Tout savoir de la clim : enjeux environnementaux, techniques et sociétaux
Clim’ bait
Le 03 juillet à 14h14
Dans la première partie de notre dossier, nous avons expliqué ce qu’était une climatisation et comment elle fonctionne. Nous pouvons désormais passer au gros morceau : analyse technique et environnementale, en apportant un maximum de réponses à toutes les questions que vous vous posez.
Tout savoir de la clim : enjeux environnementaux, techniques et sociétaux
Clim’ bait
Dans la première partie de notre dossier, nous avons expliqué ce qu’était une climatisation et comment elle fonctionne. Nous pouvons désormais passer au gros morceau : analyse technique et environnementale, en apportant un maximum de réponses à toutes les questions que vous vous posez.
Hardware
Hardware
27 min
Commençons par évacuer les questions basiques : oui, la climatisation sauve des vies dans les hôpitaux, les EHPAD. De manière générale, elle est indispensable pour toutes les personnes vulnérables pendant les épisodes de canicule. Celle de 2003 avait causé une surmortalité sur le mois d’août d’environ 15 000 décès.
La canicule de juin 2026 (qui a montré que les belles promesses de 2003 ne sont pas toutes tenues) et celle à venir dans les prochains jours rappellent que les risques sont toujours là. Le réchauffement climatique entraîne une hausse de ces événements ; ils sont de plus en plus fréquents et longs, et cela va s’aggraver dans les années à venir.
Attention à un point important : la climatisation permet de traiter les symptômes, sans pour autant s’attaquer aux causes (le réchauffement climatique). C’est un pansement pour continuer à vivre, pas un médicament. On ne le répétera jamais assez : la climatisation ne supprime pas la chaleur, elle la déplace.
Comme nous allons le voir, la climatisation a un coût électrique, environnemental et sociétal. En France, nous avons de la chance sur la partie électricité : elle est en quasi-totalité bas-carbone. La question environnementale est plus compliquée avec des gaz polluants et des îlots de chaleur. Enfin, sur la partie sociétale, les locataires ou les ménages les plus modestes ont plus de mal à installer des climatiseurs dans de bonnes conditions (bruit, performances…).
C’est la version ultra-simplifiée de cet article, la version longue détaille longuement les trois axes. De nombreuses personnes se posent la question de savoir s’il faut ou non sauter le pas. Next vous aide à comprendre les enjeux et ensuite à décider en connaissance de cause, en fonction des besoins et moyens.
En France, 24 % des particuliers sont équipés d’une clim
Déjà quelques chiffres pour la France : en 2016/2017, 14 % des particuliers étaient équipés de la clim, selon des statistiques d’EDF reprises par l’ADEME. La France est passée à 18 % en 2023 et 24 % en 2025. Dans ce dernier cas, « 13 % disposent d’une seule pièce climatisée et 11 % en ont plusieurs ». Les personnes les plus aisées sont celles qui ont davantage sauté le pas, de même pour ceux dans le sud. Rien de surprenant dans les deux cas.
Les chiffres sont éloquents sur la présence ou non de la clim :
- Type d’habitation : 31 % des propriétaires de maisons, contre 20 % en logement collectif.
- Catégorie socio professionnelle : 37 % des libéraux, cadres et professions intellectuelles supérieures, contre 19 % des ménages dont la personne de référence est sans emploi ou inactive.
- Lieu : 47 % des habitants du Sud-Est et de la Corse, 11 % en Bretagne.
Et ailleurs dans le monde ? L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a publié en 2018 une étude (sur des données de 2016) : « Le taux d’équipement des ménages en climatisation varie énormément d’un pays à l’autre, allant d’environ 4 % en Inde et moins de 10 % en Europe, à plus de 90 % aux États-Unis et au Japon, et proche de 100 % dans quelques pays du Moyen-Orient. En Chine, près de 60 % des ménages possèdent désormais au moins un climatiseur ».
Le trio de tête était : 570 millions de clims en Chine, 375 millions aux États-Unis et 150 millions au Japon. La puissance frigorifique installée aux États-Unis et en Chine dépasse les 2 000 GW, tandis que l’Europe est à près de 200 GW. Par contre, l’Europe est à plus de 600 GW pour la partie commerces et autres locaux professionnels.


L’ADEME ajoute que, en France, « la consommation dans le résidentiel associée à la climatisation reste marginale à l’heure actuelle. En effet, elle représente autour de 1 % de la consommation en énergie finale du secteur ». Les clims réversibles et les PAC sont évidemment utilisées plus longtemps puisqu’elles chauffent aussi en hiver, mais elles prennent la place des autres systèmes de chauffage (gaz, électricité, bois, fioul…). En été, elles viennent s’ajouter, pas remplacer.
L’ADEME donne des chiffres : « En France métropolitaine, pour le secteur résidentiel, les consommations d’énergie sont évaluées par le modèle développé dans le cadre de la présente étude à environ 4,9 TWh en 2020 ». 3,8 TWh viennent des maisons individuelles, 1,1 TWh des appartements. Toujours selon l’agence, « 79 % de ceux qui utilisent leurs systèmes de climatisation le font fonctionner durant les heures les plus chaudes, uniquement la nuit ou de manière très ponctuelle ».
Dans le secteur tertiaire, c’est plus du double puisque les consommations d’énergie totales sont estimées à 10,6 TWh en 2020. La moitié vient des bureaux, puis des commerces (2,8 TWh), des cafés, hôtels et restaurants à 0,8 TWh et de la santé en quatrième position avec 0,67 TWh. Les datacenters étaient à 0,26 TWh.

Après l’état des lieux, les questions.
La clim consomme-t-elle beaucoup d’électricité ?
Version courte : oui, bien évidemment, mais ce n’est pas spécialement un souci en France car nous sommes excédentaires et exportateurs d’électricité. De plus, elle provient en quasi-totalité de sources renouvelables et nucléaires, elle est donc très peu carbonée. Ce n’est pas le cas partout en Europe ni dans le monde.
Il reste 78% de l'article à découvrir.
Déjà abonné ou lecteur ? Se connecter
Soutenez un journalisme indépendant,
libre de ton, sans pub et sans reproche.
Accédez en illimité aux articles
Profitez d'un média expert et unique
Intégrez la communauté et prenez part aux débats
Partagez des articles premium à vos contacts
expert et sans pub.
Commentaires (46)
Le 3 juillet à 14h55
Je m'explique: une fois que tout le monde a une clim et ne peut plus vivre sans, que se passe-t-il en milieu dense si la température dépasse la température maximale d'utilisation d'une clim en mode rafraichissement?
Ensuite, vous n'abordez pas un point important: si la consommation globale des clims n'est pas un problème, les pics de consommation peuvent l'être. Piloter les clims est important pour les gestionnaires/fournisseurs d'énergie (la clim qui se met en marche à fond juste quand on rentre et qu'on branche la voiture électrique ...). Même problème que pour les radiateurs, SAUF qu'une clim c'est pas une simple résistance, les implications sur le 220 du démarrage d'une clim sont très différentes (en fait, une bonne clim n'arrête pas tout à fait les moteurs/compresseurs et est capable de monter progressivement en puissance - c'est le cas pour les clims d'immeuble, pas du tout pour les clims des particuliers)
Le 3 juillet à 15h00
Le 3 juillet à 15h20
Le 3 juillet à 17h13
Le 3 juillet à 18h17
Le 4 juillet à 15h56
Le 4 juillet à 20h22
Le 4 juillet à 20h14
Il ne faut pas oublier que dans tous les cas, ton logement n'est pas en îlotage si ton installation n'est pas totalement indépendante, donc le courant réactif sera fournis par ton compteur et te coûtera 0 € car il ne facture que la vraie énergie en W.
Le 4 juillet à 21h42
Le 5 juillet à 08h37
Le 5 juillet à 14h31
La puissance apparente apparaît sur ta facture pour l'abonnement. C'est la partie fixe de ta facture qui correspond à la promesse de te fournir en pratique un courant garanti pour une tension minimale garantie. En très court, tu paye un dimensionnement des fils jusqu'à chez toi.
L'énergie facturée est bien entendu l'énergie active car c'est celle qui correspond au travail d'une force, comme en mécanique (produit scalaire entre le vecteur force et le vecteur de déplacement pour les matheux).
L'énergie réactive qui n'est facturée que pour des abonnements à partir de 250 kVA, correspond à un déséquilibre injecté sur le réseau: c'est une amende et non une fourniture.
Si on fait la parallèle avec un bateau, l'énergie active est celle qui mène à l'avancement du bateau et l'énergie réactive va se traduire par une gîte du bateau.
Le 5 juillet à 14h39
Le 3 juillet à 15h28
Au pire des cas ils s'arrêteront quelques heures au maximum, l'inertie du logement fera le reste.
Le 3 juillet à 18h14
Là c'est pas toujours gagné. Si on est sur du air/air, on refroidit l'air, pas les murs. Si le logement a de l'inertie (chez moi, mur de 1m d'épaisseur inertie de plusieurs jour), la clim se bat contre cette inertie. Donc on ne peut pas l'arrêter.
(J'ai le cas en hiver, chauffage bois, répartition d'air chaud - on chauffe l'air mais pas les meubles donc on peut avoir une sensation de froid).
Le 3 juillet à 15h41
Oui, au démarrage, le moteur va utiliser presque toute sa puissance pour générer du froid / chaud jusqu'à arriver à la température souhaitée. Donc pic de consommation sur cette durée.
Par contre, une fois la température atteinte, les modules se mettent au ralenti et ne font plus que du maintien en température, réduisant drastiquement la consommation électrique (et la génération de chaleur).
Pour une clim mono split par exemple, on passe de 2kwh/2.5kwh de consommation à moins de 300wh une fois la température atteinte.
Cela nécessite par contre du bon sens, mettre la clim sur "Auto" pour qu'elle gère elle-même le débit à fournir pour atteindre la température souhaitée ; et ne pas mettre une température irréaliste pour éviter que le moteur doive être au max en permanence.
Au final, on peut se retrouver sur une consommation élevée sur 1h, puis du maintien "à faible consommation" si on la garde allumée en permanence. Un peu comme tous les systèmes de chauffage et refroidissement en fait. (Frigos, congélateurs, chauffages, etc.)
Le 3 juillet à 18h15
Le 6 juillet à 11h11
Le 9 juillet à 14h48
Le 5 juillet à 10h26
Maison pierre, murs d'un metre (on resiste en bas ca n'a pas dépassé les 26 en gérant bien) mais en haut ce n'est pas tenable quand la canicule tient plusieurs jours.
On démarre la clim vers 16/17h , quand les panneaux solaires débitent au max (j'ai 1700 W, ca produit 1400/1500 quand il fait très chaud) et la clim tire au max environ 1200w. Ca couvre tout du coup pendant une petite heure pour que ca refroidisse bien les chambres, et je cible volontairement un peu moins que recommandé (22°), comme ça après je passe automatiquement la consigne à 24/25 et du coup ca consomme pas grand chose sur la nuit. Coupure fin de nuit, et les enfants dorment très bien du coup.
Tout géré en automatique par Home assistant à partir d'un température minimum et d'un production solaire minimum :)
J'ai regardé sur les 10 jours de canicule, avec les deux chambres refroidies, j'ai commencé 59kWh, donc environ 45 sur les panneaux solaires. Reste donc 14kWh sur une sacrée canicule.
Moins de 2€, pour bien dormir. Pas si catastrophique :)
Le 6 juillet à 11h08
Le 6 juillet à 11h18
(Je n'ai qu'une monosplit à l'étage et je cherche à en installer une autre mono split au RDC de l'autre côté de la maison, autant éviter une on/off si tu confirme mon hypothèse!)
Le 6 juillet à 12h07
Modifié le 9 juillet à 15h15
Concernant la température maximale, aujourd’hui en Europe on a plutôt des modèles prévus pour 43 à 46 °C, mais on peut très bien aller bien au-delà (on sait faire du 70 °C pour un réseau de chauffage, après tout). Mais c’est plus gourmand en énergie et moins efficace au kWh…
Mais oui, ça n’empêche pas qu’il faudra travailler sur le réchauffement climatique en parallèle.
Après, les PACs étant à la fois des clim’ et le meilleur moyen de décarboner le chauffage qui est aujourd’hui un des postes de pollution les plus importants dans le secteur résidentiel, on peut faire d’une pierre deux coups si on gère bien les politiques publiques.
Avoir exclus les PACs fonctionnant en clim’ des aides, c’était très con par exemple : des tas de gens vont préférer attendre de pouvoir se passer des aides pour ne pas se priver de la clim’, et du coup retarder le remplacement de leur chauffage par une PAC. Attention cela dit à ne pas financer des clim’ qui seraient en plus du système de chauffage, parce que certains n’aiment pas le « confort » de l’air chaud soufflé et crament du bois, et du gaz malgré leur PAC… faut s’assurer que ce soit bien du remplacement.
Et ceux qui se sont privés de clim’ pour avoir les aides doivent bien rager maintenant, être obligés de remplacer la PAC sans aide ou d’installer un système à côté… pour les plus chanceux, c’est juste un module à ajouter / changer, voire carrément une option pour ravoir le mode clim’, mais du coup je sais pas comment ça se passe pour les aides… (on peut prendre une prune pour avoir activé le mode clim’ d’une PAC financée par les aides parce qu’elle en avait pas ?).
Le 3 juillet à 14h59
Le 3 juillet à 15h47
Le 3 juillet à 16h57
Le 5 juillet à 10h31
Sur les anciennes windows (on avait ça en guyane dans les années 80/90) c'etait carrément un trou dans le mur de la taille de la clim, style 80/60cm (avec une grille de sécurité à l’extérieur pour le éviter les cambrioleurs qui sortaient la clim pour rentrer par le trou ^^)
Le 3 juillet à 15h43
Le 3 juillet à 15h49
Le 3 juillet à 16h10
Par contre sur les parcs et jardins, je ne connais pas la personne ni son étude, mais il y a clairement un problème. D'autres études montrent les effets positifs importants des arbres, qui sont les vrais et seuls climatiseurs écologiques ! D'ailleurs je pense que les habitants ne s'y trompent pas et vont dans les parcs existants.
Étude EPICEA de Météo France à Paris par exemple, mais ce n'est pas la seule.
Et juste pour ajouter un mot de vocabulaire : pour la clim on parle de « maladaptation », c'est-à-dire une solution qui permet de s'adapter aux problèmes écologiques, mais dont l'utilisation amplifie le problème en question (plus scientifique que le « pansement » en début d'article !) Les maladaptations sont nécessaires, vu le retard qu'on a pris en termes de lutte contre les problèmes écologiques, mais elles doivent être pensées comme transitoires, le temps de mettre en place des solutions pérennes. Difficile de dire qu'on en prend le chemin aujourd'hui, malheureusement.
Le 5 juillet à 21h52
Les solutions pérennes, on les connaît mais personne ne veut les appliquer : réduction massive de l'usage des énergies fossiles.
Le 10 juillet à 12h56
Donc oui, il faut en sortir, très clairement.
Mais on commence malheureusement à se retrouver face au mur, à devoir prendre des mesures de mésadaptation qui auraient pu être évitée (ou réduites)...
Le 10 juillet à 21h21
Le problème des mésadaptations, c'est qu'il y a la clim, mais à part ça, on mésadapte quoi pour les élevages ? Pour les cultures ? Je veux dire, on peut un peu adapter nos villes et en particulier notre confort thermique, mais on risque surtout de mourir de faim et peut être de soif, et ça va être le bordel (la guerre pour être explicite) un peu partout pour accéder au minimum vital.
Je crois que la plupart des gens ne se rendent pas compte de la mouise dans laquelle on arrive.
Le 4 juillet à 10h39
Le 4 juillet à 11h58
Le 4 juillet à 13h05
Le 4 juillet à 13h46
Le 4 juillet à 20h05
Une chose qui n'a pas été mentionné et fonctionne plutôt bien, c'est la barrière thermique:
Tous ces aménagements peuvent fortement aider à éviter que la chaleur ne rentre. Climatiser, une fois que l'on a réduit l'entrée de la chaleur, est bien plus facile.
J'ai testé les films solaires et cela fonctionne très bien mais cela fonctionne aussi en hiver...
Modifié le 5 juillet à 07h36
Le 5 juillet à 10h34
Isolation, inertie (mais utile que quelques jours après ca devient contre productif hélas, testé sur la maison en pierre, au bout de 6/7 jours ca devait un defaut), volets (vrais ^^), arbres qui mettent la maison à l'ombre...)
Le 9 juillet à 15h18
Un volet sombre va forcément chauffer un peu plus, et il faut prévoir un espace plus large avec la fenêtre pour permettre à l’air entre la fenêtre et le volet de circuler pour évacuer cette chaleur, mais si c’est le cas, ça sera tout aussi efficace. Ce qui compte c’est de bloquer la chaleur radiante (la « lumière ». Pour ça que les casquettes, store-ban et autres auvents de fenêtre fonctionnent aussi bien).
Le 6 juillet à 12h49
Le 9 juillet à 15h22
Donc dans le cas où ce régime minimum est inférieur à celui nécessaire pour refroidir à la température cherchée, on consomme moins, mais s’il est supérieur, on va juste descendre trop bas en température… c’est à voir au cas par cas selon l’humidité de la pièce.
Le 7 juillet à 11h56
Le 9 juillet à 21h49
Samedi à 11h11
Signaler un commentaire
Voulez-vous vraiment signaler ce commentaire ?