des DC
votre avatar
Numérama est devenu un torchon et ce depuis bien des années. Donne-nous une vraie raison de cliquer sur ce lien ?
votre avatar
fais toi ton avis, c'est étayé, sourcé. Si tu n'adhères pas, c'est ton choix, mais ne juge pas avant d'avoir au moins jeté un coup d'oeil... Ce n'est pas une video platiste ou sur un énième mouvement perpétuel !
votre avatar
J'ai regardé la vidéo il y a quelques jours, elle est plutôt très orientée et à côté de la plaque (mais ça flatte bien la frange "rationaliste" dans le sens du poil)
votre avatar
peux tu étayer tes affirmations de "très orientée" et "à côté de la plaque" et al. ?
Ce que je vois moi, c'est que d'une part un village de moins de 1000 habitants (de la comcom) s'oppose aux projets communs d'une ville de 60k hab. et que d'autre part, on veut bien de la souveraineté, de l'indépendance, de l'innovation, mais... chez les autres. Autres qui devront en supporter les désagréments sans se plaindre...
votre avatar
De la souveraineté avec des datacenter google?
votre avatar
Ce que je vois moi, c'est que d'une part un village de moins de 1000 habitants (de la comcom) s'oppose aux projets communs d'une ville de 60k hab.
Il aurait suffit que la ville de 60k hab. fasse construire le DC en son sein et non dans le village de moins de 1000 habitants (de la comcom) et cette histoire n'aurait pas eu lieu...
votre avatar
C'est tout à fait ça : les 60k habitants de Châteauroux veulent bien un DC, mais à côté, dans la commune voisine qui n'aurait rien à dire et surtout qui ne devraient pas se plaindre. Un DC, ça n'apporte que des nuisances dans un territoire, et aucun avantage local.
votre avatar
'Faut voir : une fois le DC sorti de terre, il est peut-être possible à la commune de voter une taxe foncière gigantesque. ^^
votre avatar
en regardant la superficie, ça va faire plus de 10% de la commune qui devient du centre de calcule.
votre avatar
Je ne comprends pas cette décision de démissionner. Ça fait presque "c'est plus mon problème, démerdez-vous". Pour un élu, je trouve ça à la limite de l'insulte envers l'électorat.

Ce genre de projet ne peut pas avoir de recours dans une juridiction administrative telle que le Conseil d'État ? Le dossier a-t-il été correctement géré ? Est-il attaquable ? Des failles ?
votre avatar
Pareil, je trouve l'article trop léger. J'aurais voulu savoir si ce que dit le maire de Châteauroux est vrai, quels sont les bords politiques des différentes communes, ce qu'apporte ces démissions pour la commune...
votre avatar
Les communes ont délégué leur pouvoir économique aux intercommunalités. Lorsqu'une décision est prise en communauté de communes ou d'agglomération ou autre, cette décision est prise conjointement par l'ensemble des communes du territoire, représentées par des conseillers et conseillères communautaires (élus aux élections municipales).

Sûrement que des recours existent (le Préfet, le Conseil d'État, le Député local, les pétitions, etc). En tout cas, la décision prise l'est par consensus des maires et des élus communautaires.

Démissionner, c'est ne pas assumer une décision qu'on réprouve (parce que c'est bien Mme la Maire qui devra accueillir ces bâtiments et réaliser les équipements publics indispensables, en plus des obligations administratives).
votre avatar
La décision n'est pas prise par consensus, mais soumise à un vote. Les plus grosses communes ont plus de conseillers communautaires, donc plus de voix. Et elles peuvent donc voter pour implanter des projets pleins de désagréments, sur le territoire de la commune d'a côté.
Concernant les recours, oui il y en a, mais le chantier de l'A69 a bien montré leur limites.
votre avatar
L'insulte envers l'électorat est de promouvoir un modèle ou le maire n'a finalement rien à dire face à un gros projet destructeur. Le résultat va être minimal pour l'emploi, catastrophique pour l'environnement et va sans-doutes consommer pas mal d'aides publiques. En l'état, Etrechet peut être transformé en un gigantesque zoning industriel contre l'avis de ses élus et de ses habitants. Le projet de Google va bouffer presque 11% de la superficie de la commune.
votre avatar
Je trouve l'image de la localisation du projet de DC tout-à-fait hypocrite : elle montre le périmètre de Châteauroux et se garde bien de montrer celui d'Étrechet. Cela permettrait de se rendre compte que le projet de DC de Google est entièrement dans la commune d'Étrechet. En clair Châteauroux Métropole considère Étrechet comme quantité négligeable. Je conçois que ce soit vexant.
votre avatar
D'ailleurs, Châteauroux Métropole, n'est pas une métropole au sens administratif, c'est une agglomération. Elle s'est dénommée ainsi parce que un grand nombre de services de l'Agglo ont fusionné avec ceux de la commune de Châteauroux. fr.wikipedia.org Wikipedia
votre avatar
Et la voici avec le contour d'Étrechet (c'est fait à la va-vite, sans recours à l'IA 😜).
votre avatar
si l'échelle est correcte c'est du coup bien plus que 11% de la superficie de municipalité qui passent sous contrôle de l'entreprise américaine.
votre avatar
« Quant aux possibilités de débat, quand bien même encadrées par la CNDP, la chercheuse Ophélie Coelho regrettait par exemple de les voir organisées « après la prise de décision » »

Les débats publics et la consultation citoyenne, c'est beau, c'est une bonne chose, mais c'est jamais en amont d'une décision (prise par les élus et les élues), c'est en aval de la décision qu'on demande comment les citoyens et citoyennes voient la mise en pratique. On est en France, pas en Suisse ou au Paraguay.
votre avatar
Ils n'ont qu'à voter une nouvelle tarification de l'eau. Au delà de 500m3 d'eau par an, 100€ du m3.
Ils iront vite voir ailleurs.
votre avatar
La commune n'a pas autorité pour cette tarification: seule la communauté de communes peut le faire.

Il y a eu une question sur pourquoi démissionner. Simplement pour montrer qu'un maire de commune ne sert à rien contre ce genre de projet et une fois revenu au "civil" commencer à attaquer devant le tribunal administratif.
votre avatar
Je connais un peu ce coin du Berry,
ce qui est sûr c'est que Etrechet est inclus administrativement dans l'agglo de Chateauroux, bien que complètement rural à côté.
Si j'ai bien compris, le projet de DC serait sur une friche industrielle (bah oui) située à peu près où se trouvait l'ancienne base militaire OTAN de la Martinerie, bien connue des gens du coin, donc au nord et assez loin du bourg d'Etrechet, plus près de Déols, dont pas mal de gens se souviennent du passé Américain des années 50, il reste d'ailleurs l'immense aéroport aussi.
Tout ça pour dire que le site a une histoire, intimement liée à l'histoire de Châteauroux, et qu'on n'est pas du tout dans la destruction d'une champagne berrichone déjà colonisée depuis longtemps par les militaires.
De Gaulle avait viré l'US air force, ils reviennent avec Google :francais:
Si l'environnement n'est pas vraiment un problème et l'énergie non plus, il y a un poste 230 KV pas loin, il me semble, les ressources en eau sont certainement assez limitées par contre.