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En France, deux tiers des jeunes considèrent l’IA comme « un conseiller de vie »

IA là !

En France, deux tiers des jeunes considèrent l’IA comme « un conseiller de vie »

Illustration : Flock

Ce n’est pas une surprise : les jeunes Français et Européens utilisent massivement des outils d’IA. Mais dans quelles proportions, à quelle fréquence et pour quels types d’usages ? La CNIL répond à ces questions.

La CNIL vient de publier les résultats d’une enquête réalisée par Ipsos BVA, en partenariat avec le Groupe VYV (acteur mutualiste de santé et de protection sociale en France) dans quatre pays européens. Elle concerne un sujet ô combien d’actualité : « IA conversationnelle et santé mentale des jeunes ». Pour le sondage, 3 800 jeunes âgés de 11 à 25 ans ont été interrogés en janvier 2026 dans quatre pays européens.

Quasiment 9 jeunes sur 10 utilisent l’IA, dès 11 ans

Premier constat : « 86 % des jeunes Français utilisent des outils d’IA »… et la France est en dernière position sur les quatre pays interrogés. L’Allemagne est en tête avec 92 %, suivie par l’Irlande à 89 % et la Suède à 87 %. À cela s’ajoute un usage dans la durée : « 3 jeunes sur 5 utilisent l’IA conversationnelle depuis plus d’un an ».

L’usage est intensif : un quart des jeunes utilise l’IA chaque jour (58 % une fois par semaine), dans le cadre scolaire ou professionnel. Ils sont également un tiers à la questionner au moins une fois par semaine sur leur vie personnelle et à lui demander des conseils, dont 16 % au moins une fois par jour.

Sur la santé mentale, la réalité semble bien différente du ressenti des utilisateurs. 84 % des jeunes Français – 79 % des filles vs 89 % des garçons – disent se sentir bien dans leur vie quotidienne, mais ils seraient dans le même temps (toujours selon le sondage) 65 % à présenter des troubles anxieux. Le chiffre varie entre 67 et 69 % dans les trois autres pays de l’étude.

L’IA est adoptée très tôt, dès 11 ans selon le sondage. Et, encore, c’est un âge plancher puisque les jeunes interrogés ont, pour rappel, entre 11 et 25 ans (impossible donc de dire ce qu’il en est pour les 10 ans et moins). On passe les 90 % dès la tranche d’âge 15 et 16 ans.

Un tiers des jeunes parle de sujets intimes et personnels

Les usages sont évidemment variés, avec une forte proportion comme outils scolaire ou professionnel, mais aussi pour les loisirs pour 41 % des interrogés (musiques, images, astuces jeux vidéo, idées d’activités…). Les jeunes sont aussi entre 26 et 35 % à parler de sujets intimes et personnels pour recevoir des conseils lorsqu’ils sont stressés, rencontrent des problèmes avec leurs proches, se sentent tristes, en colère ou pas bien dans leur tête, pour gérer des conflits…

Dans sa synthèse, la CNIL note que « les jeunes les plus anxieux déclarent parler plus facilement de leurs problèmes avec une IA qu’avec leurs proches ou qu’avec des professionnels ». La tendance est la même dans les quatre pays.

Le fait qu’elle soit toujours disponible arrive en tête, mais aussi car c’est plus facile que de parler à une vraie personne pour 40 % des jeunes français.

Autre analyse intéressante : un jeune sur trois « ayant utilisé une IA pour des sujets personnels [déclare] s’être déjà [senti] mal à l’aise à cause d’un conseil reçu ». Là encore, cela ne devrait pas surprendre grand monde, mais cela n’empêche évidemment pas de le dire, au contraire !

Deux tiers des jeunes utilisent l’IA comme… un conseiller de vie

Plus de six jeunes Français sur dix considèrent l’IA comme un conseiller de vie et/ou un confident. Un sur deux comme un ami ou un psy, et même un jeune sur cinq comme un amoureux.

Pour 50 % des jeunes, l’IA permet aussi de se sentir mieux et d’avoir davantage confiance en soi. Un jeune sur trois considère même que l’IA peut comprendre les émotions humaines et qu’elle conseille mieux que les humains.

La jeunesse semble heureusement lucide sur la question de la confiance : « 80 % des jeunes n’ont pas totalement confiance en l’IA, malgré son adoption importante ». En être conscient ne veut pas forcément dire l’appliquer au quotidien, malheureusement. C’est un peu comme les mots de passe : tout le monde ou presque sait qu’il ne faut jamais réutiliser le même ; dans la pratique cela arrive souvent.

Les jeunes estiment à 69 % que les IA peuvent donner des conseils fiables, 56 % qu’elles peuvent garder secrets les échanges et 51 % qu’elles peuvent protéger les informations qui leur sont confiées. Preuve que les messages sur le côté statistique des réponses et des données réutilisées pour les entraînements ne sont pas passés auprès de tout le monde.

Des avis partagés, quid d’une disparition de l’IA ?

Les jeunes Français souhaitent davantage d’informations sur ce que l’IA fait de leurs informations, ce qu’il faut éviter de confier à une IA, connaitre les bonnes pratiques et les risques. Seuls 32 % des Français
se considèrent bien informés sur ce que deviennent leurs informations confiées à l’IA, contre 37 à 46 % dans les trois autres pays européens. Il serait intéressant de faire le même sondage auprés des autres générations… pas sur qu’elles s’en sortent mieux.

« La moitié des jeunes Français considère que l’IA peut aider à se sentir mieux, à gagner en confiance. L’autre moitié est en désaccord avec ces affirmations ». Pour la majorité des utilisateurs, « la disparition de l’IA n’aurait que très peu d’effets ». C’est une moyenne : les jeunes les plus fragiles (anxieux, qui utilisent l’IA pour des raisons personnelles et/ou intimes) sont ceux qui voient le plus de conséquences néfastes.

La CNIL milite pour une meilleure éducation au numérique

Dans sa conclusion, la CNIL expose qu’une « part croissante de l’expression du stress, du mal-être ou des difficultés personnelles se joue désormais en amont des parcours classiques de prévention et de recours aux professionnels ». Pour la Commission, cela doit appeler une réponse collective, notamment avec une meilleure éducation au numérique.

Pour le Groupe VYV et la Commission, « l’enjeu n’est ni de freiner l’innovation ni de banaliser les usages, mais de contribuer à construire un cadre de confiance ». Pour les deux partenaires du jour, « il devient essentiel d’intégrer pleinement le numérique dans les politiques de prévention, en articulant innovation, protection des données et accompagnement des usages ».

Commentaires (18)

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Big Brother is always there for you.
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Il existe des modèles locaux open source, corrects, susceptible de répondre aux attentes des gens lambda. Pas besoin de passer par big brother. Il faut simplement en faciliter l'usage.
GPT & cie ne sont pas inéluctables, c'est leur accessibilité pour le grand public qui leur donne cette avance.
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Je suis d’accord sur le fond, mais dans la pratique, c'est compliqué.
Les outils gratuits et accessibles gagnent toujours, surtout avec une régulation en retard et un faible niveau de culture numérique.
"si c’est gratuit, c’est toi le produit" va encore une fois être le modèle qui va tout remporter.
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En plus, les modèles locaux avec une quantization agressive peuvent eux-même donner des signes de détresse psychologique, voir d'accident vasculaire cérébral, ce qui peut donner un nouveau sens à la relation.
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Faut un peu de puissance pour les faire tourner
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Relatif. 16Gb de vram permettent de tenir une conversation avec Gemma4 quantizé, avec un niveau assez surprenant.
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Les gens lambda ont rarement un ordinateur portable ou tour équipé d'une 5070 minimum. J'en viens parfois à penser -en mode « théorie du complot »- que la pénurie d'électronique grand public est voulue afin d'habituer les gens à utiliser exclusivement des modèles distants car c'est plus facilement monétisable et ça permet par ses réponses de diriger la population dans une direction souhaitée si besoin (le local peut aussi, mais il est remplaçable).

L'autre point est l'information. Ces modèles existent mais Internet est vaste. Il faudrait une page qui recence les modèles locaux disponibles avec quels pré-requis matériels, pour quels usages, et idéalement avec les instructions d'installation. Y-en-a-t-il une quelque part ?
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Gemma 4 e2b ou qwen 3.5 2b pas besoin de GPU, ça peut tourner en CPU. Prévoir 16 Go de RAM et 8 threads de CPU.

Lmstudio est la porte d'entrée simple et multiplateforme avec sélecteur de modèles a télécharger (windows/linux/mac) (cpu : x86 ou arm64) (gpu optionnel : cuda, rocm ou simplement vulkan)
llama.cpp qui est derrière peut aussi avoir d'autres backends.

En équivalemment opensource il existe Jan, toujours basé sur llama.cpp.
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Big Brother
Oui.

Et aussi...
Cette étude est une mesure de à quel point notre société moderne a aliéné une génération, détruit les liens sociaux à tel point qu'ielles ont besoin de se réfugier et de trouver une forme de confort avec ces trucs.
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Rien que le titre fait déjà froid dans le dos. Les pauvres !
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Marrant, y'a longtemps, j'avais parlé de "doudou 2.0".
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On va droit dans un monde, ou les gens seront incapable de la moindrr intéracction social avec un inconnu.
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Et où Idiocracy sera un film de SF utopique.
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Éducation au numérique, oui, mettons de vrais cours sur le numérique avec un prof formé.
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Personne ne considère l'IA comme conseiller de vie et certainement pas les deux tiers des jeunes! Si j'utilise une truelle pour faire de la maçonnerie, ça ne veut pas dire que je considère être un bon maçon. Si les jeunes utilisent l'IA, ils sont suffisamment intelligents pour se rendre compte que ce n'est qu'un outil, mais que cet outil ne fait pas le travail à leur place. Bien sûr, il peut y avoir des dérives, mais il ne faut pas être réducteur.
Je me rappelle d'une époque où on disait que les jeux vidéo violents rendaient les jeunes violents...
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Je mettrais un bémol à ton commentaire : Dans tes 2 exemples, on passe en gros du numérique au réel (pour la truelle ou pour la violence)
Actuellement, on fait de + en + tout passer en numérique. Et la différence entre la communication avec une personne via numérique et avec une IA via numérique est de + en + mince.
Sans compter que l'IA est vendue comme plus pratique que l'humain pour ce genre de question (toujours disponible, moins gênante, plus "fiable", ...)
Si ce que tu considères comme "juste un outil" est pour eux "forcément un bon conseil quand je sais pas", l'IA ne fait pas le travail à leur place, mais fait le travail de réflexion à leur place.
Pour le reste, c'est toujours la même question qui revient : La confiance accordée aux intermédiaires.
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Quand la jeunesse délégue son cerveau à la machine.... Idiotocratie t'es de plus en plus proche.
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Comme toutes les études de ce type (disons, non-universitaires, même si l'inverse n'est pas une garantie), les conclusions de celle-ci peuvent sembler... rapides. Je suis loin d'être un spécialiste, mais voici deux points qui m'exaspèrent au premier coup d’œil:

  • "66% des 11-12 ans utiliseraient l'IA". Mais on n'a aucun élément sur la façon dont ils ont éliminé le biais de sélection pour cette catégorie (entre autres). Les 11-12 ans, ils ne sont majoritairement pas faciles à cibler via "l’Access Panel Online d’Ipsos". Et il n'est pas absurde de penser que ceux qui y sont le plus exposés sont aussi ceux dont l'usage d'outils connectés les expose le plus aux LLMs. Comme toujours avec ce type de production, on a aucune info sur les redressements effectués sur les données (contrairement aux papiers universitaires), donc on n'est pas plus avancés pour comprendre, sauf à faire entièrement confiance au sondeur (on les voit tout de même se vautrer considérablement sur suffisamment de trucs mesurables pour s'autoriser à douter un peu).

  • "65% des jeunes Français touchés par des troubles de l’anxiété". Ce nombre correspond aux personnes qui scorent 5+ au test GAD-7. Mais juste au-dessus, on nous dit "Un score total supérieur ou égal à 10 doit faire suspecter un trouble anxieux généralisé". Si on s'en tient à cette dernière définition, le taux est plutôt de 28%. Alors, certes, à 5+ on est légèrement anxieux, mais est-ce vraiment un "trouble" à ce stade ? On aurait aussi aimé connaître la teneur de l'adaptation du questionnaire qui est mentionnée, car pour ce type de question le langage est éminemment important...



Bref, ça n'invalide pas l'essentiel de l'étude, mais quand on sait que les médias vont retenir 2 ou 3 "KPI" sans aucune mise en perspective, ça ne va pas aider grand monde à mieux comprendre ce qui leur arrive, je le crains... Le même travail avec des universitaires aurait sans doute livré des enseignements bien plus solides en la matière. Et se serait probablement inscrit dans le temps long, avec des comparaisons sur plusieurs années qui auraient aussi permis d'analyser des paramètres inhérents aux vécus générationnels (les plus anxieux sont les ados du covid, par exemple, ce qui semble pouvoir être un facteur mais n'est pas mentionné...).

Une occasion manquée ?