Accusés de boycott de contenus politiques, les grands noms de la pub transigent avec la FTC
Breitbart et X aiment ce message
Illustration : Flock
Le 16 avril à 11h49
L’autorité états-unienne de la concurrence (FTC) a négocié un accord avec les trois plus grandes agences de publicité au monde, pour contraindre ces dernières à ne plus coordonner l’exclusion de certains médias ou plateformes au nom de la désinformation. La FTC, qui dans son action évoque spécifiquement le cas du média d’extrême-droite Breitbart, prend le contrepied de la justice texane, qui a refusé de donner suite à la plainte formulée par X sur le même sujet.
Accusés de boycott de contenus politiques, les grands noms de la pub transigent avec la FTC
Breitbart et X aiment ce message
Illustration : Flock
L’autorité états-unienne de la concurrence (FTC) a négocié un accord avec les trois plus grandes agences de publicité au monde, pour contraindre ces dernières à ne plus coordonner l’exclusion de certains médias ou plateformes au nom de la désinformation. La FTC, qui dans son action évoque spécifiquement le cas du média d’extrême-droite Breitbart, prend le contrepied de la justice texane, qui a refusé de donner suite à la plainte formulée par X sur le même sujet.
Société numérique
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6 min
Les annonceurs sont libres de choisir la façon dont ils flèchent leurs achats média, mais les agences publicitaires auxquels ils confient leurs budgets n’ont plus le droit, aux États-Unis, de s’entendre pour écarter certains journaux ou certaines plateformes au nom de la désinformation. WPP, le français Publicis et Dentsu, trois des plus grandes agences au monde, viennent de passer un accord en ce sens avec la FTC, l’autorité états-unienne de la concurrence.
Annoncé par voie de communiqué, cet accord fait suite au dépôt, mercredi 15 avril, d’une plainte (PDF) de la FTC dénonçant la façon dont ces agences se seraient alliées pour démonétiser certains sites pour des raisons politiques, en invoquant l’argument de la désinformation. Plutôt que de défendre leur cause en justice, les trois agences ont donc immédiatement accepté de passer un accord avec la FTC, sous la forme d’un consent decree (décret de consentement) qui prendra force de loi une fois ratifié par un juge.
Une alliance contre les médias conservateurs selon la FTC
Andrew N. Ferguson, président de la FTC, se réjouit de cet accord qui, d’après lui, met un terme à la façon dont les grands noms de la pub « complotent » au nom de la brand safety. Cette « défense de marque » représente pour mémoire l’idée selon laquelle une agence d’achat média cherche à qualifier les éditeurs chez qui elle prend des espaces, pour éviter que les publicités de ses clients se retrouvent à côté de contenus jugés inappropriés (terrorisme, pornographie, escroqueries…).
La brand safety peut aussi dans certains cas prendre des accents politiques : en France, le phénomène s’incarne par exemple au travers du chapitre local du collectif Sleeping Giants, qui interpelle publiquement les annonceurs accusés de financer des discours de haine, notamment parce qu’ils achètent des espaces publicitaires sur Cnews.
C’est bien ce volet politique qui motive l’action de la FTC. « Cette collusion illégale a non seulement nui à notre marché, mais a également faussé le marché des idées en discriminant les discours et les idées qui ne respectaient pas un seuil illégalement convenu », écrit ainsi Andrew Ferguson. Nommé à la tête du gendarme de la concurrence fin 2024 par Donald Trump, il avait explicitement annoncé qu’il s’en prendrait aux acteurs suspectés de pratiques anticoncurrentielles en vue d’interférer avec la liberté d’expression.
La plainte illustre les accusations formulées par la FTC avec le cas précis du média d’extrême-droite Breitbart, qui aurait fait l’objet d’une volonté explicite de démonétisation orchestrée par la Global Alliance for Responsible Media (GARM, ou alliance mondiale pour des médias responsables), une émanation de la Fédération mondiale des annonceurs (WFA), créée dans la foulée de l’attentat de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, pour travailler sur les questions de brand safety.
La plainte rapporte l’incident lié à Breitbart de la façon suivante :
« En novembre 2021, le responsable de l’initiative GARM avait suggéré d’inclure les contenus « délibérément trompeurs » dans la catégorie « désinformation afin de priver spécifiquement le site conservateur Breitbart de revenus publicitaires. Il avait expliqué à un exécutif de GroupM/WPP : "L’exemple de la manière dont Breitbart peut utiliser les faits de manière sélective pour induire en erreur était un exemple donné" pour illustrer la nécessité d’amender la définition par le GARM du terme "désinformation." »
Elle ajoute qu’en parallèle de cette nouvelle formulation, « des éditeurs conservateurs identifiés comme publiant ce que le seuil de brand safety définissait comme de la « désinformation » ont subi des baisses spectaculaires de leurs ventes d’espaces publicitaires numériques ».
X également concerné au premier chef
L’ex-Twitter n’est mentionné qu’à la marge de la plainte de la FTC. Le réseau social d’Elon Musk a pourtant lui aussi maille à partir avec la GARM. En août 2024, X a ainsi déposé plainte contre les géants de la publicité pour pratiques anticoncurrentielles. La plateforme estimait alors que l’alliance des agences avait agi en sous-main pour assécher ses recettes publicitaires.
Beaucoup d’annonceurs se sont effectivement détournés de X suite à la reprise du réseau social par Elon Musk, en invoquant la prolifération de contenus inappropriés, mais les agences publicitaires ont toujours nié s’être accordées pour enclencher ou favoriser un tel mouvement. La GARM a tout de même annoncé sa dissolution trois jours après le dépôt de la plainte de X, affirmant n’être qu’une petite association aux moyens bien insuffisants pour faire face à une telle procédure.
L’affaire a tout de même suivi son cours en justice, la WFA ayant elle aussi été poursuivie aux côtés de la défunte GFAM, avec une issue qui s’est finalement révélée défavorable à X. Un rapport de la Commission judiciaire de la Chambre des représentants des États-Unis (House Judiciary Committee) avait pourtant lui aussi dénoncé l’influence de la GARM sur les revenus publicitaires de Twitter en juin 2025.
Dans son jugement rendu le 26 mars 2026 (PDF), la juge Jane Boyle a en effet statué que X n’avait pas apporté la preuve d’un quelconque préjudice pouvant être imputé à une action concertée des agences de publicité. Dit autrement, si les annonceurs se sont détournés de X, c’est de leur propre chef, a estimé la juge.
Toujours très prolixe sur son réseau social, Elon Musk n’a pour l’instant pas commenté l’annonce de cet accord qui lui permet finalement d’obtenir gain de cause, même si c’est de façon indirecte.
La FTC indique que Omnicom et IPG, les deux grandes agences états-uniennes d’achat média engagées dans un processus de fusion, devraient elle aussi signer cet accord. En juin 2025, l’autorité avait explicitement (PDF) conditionné son accord au projet de fusion à un assouplissement des règles en matière de brand safety.
Commentaires (21)
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Abonnez-vousLe 16 avril à 12h04
Modifié le 16 avril à 12h37
Ceux qui pensent que ça pourrait être pire ont raison, mais se foutent le doigt dans l’œil, c'est déjà la m*rde, le radicalisme, la paranoïa, et la propagande,
le mensongel'insincérité (😒), la corruption, sont visibles un peu partout, quel que soit le bord, et ouvertement assumés, parfois avec un gros doigt d'honneur vers les contradicteurs. Tandis que certains électeurs se félicitent d'élire et réélire des repris de justice et pédophiles (prescrits 🤬).Tout dernier exemple national en date parmi une très longue liste, qui n'a pas finit de s'allonger, une pétition signée par 700 000 personnes avec leur compte France Connect (difficile de faire plus authentique), balayée d'un simple revers de la main. "Pas de débat, ça sert à rien, circulez y'a rien à voir".
Le 16 avril à 13h41
Le 16 avril à 13h59
Le 16 avril à 15h48
Ils avaient peut être trop peur qu'elle dépasse la pétition loi Duplomb et de ne pas pouvoir l'enterrer...
Quel déni de démocratie...
Le 16 avril à 16h56
Sur le fond, ils ont raison puisque c'était une pétition contre cette proposition de loi.
Il reste à espérer que celle-ci ne soit pas votée.
On n'a pas besoin de cette loi sur mesure pour punir les antisémites mais elle pourrait atteindre la liberté d'expression.
Mais si elle passait, ça serait amusant qu'elle soit appliquée contre ceux qui demandent la destruction de l'État palestinien.
Modifié le 16 avril à 17h34
Et non, ça ne serait pas amusant sauf pour les partisans de la politique menée par Israël. Mais vu que tu es contre toute démocratie directe, je ne suis pas étonné de l'opinion que tu exprimes..
Le 16 avril à 17h53
J'espérais que cette proposition de loi ne soit pas votée. Je suis donc contre et j'ai rapidement expliqué pourquoi.
Par contre si elle était passé malgré tout, comme un des points créait un délit d’appel à la destruction d’un État reconnu par la République française, j'aurais aimé que des pro-israéliens soient condamnés sur ce point alors même que c'est une pro-israélienne qui proposait cette loi.
Cela aurait été un retour de baton que je trouve amusant.
Mais, je parle au passé parce que la proposition de loi a été retirée et ne sera pas débattue. Un projet de loi reprenant les dispositions de la proposition va être proposé par le gouvernement. Reste à voir si ça va vraiment se faire.
En tout cas, cela montre que cette proposition de loi risquait de ne pas passer.
Le 16 avril à 18h55
Modifié le 16 avril à 19h03
bonne nouvelle
Modifié le 16 avril à 14h59
On n'est pas dans la m#rde, tiens...
Le 16 avril à 14h27
Père Benoit, un mot sur la lutte contre la pédophilie ?
Le 16 avril à 15h11
Le 16 avril à 13h02
Le 16 avril à 13h17
Le 16 avril à 14h00
J'attends avec impatience l'encart publicitaire du nouveau vaccin contre la grippe sur un site antivax, ou la pub pour la pilule du lendemain sur un site chrétien extrémiste.
Mais non suis je bête: au nom de la liberté d'expression il est interdit de faire de la pub pour les vaccins ou les pilules abortives aux US.
Si les cons volaient, ils feraient le tour de la lune: oh wait....
Le 16 avril à 14h26
Modifié le 16 avril à 14h43
Le 16 avril à 16h41
Existe-t-il encore un truc qui ne soit pas une marchandise dans le pot à purin qui leur sert de cerveau ?
Le 16 avril à 20h36
Le 16 avril à 19h23
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